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Signification théologique du "COR AMATOR PAUPERUM"

3. Les attitudes de Jésus face aux pauvres

L’Écriture Sainte nous présente Jésus comme un pauvre. Quelques  affirmations  de l’Évangile  nous montrent  que Jésus a bel et bien épousé la pauvreté par amour pour les pauvres.

3.1. Pauvreté par amour pour les pauvres

Une lecture attentive de l’Évangile suffit pour découvrir combien Jésus a voulu être pauvre. De fait, "Il est né pauvre, dans une crèche; a vécu dans une famille ouvrière, d'humble artisan de village, Lui-même charpentier(Mc 6,3 ); Il dira un jour: "le Fils de l'Homme n'a pas où repo­ser sa tête" (Mt 8, 20). Il est mort dans l'extrê­me pauvreté, crucifié hors de la ville"[1]. Cette dimension de la pauvreté de Jésus peut aussi être clairement comprise  dans sa relation quotidienne avec les pauvres de son temps. Dieu l'a consacré par l'onction et l'a  envoyé annoncer la Bonne Nouvelle aux pauvres en prenant leur condition de vie. Ainsi Jésus peut-il inviter tous ceux qui peinent à aller à Lui car Il est "doux et humble de coeur" (Mt 11, 29); auprès de lui ils auront la consolation. Sa solidarité avec les pauvres, Il la manifeste jusqu'à la passion en assumant sa souffrance (Mt 27, 35.43.46). C'est justement à la croix qu'il inaugure la délivrance de tous ceux-là qui souffrent.

Jésus s'est aussi identifié aux pauvres, avec ceux qui avaient faim, soif ou étaient nus, malades, prisonniers, etc. L'épisode du ju­gement dernier nous le montre explicitement : "J'ai  eu  faim, vous  m'avez donné  à  manger, j'ai eu  soif, vous m'avez donné à boire, nu et vous m'avez vêtu, étranger, vous m'avez accueilli, malade vous m'avez vi­sité, prisonnier vous êtes venus me voir" (Mt 25, 31ss).

Le Christ voudrait nous dire  qu'il est présent dans le prochain à qui l'on rend service. Aussi avant d'être une question de charité, la relation au pauvre est une question de foi. C' est pour inciter à la compassion que Jésus recommande l'aumône : "A qui te demande, donne, à qui veut t'emprunter, ne tourne pas le dos" (Mt 5, 41).  Vendez vos biens et donnez-les en aumônes"(Lc 12,33). "Donnez donc plutôt en aumône ce que vous avez, et  tout pour vous sera pur" (Lc 11, 41).

En  effet, Jésus  était attentif aux pauvres, aux abandonnés, aux pécheurs mais il  n'avait jamais été d'accord avec la pauvreté, ni avec la misère. Sa pauvreté était un choix libre pour montrer que les biens matériels ne doivent pas être en premier dans la vie. Ils ne peuvent être utiles que lorsqu'ils sont signe annonciateur du Royaume.

 L'Abbé Guy HOMERY a cherché à imiter Jésus.  Sa pauvreté  fut également un choix libre par amour pour Jésus, pour être semblable au Christ[2]. Il reconnaît que tout lui vient de Dieu, il ne s'attribue rien. Humilié, contrarié, combattu, livré aux moqueries de ses compa­triotes à cause de l'oeuvre qu'il entreprenait, il ne se découragea point, conv­aincu que c'est l'oeuvre du Seigneur qu'il réalisait et non la sienne. Il se reconnaît vil instrument dont Dieu se sert pour réaliser son oeuvre et c'est à lui seul qu'il le  doit." Je crois et j'ai toujours cru que je ne pouvais rien sans lui" (H.F.f 25).  Ceci nous montre une fois de plus combien l'Abbé HOMERY fut lui-même conscient de sa pau­vreté. Cet esprit l'avait aidé à devenir comme le Christ, signe du Royaume.

En fidélité aux enseignements de son Maître et pris de compas­sion pour les pauvres de son temps, Guy HOMERY avait cherché à ti­rer de la misère les enfants pauvres, ceux-là qui ne trouvaient  à man­ger qu’avec  peine malgré les travaux et la sueur de leurs parents.

La description de cette pauvreté reflète l'image même que donne le Christ au chapitre 25 de Saint Mt. "Les voici ces enfants qui ont lan­gui dans la misère depuis leur naissance... abandonnés à la faim, à la nudité  à toutes les autres misères de la pauvreté  et plongés dans les té­nèbres de l'ignorance..."[3].

Guy HOMERY invitait ses frères les nantis à la compassion, au partage, à la justice divine. Qu'ils ne se contentent pas d'admirer son oeuvre mais qu'ils s'y impliquent. "Mes chers frères, êtes-vous, au moins, disposés à coopérer à cette bonne oeuvre par vos aumônes, à pro­portion de vos facultés ?... on veut user seul de ses biens sur la terre, on ne se refuse rien, on donne même, contre toute justice, dans des dé­penses inutiles, pour contenter ses goûts et sa cupidité, tandis que qu'on voit de sang-froid son frère languir dans la misère"[4].

Par là, Guy HOMERY s'associait et associait ses frères à l'avè­nement du  Règne de Dieu dont Jésus était le signe annonciateur.  



[1] GAUTHIER Paul, Les Pauvres ,Jésus et l'Eglise, Paris, éd. Universitaires, 1963, p. 58.

[2] PERSON A., Op. cit., p. 372.373

[3] HOMERY Guy, Op. cit., f° 13, p. 8.

[4] Ibid., f° 19, p. 11.