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II.2. La réponse du candidat à l'appel divin

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II.2.1. Un appel qui vient de Dieu

    Toute vocation est une réponse de l’homme à l’appel de Dieu[1]. Cet appel doit être reconnu. Car “Toute vocation a, ordinairement, besoin d’intermédiaires humains pour identifier l’appel du Seigneur, comme pour y répondre librement[2]. En effet, personne ne saurait devenir religieux Oblat sans y être appelé par la source de toute vocation[3]. Le candidat devrait en donner l’assurance.

    Le Fondateur reconnaît formellement cette dimension divine de la vocation religieuse et sacerdotale. Selon lui, en effet, l’accompagnateur des aspirants à la vie religieuse n’est qu’un instrument de la grâce de Dieu. La réponse libre à cette grâce ne revient qu’à l’appelé lui-même, comme nous le témoigne sa lettre à Marcou :

“Je ne t’ai jamais perdu de vue et je vis avec une secrète satisfaction la direction que l’esprit de Dieu t’inspirait, néanmoins, quelque consolation que j’eusse pu me permettre en dirigeant tes premiers pas vers le sanctuaire, comme j’avais dirigé ta jeunesse dans les sentiers de la vertu, je voulus à dessein me tenir à l’écart pour ne pas m’exposer à contrarier les inspirations divines dans le choix que tu devais faire en te faisant pressentir mes désirs qui auraient pu influencer d’une manière peut-être trop humaine la détermination que tu devais prendre[4].

    L’origine divine de la vocation se voit non seulement dans la place que le Fondateur laisse à l’esprit de Dieu qui agit et à la personne qui doit décider librement de son projet de vie[5], mais aussi et surtout dans l’invitation à la prière, afin d’obtenir des sujets propres à son Institut. Nul doute que les vocations occupent une place importante dans sa propre vie de prière. “Ce que je demande à Dieu, c’est qu’il nous choisisse et qu’il nous envoie les sujets qu’il nous faut pour faire son œuvre[6].

    A maintes reprises il invite les membres à prier pour les vocations et à les accueillir soigneusement quand elles se présentent, car elles viennent de Dieu. La nécessité de prier se sent surtout devant l’insuffisance de sujets. Ainsi écrit-il se trouvant sur le champ d’apostolat au p. Tempier. “Notre œuvre est indispensable, et elle ne pourra tenir que si nous sommes douze. Appelez donc des sujets par vos prières[7].

    Cette prière qui apparaît comme le moyen le plus rassurant pour obtenir quelques vocations oblates, ou mieux comme le plus efficace moyen de recrutement[8], est suscitée par deux circonstances : l’insuffisance missionnaire et la mort de certains sujets. Mais il ne faudrait accepter que ceux qui sont réellement appelés par le Seigneur, en dépit du manque de sujets.

“(…) tout mon désir comme mon espoir est que quelques-uns de ces jeunes gens, touchés de vos bons exemples, de votre régularité et de la sublime du ministère auquel vous êtes consacrés, soient alléchés et veuillent se ranger dans nos rangs. (…) Dans le fait nous ne voulons que ceux que le bon Dieu nous envoie[9].

    Les sujets qui se présentent au Fondateur sont donc le fruit de la prière et la marque de l’abandon en la Providence. Par conséquent, les Oblats doivent sans cesse lever les yeux vers le Maître car “la moisson est abondante, mais les ouvriers peu nombreux[10]. La recommandation revient avec insistance quand il s’agit de répondre aux demandes des missions. “Mon cher, dit-il à Guigues, la moisson est mûre, prions, prions le Maître pour qu’il envoie des ouvriers car on n’en demande partout et je n’ai que des regrets à leur donner[11].

   L’invitation à la prière retentit aussi lorsque la mort visite la maison et lui enlève quelques membres pourtant utiles à la Société et à la mission ! Ici comme dans la première circonstance que nous venons d’évoquer se révèle la grande confiance du Fondateur en Celui qui est l’auteur de la vie et qui peut tout pour le bien de son peuple.

“Prions le Seigneur pour qu’en échange de ceux qu’il nous enlève pour les placer dans son saint Paradis, il nous envoie des hommes selon son cœur, propres à remplir la grande mission qu’il nous a donnée dans son Église[12].

