Ayaas ancien logo  

 

III.2. La chasteté

.  

    La chasteté est la vertu de tout baptisé. “Marié ou non, le chrétien doit vivre chastement[1]. Mais la continence en vue du Royaume des cieux n’est pas donnée à tous ; elle est le propre de ceux qui sont appelés au célibat charismatique[2]. Eugène de Mazenod l’exige fortement de ceux qui voudraient appartenir à sa Famille religieuse. Voilà pourquoi nous voudrions la considérer comme une note caractéristique de l’Oblat.

    Mais autant les textes abondent lorsqu’il s’agit de la charité, de l’obéissance, de la pauvreté et des autres vertus de l’Oblat, autant les EcO se font laconiques sur le sujet de pureté. “Cette réserve nous rappelle celle de nos Saintes Règles[3]. En effet, nous n’avons recueilli que peu de témoignages à ce sujet et des recommandations sobres.

    Le tout premier texte qui retient notre attention concerne l’attrait vers la personne du même sexe, ou mieux la tendance homosexuelle d’un jeune au noviciat. Les amitiés particulières peuvent être dangereuses quand elles ne sont pas motivées par le bien[4]. Pour cela les éducateurs devront veiller à ce qu’elles ne conduisent pas, là où elles pourront être possibles, au manque de pureté en cherchant à répondre aux désirs égoïstes de la chair. Pour le Fondateur il ne devrait exister aucune hésitation à réprimer une telle tendance chez les Oblats.

“Ne néglige pas le mal moral de B., conseille-t-il au p. Courtes, la chose est importante, il pourrait être entraîné à de très grandes fautes. Applique-toi à le guérir, c’est une passion très dangereuse qui devient aussi violente que ce qu’on appelle l’amour, ou pour mieux dire c’est proprement l’amour qui n’est pas moins à redouter quand il a pour objet une personne du même sexe. Par la crainte de Dieu et la piété on peut en tempérer l’ardeur, mais on finit par n’être arrêté par rien. Aussi tout en ménageant la faiblesse pour l’emploi des remèdes, veille très attentivement sur ce désordre qui prend sa source hélas ! Dans la trop grande sensibilité de notre cœur et dans la corruption de notre nature[5].

    Les formateurs devront donc inculquer la vertu de chasteté aux jeunes, afin qu’ils ne tombent pas dans des infidélités et des péchés. Ils devront prendre en horreur les amitiés dites particulières car elles peuvent blesser la vertu. Mais quelle est la particularité de la chasteté de l’Oblat ? Laissons le Fondateur nous la définir dans une lettre au p. Santoni.

“La chasteté les oblige (les novices) non seulement à éviter tout ce qui est défendu en cette matière, mais à se préserver des moindres atteintes que pourrait éprouver cette belle vertu. C’est d’après ce principe que nous avons tant en horreur ces prédilections sensuelles que l’on appelle des amitiés particulières, pour leur donner un nom honnête, tandis qu’elles blessent réellement la vertu si délicate qu’un souffle ternit. Soyez inexorable à ce sujet ; point d’explication ni d’excuses qui tiennent ; c’est le vent du midi qui brûle toute fleur de vertu, c’est la perte des communautés religieuses, c’est une source d’infidélités et de péchés[6].

    Le christianisme, bien sûr, invite tout le monde à la chasteté, chacun selon la vocation qu’il a reçue de Dieu. Mais aux yeux d’Eugène de Mazenod elle est si nécessaire, si indispensable pour tous ceux qui veulent entrer dans le sanctuaire, c’est-à-dire qui veulent se mettre au service de l’autel du Seigneur. Ceux-ci devront l’acquérir dès le bas âge et non pas pendant la préparation immédiate aux ordres. Voilà pourquoi il demande qu’en arrivant au petit séminaire, les futurs Oblats soient déjà bien disposés à la pratique de la vertu. Cela diminuerait certainement les problèmes affectifs qui pourraient se poser dans la vie consacrée.

“Les enfants pris à bas âge, bien surveillés et bien instruits, pourront facilement prendre l’habitude de la vertu, et se présenteront au séminaire préparés d’avance à la pratique de la chasteté qu’il est malheureusement trop tard quand il s’agit de l’acquérir pendant la préparation immédiate pour les saints ordres. (…) Attachez-vous donc avec tout le zèle dont vous êtes susceptible à préparer ces âmes à la pratique de toutes les vertus chrétiennes, mais surtout à la chasteté[7].


[1] TILLARD J.M.R., Devant Dieu et pour le monde. Le projet des religieux. Cerf, Paris 1977, 321-322. Cf. CHAPELLE A., Pour une intelligence chrétienne du Célibat, in Vie Cons 48, 1976, 323-336.

[2] Cf. Matthieu 19, 11-12 ; 1 Corinthiens 7, 7 ; LG, n. 42c.

[3] BRETON P.-E., Le Fondateur des Oblats d’après les écrits de Monseigneur Grandin, in EO_ 18, 357.

[4] Sur la différence entre les vraies et les vaines amitiés en général, voir les sages conseils de saint François DE SALES, Introduction à la vie dévote, in Œuvres de saint François de Sales, Évêque et Prince de Genève et Docteur de l’Église, t. III, J. NIERAT, Annecy MDCCCXCIII, 206-208.

[5] DE MAZENOD E., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, 1824-1825, in EcO 6, 167.

[6] ID., Lettre au p. Santoni, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 16 mars 1846, in EcO 10, 118.

[7] ID., Lettre au p. Tamburini, à Vico, Marseille, le 2 octobre 1855, in EcO 11, 285.