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I.4. Deux cas d'admission

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    La Congrégation se serait éteinte comme un feu de paille si le Fondateur n’opposait que refus et doute aux candidats. Certains autres sujets sont admis sans la moindre hésitation, ceux jugés aptes à vivre l’esprit oblat défini par la Sainte Règle. Mais sur quels critères se base-t-il ? La réponse ne se fait pas attendre :

“(…) Je veux pourtant vous recommander moi-même, écrit-il au p. Vincens, le postulant que m’adresse le p. Moreau. Vous l’admettrez le plus tôt possible au noviciat où il mérite d’être introduit par la constance et la générosité de sa vocation. Il a lutté contre son père et toute sa famille pendant plus d’un an et il a fini par se soustraire par la fuite à leur exigence[1].

    La constance est sûrement l’un des éléments qui authentifient l’appel de Dieu. Le candidat mérite l’admiration du Fondateur. Mais la raison évoquée ici nous paraît insignifiante quant à l’exécution de l’ordre d’admission. Car n’importe quel jeune en quête de liberté personnelle peut se dérober à ses parents. Il faut donc un autre motif pour nous convaincre :

“Vous serez charmé de son caractère déterminé. Il en a eu besoin pour prendre une détermination qui exigeait de la force et du caractère. Le p. Moreau me l’envoie comme un bouquet pour ma fête. Il me le donne comme un très bon sujet. Ce jeune homme (…) a passé une année au grand séminaire où il a fait sa philosophie. Il s’y est distingué par son application à l’étude, par sa piété et même sa ferveur. Il a les talents au-dessus de l’ordinaire, de l’ardeur dans le caractère et une forte santé[2].

    Ce passage nous présente une liste des critères qui suscitent la satisfaction du Fondateur : la force, le bon caractère, l’application à l’étude, la piété, la ferveur, la santé, le talent, autant de valeurs favorables à la vie religieuse oblate.

    Il serait cependant incomplet si nous ne nous intéressions pas à la vocation des frères (convers). Car leur cas nous offre d’autres éléments complémentaires à ce qui vient d’être dit en raison de la spécificité de leur vocation. En effet, la formation des frères doit se conformer aux exigences communes des membres de la Congrégation tout en veillant aux accents différents de leur vocation.

“Je n’ai que le temps de vous recommander le postulant novice que je vous adresse, écrit-il au p. Vandenberghe. C’est un homme de bonne volonté, capable des plus grands sacrifices pour le bon Dieu pour lequel il abandonne tous les avantages qu’il pouvait rencontrer dans le monde. (…), il a un autre genre de talent qu’il s’agira d’utiliser dans la Congrégation (…). Il est très fort pour l’écriture, il serait difficile de trouver un meilleur maître. Je vous donne cet avis pour que vous ne vous trompiez pas. Il s’agit de le façonner à la vie religieuse, de développer en lui les germes des vertus que le bon Dieu a placées dans son cœur avec une grande bonne volonté, et un dévouement parfait. Faites-en un bon religieux, et ne demandez de lui que ce dont il est capable et à quoi il est propre[3].

    Nous remarquons là encore l’importance que le Fondateur accorde aux talents et aux vertus, fussent-ils en germe. Le candidat Oblat doit être motivé par la pleine volonté de s’attacher aux exigences de la Congrégation[4]. Il doit être animé de l’esprit de désintéressement qui le rende disponible aux autres et aux attentes de l’Église.

    Mais toutes ces bonnes dispositions ne sont pas la garantie d’une vocation persévérante. En effet, rien de plus triste pour Mgr de Mazenod que de devoir renvoyer un candidat ou le dispenser de ses vœux, candidat pourtant apprécié positivement à son entrée au noviciat ! D’où vient le mal ? Le dernier point répondra à notre interrogation.



[1] DE MAZENOD E., Lettre au p. Vincens. à N.-D. de l’Osier, Marseille, le 6 novembre 1841, in EcO 9, 167.

[2] ID., Ibid.

[3] ID., Lettre à Monsieur Vandenberghe. à Notre Dame de l’Osier, Marseille, le 6 décembre 1852, in EcO 11, 108.

[4] Cf. Notre commentaire sur la volonté droite au deuxième chapitre, point II.2.2.