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I.3. Deux cas douteux

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   Dans certains autres cas, le Fondateur se voit dans l’embarras de se déterminer clairement. Nous voudrions les considérer comme cas douteux à cause de l’insuffisance d’éléments moteurs qui conditionnent toute vocation oblate. Les personnes acceptables, à sa grande satisfaction, ne sont que celles qui font preuve d’un minimum d’équilibre entre les vertus et les talents, comme le témoigne une de ses lettres au p. Honorât :

“Le p. Martin m’a parlé de deux jeunes gens qui fréquentent beaucoup notre mission et qu’il dépeint comme des modèles de vertu, mais ont-ils des talents ? Nous ne pouvons plus recevoir personne qui n’en soit pourvu parce que notre ministère en exige[1].

    Ce témoignage montre une fois de plus combien le Fondateur accorde de l’importance aux talents. Les vertus seules ne suffisent pas pour devenir Oblat dont la vocation est essentiellement missionnaire auprès des pauvres les plus abandonnés. Ce cas nous paraît bien douteux parce que les candidats, “modèles de vertu”, doivent faire preuve de leurs talents avant l’admission. Car le Fondateur ne tolère pas de demi-mesure qui compromettrait la mission de la Congrégation.

    Mais il est un autre cas plus clairement douteux que le premier. Il s’agit d’un candidat scrupuleux, cas sur lequel nous reviendrons lorsque nous parlerons de la santé psychique de l’aspirant oblat. Le Fondateur nous le présente en ces termes :

“Je suis tombé des nues, mon cher Courtes, en voyant le sujet qui m’a porté ta lettre. Qu’allons-nous faire de ce saint homme ? Il est rongé de scrupules et il ne porte pas sur sa face le signe de l’intelligence. (…) J’étais tenté de lui conseiller de retourner à Cotignac. Cependant après toutes les démarches que nous avons faites, je n’ai pas voulu rétrograder (…). Bref je consens à l’envoyer au noviciat, mais je crains que nous n’ayons pas fait une grande acquisition[2].

    Il importe de constater à la fois le doute et la tolérance du Fondateur, lui qui tient tant à la dimension intellectuelle de l’Oblat ! Telle attitude laisse croire à l’existence d’autres qualités du candidat qu’il admire. Il “tombe de nues”, ce qui veut dire qu’il est extrêmement surpris. Nous dirions même que le scrupule ne prête pas au manque de vocation. De fait, il pense le guérir “sous un régime d’obéissance”, ce qui n’est pas du tout rassurant[3].



[1] ID., Lettre au p. Honorât, à Nîmes. Marseille, le 9 mai 1828, in EcO 7, 158-159.

[2] ID., Lettre à Monsieur Courtes, supérieur des missionnaires à Aix, Marseille, le 12 février 1843. EcO 10, 3.

[3] En effet, certains spécialistes proposent quelques moyens de guérison quand le scrupule pose problème dans la vie consacrée ou sacerdotale. Cf. BERNARD C. A., L’aiuto spirituale, 3a éd., Rogate, Roma 1985, 121-125 ; GRATTON H., Essai de psychologie pastorale sur le scrupule, in Suppl. Vie Spirit. 48, 1959, 95-124.