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Signification théologique du "COR AMATOR PAUPERUM"

1.1. L'abandon total à Dieu et la confiance audacieuse

Les religieuses réalisaient, à travers l'enseignement du "COR AMATOR PAUPERUM " que l'appel de Dieu  exigeait d'elles de sortir et de quitter leur pays  (cf. Gn 12, 1)  afin de se consacrer aux membres indigents  de Jésus. S'interrogeant sur l'avenir de sa congrégation, le fondateur reconnaissait que ses religieuses l'aideraient pour l'ac­complissement de son oeuvre: "...Qui pourra m'aider, écrivait-il, dans cette bonne oeuvre?... Ce sera vous, mes chères soeurs, qui avez tout quitté pour vous consacrer au service des membres indigents de Jésus"[1].

 Ainsi, "sortir de son pays", "tout quitter" étaient sûrement le fruit  d'une expérience de communion avec Dieu et de confian­ce abso­lue en Lui. Elles avaient donc accepté de  quitter leur coeur pour en­trer dans  celui de Jésus. En effet le Christ est celui qui a manifesté un amour sans limite pour les pauvres, lui-même étant le premier pauvre. Accepter d'entrer dans le coeur de Jésus, c'est reconnaître les limites de l'amour humain et accepter d'apprendre à aimer avec  Jésus (1 Co 6, 17).

 Cet abandon total  s'exprimait entre autres dans le style de vie des premières religieuses  de la Divine Providence, qui s'exerçaient  à  mener "la vie des pauvres". Pendant plusieurs années elles n'avaie­nt qu'un habit. Le samedi, elles se retiraient chacune dans sa cellule pour le raccommoder et le mettre dans un état de propreté et de dé­cence convenable pour le dimanche. Cette situation de dénuement, en quelque sorte voulue par le Fondateur, n'était rien d'autre que l'ex­pression d'une pauvreté volontaire et cela en vue d'une richesse meil­leure et stable (He 10, 34); C'était aussi pour elles une façon de de­venir plus libres et plus ouvertes à Dieu, à qui elles devaient faire confiance, et aussi une manière de  manifester leur solidarité avec les plus démunis.

En effet, la pauvreté est d'abord une question d'être plus que d'avoir, une attitude de l'esprit par laquelle la personne consacrée se revêt du Christ et s'abandonne à Dieu. C'est le genre de vie que Jésus lui-même a embrassé, quand il est venu dans le monde pour faire la volonté du Père et qu'il a proposé  aux disciples qui l'ac­compagnaient. Suivre Jésus,  c'est réactualiser la réalité de sa pauvreté, ce qui ne si­gnifie nullement une négation des valeurs inhérentes au désir légi­time de posséder.

Bien que " quitter le pays" et "sortir du pays" devaient se réaliser d'abord dans le coeur de chaque religieuse pour rejoindre celui du Christ, la congrégation a dû penser également à répandre la Bonne Nouvelle auprès des pauvres d'autres pays. Ainsi en 1861, outre la Maison-Mère, l'Insti­tut comptait vingt-huit communautés où vivaient cent trente religieuses. Elles avaient comme consigne de se soutenir  "par les liens d'une charité qui se dilatent et qui n'empêch­ent point qu'on aille, quand il le faut, jusqu'aux extrémités du monde"[2].

 Après plus d'un siècle le rêve de traverser les mers, qui avait mûri silencieusement, avait vu le jour. En septembre 1951, les reli­gieuses de la Divine Providence s'installèrent en R.D.C. Simplement et mo­destement, elles vivaient le "COR AMATOR PAUPERUM". Nous y re­viendrons dans la suite.



[1] HOMERY Guy, Histoire de la fondation, Op. cit., f° 16, p.10.

[2] Règle de Vie, op. cit., p. 31.