Nous sommes le 20/10/2021 et il est 11h49 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Vie missionnaire, communion et témoignage
(Domenico Arena, omi)

Ce 20/10/2021, voici quelques considérations missiologiques, le témoignage, l'expérience pastorale d'un homme de terrain, Mimmo Arena, missionnaire oblat de Marie Immaculée. Il invite l'utilisateur de la toile à lire sa pensée dans le sillage de grandes rencontres de prière et de paix initiées par Jean-Paul II dans la paisible ville de saint François d’Assise, en Italie. Que se passe-t-il en Afrique?

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  1. Dialogue islamo-chrétien en Afrique: une expérience missionnaire
  2. Proclamation et témoignage à la lumière de la communion missionnaire et en face d'un monde globalisé
  3. Hommage à saint Jean-Paul II, l'un des grands missionnaires de l'histoire

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Proclamation et témoignage à la lumière de la communion missionnaire et en face d'un monde globalisé

Certains des deniers approfondissements sur la communion missionnaire ont mis en lumière le fait qu’elle dégage une visée pour la mission et que cette visée contient des éléments capables de répondre plutôt heureusement aux défis du monde globalisé d’aujourd’hui. Dans ce sens la communion missionnaire a un reflet positif aussi sur l’annonce et le témoignage de l’Evangile que tout chrétien, par mandat du Christ et parce que membre d’un Eglise qui est par sa nature missionnaire, est appelé à donner à tous, partout et toujours.

La communion missionnaire face au monde globalisé

Cette visée de communion missionnaire, jaillissant du sein de la Trinité (communion en mission); bien enracinée dans les Saintes Ecritures (l’exemple missionnaire de l’Homme-Dieu, de l’Eglise primitive, et de Saint Paul); germée et mise en chantier depuis le Concile Vatican II et puis lancée et entérinée par le magistère de l’Eglise (Christifideles laici (= CL) et d’autres documents), nous pousse à développer certains de ses acquis missiologiques. Ainsi je me propose tout d’abord de mettre cette visée en contribution face à la globalisation, et en particulier face au phénomène de l’interculturalité qu’elle facilite et accentue, pour en suite la mettre en rapport avec la proclamation et le témoignage.

En effet, face à un monde globalisé, ce paradigme propose la vie de communion comme une réponse valide pour éviter le risque, inhérent à la globalisation, d’opérer un nivellement culturel généralisé où manquerait le respect des cultures des minorités. Grâce à son ouverture on ne peut plus universelle et à sa propension spontanément œcuménique, propres à son origine trinitaire, ce paradigme missionnaire introduit au sein du phénomène de la globalisation la valeur ajoutée de la communion qui conduit personnes et communautés à rechercher l’harmonisation des différentes cultures pour un enrichissement réciproque, évitant ainsi des solutions syncrétistes, parfois palliatives. Il est notoire que face à la puissance uniformisant de la globalisation il y deux réponses immédiatement possibles. Soit se laisser aller à sa massification aplatissante en y sacrifiant une partie de sa propre identité; soit décider de la refuser totalement pour garantir à tout prix sa propre identité, au risque de se marginaliser par rapport au présent et ainsi perdre le train de l’avenir. Entre les deux il peut y avoir à bon escient la réponse venant de la communion missionnaire. En fait, cette dernière peut bien représenter un cadre de vie et d’action qui, respectant toutes les particularités culturelles et valorisant ce qu’elles ont de positif, entre en jeu pour stimuler la globalisation dans ce qu’elle a de meilleur, à savoir sa capacité d’accroître la solidarité entre les peuples, que justement on lui reconnait. En cela la communion missionnaire opérerait, dans les différents secteurs de la société (économique, politique, culturel, religieux…) à faire de la globalisation, davantage une force de solidarisation pour un enrichissement mutuel plutôt qu’une force tyrannique de compression appauvrissant les peuples et leurs cultures.

