Ayaas ancien logo  

 

II.2.3. L’attachement à Jésus-Christ

.  

    De par sa vocation, l’Oblat est appelé à vénérer le Christ[1]. L’attachement de l’aspirant oblat à Jésus-Christ se vérifie surtout dans la pratique des sacrements, l’eucharistie en particulier[2]. Il serait inutile d’admettre quelqu’un pour qui les sacrements n’ont aucune valeur. La vocation de l’Oblat étant une volonté d’imiter le Christ, l’aspirant devrait, en germe, correspondre à cela en sa qualité de baptisé. Sans cet attachement, sans la “dévotion salvatorienne”, esprit communiqué par le Fondateur à la Congrégation[3], il serait impossible de s’engager à l’apostolat des pauvres en Église. C’est pour cela que les éducateurs doivent l’inculquer aux novices.

“Il faut inspirer un grand amour pour notre divin Sauveur Jésus-Christ qu’on doit surtout lui témoigner dans le sacrement de l’eucharistie dont on doit tâcher de devenir des parfaits adorateurs[4].

    Le jeune oblat doit donc puiser sa force à cette source d’amour qu’est le Christ vivant dans la sainte communion[5]. Rappelons à ce propos le texte cité au sujet des âmes à sauver, dans lequel le Fondateur détermine l’orientation de la formation des scolastiques : “Il s’agit de former des hommes qui doivent être tout imbus de l’esprit de Jésus-Christ pour combattre la formidable puissance du démon, détruire son empire dans les âmes, édifier le monde pour l’amener à la vérité, servir l’Église dans les ministères les plus relevés et les plus difficiles[6].

    C’est pour cela que le Fondateur recommande l’union des Oblats en Jésus, le centre de la vie chrétienne et la source de toutes les richesses spirituelles : “Trouvons-nous ainsi souvent ensemble, en Jésus-Christ, notre centre commun en qui tous nos cœurs se confondent et toutes nos affections se perfectionnent, écrit-il à la communauté de Billens[7]. Toutes ces recommandations correspondent à la fin même de la Congrégation, ce qui la distingue des autres familles religieuses :

“(…) Mais pour nous, notre fin principale, je dirais presque unique, est la fin même que Jésus-Christ s’est proposée en venant dans le monde, la même fin qu’il a donnée aux Apôtres, à qui, sans aucun doute, il a enseigné la voie la plus parfaite. Aussi notre humble Société ne reconnaît point d’autre instituteur que Jésus-Christ, qui a parlé par la bouche de son Vicaire, et d’autres Pères que les Apôtres[8].

    Telle est la grandeur de la vocation oblate à laquelle devraient correspondre tous ceux qui voudraient la partager. Nous pensons que cet attachement à Jésus-Christ est un signe de la vocation oblate[9], car le Christ “est le principe de notre vie de consacrés par les vœux de religion. Il est objet de notre charité, de notre amitié, et ainsi, par lui, nous entrons dans l’intimité la plus profonde avec Dieu, et nous y entrons, non pas seuls, mais ensemble, comme des frères d’une même grande famille dont il est le premier-né. Il est le divin Exemplaire sur lequel nous devons conformer toute notre vie[10].



[1] “Le Christ, en raison de sa divinité, a droit à un culte de latrie. Tous les actes de religion que l’homme doit rendre à Dieu, il doit les rendre au Christ : sacrifice, adoration, dévotion entière, offrande de lui-même, etc. C’est en ce sens que nous prenons ici l’expression utilisée par le Fondateur dans nos Constitutions et Règles : vénération, lorsqu’elle est utilisée en fonction du Christ. (…) Ce sentiment de vénération, ce culte intérieur, nous est demandé, en effet, soit à l’égard du Christ lui-même, soit à l’égard de la très Sainte Eucharistie, soit à l’égard de ceux qui sont revêtus du sacerdoce, parce qu’ils tiennent la place de Notre-Seigneur”, PETRIN J., “Qui est le Christ” pour l’Oblat de Marie Immaculée, in EO 18, 1959, 147.

[2] Pour les prêtres nous dirions : “L’apôtre doit être intimement uni au Christ, car il y a équation entre l’efficacité réelle de notre vie apostolique et l’union habituelle au Christ. Mais quand donc sommes-nous plus unis à Jésus qu’à la messe ? Lorsque nous prononçons les paroles de la consécration, alors vraiment nous ne faisons plus qu’un avec le Christ. Pour l’Oblat qui “vit” sa messe, cette union ne sera pas enclose dans la demi-heure du sacrifice liturgique ; elle persistera au cours de la journée, tout entière irradiée par le contact intime du matin”, LA REDACTION, Une spiritualité oblate. Compte rendu des réponses à l’enquête sur la spiritualité oblate. in E0_ 10, 1951, 102.

[3] Cf. GRATTON H., La dévotion salvatorienne du Fondateur aux premières années de son sacerdoce. Essai psychologique d’après ses écrits, op. cit., 163 : “Le Christ-Sauveur a fasciné l’âme magnanime du Fondateur, et par lui il a voulu communiquer à d’autres les bienfaits de cette fascination”.

[4] DE MAZENOD E., Lettre au p. Dorey, à Nancy, Marseille, 15 octobre 1848, in EcO 10, 228.

[5] Cf. PETRIN J., Ibid., 148 : “La place de l’Eucharistie doit être très large dans notre vie. Le seul fait qu’il est question du Très Saint Sacrement de nos autels dans plus de soixante articles de la Règle devrait nous impressionner sur l’importance qu’elle doit avoir pour nous”.

[6] DE MAZENOD E., Lettre au p. Bellon, à N.-D. de Lumières. Marseille, le 30 août 1844, op. cit. Pour une ample information sur la relation entre le Christ et son Église en état d’abandon, voir D’ADDIO A., Cristo Crocifisso e la Chiesa abbandonata, Frascati 1978.

[7] ID., Lettre au p. Mille, aux Pères et Frères de Billens, Marseille, le 1er novembre 1831, in EcO 8, 36.

[8] ID., Ibid., 37.

[9] De fait, “Cet attrait pour la personne du divin Sauveur, ce vif désir de le connaître et de l’aimer toujours davantage, est dans les jeunes gens qui viennent à nous, une des marques non équivoques de leur vocation, parce qu’il appartient essentiellement à l’esprit propre de notre Société”, LA REDACTION, “Des dévotions propres aux membres de la Société” d’après l’ancien directoire des noviciats et scolasticats, in EO 16, 1957, 271, note n. 8.

[10] Cf. PETRIN J., Ibid., 154.