Nous sommes le 23/01/2019 et il est 02h01 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Propos sur la Vierge Marie
et expérience de Forum social mondial
(Abel Nsolo, omi)

Ce 23/01/2019, vous êtes ur la page réservée à Abel (Habell) Nsolo, nouveau spécialiste en mariologie, membre de la Congrégation des missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Que savons-nous de la Vierge Marie? Le lecteur découvrira ici la présentation d’une thèse sur la Mère de Dieu. «En fait, notre thèse est une longue et profonde réflexion sur le mystère et sur la personne de la Bienheureuse Vierge Marie dans la spiritualité des Missionnaires Oblats de Marie. Quelle est sa place et quel rôle y joue-t-elle? Pourquoi est-elle placée au cœur du charisme oblat? L’auteur nous partage aussi d’autres réflexions dans le domaine de Justice, Paix et Intégrité de la création.

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Aux origines de la dimension mariale du charisme des missionnaires Oblats de Marie Immaculée (1782–1861)

Intérêt du sujet et motivations

Saint Eugène de MazenodEn cette année 2011, l’Eglise célèbre le 150ème anniversaire de la mort de Saint Eugène de Mazenod, Evêque de Marseille (en France) et Fondateur de la Congrégation des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée, un ‘passionné du Christ’ et un ‘inconditionnel de l’Eglise’ selon les mots du Pape Paul VI[1]. Cet anniversaire a permis de mettre en exergue non seulement la figure de ce grand saint, mais aussi ses écrits et sa pensée théologique. Ainsi, avons-nous ressenti comme un agréable devoir filial d’étaler la richesse de sa mariologie dont le potentiel insoupçonné est à peine exploité. Pour ne pas trop embrasser, nous avons préféré nous limiter aux origines de la Congrégation (1782-1861), saisir ainsi en amont, dans sa pureté et dans sa force, les premières inspirations mariales qui ont marquées le charisme oblat.

En fait, notre thèse est une longue et profonde réflexion sur le mystère et sur la personne de la Bienheureuse Vierge Marie dans la spiritualité des Missionnaires Oblats de Marie. Quelle est sa place et quel rôle y joue-t-elle? Pourquoi est-elle placée au cœur du charisme oblat? ‘Patronne’, ‘Mère’ et ‘modèle’ de la Congrégation, quel sens accorder à ces qualifications et quelles en sont les conséquences pratiques? Plusieurs avant nous, se sont posés les mêmes questions, à commencer par le Fondateur lui-même qui exhortait ses compagnons à implorer la grâce de Dieu pour «bien comprendre ce que nous sommes»[2]. Plus tard, le père Deschâtelets, alors Supérieur général reviendra à la charge: Nous sommes Oblats de Marie Immaculée, mais nous n’avons pas encore assez expliqué le mystère de Marie dans notre vie[3]. En 1986, ce fut le tour du Pape Jean-Paul II à sonner l’alarme dans une de ses adresses aux Oblats réunis en Chapitre général: «regarder de nouveau la place de la Vierge Immaculée dans vos vies personnelles, dans vos communautés et dans votre travail missionnaire»[4]. Notre thèse s’inscrit donc dans le droit fil de ces préoccupations et voudrait bien y répondre.

Notre thèse

Marqué profondément par l'expérience de sa ‘conversion’ le Vendredi Saint, fort probablement de 1807, Eugène de Mazenod est fasciné par l’amour miséricordieux de Dieu manifesté en Jésus. Sa spiritualité est donc fondée sur la contemplation de Jésus crucifié dont l’amour sauve le monde. Il aurait pu donner à sa Congrégation le nom des Croisiers ou Passionnistes ou bien Salvatoriens, mais il a choisi celui d’Oblats de Marie Immaculée. Il nous semble que la contemplation et l’écoute de Jésus crucifié l’amèneront petit à petit à découvrir la ‘Femme’ qui se tenait débout, au pied de la croix, la Vierge Immaculée[5]. Même si Marie n’apparaît pas d’emblée dans l’expérience de la conversion du Fondateur, sa présence doit toujours être supposée et ressentie; cette présence maternelle est réelle bien que discrète. Pour le Fondateur, les Oblats sont consacrés à Dieu sous les auspices de Marie. Leur vocation est une véritable oblation qu’ils vivent avec et comme Marie. Par conséquent, le nom de Marie qu’ils portent n’est pas un simple ornement extérieur, mais plutôt une valeur essentielle de leur identité religieuse et missionnaire.

