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II.1..1. La gloire de Dieu

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    Dans la plupart de ses lettres, le Fondateur insiste sur la gloire de Dieu qui doit animer tout Oblat. En effet, à l’exemple de Jésus “qui n’a jamais eu en vue que la gloire de son Père[1], l’Oblat doit tout mettre en œuvre, s’engager avec zèle dans le champ du Seigneur, afin que Dieu soit glorifié. De même qu’Eugène de Mazenod, face à la situation misérable de l’Église de France[2], devint prêtre afin de se donner à son service, ne visant en tout et pour tout que la gloire de Dieu[3], l’aspirant oblat devrait se laisser animer par le même esprit. Car seul celui qui se laisse imprégner de ce désir devient capable du renoncement et de l’oubli de soi. N’est-ce pas cela même l’attitude religieuse recommandée par le Christ à ses disciples[4] ?

    Or ce renoncement implique la disponibilité au ministère apostolique par lequel le religieux glorifie Dieu. Aussi l’aspirant Oblat doit-il renoncer à ses propres aises, afin de n’avoir envie que de la gloire de Dieu. Il suffit de rappeler les sentiments du Fondateur envers l’abbé Tempier, l’un de ses premiers compagnons, pour s’en convaincre.

“Mon cher ami, lisez cette lettre au pied de votre crucifix, dans la disposition de n’écouter que Dieu, ce que l’intérêt de sa gloire et le salut des âmes exigent d’un prêtre tel que vous. (…) On trouvera facilement des vicaires qui vous remplacent ; mais il n’est pas si aisé de rencontrer des hommes qui se dévouent et veuillent se consacrer à la gloire de Dieu et au salut des âmes, sans autre profit sur la terre que beaucoup de peine et tout ce que le Sauveur a annoncé à ses véritables disciples[5].

    Les premiers mots du Fondateur à l’abbé Tempier laissent croire qu’il est réellement animé d’un motif surnaturel et apostolique : la gloire de Dieu qui est la raison fondamentale qui doit stimuler la décision libre de celui qu’il invite à se joindre à lui. La preuve en est que le choix ne vise que celui qui a la capacité de faire prévaloir le plus grand bien au détriment des intérêts personnels, celui qui est conscient du sort réservé aux disciples du Christ. Tel est le type d’homme que voudrait Eugène de Mazenod, des hommes qui ont “la volonté et le courage de marcher sur les traces des Apôtres”, selon ses propres termes dans un passage plus haut de la même lettre.

    Mais il faudra attendre la réponse d’adhésion de Tempier pour que tout à la joie Eugène de Mazenod revienne plus explicitement sur le motif essentiel de la vie oblate :

“Votre seconde et votre troisième lettre m’ont confirmé dans l’opinion que j’avais conçue, et maintenant la pensée que nous parviendrons, malgré les obstacles, à travailler ensemble à la gloire de Dieu et à notre sanctification, me soutient au milieu de tous les chagrins que l’enfer m’a suscités depuis que je prépare de bonnes batteries pour détruire son empire[6].

    Le “oui” de Tempier vient confirmer les convictions d’Eugène de Mazenod et le détermine à ne poursuivre que la gloire de Dieu en compagnie des sujets qu’il appelle auprès de lui. Laissons-le en préciser les fondements dans une autre lettre à la même personne :

“Pour l’amour de Dieu, ne cessez d’inculquer et de prêcher l’humilité, l’abnégation, l’oubli de soi-même, le mépris de l’estime des hommes. Que ce soient à jamais les fondements de notre petite Société, ce qui, joint à un véritable zèle désintéressé pour la gloire de Dieu et le salut des âmes, et à la plus tendre charité bien affectueuse et bien sincère entre nous, fera de notre maison un paradis sur terre et l’établira d’une manière plus solide que toutes les ordonnances et toutes les lois possibles[7].

    Suivant cette ligne de conduite, le but de la Société ne saurait être atteint que par la pratique des vertus. Nous reviendrons sur ce texte combien important lorsque nous parlerons de vertus oblates, celles qui justifient la vocation interne du candidat. Il suffit pour l’heure de noter quelques-unes de ces vertus que nous considérons comme signes constitutifs de la vocation oblate. L’Oblat doit pratiquer l’humilité, l’abnégation et la charité fraternelle. Ce n’est qu’à cette condition qu’il pourra glorifier Dieu.

