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III.3.1. La pauvreté

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    Le mot “pauvreté” revient très souvent sous la plume du Bx. Père. Il en parle explicitement surtout quand il reproche aux membres le manque de la vertu et quand il exhorte les missionnaires à supporter la pauvreté, afin de correspondre à l’Evangile qu’ils annoncent. Ainsi écrit-il au p. Tempier :

“Oh ! que je vous trouve bien sur votre tas de paille, et combien votre table, plus que fragile, excite mon appétit ! (…) Achevez l’œuvre en acceptant rien de personne sans payer ; (…) Je vous prie néanmoins de ne pas vous faire faute du nécessaire[1].

    La pauvreté oblate tant recommandée n’est pas un manque de nécessaire, ce qui ferait obstacle à l’apostolat. Elle consiste plutôt à utiliser rationnellement le peu qu’on possède, à gérer raisonnablement les biens matériels de la communauté, à dépenser l’argent reçu de la communauté ou de sa famille avec un minimum de discernement, et surtout à bien discerner le vrai besoin auquel il faut répondre, par exemple : “avoir une chèvre qui fournit du lait à ceux des Pères qui pourraient en avoir besoin” plutôt que “garder deux chevaux qu’il faut entretenir et qui tentent souvent de voyager inutilement hors de la communauté[2]. Les reproches aux Oblats de Nîmes montrent la rigueur du Fondateur en matière de finances.

“Je dois blâmer votre gouvernement sous le rapport des finances, dit le Fondateur au p. Honorât. Au train où vous y allez, il est impossible d’y tenir. Comment concilier l’esprit de pauvreté que vous devez tous pratiquer avec une dépense si exorbitante ? (…) vous aurez la bonté de vous régler de manière à ne pas dépasser cette somme (400 F par tête pour les douze mois de l’année). C’est beaucoup pour des pauvres. (…) Qu’avez-vous besoin de mettre 638 F à votre ameublement ? Faut-il autre chose qu’une table de bois blanc et quelques chaises de paille ?[3].

    Un autre reproche qu’il convient de noter dans le même sens concerne le chauffage de la maison des Oblats. La remarque formulée à l’adresse du p. Dassy révèle davantage le caractère sévère du Fondateur en ce domaine précis.

“C’est une innovation bien grave et bien onéreuse que de faire du feu dans toutes les chambres. Il faut qu’il y ait un chauffoir commun, ce qui n’empêche pas que ceux qui souffrent trop de froid, quand ils sont dans leurs chambres et qu’ils ne veulent pas se donner la peine de venir au chauffoir, puisse faire usage d’un chauffe-pieds ou quelque chose de semblable comme ce qu’on appelle en Italie un scaldino[4].

    La pauvreté oblate se vit dans les dépenses quotidiennes, les invitations et les réceptions[5]. La communauté ne devrait cependant pas, redisons-le, manquer de nécessaire. Car le missionnaire, souvent épuisé par le travail, refait ses forces non seulement par le repos, mais aussi et surtout par un bon repas. Il faut qu’il mange bien.

“On m’a assuré que tu ne nourrissais pas assez la communauté, écrit-il au p. Courtes, que tu donnais à ton monde de la viande en si petite quantité qu’il n’y avait pas moyen d’en faire des portions convenables, que les sujets ne s’en plaignaient pas tout haut, mais qu’ils en souffraient, surtout qu’on avait pu faire la comparaison de ce qui se pratiquait dans les autres communautés. Examine cela avec attention, car s’il ne faut pas qu’il y ait de la profusion, il est indispensable qu’on donne amplement le nécessaire[6].


[1] DE MAZENOD E, Lettre au p. Tempier, à Roqnac, Aix, le 16 novembre 1819, in EcO 6, 64-65.

[2] ID., Lettre à M. Semeria, à Vico, Corse, Marseille, le 24 août 1843, in EcO 10, 29.

[3] ID., Lettre au p. Honorât, à Nîmes, Marseille, le 16 janvier 1829, in EcO 7, 176-177.

[4] ID., Lettre au p. Dassy, à Nancy, Marseille, le 29 octobre 1850, in EcO 11, 28.

[5] Cf. ID., Lettre au p. Mille, aux novices et scolastiques de Billens, Nice, le 24 janvier 1831, in EcO 8, 10-11 ; ID., Lettre au p. Mille, à Billens, Marseille, le 7 mai 1831, ibid., 21.

[6] DE MAZENOD E., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 28 mai 1843, in EcO 10, 12.