Le nom de Marie rappelle constamment aux Oblats la profondeur de leur consécration et la hauteur de leur engagement à la suite du Christ. Marie est le miroir dans lequel chaque Oblat contemple les merveilles du salut en même temps qu’il se rend compte de ce qu’il est appelé lui-même à devenir. C’est donc «l’attitude générale de Marie, toute sa vie qui est proposée comme exemple à suivre»[6]. En ce sens, pourrait-on dire que «le Père de Mazenod n’a pas choisi le nom de sa Congrégation pour une question de culte mais plutôt mu par le désir que l’identification des Oblats à Marie soit le programme de leur vie»[7].

Originalité de notre thèse

Bon nombre d’études et articles sur la dévotion mariale du Fondateur et de la Congrégation ne donnent qu’une idée partielle du caractère marial du charisme oblat et restent souvent cantonnés dans les aspects historiques et spirituels. Nous avons ressenti le besoin d’en faire aussi une lecture théologique. L’originalité de notre thèse tient essentiellement à une triple nouveauté en ce qui concerne la dimension mariale du charisme oblat: d’abord, un exposé diachronique sur Marie dans l’itinéraire spirituel du Fondateur; ensuite, un essai de synthèse critique de sa mariologie et enfin, une actualisation de son inspiration mariale dans les réalités missionnaires d’aujourd’hui.

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Méthode suivie et structure du travail

Pour mener à bonne fin notre entreprise intellectuelle, nous recourons globalement à l’herméneutique. Et à l’intérieur de la visée herméneutique, nous adoptons la méthode diachronique et synchronique. Dans les quatre premiers chapitres, caractérisés par la récolte des matériaux, nous présentons de façon chronologique et évolutive Marie dans l’itinéraire spirituel du Fondateur. Tandis que dans les deux derniers chapitres, axés plutôt sur la lecture théologique de son corpus mariologique, nous privilégions l’approche synchronique. Ici, nous tentons une systématisation de la mariologie de Mgr de Mazenod; nous étudions son langage et y relevons les points forts et les limites. Nous mettons cette mariologie en rapport avec les éléments constitutifs du charisme oblat.

Quant à la structure, notre travail est distribué en six chapitres. Dans le premier chapitre, nous décrivons le contexte sociopolitique et ecclésial du temps de Mgr de Mazenod et brossons à grands traits sa biographie. Dans le deuxième chapitre, nous cherchons à nous rendre compte de la présence de Marie dans l’itinéraire spirituel de saint Eugène de Mazenod. En effet, il hérite de la piété mariale populaire de la Provence et de sa famille. Cette piété infantile prend de l’essor pendant son exil en Italie où il est témoin par exemple de la pratique du vœu de sang pour défendre la doctrine de l’Immaculée Conception. Grâce à la formation théologique reçue au séminaire Saint-Sulpice à Paris, l’amour de Marie se développe et se fortifie; car Jean-Jacques Olier, fondateur de ce séminaire voulait que la Sainte Vierge, Mère du Christ ‘Souverain-prêtre’, soit un protagoniste irremplaçable de la formation des séminaristes. Ordonné prêtre, Marie prendra de plus en plus de place dans la vie de saint Eugène et dans son apostolat. Il fonde, en 1813 à Aix, une Association des jeunes chrétiens qu’il place sous le patronage de Marie Immaculée. Il clôture la prédication des missions avec cette acclamation: Loué soit Jésus Christ et Marie Immaculée. Comme Evêque, il n’aménagera aucun effort pour défendre et promouvoir la doctrine de l’Immaculée Conception.

