Ayaas ancien logo  

Signification théologique du "COR AMATOR PAUPERUM"

3.2. Pauvreté comme arme de libération des pauvres

Un premier texte de l’Évangile  nous donne à réfléchir: "Or, ayant levé les yeux, Jésus vit une grande foule qui venait à lui. Il dit à Philippe : "Où achèterons-nous des pains pour qu'ils aient de quoi manger ?" (Jn 6, 5). Chose évidente, Jésus demande à ses disciples d'être attentifs aux hommes et aux femmes d'aujourd'hui afin de dis­cerner leur vrai besoin et de les secourir. Comme lui, ils doivent être capables de percevoir les appels du monde, ou mieux  les signes des temps. Seule la prière profonde porte inévitablement à cet ardent dé­sir de regarder le monde dans ses besoins matériels et spirituels.

Jésus s'identifie aux pauvres non pour que les pauvres demeu­rent éternellement dans leur condition de pauvreté mais pour qu'ils s'en li­bèrent. Il vient améliorer la vie du genre humain afin que tous soient intégralement sauvés. Son option préférentielle pour les pauvres est clairement définie en l'occurrence dans ce passage de l’É­criture. "L'Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu'il m'a consacré par l'onctio­n, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m'a envoyé annon­cer aux captifs la délivrance et aux aveugles, le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur" (Luc 4, 16-21).

En effet,  face aux abus de la royauté, les Israélites n'avaient   qu'à attendre la venue du vrai Roi, de Celui qui au nom de Dieu, viendrait instaurer un Royaume nouveau, fait de justice et de paix. En d'autres termes, "Celui qui devait établir un Royaume différent de tous les royaumes de la terre"[1].

Dans un autre passage, Jésus redresse la femme courbée un jour de sabbat dans la synagogue (cf. Lc 13, 10-17). Sensible à la misère de cette femme, tout en enseignant, le Seigneur la regarde, la fixe de ses yeux aimables et lui adresse la parole que personne n'a osé lui adres­ser. "Femme, te voilà libérée de ton infirmité", puis il lui impose les mains. Sans attendre la sollicitation de la malade, Jésus prend l'ini­tiative de la rétablir dans sa dignité de fille d'Abraham". Ce qui choque le chef de la synagogue.

Continuateurs de Jésus, les disciples du Christ perpétuent son action sous la mouvance de l'Esprit Saint. Ils ne doivent pas avoir peur de soulager la misère du monde, voire opérer des guérisons  mi­ra­culeuses. Dieu ne cesse d'agir à travers sa présence mystérieuse dans son Église. Jésus n'a-t-il pas dit : "je suis avec vous tous les jours jus­qu'à la fin des temps ? (Mt 28, 20).

Le fondateur de l'I.F.D.P. s'était vu lui-même libéré intérieure­ment de son indignité, des biens matériels (héritage familial). Il  avait osé embrasser l'état ecclésial par lequel le Seigneur l'avait ainsi consacré à lui. Pendant tout ce temps, il était resté libre face aux préjugés de ses collègues, aux moqueries de ses compatriotes ainsi qu'à toutes sortes des contradictions. Aussi, Dieu avait fait de lui un libérateur des opprimés. "Ce Dieu de bonté a bien voulu  se servir du dernier et du plus indigne de ses ministres pour couvrir d'une manière décente ses membres indigents. Il a bien voulu lui donner malgré son in­dignité un coeur assez compatissant aux besoins des  pauvres pour par­tager avec eux un pain qu'il n'a lui-même qu'à l'appui de son travail"[2].  

Ce souci de libération s'était manifesté en lui aussi  dans le pro­jet de faire disparaître de son village la maison où se commettaient beaucoup de péchés. Les choix d'apostolats que l'Abbé Guy HOMERY avait recommandés aux soeurs nous montrent une fois de plus com­bien il voulait atteindre l'homme de son temps dans ses conditions de précarité. C'est vers les orphelines, les enfants sans instruction, les malades de campagnes, les adultes en recherche de Dieu que furent envoyées les premières Soeurs pour les servir et leur annoncer la Bonne Nouvelle.

Ainsi, les F.D.P., dans l'aujourd'hui de l'Afrique, devront faire que chaque personne retrouve sa grandeur d'homme debout, actif, ca­pable de prendre son destin en main. Qu'au nom de Jésus, elles se lè­vent et fassent marcher quand paralysent l'épreuve de la faim, la maladie, la violence, l'oppressi­on, l'injustice, etc.



[1] DECLOUX Simon, Inactualité de la vie religieuse, col 4,  (vie consacrée ), Bruxelles, 1993, p. 131.

[2] HOMERY Guy, Op. cit., f° 13, p. 9.