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III.3.1. La pauvreté (fin)

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    Vingt ans plus tard, il reviendra sur l’essentiel de la formation oblate. Elle doit consister à “prendre bien l’esprit” de l’Institut qui “renferme tout ce qui peut former l’homme religieux”. Dans une lettre au p. Santoni le Père de Mazenod détermine et le sens profond de la consécration religieuse de l’Oblat et la signification théologique de la pauvreté religieuse telle qu’elle devrait être vécue dans la Congrégation.

“Répétez bien aux novices que par leur consécration ils se donnent à l’Église sans réserve (…) Qu’ils se vouent aussi à une pauvreté volontaire qui les oblige à ne rien exiger, à se contenter de tout, à s’estimer heureux s’ils pouvaient manquer de quelque chose et souffrir, par un effet de la sainte pauvreté, les privations et le dénuement même. Sans cette disposition la pauvreté n’est qu’un mot vide de sens[1].

    Aussi, l’aspirant oblat, conscient des exigences de la vie religieuse, ne saurait s’y engager sans être au préalable disposé à accepter positivement le manque dû à l’esprit de pauvreté, à se sentir heureux quand il faudra se soumettre à la Règle et à la volonté de l’autorité. Ne serait-ce pas trop demander à ce jeune, qui n’est pas encore lié au vœu de pauvreté ? Loin de là. Nous ne faisons allusion qu’à sa grâce baptismale qui l’invite à la pauvreté évangélique, comme tout autre baptisé en Église. Le vœu qui viendrait plus tard ne ferait que confirmer ses bonnes dispositions[2]. Le Fondateur l’exige hautement parce qu’il est convaincu que la pauvreté volontaire est le “fondement et la base de toute perfection[3]. Or l’Oblat veut devenir “franchement saint”, avons-nous dit plus haut ! Mais puisque la notion de pauvreté est relative, les formateurs devraient tenir compte des usages du pays, des circonstances et des besoins[4].

    En guise de conclusion, la pauvreté justifie la vocation du candidat oblat si et seulement si elle est vécue conformément à l’esprit de la Congrégation. Car en soi, “elle n’est pas objet de vertu, sinon en tant qu’elle nous détache du créé et prépare le religieux pour l’action missionnaire et apostolique. Par conséquent, il faut insister sur l’esprit de détachement et de mortification, unique moyen d’obtenir cette fin et d’obvier aux abus[5].

    En effet, s’il est vrai que le Fondateur se montre sévère sur ce point, il n’est pas moins vrai que les formateurs veillent à ce que les jeunes Oblats marchent sur la voie de pauvreté et en donnent témoignage[6]. Il ne suffit pas seulement de dépendre des supérieurs dans l’usage des biens. Il faut en outre que le religieux soit pauvre effectivement et en esprit[7], afin que les pauvres fassent l’objet d’un amour tout particulier[8]. Cela se vérifie surtout dans le détachement face au monde et à la famille humaine.



[1] ID., Lettre au p. Santoni, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 16 mars 1846, in EcO 10, 117-118.

[2] L’esprit de pauvreté existait dès le début de l’Institut même si le voeu de pauvreté ne fut introduit que plus tard, le 1er novembre 1821. Cf. COSENTINO G., L’introduction des voeux dans notre Congrégation, in Ep_ 13, 305-308.

[3] Cf. Lettre circulaire, op. cit., 193. Le Fondateur rappelle les directives de la Règle sur la pauvreté oblate : “Qu’en dit la Règle ? “La pauvreté volontaire a été regardée par tous les instituteurs des Ordres religieux comme le fondement et la base de toute perfection”. C’est assez pour l’estimer à sa juste valeur. Ainsi que tout soit parmi nous à la manière des pauvres… Par amour de la pauvreté que l’on se contente d’une table frugale… Nos cellules seront étroites et modeste leur mobilier… Les missionnaires porteront un habit simple et modeste… La soutane, le manteau et les autres vêtements seront en laine commune… Il est défendu à chacun de se procurer des vêtements selon son bon plaisir. Le supérieur veillera à ce que tout soit uniforme” (CC. RR. 1853, pars II, cap. I, parag. 1, introd., art. 4, 5, 6, 9, 13, 34, 35). N’est-ce pas assez pour les religieux qui ont fait voeu de pauvreté, de se voir assuré la “nourriture” et les “vêtements” dont se contentaient les Apôtres”.

[4] Cf. ALBERS D., Problèmes de Formation Oblate. Rapport du Congrès des supérieurs de scolasticats, in EO_ 7, 1948, 140.

[5] ALBERS D., Ibid., 139. Cf. aussi DUPONT J. (et autres), La povertà religiosa, Studi a cura dell’Istituto di teologia della vita religiosa “Claretianum”, Rome 1975 ; ID., La pauvreté évangéligue, cerf, Paris 1971, 52 : “La pauvreté dont parlent les béatitudes et les autres passages de l’Évangile qui se réfèrent à Is 61, 1 ne se présente donc pas du tout comme un idéal proposé aux chrétiens. Elle constitue plutôt une situation qui révolte Dieu et porte atteinte à son honneur”.

[6] ALBERS D., Ibid., 139-140. Voici quelques points pratiques : “ne pas permettre qu’un scolastique ait, par exemple, deux stylos en bon usage, deux montres ; ne pas permettre des bibliothèques particulières ; restreindre les objets à l’usage personnel ; ne pas donner trop de facilité pour l’usage des appareils photographiques ; ne pas laisser introduire l’usage des montres en or ou trop luxueuses”.

[7] Cf. PC, n. 13b.

[8] Cf. DUPONT J., La pauvreté évangélique, op. cit., 53 : “En annonçant la bonne nouvelle du Règne de Dieu aux pauvres, Jésus manifeste la sollicitude de Dieu à leur égard, sa volonté de mettre fin à leurs souffrances. Il semble que les chrétiens ont à retenir de cette annonce, non pas que la pauvreté est un idéal, mais que les pauvres doivent faire l’objet d’un amour tout particulier”.