Dans son cheminement spirituel, Eugène de Mazenod vécut, d’après nous, trois expériences mariales clés qui font objet de notre troisième chapitre. Ces trois expériences marquèrent aussi la vie de sa Congrégation naissante. La première est celle du 15 août 1822 à Aix, connu sous le nom du ‘sourire de la Vierge’. À un moment de ‘fatigue morale’, de dures épreuves et de toutes sortes d’obstacles ‘rangés comme en bataille’ qui compromettaient l’avenir de la jeune Congrégation, surgit providentiellement à l’occasion de l’érection d’une statue de l’Immaculée et grâce à elle, une nouvelle vision de la Congrégation, plus belle, plus efficace et donc utile à l’Eglise. Il reprit alors courage pour persévérer dans la fondation de la Congrégation. La deuxième expérience survint à l’occasion de l’approbation pontificale de la Congrégation et de ses Règles entre novembre 1825 et avril 1826: le contact avec le père Bruno Lanteri, fondateur des Oblats de la Vierge Marie, la lecture répétée du livre Les gloires de Marie d’Alphonse de Liguori, la célébration de la solennité de l’Immaculée Conception du 8 décembre 1825 à Rome... Autant d’éléments qui serviront des stimulus pour que le père de Mazenod recueille toute l’expérience mariale de sa vie jusqu’à rebaptiser la Congrégation du nom de Missionnaires Oblats de la très sainte et Immaculée Vierge Marie au lieu d’Oblats de saint Charles comme il le pensait précédemment. Cette expérience reste, selon nous, la plus fondamentale. Elle manifeste l’évolution et la maturation du projet global du Fondateur qui perçoit en Marie l’idéal de son charisme. Il voit en elle l’exemple parfait de l’oblation à Dieu, de la vie consacrée, du zèle missionnaire, du service de l’Eglise et de l’engament en faveur des plus pauvres. La troisième expérience est celle qui advint à l’occasion de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception le 8 décembre 1854 par le Pape Pie IX. Mgr de Mazenod a vu dans la proclamation de ce dogme marial une confirmation du beau nom (de Marie Immaculée) que les Oblats portaient déjà.

Notre quatrième chapitre considère Marie dans la pensée et les écrits de Saint Eugène. Ce qui nous a permis de constater l’omniprésence et l’amplitude du thème de Marie dans différents sujets de la littérature mazenodiene: consécration religieuse, vie communautaire, activités apostoliques et missionnaires, la Règle et les Chapitres généraux, les mandements épiscopaux, etc. Il n’y a pas un seul secteur de la vie oblate qui ne soit placé sous les auspices de Marie.

Le cinquième chapitre est à proprement parler une synthèse critique de la mariologie de Mgr de Mazenod. Il nous semble que cette mariologie se développe autour des quatre thèmes majeurs: l’Immaculée, la maternité divine, la maternité spirituelle et la promotion de la dévotion à Marie. L’évaluation théologique de la mariologie de Saint Eugène nous a amené à relever quelques limites comme la carence des références bibliques, la rareté des citations patristiques, l’ambigüité de certains termes pour designer les prérogatives de Marie... Mais, c’est surtout ses mérites qui nous ont impressionnés: une mariologie à la fois christocentrique, ecclésiologique, sotériologique et eschatologique; une dévotion mariale équilibrée, éclairée, engageante et suggestive, toujours orientée vers la gloire de Dieu et la conversion du cœur. Il ne lui est jamais venu l’idée de considérer Marie en dehors du Christ et de l’Eglise. Jésus est le principal motif de la gloire de Marie. Dans le Fils se fonde et s’éclaire le mystère de la Mère.

Convaincus de la richesse que renferme la mariologie du Fondateur, nous avons cru important de clôturer avec un sixième chapitre sur l’actualité d’une telle mariologie qui s’applique parfaitement bien sur les valeurs constitutives du charisme oblat, notamment la centralité du Christ, l’amour de l’Eglise, l’annonce de la Bonne Nouvelle aux pauvres, la consécration religieuse, la vie en communautés apostoliques, le dévouement pour la jeunesse et la promotion de la dévotion mariale. Une valeur du charisme oblat sur laquelle nous avons insisté, quoique brièvement, est la formation des prêtres. Ici aussi, la mariologie de Saint Eugène ne manque pas d’inspiration. Au contraire, elle offre une opportunité de dialogue avec les grandes questions de notre temps[8], comme la formation humaine et éthique, la promotion de la femme, la sécularisation, l’œcuménisme et le dialogue avec les autres religions, l’engagement social, la lutte pour la justice, la résolution des conflits, le pardon et la réconciliation, l’inculturation de la foi, etc.

