| Partage sur l'Evangile - Jeudi 25 février 2010 |
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L’Évangile
de ce jour (25.02.2010) me ramène au 5 novembre 1950. Mon arrière-grand-mère, celle avec
qui j’ai connu l’exode de 1940, celle qui me racontait sa vie avec une ingénuité
de femme simple, celle qui m’a appris à aimer nos grandes forêts
ardennaises, celle que j’ai
toujours appelée Mame, est mourante.
J’ai
14 ans, une jeunesse heureuse, entourée de Mame, de son fils Charles, de mes
grands-parents. Et puis il y a l’accroc : Mame est opérée d’une
hernie, à domicile comme cela se passe encore en ce temps-là. Angoisse vite
disparue car elle semble se remettre à merveille. Mais ce n’est qu’une
illusion ; deux semaines plus tard, nous voici tous rassemblés autour du lit
qu’on a monté pour elle dans la chambre en bas. Et nous prions.
En
moi, ces mots de Mathieu l’évangéliste : « Demandez et vous
recevrez ». J’y crois de tout mon caractère d’une seule pièce. La guérison
de Mame demandée avec tant de confiance ne peut m’être refusée.
Mais
Mame va mourir. À 82 ans, et riche
d’une vie d’amour pour les siens qui tous l’entourent en ces derniers
moments. Elle semble avoir perdu
conscience.Puis elle ouvre
subitement les yeux, me regarde et me fait une demande surprenante :
« Quand je ne serai plus là, tu n’oublieras pas de t’occuper des
chaussettes de Charles… » M’a-t-elle confondue avec ma grand-mère
Maria ? Probablement, mais c’est
à moi qu’elle a adressé cette demande remplie de sollicitude maternelle. Et j’ai répondu oui à travers mes larmes. Aujourd’hui encore, ses
dernières paroles m’habitent parce qu’elles représentent une femme
qui a consacré sa vie aux autres et dont la dernière pensée a été pour son
fils Charles, resté célibataire par amour filial. Une chaîne d’amour sans
grandes déclarations mais vécue en vérité…
Je
reste quelque temps avec mes 14 ans outrés de n’avoir pas reçu la grâce de
guérison que j’attendais avec tant de confiance. Puis le temps a fait son œuvre,
j’ai commencé à comprendre. Chaque
fois que reviennent ces paroles de Jésus je revis cet événement pour réaliser
que, oui le Seigneur a exaucé ma demande… à sa façon à lui qui était de
me faire découvrir en Mame la maman qui aime jusqu’au bout.
En
2008, Pierre, le compagnon de toute ma vie décédait des suites d’une très
longue maladie dont nous savions qu’elle était irréversible. Là aussi nous
avons demandé pour recevoir…
Et nous avons été exaucés. Parce
que nous demandions simplement « le pain quotidien » tel
qu’enseigné par Jésus lui-même. Et ce pain de chaque jour, nous l’avons
reçu sous forme de lucidité, sous forme de courage, sous forme surtout de
chemin parfois douloureux mais parcouru ensemble, main dans la main. Et lorsque Pierre s’est endormi un jour d’octobre, ce fut encore une
grâce que ce sommeil paisible duquel il ne s’est pas réveillé en ce monde.
J’ai eu mal au-delà de toute expression. Aujourd’hui encore ma peine reste présente… mais autrement.
Le
pain quotidien est devenu pour moi action de grâce pour mes 51 années
de vie avec Pierre. J’ai reçu en
héritage son désir d’être motivateur, comme il disait lorsqu’il
parlait de son engagement de Laïc associé aux Oblats de Marie Immaculée. Cette motivation, il la vivait par une attitude d’écoute des
autres et un grand désir de les encourager à aller de l’avant.
Oui, j’ai demandé et je continue à recevoir. Je continue à recevoir la force, la sérénité et la joie de continuer à partager avec d’autres la Bonne Nouvelle du Salut.
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Province
Notre-Dame-du-Cap |
2010-02-25 |
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