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Notice sur la vie de Guy HOMERY, Fondateur de l'I.F.D.P.

1. Naissance de Guy HOMERY

A l'aube de la Révolution française (1789),  le 25 août 1781,  Guy‑Louis‑Pierre HOMERY a vu le jour  dans une famille paysanne de la ferme des Demennes, du village de la Giclais, commune de Ploubalay, en France. Fils de Pierre et d'Angélique HOMERY, Guy HOMERY était le sixième de huit enfants. Il est né d'une famille chrétienne,  unie par l'amour et par la foi. Forts de leur foi, ses pa­rents l'ont amené à l’Église le jour même de sa naissance pour le faire baptiser.

 Tout au long de sa vie, ses parents ont consciencieusement pris soin de lui. Ce qui fait que très tôt, Guy HOMERY  fréquenta le caté­chisme. Sa vie chrétienne et morale évoluaient sans problème, car sa mère, dans ses responsabilités, apprenait à ses enfants à connaître, à aimer et à servir Dieu. C'est sous cette influence que Guy HOMERY ouvrait son âme à Dieu. Il prenait goût à tous les exercices de piété.

Quand  Guy  HOMERY  vint au monde, la société française était partagée en trois classes fermées: le clergé et la noblesse qui for­maient la classe des  privilégiés. A côté d'elle, il y avait la haute bour­geoisie composée d’hommes riches exerçant des fonctions de lois, des officiers d'administration et des financiers. La troisième classe était celle des paysans. Parmi ces paysans, certains étaient  propriétaires de quelques terres et d'autres constituaient la main-d'oeuvre. Cette der­nière classe  comportait les trois quarts de la population. Les pay­sans, dans leur ensemble, menaient une  existence pénible. Ils étaient soumis aux règlements de corporation et contraints à de longues journées de travail pour un maigre salaire. Ils  subissaient également de lourdes charges comme les redevances et les corvées.

 Pour maintenir cette classe de paysans dans son sous-dévelop­pement, la classe supérieure lui interdisait l'accès à l'instruction.  Cependant, ici et là,  quelques hommes reçurent un minimum d'ins­truction. La femme paysanne, quant à elle, ne pouvait en aucun cas  accéder à l'instruction; il paraissait malséant qu'elle passe des exa­mens devant un jury masculin.

Cette vie misérable favorisait diverses épidémies  telles que la dy-s­enterie et le choléra. Un enfant sur deux mourait, d'autant plus que les soins médicaux étaient quasi inexistants.

Des gens sans métier  se livraient à la mendicité, surtout des pe­tites filles pauvres et orphelines. Tous les vices qui sont la suite ordi­naire de la mendicité frappaient la société, notamment la multiplication de "cabarets"[1] qui avaient augmenté les occasions des gestes violents et d'ivrog­nerie[2]. Cependant, une prise de conscience de cette situation difficile et misérable  amena cette  classe de paysans  à vouloir s'émanciper . Elle se mit surtout à lutter  pour obtenir une meilleure répartition des obligations et des droits.

Dans ce contexte confus, la famille HOMERY ne comptait pas parmi les plus démunies d'autant plus que le père  faisait partie des  artisans qui avaient reçu une petite instruction et partageaient leur temps entre leur métier et la culture de la terre. Il était propriétaire d'une ferme dénommée "Demennes". Son instruction semblait être considérable par rapport à  celle d'un bon nombre de ses concitoyens. On disait ainsi  de lui qu'il était "notaire".

De son côté, l’Église française de l'époque n'était pas  distincte de l’État. "Le catholicisme était la religion d’État"[3], seule  tolérée par les lois du Royaume. Le Roi avait grand pouvoir sur l'Église dont il proté­geait les libertés et les coutumes face à l'autorité romaine. Ainsi, le clergé remplissait diverses fonctions au service de la cité. Il te­nait les registres d'état civil, entretenait les hôpitaux  et avait la charge de l'enseignement. Les nominations aux postes importants étaient faites par le Roi ou par des patrons laïcs souvent plus sou­cieux d'assurer des revenus à leurs protégés que de promouvoir l’É­vangile.

Ainsi la Révolution française de 1789 n'épargna pas l’É­glise de Bretagne et de toute la France. Ayant pris conscience de leur res­pon­sabilité auprès du peuple, les trois quarts des curés députés, en­traî­nant quelques évêques, se joignirent au petit peuple. "Cela leur valait la confiscation des biens, suivie de la sécularisation des personnes: in­terdiction des voeux religieux dans tous les monastères"[4] et fermeture de tous les couvents. La suite de l'histoire de l’Église jusqu'à peu près 1801 fut un chemin de croix. L’Église était en effet soumise à une constitution civile sans aucune négociation avec le Pape. Elle tendait à transformer les évêques et les curés en fonctionnaires du culte. Cette constitution fut  à l'origine d'une scission au sein de l'Église de France : ce fut une période de persécution et de terreur. Il y eut  beaucoup  de martyrs dans les rangs des "Hommes d’Église".

La dégradation de la  situation politique de l'époque entraînait une déchéance religieuse. Les missions étaient interdites dans le dio­cèse de Guy HOMERY; le Collège ecclésiastique de Saint‑Malo fut supprimé.

C'est seulement en 1814, lorsque l'Abbé Jean‑Marie de La Mennais prit la gestion du diocèse,  qu'on  préconisa la  création de petits séminaires, d'écoles primaires rurales, de missions populaires, ainsi que la restauration des instituts religieux de femmes et la  créa­tion de congrégations pour les jeunes gens. Cet effort s'accomplis­sait  d'ailleurs dans toute la France. Des orphelinats et des "Maisons de Providence" étaient  créés dans de nombreuses régions, où elles furent à l'origine de plusieurs congrégations.



[1] "Cabaret", c' est une maison où se commettaient beaucoup de péchés. Justement, le premier établissement de l' abbé HOMERY était un"mauvais cabaret" converti en maison de la providence. Nous y reviendrons plus loin.

[2] CATHOLICISME, Hier Aujourd'hui Demain, Encyclopédie publiée sous le patronage de l'Institut catholique de Lille, t. 12,  Lille, 1990,  p. 1122.

[3] CHELINI Jean et Blandine, Histoire de l'Eglise, Nos racines pour comprendre notre présent, Paris, Centurion, 1993, p. 235.

[4] Ibid., p. 237.