Or, cette éventualité est à bien espérer du fait que la communion missionnaire s’appuie essentiellement sur deux principes dynamiques, sans lesquels elle ne saurait avoir une véritable consistance pour donner suite à ses promesses. Le premier principe est l’amour de Dieu et du prochain (Cf. Mt 22, 34-40; 7, 2) qui entraine l’amour mutuel (Cf. Jn 13, 34-35) et donc le rayonnement propre à l’unité de la communauté (Cf. Jn 17, 21). Il s’agit de cet amour, venant de Dieu le Père, manifesté en son fils Jésus-Christ et répandu en nous par l’Esprit-Saint. Pratiqué par les personnes concernées, cet amour se dilate dans une ouverture respectueuse des altérités même culturelles et, par sa nature unitive, il recherche leurs compositions harmoniques et enrichissantes. Le deuxième est le principe de la kénose (Cf. Ph 2, 6-11), le fait de se vider par amour envers l’autre sous l’exemple du Christ pour une compénétration unifiante du divin et de l’humain. Il s’agit là d’un principe de vie christique (la route même suivie par Dieu afin de rétablir la communion avec l’humanité et le monde), qui peut devenir la démarche et la clé de solution de tout conflit dans la force de l’Esprit pour une vie de communion encore plus pleine. En pratique la kénose consiste dans le don de la vie pour aimer l’autre jusqu’au bout (Cf. Jn 13, 1; 15, 13). Un don d’amour total (mort-croix) qui, comme dans le cas du Christ, mène à expérimenter une vie nouvelle (résurrection-exaltation) qui apparait en plénitude dans le jaillissement d’une communauté (Eglise) où se réalise une communion de valeur enrichissante entre personnes de cultures diverses dans le respect de l’égalité des chances des altérités en présence. Ce qui correspond à l’enseignement qui nous vient de l’expérience missionnaire de saint Paul vérifiable surtout dans certaines lettres du Corpus Paulinien (Galates, 1Corinthiens, Philippiens et Romains) et, à sa manière, dans les Actes des Apôtres (ARENA 2009: 19 ss).

Toutes les conditions alors sont réunies pour que la communion devienne missionnaire dans le monde globalisé d’aujourd’hui:

Et la communion avec les autres est le fruit le plus beau que les serments peuvent porter: c’est, en effet, un don du Christ et de son Esprit. Or, la communion engendre la communion et se présente essentiellement comme communion missionnaire… La communion et la mission sont profondément unies entre elles, elles se compénètrent et s’impliquent mutuellement, au point que la communion représente la source et tout à la fois le fruit de la mission: la communion est missionnaire et la mission est pour la communion. C’est toujours le même et identique Esprit qui appelle et unit l’Eglise et qui l’envoie prêcher l’Evangile ‘jusqu’aux extrémités de la terre’ (Ac 1, 8) (CL 32).

Cette approche de communion missionnaire si bien en phase avec le contexte de globalisation des cultures en acte, jette aussi de la lumière et donne un nouveau dynamisme aux thèmes de la proclamation et du témoignage dans la mission.

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Proclamation

On a déjà pu remarquer que la communion missionnaire est apte à unifier les multiples et diverses voies de la mission par rapport aux différents aeropages d’aujourd’hui: «La communion missionnaire fait effectivement de l’amour le moteur de la mission. Ce faisant, elle unifie, en les harmonisant dans leur complémentarité, les principales voies de la mission telles que l’annonce, le témoignage, le dialogue, l’inculturation et la promotion humaine. Mais, en même temps, l’esprit de communion est capable de donner à toutes ces voies un surplus de dynamisme et de réussite» (ARENA- MUPAYA 2010: 17).

Pour ce qui est de la proclamation, on peut dire qu’à la lumière de la communion missionnaire, elle acquiert ou bien elle s’enrichit d’autres qualités et significations qui la légitiment davantage par rapport surtout à la mission ad gentes.

