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Signification théologique du "COR AMATOR PAUPERUM"

3.3. L’Église face à la pauvreté

  La tradition  de l’Église est nourrie de l'évangi­le;  tout ce qu'ont vécu et vivent les hommes de l’Église est le reflet de la vie en commu­nion avec le Christ. La première chose qui frappe c'est le Christ iden­tifié aux pauvres (Mt 25, 31ss).

Saint Vincent de Paul apprend à ses filles à reconnaître leur Maître Jésus dans les pauvres. Pour Charles de Foucauld, le pauvre est un crucifix vivant ,depuis le jour où il a découvert Jésus pauvre devant le cadavre d'un ouvrier mort de misère..."[1]. Mère Teresa, elle, identifie "les malades au Corps souffrant du Christ, le Christ est dans le corps brisé et les vêtements sales..."[2]. L'Abbé HOMERY, lui parle des membres indigents de Jésus-Christ.

Une fois de plus, ces quelques témoignages nous montrent le corps mystique du Christ dans lequel les pauvres ont une place privi­légiée. L’Église n'est pas une Église des riches mais des pauvres, car les apôtres n'étaient pas des misérables, mais des pauvres, des ou­vriers qui peinaient pour gagner leur vie (Lc 5, 5). De tout temps l’É­glise est conçue comme une société des tous les hommes rachetés par le Christ, des pauvres. Cette pauvreté de l’Église doit être perçue comme signe de l'Incarnation et comme mystère.

En effet, réunis en concile Vatican II, le Pape et les Évêques, dans leur message de réconfort au peuple souffrant, ont tenté de donner ré­ponse à ce grand mystère qu'est la souffrance : "La foi et l'union à l'Homme des douleurs, au Christ, Fils de Dieu, mis en croix pour nos pé­chés et pour notre salut est la seule vérité capable de ré­pondre au mys­tère de la souffrance et d'apporter un soulagement sans illusion"[3].

L’Église a le devoir de scruter les signes des temps et de les inter­préter à la lumière de l’Évangile. Le constat qui est fait est que  la transformation du monde se fait accompagner d'une grande crise, de sérieuses  difficultés.

"Jamais le genre humain n'a regorgé de tant de richesses, de tant de possibilités, d'une telle puissance économique; et pourtant une part consi­dérable des habitants du globe sont encore tourmentés par la faim et la misère, de multiples êtres humains ne savent ni lire ni écrire"[4].  Pour eux, cela dénote un déséquilibre fondamental, qui prend racine dans le coeur même de l'homme. Signe de sa faiblesse et de son pé­ché, "Il accomplit souvent ce qu'il ne veut pas et n'accompl­it point ce qu'il voudrait (Rm 7, 14ss).

Ils relèvent aussi que la production d'armes est source des mi­sères de notre temps. Des richesses immenses sont dépensées dans la préparation d'armes toujours nouvelles, et il devient impossible de porter suffisamment remède à tant de misères présentes de l'univers. "La course aux armes blesse l'humanité et lèse les pauvres d'une manière intolérable"[5].

Ainsi, l’Église ne reste pas indifférente à cette situation, elle s'en­gage de manière efficace. Pour définir sa mission, il est bon de partir de la mission même du Christ, de son identité.

Le Christ a accompli son oeuvre rédemptrice dans la pauvreté et la persécution; ainsi l’Église est-elle appelée à prendre la même voie pour communiquer aux hommes les fruits du salut. Le Christ Jésus : "possédant la nature divine... s'est anéanti lui-même en prenant la nature de l'esclave" (Phil 2, 6) et pour nous, il s'est fait pauvre, de riche qu'il était (2 Cor 8, 9). Telle est aussi l’Église, même si elle a be­soin de ressources humaines pour remplir sa mission, elle n'est pas établie pour rechercher la gloire terrestre, mais pour prêcher, par son exemple même, l'humilité et l'abnégation. Le Christ a été envoyé par le Père "pour évangéliser les pauvres ... guérir les coeurs brisés" (Lc 4, 18), "chercher et sauver ce qui était perdu" (Lc 19, 10). "De même l’É­glise entoure tous ceux qu'afflige l'infirm­ité humaine. Elle reconnaît dans les pauvres et en ceux qui souffrent l'image de son fondateur pauvre et souffrant..."[6].

Il est dit surtout aux prêtres de considérer que les pauvres et les petits leur sont confiés d'une manière spéciale, car le Seigneur lui-même, le Grand Prêtre, avait partie liée avec eux. Sur ce, que leur maison soit installée de manière simple, pour que même les plus humbles puissent y venir sans honte.

Cette invitation est adressée d'une manière ou d'une autre  à tout le monde, que tous brûlent d'un zèle ardent à l'égard surtout de ceux qui sont pauvres pour leur annoncer la Bonne Nouvelle. L’Église est cette instance où tous ceux qui souffrent : les pauvres, les indi­gents, les malheureux,  les malades, les prisonniers, ceux qui ont faim, qui pleurent, doivent trouver le repos. Elle a pour mission de dire à tous ceux-là : "Venez à moi..." (Mt 11, 28).           

Pour conclure, disons que ces quelques réflexions menées à partir surtout des extraits de l’Évangile vont nous permettre de regarder avec réalisme notre manière propre de vivre le "COR AMATOR PAU-PERUM" en terre d'Afrique.



[1] GAUTHIER Paul, Op. cit., p. 61-62.

[2] GORREE Georges et BARBIER Jean, Mère Teresa de Calcutta, Tu m'apportes l'amour, Paris, éd. Le Centurion, 1975, p. 137.

[3] VATICAN II, “Message du Concile”, Fides, Montréal et Paris, 1967, p. 652.

[4] Vatican II, Gaudium et Spes, Constitution pastorale "de Ecclésia in mundo huius temporis, 1965, n. 4, 1er § .

[5] Ibid., n 81, 2è et 3è §

[6] VATICAN II, Lumen Gentium, Constitution dogmatique de "Ecclésia", 1964, n. 8, 3è§.