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II.1.2. Le service de l’Église

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    Nous avons certes remarqué que le Fondateur parle rarement d’un seul aspect de la “triade mystique” sans mentionner les deux autres. Dans ce sens les textes cités nous ont introduit à ce deuxième point qui est aussi un critère d’appréciation vocationnel1e de l’aspirant. Le service de l’Église ne saurait s’accomplir sans amour pour Jésus-Christ à qui s’identifie l’Église. Aussi l’Oblat dont la mission est de continuer l’œuvre du salut commencée par le Sauveur et les Apôtres[1] doit-il aimer et servir l’Église sans réserve.

“Il me semble que, quoiqu’en petit nombre, nous pourrons faire encore beaucoup de bien, consoler l’Église de tant de plaies qui la dévorent de tous côtés, écrit le Père de Mazenod à Tempier[2].

    Les armes de la vertu conviennent le mieux à cette lutte pour l’Église qui appelle au secours. L’Oblat ne saurait la servir sans se mettre à son écoute, sans partager ses vues et sans lui obéir. C’est à cela que les novices sont invités :

“L’Église attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse ; mais persuadez-vous bien que vous ne serez bon à quelque chose qu’autant que vous avancerez dans la pratique des vertus religieuses[3].

    Mais il n’y a pas que la vertu. Il faut en outre y mettre tout son talent, ses études, au profit de l’Église, afin de la défendre contre les erreurs doctrinales. Ainsi l’Oblat serait-il en mesure d’annoncer la foi pure aux pauvres. Voilà pourquoi l’aspirant devrait se préparer de manière à répondre efficacement à cette mission de la Congrégation en développant ses capacités intellectuelles, sans que cela nuise à sa vie de prière. Jamais le Fondateur n’a cessé de le redire à ses fils :

“En somme, écrit-il au p. Mille, il faut qu’à tout prix les sujets quels qu’ils soient, se prêtent à tout pour perfectionner leurs études et se rendre aussi propres à servir l’Église qui est menacée, attaquée dans ses doctrines par des hommes à qui l’habilité ne manque pas. Je me mets peu en peine que l’éducation se prolonge. L’essentiel est que rien ne demeure enfoui, que chacun tire parti de la dose de talents que le Seigneur lui a départie, en un mot que l’on se mette à même de défendre la vérité et le sacré dépôt de la foi, non seulement par la prière, mais par la parole et les écrits s’il le faut[4].

    L’aspirant oblat devrait donc savoir ce à quoi il s’engage et ce que l’Église attend de lui, un puissant secours. Pour cela toute sa vie devrait être sous l’impulsion de l’amour pour elle comme toute sa formation sera axée sur cette attraction. Le Fondateur insiste beaucoup sur cette dimension formative dans ses lettres.

“Il s’agit de former des hommes qui doivent être tout imbus de l’esprit de Jésus-Christ pour combattre la formidable puissance du démon, détruire son empire dans les âmes, édifier le monde pour l’amener à la vérité, servir l’Église dans les ministères les plus relevés et les plus difficiles[5].

    La force de l’Oblat dans l’accomplissement de ce ministère en Église vient de son grand amour pour Jésus-Christ, un amour qui n’est rien d’autre que l’héritage de la “dévotion salvatorienne[6] du Fondateur. Il s’ensuit que le candidat oblat devrait manifester son attachement à Jésus dès ses premiers pas vers la famille de Mgr de Mazenod. Sans l’assurance de ladite attitude, il serait moins probable qu’il soit motivé de servir l’Église.

    Ainsi le dévouement pour l’Église apparaît-il aussi comme un critère considérable pour l’appréciation de la vocation oblate. Car il est, “sous la plume du Fondateur, un élément indispensable de notre ‘esprit propre’, qu’il est la base même de la vie oblate[7]. Le candidat devrait le manifester concrètement dans son milieu de vie en se donnant pour les démunis de la société humaine.



[1] En effet, la spiritualité oblate considère l’Église comme la continuatrice de l’oeuvre de la Rédemption, comme l’unique moyen de sauver les âmes. Cf. LESAGE G., Thèmes fondamentaux de notre spiritualité, op. cit., 23.
[2] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Aix, Paris 12 août 1817. EcO 6, 34.
[3] ID., Lettre au p. Courtes et à la communauté d’Aix, Paris, le 22 février 1823, ibid.. 109.
[4] ID., Lettre au p. Mille, en Suisse. 6 juin 1831, in EcO 8, 26.
[5] ID., Lettre au p. Bellon, à N.-D. de Lumières. Marseille, le 30 août 1844, in EçO_ 10, 81.
[6] Pour reprendre l’expression de GRATTON H., Ibid., 158.
[7] LESAGE G., Ibid.. 11.