Tout d’abord le paradigme de la communion missionnaire fait prendre conscience que la proclamation de l’Evangile est foncièrement la proclamation d’un message de communion (ARENA 2008: 249-256). C'est-à-dire une Parole qui est annoncée pour créer et établir la communion entre les femmes et les hommes (Eglise) et entre ces derniers et Dieu. Cela est théologiquement compréhensible si on pense que cette Parole descend justement de ce Dieu qui est communion d’amour; qu’elle est révélée pour la première fois par Jésus-Christ, le missionnaire de la communion trinitaire («Maitre de l’unité…et de la concorde, qui nous a enseigné l’unité» au dire de Saint Cyprien); et qu’elle est communiquée aux croyants dans toute son intelligibilité par l’Esprit, lien et protagoniste de l’unité et de la mission. Ce qui appelle tout missionnaire d’abord et ceux qui reçoivent cette Parole à se convertir et prendre une option ferme en faveur d’une vie de communion. En cela la communion missionnaire, entre missionnaires et entre ceux-ci et les récepteurs de l’Evangile, serait le premier témoignage de force évangélique qui accompagne la proclamation. Ce qui rend ainsi présent et expérimentable la signification trinitaire de la foi chrétienne, ainsi que celle du kérygme qui selon les Ecritures et la Tradition ecclésiale, comporte dans son noyau central la proclamation de la mort (kénose) et de la résurrection du Christ (vie nouvelle de communion dans l’Esprit) C’est dire que le message de l’Evangile contient en lui-même la kénose et la communion et que conséquemment dans sa proclamation les éléments essentiels du kérygme sont véhiculés par un témoignage de vie. De ce fait cette Parole à annoncer est une véritable «Parole de vie» (Ph 2, 16) qui exige, pour se perpétuer et porter les fruits escomptés, d’être annoncée vitalement dans un esprit-témoignage de kénose et de communion, à l’image du dynamisme mort-vie «du grain de blé tombé en terre» (Jn 12, 24). L’évangélisation alors s’effectue en paroles et en actes, selon l’exemple du Christ et des premiers chrétiens, et devient semence de communion qui portera ses fruits achevés dans l’«eschaton» de la fraternité universelle, préfiguration de la Communion des Saints, à laquelle tous les humains sont appelés par le plan éternel de Dieu-Amour (Cf. 1Jn 4, 7-16).

Or, cette alliance heureuse qui, grâce à la communion missionnaire, se vérifie entre annonce et témoignage, nous fait reconsidérer la fonction du processus de l’inculturation en tant que facteur de catholicité. A ce propos on dira tout d’abord qu’une telle Parole à annoncer est prédisposée et prend immédiatement la route de l’inculturation, sur l’exemple du Christ dans sa kénose jusqu’à la croix et à la résurrection-exaltation. De toute évidence, le Verbe de Dieu, qui de riche qu’il était de sa culture divine, s’est vidé d’elle dans la kénose de l’amour pour épouser la culture de l’humanité et la faire participer par la victoire de sa résurrection à la nouvelle culture de la communion trinitaire, devient l’exemple lumineux à suivre (Cf. 2 Co 8, 9). La parabole terrestre du Christ qui va de l’incarnation à l’exaltation en passant par la mort en croix, tient bien ensemble d’un coté le juste respect de toute expression culturelle en présence dans un lieu donné et de l’autre coté la dimension universelle de toute tentative d’inculturation par une dynamique des relations basées sur l’enrichissement mutuel du donner et du recevoir. Dans le cadre de la communion missionnaire tout processus d’inculturation est appelé à bien doser, sur base d’alliance et sur un plan d’égalité enrichissante (cf 2 Co 8, 13-15), localité et universalité pour que l’inculturation puisse ressortir toujours comme facteur dynamisant la catholicité de l’Eglise, destinée à grandir en intégrant et en s’enrichissant et enrichissant toute culture du salut du Christ. Ce salut qui d’ailleurs est repérable de façon parfaite dans la participation à la communion trinitaire. En effet, comme plusieurs tendent à le comprendre, le salut dans sa plénitude consiste dans la communion avec Dieu, avec le prochain et avec la création: «Pour la pensée biblique, telle que les premiers siècles la comprennent, le salut s’appelle communion»[1]; communion qui contient et se manifeste dans ses synonymes de paix, justice, réconciliation et fraternité universelle, les valeurs du Royaume.

