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Les Filles de la Divine Providence face à la pauvreté en Afrique

3.3.2. Fidélité à la culture africaine

L'inculturation de la vie religieuse en Afrique s'impose aujour­d'hui comme une urgence. Il serait un manque de ne pas y faire allu­sion.

En effet, selon ROELANDT, "c'est par la culture que l'homme s'ex­prime et se construit"[1]. Jésus, en qui nous croyons, est né dans une culture bien déterminée; il s'est servi de cette même culture pour ex­primer l'amour de Dieu. Pour plusieurs d'entre-nous, le mystère de sa personne et surtout de son message tient,  à la méconnaissance de la culture juive ; car "c'est à l'intérieur de cette culture que ses paroles, ses gestes  et ses actes prennent et livrent leur  sens véritable"[2].

Ceci nous amène à dire que le cadre culturel qui nous accueille prépare d'une manière ou d'une autre le message du salut. Des élé­ments culturels de chaque société sont là pour nous permettre d'ex­primer, de mettre en pratique la Bonne Nouvelle.

Dès lors, comment une religieuse de la Divine Providence aura-t-elle à profiter de la culture africaine pour faire passer aux pauvres de cette terre le message d'amour du Père ?

Dans l'attitude  à adopter face aux  pauvres, il est bon de savoir que pour l'homme africain, ce qui est primordial c'est l'être plutôt que l'avoir, autrement dit l'africain désire par dessus tout être reconnu en tant qu'homme. En d'autres termes encore, comme disait le père Motanyane : "pour les africains, la personne est première, ce qui veut dire que, dans leur vision des choses, les personnes comptent plus que l'argent, les richesses ou le temps. Pour eux, ces réalités sont au service des personnes. Elles servent à améliorer la vie  des hommes, elles sont au service de l'unité et de l'harmonie, elles sont faites pour célébrer la com­munion des uns et des autres. C' est pourquoi, malgré leur pauvreté, les Africains ont des fêtes dépassant tout"[3].

En considération de la personne, l'africain lui réserve une hospi­talité, un accueil, un temps remarquables; il vit en solidarité et  par­tage le peu qu'il possède. Ce sont là quelques éléments qu'une F.D.P. peut utiliser pour dire aux pauvres qu'eux aussi, ils ont du prix aux yeux du Seigneur. Essayons de faire quelque considération sur cha­cun de ces éléments (sensibilité africaine) sans prétention de nous étendre sur chacun d’eux.

- L'hospitalité fait de l'Afrique une terre accueillante même pour les étrangers, ce qui fait que l’attitude contraire à cette grande valeur devient un contre-témoignage pour ceux-là qui ont be­soin des F.D.P. Sur ce point, celles-ci doivent cultiver la générosité qui doit se manifester déjà dans l’accueil réservé aux gens. Cela montrerait que les communautés de F.D.P. sont réellement les "maisons de  Pro-vidence".

- Dans la tradition africaine, accueillir un étranger apportait la ri­chesse d'une autre culture; n'est-ce pas que les pauvres bien ac­cueil­lis ont aussi quelque chose à nous apporter ? Ne sont-ils pas nos maîtres? Et notre temps à qui le consacrons-nous ?

- La solidarité et le partage sont ces autres valeurs, qui, lors­qu'elles sont exploitées avec bon sens, rendent vivante la parole de l'amour. Elles permettent une véritable communion entre les per­sonnes de tout bord.

Certes, ces éléments ne sont pas vécus avec la même intensité  par tout le monde. "La difficulté de vivre  toutes ces valeurs réside plus dans le coeur de l'homme, lequel a besoin de conversion"[4]. Chaque personne pour les rendre effectifs dans sa vie a besoin de la grâce divine; seul l'amour qui est la loi universelle de l'évangile peut le rendre possible. 



[1] ROELANDT Robert, “Conférence sur culture et foi”, dans Telema, 1/79, p. 29.

[2] Cf. ROELANDT Robert, Op. cit., p. 35.

[3] Cf. MOTANYANE A., Op. cit., 473.

[4] Cf. MUSUMBI Jean B., Signification théologique de la vie religieuse. Cours donné à l’ISA, 1996-1997, p. 76.