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II.2.4. Le désir de devenir “franchement saint” (suite)

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    Au mal qui ronge l’Église, le Fondateur oppose une volonté ferme du témoignage de sainteté. D’où, la nécessité de n’accueillir dans son Institut que des candidats vertueux, capables de vivre selon son esprit. Cette exigence concerne tous les candidats, y compris les candidats qui sont déjà prêtres : “(…) nous ne devons jamais nous déterminer à recevoir des sujets douteux et dont la vertu ne fût pas bien éprouvée[1].

    Pour mieux saisir cette exigence, nous devons nous référer à sa description de la vocation oblate, ou mieux à sa définition de l’Oblat dans laquelle le désir de se sanctifier apparaît clairement comme partie intégrante de l’esprit de la Congrégation et qui, par conséquent, doit animer tout aspirant à la vie oblate :

“Nous sommes, ou nous devons être des saints prêtres qui s’estiment heureux et très heureux de consacrer leur fortune, leur santé, leur vie au service et pour la gloire de notre Dieu. Nous sommes placés sur la terre, et particulièrement dans notre maison, pour nous sanctifier[2].

    En effet, la sainteté est l’une des conditions requises pour être missionnaire. Son exigence se lie à la nature même de la Congrégation. Car la vie missionnaire n’aurait pas de sens sans la sainteté des missionnaires. Nul ne pourrait donc prétendre le devenir ou l’être sans désirer ardemment sa propre sanctification. Le Fondateur nous explique pourquoi elle est indispensable à la Congrégation :

“Le missionnaire étant appelé proprement au ministère apostolique doit viser à la perfection. Le Seigneur le destine à renouveler parmi ses contemporains les merveilles jadis opérées par les premiers prédicateurs de l’évangile. Il doit donc marcher sur leurs traces, fermement persuadé que les miracles qu’il doit faire ne sont pas un effet de son éloquence, mais de la gloire du Tout-Puissant qui se communiquera par lui avec d’autant plus d’abondance qu’il sera plus vertueux, plus humble, plus saint pour tout dire en un mot ; il doit donc mettre tout en œuvre pour parvenir à cette sainteté désirable qui doit produire de si grands effets[3].

    Mais loin de n’être qu’une réalité future, la sainteté doit se réaliser dans le quotidien de la vie, en conformité avec l’esprit de la Société. Le Fondateur voudrait que tous la pratiquent réellement. Il ne cache jamais sa joie devant les communautés qui se distinguent en ce domaine. Sa lettre aux étudiants et novices du Laus n’est qu’un exemple parmi tant d’autres à notre disposition :

“Plus vous serez saints plus mon bonheur sera grand. Ah ! Je dirais déjà qu’il est à son comble si je pouvais être le témoin des merveilles que le bon Dieu opère parmi vous, s’il m’était donné de vous presser contre mon cœur[4].

    Remarquons que le bonheur du Fondateur consiste, selon ce dernier témoignage, à voir ses fils marcher dans la voie de la sainteté. Tels sentiments de joie et de satisfaction révèlent l’image de l’Oblat voulu par lui : celui qui se conduit conformément à l’esprit de la Congrégation, ou mieux celui qui obéit à la recommandation qu’il fit le jour de l’approbation de sa fondation. “Au nom de Dieu soyons saints[5], disait-il aux Oblats tout à la joie de la reconnaissance de l’Église. N’est-ce pas là la confirmation de ce que nous avions envie de prouver dans ce dernier point : le désir de devenir “franchement saint” est un signe de la vocation oblate.

    Ainsi le motif du projet de vie du candidat oblat nous apparaît-il réellement comme le premier signe de la vocation oblate. Les exigences du Fondateur sur l’esprit de la Congrégation et sur l’authenticité de la réponse du candidat à l’appel divin montrent combien chacun des éléments considérés doit être examiné attentivement avant l’admission du candidat. Le discernement vocationnel devrait en tenir compte avant de porter l’attention sur les autres aptitudes justificatives de la vocation du candidat.


[1] ID., Ibid.. 36.

[2] ID., Lettre au p. Tempier, à Aix. Paris, le 22 août 1817, op. cit., 37-38.

[3] ID., Lettre à M. Viguier, Aix, le 6 janvier 1819, ibid., 57.

[4] ID., Lettre aux étudiants et novices, à N.-D. de Laus, Château-Gombert, le 29 novembre 1820, ibid., 74.

[5] ID., Lettre au p. Tempier, à Marseille, Rome, le 18 février 182G, in EcO 7, 42.