En somme, on peut dire que la visée de communion missionnaire, qui se base sur un Evangile de communion à annoncer sur la base d’un témoignage de même sens, donne comme résultat immédiat une proclamation inculturée de la Parole de Dieu et que son inculturation devient et peut être appelée une «inculturation de communion» (ARENA 2007: 19-23). Celle-ci, tout en respectant la culture qu’elle rencontre jusqu’à l’épouser pour faire alliance avec elle, la transforme (conversion) en une nouvelle synthèse humaine et divine riche de la nouvelle vie de la résurrection repérable dans une communion toujours plus à l’image de celle de la Trinité qui dose mystérieusement diversité et unité, sans tomber dans la dérive de l’uniformité imposée et injustifiable. Il advient alors, de façon encore mystérieuse, comme pour les sept couleurs de l’arc-en–ciel où chacune accepte de se perdre dans la couleur blanche pour après se retrouver nuancée, sous l’effet de la réfraction et réflexion de la lumière solaire, en une composition harmonieuse avec les autres couleurs. De même toutes les cultures, par la force de l’amour, fruit du Christ et don de son Esprit ressuscité, reçu et réceptionné à la suite de l’annonce de l’Evangile, acceptent de se perdre (kénose) pour se retrouver dans une nouvelle harmonisation-communion (résurrection), signifiée par la couleur blanche que toutes les autres contient. Il pourrait s’agir là d’une culture évangélique capable de la plus grande universalité produite justement par l’annonce de l’Evangile de communion; culture que mystérieusement est à tous mais n’appartient à personne; résultat de la force mystérieuse de l’Esprit de Dieu qui n’est ni uniformité, ni dispersion, mais justement communion (ARENA 2008: 9-14).

C’est dire que la communion missionnaire introduit dans le mystère trinitaire et introduit ce même mystère dans la vie de l’humanité, dans les affaires humaines, mêmes culturelles là où se reflète le mystère de l’unité et de la trinité de Dieu et que de temps en temps les membres d’une communauté unis dans l’amour est en mesure d’expérimenter comme don de Dieu.

Ainsi proclamation et inculturation de l’Evangile procèdent mains dans les mains pour établir une Eglise et des Eglises bien assises dans leurs racines culturelles et tout de même ouvertes toujours à l’horizon de la catholicité. Cela empêcherait l’Eglise de se répéter dans les dérapages de «tabula rasa» qui l’ont affecté au long des siècles de son histoire et qui ont causé jusqu’à nos jours des réactions nationalistes, des cloisonnements et des cramponnements culturaux qui souvent ont compromis la sérénité de l’œuvre de l’évangélisation créant des résistances à l’accueil inconditionnel de l’Evangile et freinant l’épanouissement intégral de la foi dans les consciences et auprès des peuples. Par contre une inculturation de communion prendrait davantage en compte l’aréopage de l’interculturalité du monde d’aujourd’hui en facilitant au sein des communautés chrétiennes des nouvelles synthèses culturelles enrichissantes, dépassant l’absolutisation exagérée de leurs propres cultures[2]. D’ailleurs l’inculturation tient sa place dans la mission comme une expression d’amour et de respect envers les peuples et leurs cultures. A partir de ce dynamisme d’amour elle les unit et les incorpore à l’Eglise comme un élément de catholicité et de récapitulation de toutes choses en Christ»[3]. «Car vous êtes tous fils de Dieu, par la foi, dans le Christ Jésus. Vous tous en effet, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ: il n’y a ni Juif ni Grec, il n’y a ni esclave ni homme libre, il n’y a ni homme ni femme; car tous vous ne faites qu’un dans le Christ Jésus». (Ga 3, 26-28; Cf. Rm 10, 12; 1 Co 12, 12-13; Col 3, 11).

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Témoignage

Ainsi façonnée par la communion missionnaire, la proclamation ressort comme une annonce en même temps qu’un témoignage du Seigneur ressuscité dans la force de l’Esprit Saint (Cf. Lc 24, 46-49; Ac 1,8) conformément à la pratique de la communauté des premiers disciples du Christ (Cf. Ac 1, 22; 2, 32; 3, 15; 4, 33; 5, 32).

Effectivement, en regardant les premiers pas des premiers chrétiens dans leur ferveur d’annoncer et de témoigner du Seigneur ressuscité, on y reconnait un témoignage personnel et un témoignage communautaire. Ainsi, chaque apôtre et disciple s’engage à donner un témoignage personnel du Seigneur ressuscité, mais il y a aussi fortement accentué le témoignage communautaire qui complète et soutient le témoignage personnel.

Or, justement la communion missionnaire renforce le devoir du témoignage auprès des missionnaires de l’Evangile et valorise de façon excellente le témoignage communautaire dans et pour l’évangélisation (Cf. Ac 2, 42-44; 4, 31-34) parce qu’il lui permet d’aboutir même à rendre présent le Christ ressuscité au milieu des disciples et donc à faire revivre Dieu au milieu d’eux, comme cela parvenait à se réaliser dans la communauté de Jérusalem (Cf. Ac 2, 47).

