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III.2. La chasteté (suite)

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    Cependant, la chasteté est difficile à conserver. Mais le religieux devrait la vivre paisiblement en raison de sa vie de prière qui le dispose à se tenir constamment devant Dieu et à penser moins aux sollicitations de la chair. Sa Règle de vie renferme les moyens de se tenir en éveil face aux tentations qu’il pourrait connaître dans l’exercice de son ministère. Le Fondateur nous le dit ouvertement dans sa lettre circulaire de 1857 :

“Que dirai-je du vœu de chasteté ? Que ce n’est pas trop, pour conserver cette précieuse vertu, que d’observer fidèlement tout ce que la Règle prescrit pour faire de nous des hommes de Dieu, de vrais religieux ; ne l’oubliez pas, je vous le répète : ‘Toute la vie des membres de la Société doit être un continuel recueillement de l’âme… Pour y parvenir, qu’ils s’appliquent tout d’abord à marcher constamment en présence de Dieu[1].

    Quant à la manière concrète de vivre cette vertu, il conseille la prudence et la vie de prière, afin de ne pas donner accès au mauvais. Par prudence, les Oblats ne doivent pas prendre des repas hors de leur communauté !

“Autrement ne s’exposerait-on pas aux dangers que la Règle veut faire éviter aux membres de l’Institut par rapport à la chasteté, lorsque dans le peu de lignes qu’elle trace sur ce point elle s’exprime ainsi : ‘c’est pourquoi ils seront très prudents avec les femmes ; qu’ils n’entrent pas dans leurs maisons, ni même dans la maison de qui que ce soit, si ce n’est pour des causes urgentes, jamais sans la permission expresse du supérieur, et toujours avec le compagnon qu’il aura désigné’[2].

    Les femmes apparaissent ici comme le danger véritable face auquel l’Oblat risquerait sa vertu[3]. Cela ne minimise en rien le danger des rapports entre les hommes[4].

    Face à telle exigence de chasteté, les éducateurs devront non seulement prévenir les candidats des dangers qui menacent cette vertu, mais aussi les former de manière qu’ils assument le célibat consacré à Dieu en l’intégrant au développement de leur personnalité[5] et les aider à bien comprendre le sens de leur don total à Dieu. Ils cultiveront surtout le côté positif de la chasteté, c’est-à-dire ne pas détruire la faculté d’aimer, mais la diriger. Ils montreront à la fois la beauté de la vertu, donation totale de soi à Dieu, et la liberté qu’elle nous offre pour un apostolat missionnaire plus efficace[6]. De son côté négatif, ils écarteront tout péril, ne pas donner aux jeunes des charges qui ont à voir avec “le sexe faible”, limiter et écarter toute correspondance inutile, mettre spécialement en garde contre les relations épistolaires sous prétexte de direction spirituelle. Car elles sont fréquemment le commencement de la perte d’une vocation et presque toujours une perte de temps. Ils doivent insister sur les visites : réserve quant à la fréquence et prudence quant au mode[7].

    Certes, la vertu de chasteté se situe parmi les exigences fondamentales que le Fondateur impose aux membres de son Institut. Bien qu’elle soit commune à tous les baptisés, avons-nous dit, les Oblats doivent la vivre en correspondance avec leur esprit en Église. Dans ce sens elle est une valeur constitutive de la vie oblate. Par conséquent, le candidat devrait montrer, avant de s’y engager, qu’il est capable d’accepter positivement la solitude qu’implique le célibat consacré et d’être heureux dans ce projet de vie librement choisi. En d’autres mots, il devrait manifester le désir de se consacrer à Dieu et de se mettre totalement au service des autres[8].



[1] DE MAZENOD E., Lettre circulaire n° 24, Marseille, le 2 février 1857, in Eçp_ 12, 194.

[2] ID., Ibid., 195.

[3] De fait, un jour Mgr De Mazenod demanda à l’un de ses fils missionnaires, Grandin : “Dis-moi, mon fils, est-ce que votre vertu n’est pas exposée avec les sauvages, avec les femmes surtout ?”, Notes à Dom Benoît, PR vol. 5, 196, cité par BRETON P.-E, Ibid., 357.

[4] Cf. La remarque du Fondateur, note n. 164.

[5] Cf. PC, n. 12c.

[6] Cf. ALBERS D., Problèmes de Formation Oblate. Rapport du Congrès des Supérieurs de scolasticats, in EO_ 7, 140.

[7] Cf. ID., Ibid., 141.

[8] Cf. JULIEN P., Motivations conscientes et inconscientes du célibat, in AA. VV., Célibat et sexualité, Paris 1970, 93-102.