    Mais la prière exige patience et persévérance. Car Dieu dispose librement de sa bonté et parfois il tarde à répondre afin de stimuler la supplication de ceux qui l’implorent. Le Fondateur en est conscient. De fait, il demande à ses fils d’exercer la prière dans la confiance et la patience devant l’immense besoin de l’Église dans les pauvres à sauver :

“(…) il faut de la patience, de la confiance en Dieu, et de la prière. N’oublie pas ce dernier article. Chaque Oblat devrait faire à cette intention une communion par semaine demandant instamment à Notre Seigneur, immédiatement après la communion, qu’il nous envoyât des hommes propres à son œuvre[13].

   Ainsi la prière pour les vocations devient-elle un “mot d’ordre” pour tous les Oblats. La messe est le moment par excellence de cet exercice spirituel, car le Christ se donne à nous par le sacrement mémorial de sa passion. Le Fondateur est convaincu de la parfaite union d’amour avec le Christ dans l’eucharistie : “(…) Je m’unirai à vous demain au pied de l’autel de notre puissant patron St Joseph pour lui demander l’augmentation de la famille[14] Voilà pourquoi l’Oblat doit prier surtout après la sainte communion, afin que le Seigneur augmente le nombre d’ouvriers de sa moisson.



[1] Cf. GIORDANI B., La vocazione risposta dell’uomo à la chiamata di Dio, in AA. VV., La vocazione per la Chiesa di oggi, Antonianum, Rome 1979, 81-92. Pour en savoir davantage, voir AA. VV., Vocazione comune e vocazioni specifiche, Aspetti biblici, teologici e psico-pedagogico-pastorali, a cura di FAVALE A., LAS, ROMA 1981.

[2] GRIEGER P., La communauté formative demain. Programmation et Direction par Objectifs, in Claretianum 17, 1977, 107-108.

[3] Il est vrai qu’“en dehors de la révélation d’un Dieu comme être personnel agissant par une volonté d’amour, une vocation personnelle au sens strict du terme est inconcevable : pour que l’homme réponde, il faut que Dieu soit conçu comme celui qui appelle”, BERNARD C. A., Traité de théologie spirituelle. (“Théologies”), Cerf, Paris 1986, 40-41.

[4] DE MAZENOD E., Lettre à M. Marcou, à Aix, la Ciotat, novembre-décembre 1821, in EcO 6, 92-93.

[5] Nous savons jusqu’où va la responsabilité du directeur spirituel : “Quando si tratta della decisione stessa, il ruolo di direttore (…) è quello di illuminare la scelta e mai di pesare direttamente sulla decisione”, BERNARD C. A., L’aiuto spirituale personale, op. cit., 41.

En d’autres termes, l’accompagnateur n’a que le devoir de “simplifier l’âme dans sa marche vers Dieu, l’aidant à se connaître et à s’accepter telle qu’elle est avec beaucoup d’humilité et de sincérité, et cela, afin qu’elle se donne plus parfaitement à Dieu et à l’accomplissement de sa volonté sur terre”, JETTE F., Guide pour le discernement et la culture des vocations sacerdotales oblates à l’usage des directeurs spirituels, op. cit., 8.

[6] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier. à Marseille, Rome, le 20 mars 1826, in EcO 7, 65.

[7] DE MAZENOD E., Lettre au P. Tempier, à Aix, Grans, 24 février 1816, in EcO 6, 20.

[8] Cf. BLANCHETTE G., La pensée de Mgr de Mazenod sur les moyens de recrutement, in EO_ 19, 1960, 196-218 ; LAWLESS W., How to make all Oblates vocations-minded, in EO_ 17, 1954, 240-247.

[9] DE MAZENOD E., Lettre aux pères Mye et Honorât, au f. Guibert, à Nîmes, Paris, le 2 juin 1825, ibid., 180 ; cf. ID., Lettre au p. Guinet, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 22 octobre 1853, in EcO 11, 169.

[10] Luc 10, 2.

[11] ID., Lettre à M. Guigues, à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 7 avril 1835, in EcO 8, 137.

[12] ID., Lettre au p. Soullier, à Nancy, Marseille, le 14 avril 1856, in EcO 12, 9.

[13] ID., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 9 novembre 1824, in EcO 6, 162.

[14] ID., Lettre au p. Richard, à N.-D. de l’Osier. Marseille, le 18 mars 1852, in EcO. 11, 78.