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"Es-tu celui qui doit venir?"

16 décembre 2007 (Matthieu, 11, 2-11)

Curieux tout de même comment un texte entendu tant de fois, me dévoile aujourd’hui une autre facette de la personnalité de Jean-Baptiste!

Le Jean-Baptiste que je connaissais, c’était tout d’abord un ermite vêtu de poil de chameau qui se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, un original quoi! C’était aussi un homme qui avait le cran de dire leur fait aux pharisiens et autres puissants du temps. C’était surtout un prophète poussé par une immense force intérieure.

Jean est assez inspiré de Dieu pour appeler les foules à la conversion et les baptiser dans l’eau en attendant la venue de celui-là qui, selon ses dires, est bien au-dessus de lui. Et lorsque Jésus, son cousin, demande à son tour le baptême, Jean le lui confère tout en proclamant bien haut sa propre indignité. En résumé, jusque là, Jean-Baptiste c’était pour moi l’homme fort, plein de zèle, empli d’une foi à soulever les montagnes…

Mais voilà que Matthieu me découvre un Jean-Baptiste bien différent: «Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples: Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?»

Pauvre Jean-Baptiste! Derrière ses barreaux, il a tout le temps de réfléchir… Il a tout le temps de penser aux conséquences de son zèle… Il a tout le temps d’apprendre les faits étranges qui se passent au-dehors, puisque ses disciples le mettent au courant des miracles accomplis par Jésus…

Pauvre Jean-Baptiste! Il était tellement sûr de son affaire, alors qu’il baptisait sur les bords du Jourdain! Il croyait tellement que ce cousin qui venait à lui était le Messie attendu! Et voilà, maintenant que le doute l’envahit: celui dont il se disait «indigne d’ôter les sandales», est-il vraiment l’envoyé de Dieu? Et il délègue ses disciples auprès de Jésus avec une question claire et nette: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?».

Pour cette question si directe, comme je l’admire cet homme! Jean-Baptiste, l’homme de foi, ne met nullement en doute la venue de «celui qui doit venir», il veut juste savoir s’il n’y a pas eu erreur sur la personne… Jean-Baptiste, le raisonnable, ne peut fonder sa foi sur les événements sensationnels qu’on lui rapporte… Il ne se fiera qu’aux paroles du Christ lui-même!

Quel exemple pour nous que le récit de ce jour!

Comme le précurseur du Jourdain, nous sommes heureux de proclamer la Bonne Nouvelle. Généralement dans la confiance d’une rencontre d’amitié, dans la ferveur d’une prière en commun, dans la participation à une belle célébration qui nous réchauffe l’âme. Il est bon alors d’ouvrir notre cœur à tous ceux-là qui partagent nos convictions! Un peu comme Jean lorsqu’il voyait accourir les foules pour recevoir le baptême! Nous sommes comme portés par cette fraternité dans la communion à la même foi!

Là où l’annonce se fait plus ardue, c’est lorsque nous nous retrouvons les deux pieds bien ancrés dans notre société de 2007. Point n’est besoin d’en dessiner le panorama, il est là, sous nos yeux. À chaque tournant on y rencontre la violence, la souffrance, on y voit une humanité à la dérive, sans espérance, une humanité qui essaie de compenser ce grand vide spirituel par des plaisirs artificiels et immédiats. Des plaisirs qui ne durent que le temps d’une étincelle et laissent la place à des lendemains bien difficiles. Devant tout cela, ne nous arrive-t-il pas de nous sentir prisonniers, comme Jean-Baptiste, dans un monde où le culte du «je» triomphe?

Devant l’Église de Jésus Christ attaquée, dénigrée ridiculisée, devant les valeurs évangéliques foulées au pied, il est normal de nous interroger, de connaître des moments de doute: «Notre Église est-elle vraiment celle du Christ?» «Que faire devant cette débandade de tout un peuple qui rejette ses racines?» «Cette foi qui nous a été transmise est-elle toujours pertinente? Peut-elle encore porter des fruits dans un monde qui ne veut plus d’elle?»

La tentation est grande parfois de tout laisser tomber… de se laisser glisser dans la facilité de l’époque, de ne plus se sentir classé parmi les dinosaures… Il m’est déjà arrivé de me dire: «Et si je pensais à moi d’abord et avant tout?»…

Aujourd’hui, en méditant cet évangile, je rends grâce pour la belle leçon que me donne Jean-Baptiste, lui qui a aussi connu le doute dans sa prison. Par lui, je viens de comprendre que la réponse ne peut m’être donnée que par le Christ Sauveur, le Jésus des Évangiles, mon unique Espérance.

Si je suis attentive, il me fera comprendre que l’être humain, solidaire de toute la création, possède un avenir. Un avenir qui ne peut se décrire avec des mots précis, un avenir profondément ancré dans toute créature, un avenir déjà présent, aussi bien dans les petits gestes d’amour quotidiens que dans les grands mouvements de solidarité.

Et je continue à rendre grâce pour mon Église. Celle qui m’a appris Jésus le Galiléen, le Jésus des Évangiles. Et, je veux lui être fidèle dans la tourmente.

Oui, la réponse à mes interrogations se trouve dans le cœur même de l’être humain, dans l’assurance que la vie en plénitude est déjà là, dans l’amour que nous avons les uns envers les autres, dans la foi au Christ Sauveur qui nous redit, comme aux disciples de Jean-Baptiste: «Allez rapporter […] ce que vous entendez et voyez […] La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres».


Denyse Mostert
2007-11-27