    Le souci de la gloire de Dieu retentit fortement lorsque le Fondateur exprime la joie et la reconnaissance pour l’approbation des Règles et de la Congrégation[8]. Tout à la joie, il exprime chaleureusement les nouvelles forces reçues de l’Église :

“Oh ! oui, il faut bien nous le dire, nous avons reçu une grande grâce ! plus je la considère de près dans toutes ses circonstances, plus je sens le prix du bienfait. Nous ne saurons jamais le reconnaître que par une fidélité à toute épreuve, par un redoublement de zèle et de dévouement pour la gloire de Dieu, le service de l’Église et le salut des âmes, surtout les plus abandonnées, conformément à notre vocation[9].

    L’approbation rassure et redonne souffle. Elle engage les Oblats à user de tous les bons moyens pour atteindre leur but apprécié par l’Église. Mais pour y parvenir, les vertus ne sont pas les seuls moyens. Il y a aussi des études efficaces et suffisantes. Voilà pourquoi le Fondateur se montre exigeant envers les sujets en formation, les scolastiques en particulier. Dans une de ses lettres au p. Mille, après leur avoir imposé l’étude des belles-lettres et de l’italien, il évoque la raison fondamentale de leur devoir qu’il faudrait toujours garder présente à l’esprit :

“Mais ne perdez jamais de vue que c’est pour Dieu que vous travaillez, que la gloire de son saint nom y est intéressée, que l’Église réclame ce service de vous. C’est vous dire de surnaturaliser vos études, de les sanctifier par une grande droiture d’intention, laissant tout amour-propre de côté, ne vous recherchant en rien ; par ce moyen les auteurs profanes peuvent vous élever à Dieu comme les Pères de l’Église[10].

    En somme, la gloire de Dieu est le premier sentiment qui doit animer tout candidat à la vie oblate. En elle sont intimement unis l’amour pour Jésus-Christ et l’amour pour son Église. En effet, “le culte de la gloire de Dieu constitue en particulier un élément nécessaire de l’esprit du Fondateur et de l’esprit de l’Oblat[11]. Cet esprit consiste essentiellement à glorifier la grâce de Dieu, sa miséricorde et l’amour dont il nous a aimés dans le Christ, et à l’étendre à tous les hommes. Et puisque cette grâce nous appelle à être unis dans le Christ, glorifier Dieu c’est donc travailler à l’utilité de l’Église : c’est par elle que Dieu est glorifié[12]. Voilà pourquoi Mgr Eugène de Mazenod en fait une condition d’admission[13].



[1] Cf. CHARLAND P.-E., Une retraite Oblate selon la méthode des exercices spirituels de S. Ignace, op. cit., 19.

[2] Cf. MORABITO J., Op. cit. ; LAMIRANDE E., Les pauvres et les âmes les plus abandonnées d’après Mgr de Mazenod, in EO_ 20, 1961, 7-8. Pour une ample information, voir LEFLON J., Eugène de Mazenod, Évêque de Marseille, Fondateur des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, I, Paris 1957.

[3] Cf. PETRIN J., “Le souci de la gloire de Dieu” dans la spiritualité de l’oblat, in EO 16, 1957, 3-19.

[4] “Si quelqu’un veut venir à ma suite, qu’il renonce à lui-même…”, Luc 9, 23, TOB. De cette édition viennent nos références bibliques.

[5] DE MAZENOD E., Lettre à M. l’abbé Tempier, à Arles, Aix, 9 octobre 1815, in EeO 6, 6-7.

[6] ID., Lettre à M. l’abbé Tempier, à Aix. ce 13 décembre 1815, In EcO 6, 13.

[7] ID., Lettre au p. Tempier, à Aix, Paris, le 12 août 1817, in EcO 6, 33.

[8] En 1826, par le Pape Léon XII. Cf. BALMES H., Oeuvres de Défrichement, in EO. 7, 1948, 5.

[9] ID., Lettre au p. Tempier, à Marseille, Rome, le 20 mars 1826, in EcO 7, 64.

[10] ID., Lettre au p. Mille, à Billens, Nice, le 3 janvier 1831, in EcO 8, 1-2.

[11] LESAGE G., Thèmes fondamentaux de notre spiritualité, op. cit., 10.

[12] Cf. CHARLAND P.-E., Ibid.. 20.

[13] CHARLAND P.-E., partant de l’article 697 de nos anciennes CC et RR : “Celui qui voudra être des nôtres devra… avoir le désir de servir uniquement Dieu et son Église, soit dans les missions, soit dans les autres ministères de la Congrégation”, conclut ainsi : “C’est pourquoi, tous les futurs Oblats, avant de s’engager dans la Congrégation, devront d’abord s’assurer qu’ils sont animés de cet unique désir de la gloire de Dieu”, Ibid., 18.