Nous avons considéré, en dernier instance, ce que Mgr de Mazenod appelle la singularis devotio (dévotion singulière) des Oblats qui, selon lui, doivent manifester un grand amour filial à l’égard de Marie, un attachement indéfectible et une confiance absolue. Ils doivent se consacrer à Dieu par ses mains maternelles, la vénérer, invoquer son intercession, lui exprimer une profonde reconnaissance en imitant ses vertus et surtout son oblation. La spécificité du caractère marial du charisme oblat ne réside pas avant tout dans la multiplication des exercices de dévotion ni dans le zèle à propager le culte de Marie, mais il s’agit surtout de s’identifier à elle, de vivre avec elle et comme elle. Pour le Fondateur, la Sainte Vierge est «un exemplaire consommé de la perfection religieuse»[9]. Porter son est un honneur mais aussi une responsabilité et une exigence de sainteté. Etre Missionnaire Oblat de Marie Immaculée signifie, en définitive, mener une vie sous la ‘dictée intérieure’ de Marie[10] et apprendre tous les jours à son école à être disciple et missionnaire du Christ. Et si Marie est présente dans la vie de l’Oblat, elle le sera aussi inéluctablement dans son apostolat, car de la bouche sort ce qui déborde le cœur.

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Fruits de la recherche et les résultats obtenus

1) Un essai de synthèse sur la dimension mariale du charisme oblat

Bon nombre d’écrits et d’articles sur le caractère marial de la vie et de la pensée de Mgr Eugène de Mazenod n’en donnent qu’une idée partielle. Notre recherche, par contre, en donne plutôt une vue plus large, plus globale et plus complète.

2) Une tentative de clarification sur la place de Marie dans la spiritualité des O.M.I.

La dévotion mariale n’est pas la première caractéristique de la spiritualité des Oblats, la prédication sur Marie n’est pas non plus la visée principale de leur apostolat. Cependant, comme Patronne, Modèle et Mère de la Congrégation, elle fait partie de l’identité religieuse oblate. Le Fondateur voulait que les Oblats s’identifient à elle dans leur oblation à Dieu, dans leur zèle missionnaire, dans leur service de l’Eglise et des pauvres. Une identification à Marie qui devient pour eux tout un ‘programme de vie’.

3) Une évaluation critique de la mariologie de saint Eugène de Mazenod

Notre travail décèle les inspirations fondamentales qui guident la mariologie du Fondateur, les influences extérieures qui l’enrichissent, le système de pensée autour duquel elle s’organise, le langage par lequel elle s’exprime. Nous en indiquons les points forts et les faiblesses.

4) Un approfondissement de la vie spirituelle et une redynamisation de l’élan missionnaire

Marie, n’est-elle pas «la première évangélisée (cf. Lc 1, 26-38) et la première évangélisatrice (cf. Lc 1, 39-45), comme le dit la Congrégation pour l’Education Catholique dans sa Lette circulaire du 25 mars 1988 sur La Vierge Marie dans la formation intellectuelle et spirituelle[11]? nous sommes convaincus que la prise en compte de la dimension mariale de la vie chrétienne demeure une voie certaine pour approfondir la vie spirituelle et vivifier l’élan missionnaire. Etoile de l’évangélisation[12], pour user d’une expression chère au Pape Paul VI plusieurs fois reprise par Jean-Paul II[13], Marie reste au cœur du charisme oblat de façon discrète, comme celle qui inspire, soutient, encourage et accompagne[14].

5) Une ouverture de nouvelles pistes de réflexion et d’action

Notre thèse est une réflexion ouverte sur la vie. Mgr de Mazenod se méfiait de toute doctrine sans impact réel sur la conduite des personnes. Ainsi, notre approche de la mariologie oblate n’est pas restée simplement au niveau du discours; au contraire, elle a été:

Difficultés rencontrées

La première difficulté de notre recherche semble être son extension dans le temps et dans l’espace: de la naissance du Fondateur (1782) jusqu’à sa mort (1861), presque 80 ans d’histoire. Il y aurait beaucoup à dire, mais nous n’avons relever que les points saillants du thème abordé pour ne pas faire éclater les limites de la thèse. Nous espérons que d’autres études s’appuieront sur nous pour montrer comment ce caractère marial s’est développé au cours de l’histoire de la Congrégation.

