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Chapitre III

Vertus religieuses: second signe de la vocation oblate

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    Le troisième chapitre de notre exposé voudrait considérer minutieusement les vertus de l’Oblat comme second signe de la vocation, suivant la recommandation du Fondateur citée plus haut[1]. Il convient de s’y arrêter pour montrer combien ces vertus[2] justifient la vocation “interne[3] du candidat à la vie religieuse oblate.

    En effet, le Fondateur insiste souvent sur certaines vertus constitutives de la vie oblate[4]. Les Oblats doivent en être pourvus, afin de répondre efficacement à la mission de l’Église.

“Que les Oblats se pénètrent bien de ce que l’Église attend d’eux ; il ne faut pas des vertus médiocres pour répondre à tout ce qu’exige leur sainte vocation. S’ils devaient être comme le commun des ecclésiastiques, ils n’auraient pas atteint le but, il s’en faut. Ils sont appelés à une toute autre perfection, il faut y tendre, il faut plus que cela, il faut marcher dans cette voie pour devenir entre les mains de Dieu les instruments de sa miséricorde. Ils doivent savoir que leur ministère est la continuation du ministère apostolique, et qu’il ne s’agit de rien moins que de faire des miracles[5].

    Mais quelles sont ces vertus ? Dans certaines de ses lettres où il en parle explicitement, le Fondateur les énumère simplement sans suivre un ordre quelconque d’importance. Ses recommandations sont plutôt une réponse à une situation bien déterminée et dans un contexte précis[6].

    Nous voudrions classer ces vertus non pas selon la valeur que leur donne la science théologique, mais suivant l’ordre qui nous semble significatif[7]. Ainsi parlerons-nous tout d’abord de la Charité fraternelle sans laquelle l’homme n’est rien[8] et de la Chasteté ou de la continence en vue du Royaume des cieux que le Concile Vatican II place en tête des conseils évangéliques en la considérant comme “un signe et un stimulant de la charité et comme une source peu commune de fécondité spirituelle dans le monde[9]. Ensuite, nous considérerons la Pauvreté qui s’explique mieux par le Détachement qu’il conviendrait de séparer d’elle, bien qu’il en fasse partie intégrante, et l’Obéissance à laquelle est liée l’Humilité qui facilite le renoncement à sa propre volonté. Et enfin, nous nous arrêterons à l’Abnégation et la Mortification dont la pratique est très utile dans la vie consacrée.



[1] Cf. La note 36 : DE MAZENOD E., Lettre au p. Vincens, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 12 août 1847, in EcO 10, 159.

[2] La vertu est “un habitus operatif, acquis ou infus, destiné à régler la production d’une espèce déterminée d’actes bons, ces actes, ou mieux le caractère spécial commun sous lequel les atteint l’habitus, constituant l’objet formel qui spécifie celui-ci : l’humilité par exemple, est une vertu qui, dit S. Thomas “tempère et refrène l’âme pour qu’elle ne tente pas à la grandeur de façon immodérée” (2a 2”», q. 101, a. 1)”, DE GUIBERT J., Abnégation (dépouillement, renoncement), in DS_ I, Paris MCMXXXVII, 102-103. Voir MICHEL A., Vertus, in PTC XV-2, Paris 1950, 2739-2799 ; GARDEIL A., Cardinales (vertus), in ibid. II-2, 1714-1717.

[3] Sur la claire distinction classique entre la vocation interne et la vocation externe, cf. HOSTIE R., Le discernement des vocations, Desclée de Brouwer, Bruges 1962. Nous y reviendrons au chapitre suivant.

[4] Les vertus sont dites “oblates” non parce qu’elles ne sont pratiquées que par les Oblats, mais parce que leur pratique correspond le mieux à l’esprit même de la Congrégation qui les distingue des membres d’autres familles religieuses.

[5] DE MAZENOD E., Lettre au p. Mouchette, à Montolivet, Paris, le 2 décembre 1854, in EcO 11, 253.

[6] De fait, les textes qui ont attiré notre attention ne permettent pas de noter lesquelles des vertus théologales, morales et intellectuelles sont prioritaires et donc plus importances que les autres.

[7] L’ordre qui tient compte à la fois du primat de la charité dans la vie chrétienne, du caractère distinctif de la continence en vue du Royaume et de la ressemblance de notions voisines. C’est en vue de cette harmonie que nous ne les classons pas selon leur fréquence dans les lettres qui nous intéressent.

[8] Cf. 1 Corinthiens 13, 1-13. Sans pour autant méconnaître la place qu’elle occupe dans l’ordre des vertus théologales, cf. commentaire de MICHEL A., Vertus, in PTC XV-*, Paris 1950, 2784.

[9] LG, n. 42c. Sur l’ordre des conseils évangéliques, voir les explications de ROVIRA J., Temi di teologia e morale della vita religiosa, Tipografia “LEBERIT”, Roma 1992, 55-56. Nous traiterons de ces conseils non pas comme voeux de religion, mais comme vertus chrétiennes car notre thème concerne principalement le candidat appelé à la vie religieuse oblate et non pas l’Oblat tout fait.