Il faut être de son époque. Et je crois bien en être. Tout au moins je m'efforce de faire preuve d'écoute et j'essaie de comprendre plutôt que de condamner. Malgré cela, certaines choses me font littéralement bondir d'indignation, «sortir de mes gonds» comme on dit chez nous.
La photo [ci-contre] prise par un de mes fils dans un 'marché-aux-puces' comme il en existe tant chez nous en est une. On y voit un 'Sacré-cœur' sans mains, un saint Joseph et ses incontournables lys contemplant tristement le chaos de crucifix pêle-mêle à côté d'une statuette de Marie ou encore une forme indéfinie ayant peut-être exercé la fonction de bénitier. Et cette boîte de chandelles multicolores, compagnes fidèles de nos prières, gages de reconnaissance et parfois espoir plus grand de voir les faveurs exaucées... [Cliquez sur cette photo pour l'agrandir à 640 x 480]
Cette image a fait naître en moi des sentiments d'une tristesse profonde mêlée de colère devant le sort réservé à tous ces objets envers lesquels nos ancêtres et beaucoup de gens de ma génération ont attaché beaucoup de prix.
Ce serait jouer à l'autruche que de refuser de voir la désaffection que vit actuellement ce que d'aucuns nomment avec dédain la religion et tout ce qui s'y rapporte. À une époque qui se dit éclairée, on peut comprendre à la rigueur que des objets de piété puissent susciter moins, voire chez certains plus du tout, de la dévotion que jadis. Va pour la compréhension la plus concrète...
Est-il nécessaire pour autant de bafouer ce qui était considéré comme digne de respect par ceux qui nous ont précédés? Que les objets en eux-mêmes aient perdu leur importance pour nos contemporains peut encore se comprendre. Mais ce qui me devient intolérable c'est lorsque la notion même de respect n'existe plus. Respect du symbole mais surtout respect de ceux qui ont eu recours à ces images pour nourrir leur vie spirituelle. Une ordonnance soignée de tous ces articles mis en vente, serait au moins le gage de l'importance qu'ils peuvent encore revêtir pour les acheteurs éventuels.
«Objets inanimés, avez-vous donc une âme?» s'interrogeait Lamartine. Pour moi, ils sont effectivement doués d'une faculté «qui s'attache à notre âme et la force d'aimer». Ainsi en est-il de ces portraits d'ancêtres soigneusement conservés dans certains foyers. Ainsi en est-il de ces anneaux d'or échangés avec Pierre le jour de notre mariage et réunis à mon doigt depuis le décès de mon mari. Ainsi en est-il également des objets dont la contemplation sereine a contribué au recueillement et à la prière du croyant.
(Denyse Mostert _ 2011-07-20)