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I.5. Deux cas de renvoi

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   Le Fondateur est conscient des imperfections qu’offre la nature humaine. Il ne s’attend certes pas à recevoir des saints accomplis. Il en admet, corrige et encourage. Il forme à la pratique de vertus ceux qui lui offrent une probabilité de réussite. Mais en même temps il se voit obligé d’en renvoyer. A quoi se réfère-t-il ? Sans doute aux éléments notés précédemment, surtout les plus importants, ceux dont le défaut et l’affaiblissement entraînent la perte d’aptitude vocationnel1e du candidat.

“Je ne sais pas si on vous a appris que Perbost a été congédié par défaut absolu de capacité, indépendamment de sa grossièreté au-delà de ce qui peut être toléré. Il faudrait pendant leur noviciat examiner les sujets sur leur talent. Je ne prétends pas que l’on admette que des aigles, mais il est un degré d’ignorance et d’incapacité qui ne peut être admis. Celui-ci n’avait pas même la piété en partage[1].

    Le message ainsi adressé à un maître des novices montre combien le Fondateur tient à sa volonté de “réforme”. Il faut s’attaquer d’abord à la source qui conditionne le reste. Ici apparaît également l’un des objets prioritaires du discernement vocationnel : les talents dont il ne faudrait jamais oublier de s’assurer. De la grossièreté, le Fondateur pourrait espérer une correction fraternelle, mais le manque de capacité entraîne la remise en cause de la vocation. Il n’y a donc pas de demi-mesure.

    Le second cas nous instruit davantage sur la fermeté de Mgr de Mazenod. En effet, élargissant l’horizon des critères d’admission, il porte nos regards sur un autre motif d’exclusion non moins important : la fréquence des sacrements. Rien de plus étonnant que de voir un novice prêtre oublier son devoir d’état ! Ce qui est inacceptable.

“Je n’attendrai pas votre compte rendu pour décider que M. Trevelot ne fait pas pour nous, écrit le Fondateur. Il faut le congédier poliment sans le moindre délai. (…) je trouve que vous avez beaucoup trop attendu. Dès qu’il se permit des équipées telles que celle de ne pas dire la messe, pour ne pas attendre il fallait reconnaître qu’il ne faisait pas pour nous et le renvoyer sur-le-champ[2].

   Il apparaît clairement ici que le Fondateur voudrait communiquer sa “passion” envers l’eucharistie et son grand amour du Sauveur à tous ses fils[3]. Le religieux Oblat ne doit jamais négliger la messe, car “le grand moyen d’amener les hommes à cette union (entre les enfants des hommes et Jésus-Christ) et de la nourrir c’est bien, en effet, le renouvellement sacramentel du sacrifice du Sauveur et la communion à son corps et à son sang. (…) les pécheurs, ceux qui ne viennent pas s’asseoir au banquet eucharistique, ne conservent point avec leurs frères ce lien de sang[4]. Voilà pourquoi il renvoie un novice prêtre qui ne tient pas à son premier devoir ecclésial.

    En conclusion, il ressort de ces témoignages que le Fondateur n’a qu’un souci majeur, celui de former un religieux qui réponde le mieux aux attentes de l’Église. Le candidat oblat qu’il voudrait se reconnaît par ses vertus, ses talents et ses autres bonnes dispositions qui lui permettent de réaliser la mission de la Congrégation. Les éducateurs devraient en tenir compte par obéissance aux directives des premières Règles de la Société[5]. Chose évidente, c’est que le Fondateur tient à ce que les aspirants soient minutieusement examinés avant leur admission tout comme les novices et les scolastiques avant leurs engagements dans l'Église. Et ce discernement doit tenir compte de trois aspects qui sont les motifs, les vertus et les talents :

“Recevez donc tous ceux que le bon Dieu nous envoie, écrit-il au p. Vincens. Cela ne veut pas dire que vous les receviez sans examen. Au contraire appliquez-vous à bien discerner les motifs qui les amènent, à peser leurs vertus et à juger de la suffisance de leur talent[6].

    Les trois aspects précisés clairement dans ce beau passage feront chacun l’objet de nos trois chapitres prochains qui n’auront d’autre but que la mise en application de la recommandation du Bienheureux Père. Nous espérons fournir, au terme du parcours, la réponse à la grande question que pose l’Église en matière de discernement vocationnel, à savoir : “Comment reconnaître les signes de Dieu dans une situation donnée, et face à certains choix ?[7].



[1] DE MAZENOD E., Lettre au p. Vincens. à N.-D. de l’Osier. Marseille, le 20 mai 1849, in EcO 10, 242-243.

[2] ID., Lettre au p. Vandenberghe, à N.-D. de l’Osier , Marseille, le 24 août 1854, in EcO 11, 234-235.

[3] Cf. LAMIRANDE E., Le Sang du Sauveur. Un thème central de la doctrine spirituelle de Mgr de Mazenod, in EO_ 18, 1959, 363-381.

[4] ID., Ibid.. 3G8-369.

[5] “Il est important, pour le bien de l’Église et pour procurer à notre Société le moyen d’arriver à sa fin, de n’admettre dans son sein que des sujets capables, avec le secours de la grâce de Dieu, de la servir et de l’édifier. On ne saurait donc prendre trop de précaution pour s’assurer de la vocation de ceux qui sollicitent d’y entrer et pour bien connaître leurs vertus, leurs talents et leurs autres bonnes dispositions”, CC et RR 1818. p. 82, v. 5-10.

[6] DE MAZENOD E., Lettre au p. Vincens, à N.-D. de l’Osier. Marseille, le 12 août 1847, in EcO 10, 159.

[7] Cf. BARRUFFO A., Discernement, in DVS, op. cit., 271.