Ayaas ancien logo  

 

II.1. L’esprit de la Congrégation

.  

     Tout discernement des vocations oblates, nous venons de l’affirmer, devrait commencer par chercher si oui ou non le candidat correspond à l’esprit de la Congrégation. Telle considération aiderait à mieux scruter les autres critères qui authentifient la vocation religieuse de l’aspirant oblat. En effet, le cœur du candidat religieux doit vibrer au rythme de l’esprit de la Congrégation à laquelle il voudrait adhérer de tout son cœur. Cela suppose qu’il la connaisse avant de s’y engager[1]. Telle affirmation ne voudrait certes pas méconnaître le rôle du noviciat. Elle ne sous-entend pas non plus recevoir dès le début un Oblat accompli en la personne de l’aspirant. Mais il est un degré d’ignorance que ne peut tolérer Mgr de Mazenod.

“Je n’ai pas besoin de te recommander de faire bon accueil à ceux qui se présentent, écrit-il au p. Courtes, mais je dois te dire que celui-ci n’a aucune idée de ce qui se fait chez nous (un postulant). Il était disposé à se consacrer aux missions de Nice. M. Dauranson lui avait parlé de nous sans savoir tout ce que nous exigeons de perfection de ceux qui veulent s’enrôler dans une milice qui ne peut combattre le démon et le vaincre que par les armes de la foi à la manière des Apôtres[2].

    Un simple attrait éprouvé envers la Congrégation ne suffirait pas pour un engagement motivé[3]. L’attrait n’est qu’un signe secondaire de la vocation[4] comme nous le préciserons plus loin, en parlant de l’estime de la Congrégation[5]. Il serait donc absurde d’admettre un candidat en se basant simplement sur son attrait. Il faut en plus noter s’il correspond réellement à l’esprit de la Congrégation que le Fondateur définit très explicitement :

“Nous sommes, ou nous devons être de saints prêtres qui s’estiment heureux et très heureux de consacrer leur fortune, leur santé, leur vie au service et pour la gloire de notre Dieu. Nous sommes placés sur la terre, et particulièrement dans notre maison, pour nous sanctifier en nous entraidant par nos exemples, nos paroles et nos prières. Notre Seigneur Jésus-Christ nous a laissé le soin de continuer le grand œuvre de la rédemption des hommes. C’est uniquement vers ce but que doivent tendre tous nos efforts ; tant que nous n’aurons pas employé toute notre vie et donné tout notre sang pour y réussir, nous n’avons rien à dire : à plus forte raison quand nous n’avons encore donné que quelques gouttes de sueur et quelques minces fatigues. Cet esprit de dévouement total pour la gloire de Dieu, le service de l’Église et le salut des âmes, est l’esprit propre de notre Congrégation[6].

    Ce long passage nous aide à mieux saisir la portée de la vocation oblate. Les mots du Fondateur sont tellement clairs que notre explication risquerait de les obscurcir. Nous nous contentons de noter simplement que le dévouement à la gloire de Dieu, le service de l’Église et le salut des âmes “surtout les plus abandonnées” sont des éléments constitutifs de l’esprit de la famille religieuse d’Eugène de Mazenod sur lequel nous voudrions centrer notre attention. Il se crée cependant un malaise en voulant disséquer “la triade mystique de la Congrégation” que le Fondateur considère comme trois aspects d’une même réalité[7].



[1] D’où l’utilité des juniorats qui faisaient connaître la Congrégation longtemps avant de s’y engager, remplacés aujourd’hui par les pré-noviciats.

[2] DE MAZENOD E., Lettre au p. Courtes, à Aix, Marseille, le 30 juillet 1824, in EçO. 6, 157.

[3] Cf. Notre premier chapitre.

[4] Cf. DELBREL J., A-t-il la Vocation ?, Apostolat de la prière, Toulouse 1925 ; Ai-je la Vocation ?, De Gigord, Paris 1918.

[5] Cf. Notre quatrième chapitre, point IV.2.1.

[6] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Aix, Paris, le 22 août 1817, ibid., 37-38.

[7] Cf. LESAGE G., Thèmes fondamentaux de notre spiritualité, in EO_ 4, 9-11.