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III.3.1. La pauvreté (suite)

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    En outre, la pauvreté oblate consiste à ne pas administrer les biens personnels. Le bon religieux confie tout à la communauté et dépend d’elle. Il se détache de ses biens personnels, afin d’être libre dans l’exercice de sa mission apostolique. Là où il sera possible d’en faire usage, il ne pourra que se soumettre aux ordres de ses supérieurs par qui Dieu manifeste sa volonté sur lui[1]. Il suffit de citer deux témoignages pour nous en convaincre. En effet, dans deux lettres au p. Lavigne, le Fondateur aborde clairement les deux aspects que nous venons de mentionner. Il énonce tout d’abord une thèse générale :

“Thèse générale, si l’on ne veut pas se faire illusion et ne pas s’exposer à n’avoir de pauvre que le nom, il faut oublier que l’on possède quelque chose et ne pas s’occuper de la gestion de son patrimoine, laquelle est confiée à d’autres mains par les Constitutions[2].

      Puis, dix mois plus tard, il autorise l’usage des revenus aux fins de l’apostolat : “Je vous autorise de grand cœur à disposer de vos revenus échus en 1847 pour concourir à une partie de la dépense de l’achat de la croix que vous voulez planter à l’occasion de la mission que vous prêchez[3].

    La pauvreté oblate se vit même quand le religieux se sent dans l’obligation de travailler hors de sa communauté afin d’aider les parents en précaire situation économique[4]. Mais quand cela est permis, l’Oblat reste en tout et pour tout tenu à la Règle. La lettre au p. Rossi, qui sortit une fois de la communauté pour secourir ses parents, montre combien le Fondateur n’en était pas chaud. Il écrit sévèrement :

“Répondez devant Dieu (…) Le motif sur lequel vous vous êtes fondé est-il réel, n’est-il pas exagéré, c’est-à-dire est-ce vrai que votre père et votre mère soient tombés dans une nécessité extrême depuis votre profession ? N’y avait-il pas d’autre moyen que de sortir de nos communautés pour aller essayer de gagner de l’argent afin de pourvoir à leurs besoins ? (…) N’y a-t-il rien à fixer par rapport à la pauvreté ? (…) Vous êtes tenu à user du surplus avec une grande modération et dans un esprit de pauvreté. Vous ne pourriez vous servir du superflu que conformément aux prescriptions de l’obéissance qu’il vous appartient de demander (…)[5].

    Les formateurs doivent, par conséquent, veiller à ce que les jeunes apprennent tôt à aimer cette vertu qui fera d’eux des Oblats au goût du Fondateur. De fait, il a toujours demandé que les novices soient façonnés à l’amour de la pauvreté parce qu’elle fait partie de l’esprit de la Société, esprit qu’il précise clairement dans une lettre au p. Courtes sur les soins à donner aux novices.

“Les novices n’ont pas encore l’esprit de la Société, il faut les façonner à l’obéissance, à l’abnégation de soi-même, à l’amour de la pauvreté et à bien d’autres vertus inconnues dans les séminaires où ils ont habité jusqu’à présent. (…) Je n’hésite pas à tout sacrifier à cette première nécessité de la Compagnie[6].


[1] Cf. Obéissance, point III.4.

[2] ID., Lettre au p. Lavigne, à N.-D. de l’Osier, Marseille le 9 février 1847, in EcO 10, 145.

[3] ID., Ibid., 186.

[4] La pratique n’est pas très courante. Nous reviendrons sur la relation avec la famille lorsque nous parlerons de détachement.

[5] ID., Lettre au p. Rossi, Marseille, le 12 février 1835, in EcO 8, 133.

[6] ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Rome, le 6 février 1826, in EcO 7, 25.