Home

Le Bon Pasteur

(Jean 10,1-10)
.

La parabole du Bon Pasteur me remet immanquablement en mémoire un fait de mon enfance. Il y avait dans mon village une vieille femme assez singulière. Elle s’appelait Marie et possédait un troupeau de chèvres. Pendant la bonne saison, Marie les conduisait au pâturage pour la journée. C’était une procession pittoresque que nous pouvions admirer matin et soir. Marie venait en tête et les chèvres suivaient en une longue file très disciplinée. Si par hasard, une tête folle s’avisait de s’écarter du troupeau et de brouter quelque verdure le long du chemin, Marie la devinait, appelait Blanchette ou la Rousse et la sommait de retourner dans les rangs avec ses congénères. Et Blanchette, ou la Rousse, ou toute autre délinquante lui obéissait sur le champ. Toutes ses chèvres, Marie les connaissait par leur nom. Un soir d’été, ne voyant revenir ni la bergère ni son troupeau, la famille s’est inquiétée. On a retrouvé Marie, sans vie, dans la luzerne. Elle était morte auprès de ses bêtes qu’elle connaissait si bien.

Plus près de nous, le P. Steckling, Supérieur Général des Oblats de Marie Immaculée, nous offre une MÉDITATION MISSIONNAIRE mensuelle. Toujours à partir d’événements vécus. Dans ses réflexions du mois de mars, il nous parle de ses deux rencontres avec Benoît XVI. « De ces rencontres, écrit-il, deux mots me sont restés comme message. Il nous rapportait ensuite des propos du Pape que j’ai lu avec étonnement et bonheur. Je cite le P. Steckling : « J’ai été frappé par une parole lorsque le Pape a répondu à une question sur la sécularité : la parole « simplicité » - simplicité de la foi. Le contexte de notre conversation à ce moment tournait autour de la soif de Dieu, présente sous la surface de la société séculière. Comment l’Église peut-elle répondre à cette soif ? Nos structures d’Église et nos relations, nos discussions et affirmations sont plutôt compliquées et beaucoup de gens de notre âge se sont fatigués de la pesanteur que toute institution porte avec elle. La dernière chose que les gens veulent, c’est de se retrouver dans une autre institution, alors qu’ils sont simplement en train de chercher le visage de Dieu. Dans ce contexte, le Pape dit que nous les religieux, nous devrions être capables de rendre évident aux chercheurs d’aujourd’hui, la simplicité de la foi. L’Évangile est simple. » Et le P. Steckling de continuer : « Voici un appel qui s’adresse à tous… »

La simplicité de l’évangile, je la retrouve dans cette parabole rapportée par Jean. « Jésus, écrit-il, employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, nous dit-il, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait dire. » En effet, ils ont des raisons de ne pas en saisir le sens. Jésus prend comme exemple l’image d’un pasteur et de son troupeau. Image simple s’il en est mais qu’eux, les érudits, les savants docteurs ne comprennent pas, trop occupés qu’ils sont à disséquer les Écritures et à cultiver minutieusement tous les articles d’une loi que Jésus vient, non pas abolir, mais accomplir.

Je me retrouve un peu dans ces pharisiens qui ne comprennent pas. Ne m’est-il pas arrivé de faire la sourde oreille à la voix de l’Esprit venu me parler par des événements de mon quotidien, des événements si simples que je ne m’y suis pas arrêtée ? N’ai-je pas entendu de temps à autre des paroles porteuses d’un message évangéliques, mais des paroles que j’ai considérées comme sans importance, alors qu’elles m’invitaient à un pas vers le Royaume ? Suis-je restée indifférente à la joie naïve d’un petit enfant, au sourire rayonnant d’une personne âgée dont les yeux invitaient à l’amitié ? M’est-il arrivé de prendre à la légère les paroles frondeuses d’un adolescent, paroles derrière lesquelles se nichait parfois une question précise, une soif de lumière ? Oui, il m’est arrivé, comme aux pharisiens qui entendent la parabole du berger et de son troupeau, de garder mon cœur fermé au message, de ne pas comprendre ce que le Christ Sauveur venait me dire, à moi, dans une situation bien précise...

Cette parabole me fait prendre conscience de la simplicité de l’évangile. Une simplicité que je découvre avec émerveillement. Et qui me fait accepter de grand coeur de joindre ce troupeau conduit par le Bon Pasteur… même si « faire partie d’un troupeau » peut évoquer à première vue quelqu’un qui reste dans le rang, qui obéit, qui abdique tout comportement propre. Je viens de saisir enfin qu’il est loin d’en être ainsi pour celui qui accepte de suivre Jésus.

Écoutons-le nous exposer quel rapport d’amour il vit avec son troupeau : « Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir. » Accepter de suivre Jésus, c’est sortir de l’anonymat, c’est entendre un appel qui nous est spécifiquement adressé, un appel qui nous invite à sortir de l’enclos où nous vivons enfermés sur nous-mêmes pour aller, avec confiance, vers un ailleurs bien souvent inconnu.

Accepter de suivre Jésus, c’est avancer au-delà de la peur. C’est suivre dans la foi le chemin où nous entraîne l’évangile; un chemin parfois raboteux, un chemin qui peut faire mal, mais un chemin où nous pouvons avancer en toute confiance car nous n’y sommes pas seuls. Jésus nous le répète : « Quand le bon pasteur conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête et elles le suivent car elles connaissent sa voix »

Et si parfois, comme les pharisiens, il nous arrive de rester dans nos schémas habituels si souvent rebelles aux changements, Jésus, lui, ne se lassera pas de nous répéter encore et encore ses paroles, de nous les expliquer, jusqu’à ce qu’enfin elles touchent notre cœur et nous poussent à l’engagement. Après parfois de longs détours, après des recherches aussi vaines que compliquées, nous retrouverons la fraîcheur du message évangélique, la simplicité des brebis qui ont répondu à l’appel de Jésus.

2008-04-01