De sorte que par la valorisation adéquate de ce témoignage de communion donné dans la variété des ses communautés, l’Eglise, touche le sommet de sa mission, qui consiste précisément à être témoin et donc à présenter au monde le Christ ressuscité vivant en son milieu dans la force de l’Esprit.

C’est ici qu’on peut se référer aux multiples passages du concile Vatican II qui rappellent que la vie de communion, fruit de l’amour mutuel pratiqué par les fidèles au sein de leurs communautés ecclésiales, est le témoignage le plus beau et le plus efficace pour le monde (Ad Gentes (=AG) 30; voir aussi: Apostolicam auctositatem (=AA) 8. 23; Evangelii nuntiandi 77; Redemptoris missio 75). En effet, dans l’esprit du concile Vatican II, ce témoignage est d’une si grande efficacité puisqu’il montre la présence vivifiante du Seigneur ressuscité au milieu des siens dans le monde et face au monde (AA 18; Cf. CL 64). Il est question ici d’un véritable accomplissement de l’unique mission de l’Eglise, celle de montrer à l’humanité, par le biais de sa communion, que le Christ est présent et vivant en son sein, au milieu de ses disciples (Cf. Gaudium et Spes, (=GS) 21. 48; AG 5-6.21; Unitatis Redintegratio 12; Perfectae caritatis 15).

En somme, grâce à la communion, Dieu devient effectivement «l’Emmanuel, le Dieu-avec-nous» (Mt 1, 23) qui habite «parmi nous» (Jn 1, 14), au milieu de l’Eglise par son Esprit (Cf. 2 Co 3, 17).

La présence du Christ devient alors le véritable point de jonction entre la communion (qui le rend présent) et la mission (qui l’annonce présent). C’est dire, en d’autres termes, pourquoi la communion est identifiable au salut. Qu’est-ce qui empêche alors de penser que cette présence du Seigneur au milieu des siens réunis en son nom – en accord avec la ‘Shekinah’ des Hébreux dans l’Ancien Testament qui signifiait «God-Who-Dwells-Within» et qui portait à lire le plan du salut comme le déploiement de la volonté de Dieu d’habiter avec sa création et son peuple –, c’est finalement le même mystère du salut caché depuis toujours, mais dévoilé en Christ présent au milieu des disciples: «le Christ parmi vous! L’espérance de la gloire» (Col 1, 27)[4].

Toujours est-il que la promesse «Et moi je suis avec vous jusqu’à la fin de temps» (Mt 28, 20), tout en demeurant valide par l’agir mystérieux de l’Esprit Saint à travers la Parole, l’Eucharistie, les sacrements et les médiations hiérarchiques et ministérielles (Cf. Sacrosanctum concilium 7), peut aussi devenir effective dans la vie courante. Elle peut se réaliser à chaque instant par le biais de la communion missionnaire, lorsque dans la mission s’établit la communion fraternelle des frères et sœurs réunis au nom de Jésus (Cf. Mt 18, 20). Ce qui n’est pas anodin par rapport à la réalisation de la vocation des tous les chrétiens, appelés à participer effectivement au don de la communion de Dieu pour pouvoir en Jésus Christ la promouvoir et l’accomplir en fin dans le déploiement de la fraternité universelle (cf. GS 32.38.42.91.92).

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Conclusion

On le voit, par ces quelques réflexions, la communion missionnaire, de visée qu’elle est, se manifeste aussi comme un plan d’action, grâce aux effets bénéfiques qu’elle provoque dans l’agir missionnaire. Elle peut bien devenir la modalité primaire de la mission (Cf. Jn 13, 34-35; 17, 21), surtout si on pense à son solide et fidèle enracinement biblique, à sa connexion exemplaire avec l’horizon trinitaire, à ses implications innovatrices qu’elle apporte en christologie, en pneumatologie et en ecclésiologie.

