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Les Filles de la Divine Providence face à la pauvreté en Afrique

3.3.3. Prise en charge responsable

Dans la formation  des candidates à la vie religieuse, il s'avère nécessaire de  réserver une place importante à l’éducation de la prise en charge personnelle. Elle permettra à chaque membre de se sentir plus responsable dans tout ce qui est entrepris. Cela permet aussi de  ne pas devenir étrangère à la société après la formation.

 En effet, il est impérieux que les F.D.P. maintiennent la pers­pective de former des “femmes de terrain” dont le peuple a besoin au­jourd'hui, non pas des personnes, qui entretien­nent le paternalisme, habituées à résoudre le problème à la place des gens mais qui respon­sabilisent les intéressés dans la recherche des solutions. Les struc­tures actuelles, le style de vie et d'organisation des communautés re­ligieuses, la politique d'investissement, de ges­tion et de mobilisation des ressources matérielles qui dénotent une aggrava­tion de la dépen­dance matérielle posent question. 

En effet, les Évêques de la R.D.C. dans leur document sur “la prise en charge matérielle de l’Église par ses fi­dèles” cernent bien la probléma­tique : "Habituées à vivre de fonds en pro­venance de l'Europe et de l'Amérique du Nord nos commu­nautés semblent parfois se complaire dans cette dépendance à tel point que même dans une conjoncture natio­nale et internationale visiblement défavorable, au lieu de réagir positive­ment en recherchant des voies d'une autosuffisance fi­nancière, nos Églises recourent de plus en plus à l'aide extérieure"[1].

Nous croyons que pour répondre efficacement aux besoins de notre peuple, il faut bâtir d'autres chemins, en fidélité au charisme. Les efforts se font déjà sentir dans certains milieux mais la misère du peuple est telle que l’I.F.D.P. est appelée aujourd'hui à raviver le cha­risme de son fondateur. Cela invite tout le monde au travail comme le dit le Saint Père : "Le monde visible renferme en lui-même des res­sources qui sont mises à la disposition de l'homme... les ressources ne peuvent servir à l'homme que par le travail..."[2].

En effet, l'adaptation de la vie  religieuse en Afrique sera effective lorsque la formation dans le noviciat donnera une place de choix non pas seulement au spirituel mais aussi au travail manuel; lorsqu'elle descellera ou étudiera avec téna­cité tout ce qui fait obstacle au déve­loppement intégral de l'homme notamment le manque de prévi­sions économiques, la peur de l'innovation et de l'action à long terme, le paternalisme, la mentalité de mendicité et un esprit d'assisté per­pétuel, le mépris du travail manuel.

Une prise de conscience approfondie de tous ces obstacles aidera  à une libération réelle dans le Christ spécialement dans la formation, pour qu'à son tour le formé, pour la cause du peuple, affronte le monde sans y être perdu. Car, remarquons-le, notre formation tient parfois plus compte de nous-mêmes plutôt que des attentes de nos populations. Et pourtant, la libération que nous prônons doit nous permettre d’aider les pauvres à dépasser leur situation d'esclavage.

Somme toute, les F.D.P. appelées à être témoins du Christ dans le contexte socioculturel qui est le nôtre aujourd'hui, doivent se mu­nir des moyens efficaces pour être réponse aux signes des temps. Ne pourrions-nous pas imiter les premières Filles de la Divine Providence dans leur pratique économique, en occurrence : l'installation des ate­liers, la valorisation du travail manuel notamment l'agriculture, l’éle­vage et la pisciculture, des cantines ? Car, nous le savons tous, que la survie de la population est tributaire de ces moyens.

La formation intégrale nous semble plus que nécessaire pour ne pas former des religieuses de seconde main, celles qui ne vivent que d'attent­isme, incapables d'imaginat­ion.



[1] C.E.Z, Prise en charge matérielle de l'Eglise par ses propres fidèles, Kinshasa, 1994, p. 67.

[2] JEAN-PAUL II., le travail humain, lettre encyclique pour le 90ème anniversaire de l'encyclique Rerum Novarum, 1981, p. 57.