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Transfiguration

(Matthieu 17,1-9)
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Mathieu commence par nous informer: «Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère…» Je considère un peu le début de cet évangile comme un cours de «Relations humaines», un bel enseignement sur les critères d’une amitié vraie. Jésus en effet, parmi ses douze apôtres, se permet d’en choisir trois. Que voici donc un élément qui peut en faire rechigner plus d’un! Cela peut aller des «Pourquoi ces trois-là? Pourquoi eux et pas nous? Qu’ont-ils de plus que nous?» où rentre comme un sentiment d’envie, ou encore «Qu’ai-je fait de mal pour qu’il ne m’emmène pas moi aussi?»… et voici la porte ouverte à de la culpabilité…

Qui de nous n’a pas vécu au moins une fois dans sa vie ce sentiment à saveur de rejet? Sans toujours en être nécessairement conscient, nous confondons parfois amitié avec exclusivité. Or, voici que Jésus en choisit seulement trois qui vont devenir les témoins de sa transfiguration. Se pourrait-il qu’il veuille nous signifier par là, qu’une amitié ne se commande ni ne s’impose, qu’une amitié ne dépend pas de ce qu’on peut faire ou dire, qu’elle éclot tout simplement, sans raisons à donner ou comptes à rendre, qu’une amitié véritable ne peut exister que dans la liberté sans conditions. J’ai le privilège de vivre depuis de nombreuses années une amitié digne de ce nom; loin de nous enfermer sur nous-mêmes, elle nous pousse à ouvrir grands les bras pour que d’autres aussi puissent goûter le même bonheur.

«Il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.» Il me revient une image de ma jeunesse. Me revoici dans les montagnes de nos Ardennes belges, des sommets où la paix m’enveloppait, où la grandeur du panorama à perte de vue me gonflait le cœur et où je me sentais tellement petite… et tellement protégée… Dieu était tout proche. Comme il devait l’être pour Jésus puisque, nous dit Matthieu, «Il fut transfiguré devant eux.»

Matthieu nous signale ensuite la présence de deux personnages bibliques: «Mais voici que leur apparurent Moïse et Élie…» Je les ai considérés longtemps comme deux (presque) intrus qui n’étaient pas convoqués à la promenade! Jusqu’à ce qu’un ami me donne la clé de leur présence. «Ils étaient là en témoins privilégiés» me dit-il: «Moïse, le premier a transmis la Loi de Dieu, Élie fut le premier prophète. Tous deux conversent avec Jésus. Il n’y a pas de faille entre l’ancienne et la nouvelle Alliance». Pierre semble l’avoir si bien compris qu’il propose de dresser trois tentes pour que se continue ce cœur à cœur. Jusqu’à ce que, d’une nuée lumineuse, retentissent ces mots: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le.» On connaît la suite. Les disciples connaissent une grande frayeur. Et Jésus les rassure: «N’ayez pas peur…»

Cette partie du récit me ramène à nos vies présentes. Il y a des moments où tout va tellement bien, où tout nous réussit, nous nous sentons alors comme dominant le panorama de nos existences, invincibles presque… Il semble que cet état de bonheur doive durer toujours. Et ce sont des actions de grâce vibrantes que nous faisons monter vers le Seigneur, nous voici devenus «prophètes de bonheur»… Oui, comme Pierre, nous avons envie de demeurer là, heureux, transportés, en compagnie de ce Jésus transfiguré que nous sentons si proche de nous.

Mais qu’une nuée, fut-elle porteuse de divin, vienne soudain couvrir notre quotidien et c’en est fini de la belle assurance… La peur s’installe, Dieu semble soudain très loin de nous, nous ne comprenons plus les mots qu’il nous adresse comme à Pierre, à Jacques et à Jean. «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le.»

Et il nous faudra rien de moins que l’amour du Christ Sauveur nous répétant au cœur: «N’ayez pas peur…» Pour reprendre la route avec courage. Oui, c’est une belle leçon d’amitié, de confiance que nous donne l’évangile de ce jour.

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Province Notre-Dame-du-Cap