Après l’avoir approfondi, on peut avoir l’impression même que la communion missionnaire regorge de potentialités favorables à la foi et à l’avancée spirituelle de chaque chrétien, au même moment qu’il dynamise la proclamation et le témoignage du Christ que l’Eglise doit présenter face au monde. On pourrait dire, d’une certaine manière, que la communion missionnaire fait revivre Dieu parmi nous, en infusant un dynamisme divin à la vie et à la mission ecclésiale. De toute façon ce paradigme apparaît comme un lieu théologique approprié où la Missio Dei et la Missio Ecclesiae finissent par s’unir harmonieusement.

Ainsi, l’ensemble de son projet, qui renferme et est vivifié par les deux principes bibliques de la kénose et de la communion d’amour, semble pouvoir soutenir efficacement l’évangélisation à mener partout dans le monde. D’ailleurs la communion missionnaire fait penser à la «Nouvelle Evangélisation» envisagée par Jean-Paul II. En effet, le thème de la nouvelle évangélisation revient plusieurs fois dans Christifideles laici, même tout de suite après que ce document ait lancée la visée de la communion missionnaire. Cela voudrait pouvoir dire que la nouvelle évangélisation aurait à son cœur la vie de communion missionnaire comme visée d’inspiration et d’aboutissement.

Cette nouvelle évangélisation, qui s’adresse non seulement à chacune des personnes, mais aussi à des groupes entiers de populations dans la diversité de leurs situations, de leurs milieux, de leurs cultures, est destinée à la formation de communions ecclésiales mures, c'est-à-dire où la foi répand et réalise tout son sens originel d’adhésion à la personne du Christ et à son Evangile, de rencontre et de communion sacramentelle avec Lui, d’existence vécue dans la charité et le service (CL 32).

Enfin, cet ensemble de théologie et de spiritualité qu’est la communion missionnaire, serait profitable plus en particulier à la mission de l’Eglise d’Afrique et à celle des personnes engagées dans la vie consacrée qui, comme on le sait, constituent une vaste portion du personnel missionnaire.

En effet, notre visée, déjà susceptible d’interagir positivement avec l’humus culturel africain, peut offrir à l’Eglise d’Afrique une orientation inculturée pour parachever l’évangélisation de ses peuples. De même, elle pourrait donner aux personnes consacrées et missionnaires de réaliser avec réussite leur mission spécifique, à l’intérieur de la mission générale de l’Eglise dans laquelle elles sont appelées à grand voix à devenir «des ferments de communion missionnaire» en étant «expertes en communion ...comme «témoins et artisan du projet de communion qui est au sommet de l’histoire de l’homme selon Dieu» (Cf. Vita consecrata 46-47).

P. Domenico Arena, omi
Kinshasa - Institut Africain des Sciences de la Mission (IASMI)
Note de l'auteur: "Article publié précédemment par SEDOS (anglais et franšais)"

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Bibligraphie


Notes:

[1] SANTEDI, Kinkupu L., «Unité de vocation et diversité des ministères. Perspectives pour une nouvelle relation entre prêtres et laïcs», in Pour une institution des laïcs dans l’Eglise. Africains et Européens en quête de renouveau conciliaire, MALOLO, F., e.a.,  Paris : 2004, p. 37. D’autres auteurs vont jusqu’à concevoir la communion comme la réalité qui produit le salut dans sa totalité (“holistic salvation”): «Salvation as such, however, is something that comes only through Christ (again, explicitly or implicitly acknowledged), and consists in participation in God’s triune communal life and mission» : BEVANS, S. B., & SCHROEDER, R. P., Constants in Context. A Theology of Mission for Today, New York: Maryknoll, Orbis, 2005, p. 300.

[2]So inculturation is neither a movement towards cultural isolationism nor a cultural war; it is rather a tool of evangelisation and pastoral efficiency…Very importantly, the theological doctrine should also show that the practice enhance the catholicity and the universal communion of the Church which consist in unity in diversity”: MBAM, E., «Method of Inculturation in Africa: A critique of Peter Schineller’s ‘how of Inculturation’», Mission, No. 1/2, 2008, p. 298-302.

[3] Cf. COMMISSION THEOLOGIQUE INTERNATIONALE, Textes et documents (1969-1985), Paris 1988, p. 338.

[4] Cf. FITZMYER, J. A., «La lettera ai Colossesi», Grande commentario biblico, Brescia: Queriniana, 1973, p. 1267; ROSSE’, G., Gesù in mezzo. Matteo 18, 20 nell’esegesi contemporanea, Roma, Città Nuova, 1972.

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