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III.1. La charité fraternelle

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    La charité fraternelle est la première vertu de l’Oblat[1]. Cette affirmation correspond parfaitement au testament “spirituel” du Fondateur : “Pratiquez bien parmi vous la charité, la charité, la charité, et, au dehors, le zèle pour le salut des âmes[2]. Par ces paroles, il voulait que la maison oblate soit un “paradis sur terre” et que cette charité soit “bien affectueuse et bien sincère” entre les Oblats[3]. Il en fait même un “commandement” : “Aimez-vous les uns les autres[4]. Car le succès de l’apostolat en faveur des pauvres dépend grandement du témoignage de vie que donne la communauté dans l’exercice de la charité mutuelle. Ainsi écrit-il au p. Dassy :

“Que l’on nous voie réguliers, fervents, charitables, dévoués à toutes sortes de bien, aimables d’ailleurs (…) et l’on trouvera bon tout ce que nous ferons, persuadé que nous n’agissons que par l’inspiration de Dieu, pour la plus grande gloire de son saint Nom[5].

    La fin de l’Institut ne saurait être atteinte sans la pratique de la charité[6]. Les membres doivent la pratiquer en bons témoins du Christ, car l’Église attend d’eux un puissant secours. Il faudrait par conséquent que les résultats soient vraiment proportionnels aux besoins de l’Epouse du Christ. Ainsi la charité devient-elle une exigence inconditionnelle. “Peut-on arriver à ces résultats avec des êtres sans générosité, se demande le Fondateur, sans courage, dépourvus d’amour, se traînant lâchement dans l’ornière ?[7].

    En vue du but assigné à l’Institut, la formation des Oblats doit réserver une place de choix à la culture de cette vertu théologale, de laquelle dépend le succès de l’apostolat du religieux en Église. Aussi l’aspirant oblat devrait-il la posséder, du moins en germe, lui qui voudrait imiter Jésus-Christ qui l’a parfaitement vécue. Il l’exercera dès les premières années de sa formation oblate.

“Que l’on s’accoutume de bonne heure à se supporter mutuellement, écrit-il dans la même lettre. Sévissez contre tout murmure, et que la charité règne tellement parmi nous qu’il ne paraisse pas possible que personne y manque jamais dans les moindres choses[8].

    Que de fois le Fondateur ne se plaint-il pas du manque de charité en communauté surtout parmi les jeunes frères ! Son désir est que tout porte à la perfection, qu’il n’y ait pas de manquement à la pratique de la vertu que chacun devrait pratiquer et posséder au “suprême degré”. Les expressions de sa lettre au p. Mille montrent combien il lui accorde une grande importance :

“Oh ! combien m’affligent ces petites alternations entre les Frères, lui dit-il, je sais qu’on tâche de vite réparer ces blessures faite à la charité, mais on ne devait pas tomber dans ces fautes-là qui altèrent toujours une vertu que l’on devrait posséder au suprême degré. Je leur recommande bien de s’étudier à déraciner le genre de ces petites antipathies qui gâtent le cœur…[9].

    Voilà pourquoi il s’attaque à la racine du mal qui ronge la communauté, en dénonçant certaines mauvaises habitudes qui portent atteinte à la charité fraternelle. Sa lettre circulaire du début février 1857 prouve qu’il y tient de tout son cœur :

“Mais il est une habitude déplorable dont un plus grand nombre se rendent coupables. (…) C’est la malheureuse manie de parler sans réflexion, sans charité, sans respect, de tous et de tout. Cette incontinence de langue offense Dieu et le prochain ; il n’est pas rare qu’elle entraîne de très graves inconvénients. (…) C’est dans l’espoir de le voir corriger radicalement et sans délai, car il blesse essentiellement la charité, et il est subversif de la discipline régulière en matière grave[10].


[1] DE MAZENOD E., Lettre au p. Conrard, à N.-D. de Sion, Marseille, le 19 mars 1855, in EcO 11, 259.

[2] Paroles prononcées par le Fondateur la veille de sa mort, lundi de la Pentecôte, 20 mai 1861. Cf. Circulaires administratives, vol. I, 63.

[3] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Aix, Paris, le 12 août 1917, in EcO 6, 34.

[4] Cf. ID., Lettre au p. Courtes et à la communauté d’Aix, Paris, le 22 février 1823, ibid., 109.

[5] ID., Lettre au p. Dassy, à Nancy, Marseille, le 7 décembre 1847, in EcO 10, 185.

[6] Explicitons notre pensée avec Bernard : “Sans la charité les diverses vertus ne sont pas capables de conduire l’homme vers sa fin ultime qui est la participation de la vie divine et éternelle, car cette participation requiert la conformité de notre volonté à la volonté sainte de Dieu. La vie morale chrétienne trouve son unité dans la considération du primat absolu de la charité”, BERNARD C. A., Traité de théologie spirituelle, op cit, 143.

[7] DE MAZENOD E., Lettre au p. Bellon, à N.-D. de Lumières, Marseille, le 30 août 1844, ibid., 81.

[8] ID., Ibid.

[9] ID., Lettre au p. Mille, à Billens, Marseillle, le 21 avril 1832, in EcO 8, 54.

[10] DE MAZENOD E., Lettre circulaire n° 24, Marseille, le 2 février 1857, in EçO. 12, 196-197.