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I.1. Circonstances

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    Certaines circonstances entraînent le Père de Mazenod à imposer des exigences nouvelles en matière de formation des sujets : d’une part, le mince résultat obtenu jusque là, et de l’autre, la comparaison avec d’autres maisons de formation où tout semblait bien marcher. Tout commence lors d’un voyage à Rome, 1825-1826. Il prend contact avec d’autres maisons de formation religieuse qu’il admire avec “envie”. Naît alors un profond sentiment d’inquiétude et d’insatisfaction, car il a la nette impression que la formation de ses sujets laisse à désirer. Il réfléchit, médite, prie puis communique ses sentiments au p. Tempier, compagnon de la première heure :

“Réfléchissez à ce que je vous ai dit dans une de mes lettres sur notre noviciat. Il n’est pas monté à mon goût. C’est un grand malheur qu’il soit comme cela. Il faut absolument en venir à ce qu’il n’y ait de novices que ceux qui veulent véritablement être tels, qui sollicitent cette faveur comme une grâce, sur la résolution desquels on puisse compter. Qu’est-ce que c’est que ces enfants qui viennent sans savoir seulement de quoi il s’agit, qui n’ont aucune disposition au recueillement, qui ont l’esprit volage, en un mot une très mauvaise tournure[1].

    “Une très mauvaise tournure”. Tel est le mal qui rongeait la jeune famille d’Eugène de Mazenod. Le fait que les candidats ne connaissent rien de la vie dans laquelle ils s’engagent prouve le manque d’un sérieux discernement des vocations. Il faut remédier à cette triste situation. Voilà qui mène le Fondateur à communiquer ses résolutions dans la même lettre, après avoir exprimé son admiration envers les novices rencontrés à Turin, Gênes et Viterbe. Il affirme avec autorité :

“Un noviciat qui soit vraiment un noviciat, où les sujets soient façonnés de main de maître, où on ait soin de leur inculquer tout ce qui tend à former un véritable missionnaire, d’où ils sortent pleins de vertus, faits à l’obéissance et pénétrés d’attachement et de respect pour les Règles et tout ce qu’elles prescrivent[2].

    Il nous apparaît clairement ici que le Fondateur ne voudrait accepter que des candidats qui connaissent d’avance le charisme de la Congrégation et qui sont animés d’une volonté ferme de le vivre durant toute leur vie. Telle volonté de réforme entraîne des exigences proportionnelles à la vocation reçue du Seigneur en vue du bien de l’Église. Dès lors, il se montrera sévère dans le choix de ses sujets. Mais quels sont les critères qui président au discernement ? La réponse à cette interrogation fera l’objet des pages suivantes.


[1] DE MAZENOD E., Lettre au p. Tempier, à Marseille. Rome, 26 novembre 1825, in EcO 7, 210.
[2] ID., Ibid., 210-211.