La deuxième difficulté est liée à la documentation de base. En effet, certains écrits du Fondateur, qui auraient pu être précieux pour notre travail ont été, à tort ou à raison, perdus.

La troisième difficulté relève d’une limite d’ordre épistémologique. On ne peut parler de la relation à Marie qu’en termes d’expérience vivante et jamais comme une réalité mathématique abstraite. La tentative de définir une expérience spirituelle vécue plus ou moins fortement est toujours une entreprise risquée, car l’expérience va toujours au-delà de ce que l’on peut en dire. Le dynamisme de la vie déborde toujours les contours des mots; lorsqu’on veut le définir, il ne se laisse pas emprisonner dans les concepts; au contraire, il échappe...

Conclusion

Saint Eugène de Mazenod, Fondateur des Oblats de Marie Immaculée n’a jamais été un théologien de métier, ni un ‘mariologue’ de premier rang; mais sa pensée et ses écrits sur Marie, expression d’un amour filial hors du commun, méritent une attention particulière de la part des théologiens et des maîtres spirituels, car ils renferment, à notre avis, une mine considérable. C’est ce que nous avons tenté de démontrer, en toute humilité.

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Notes:

[1] Cf. PAUL VI, Homélie à l'occasion de la béatification de Mgr Eugène de Mazenod, le 19.10.1975.

[2] Au p. Tempier, 20.03.1826, in Lettres aux Oblats de France 1826-1830, coll. Ecrits Oblats VII, Rome, Postulation générale, p. 65.

[3] L. DESCHÂTELETS, «Notre vocation et notre vie d’union intime avec Marie Immaculée», in Circulaires administratives des Supérieurs généraux, 191 (1951), p. 347.

[4] «Allocuzione al XXXI Capitolo Generale OMI», in Missionari nell’oggi del mondo, Roma, 1986, pp. 64-65. Dans son Exhortation Apostolique post-synodale sur la vie consacrée et sa mission dans l’Eglise et dans le monde, Jean-Paul II étend cette invitation à tous les Instituts de vie consacrée (cf. Vita consecrata, n. 28).

[5] «La Parole de Dieu est la première source de toute spiritualité chrétienne […], source pure et intarissable […]. Les fondateurs et les fondatrices s’y sont constamment référés dans la réponse à leur vocation et dans leur discernement du charisme et de la mission de leur Institut» (Vita consecrata, n. 94).

[6] F. JETTÉ, O.M.I. Homme apostolique. Commentaires des Constitutions et Règles oblates de 1982, p. 262. Le Concile Vatican II va dans le même sens lorsqu’il reprend les paroles de Saint Ambroise pour qui «la vie de Marie est pour tous une règle de conduite» (Perfectae caritatis, n. 25); voir aussi Vita consecrata, n. 28.

[7] K. LUBOWICHI, «Marie» in F. CIARDI (éd.), Dictionnaire des Valeurs oblates, Rome, AERO, 1996, p. 537.

[8] ACADEMIE MARIALE PONTIFICALE INTERNATIONALE, La Mère du Seigneur. Mémoire – Présence – Espérance. Quelques questions actuelles sur la figure et la mission de la Bienheureuse Vierge Marie, Paris, Salvator, 2005, nn. 38-73, pp. 69-170.

[9].R. GAUTHIER, «Caractère marial de notre spiritualité», in Etudes Oblates 7 (1948), p. 188

[10] L. DESCHÂTELETS, «Notre vocation et notre vie d’union intime avec Marie», pp. 355-356.

[11] CONGREGATION POUR L'EDUCATION CATHOLIQUE, La Vierge Marie dans la formation intellectuelle et spirituelle, Lettre circulaire du 25 mars 1988, n. 4.

[12] PAUL VI, Evangelii nutiandi, n. 82; JEAN-PAUL II, Ecclesia in Africa, n. 144.

[13] «Marie de Nazareth, la première évangélisée (cf. Lc 1, 26-38) et la première évangélisatrice (cf. Lc 1, 39-45 », (cf.)

[14] F. JETTÉ, Le missionnaire Oblat de Marie Immaculée. Textes et Allocutions, 1975-1985, Rome, Maison générale, 1985, p. 65.

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Forum Social Mondial: un lieu théologique
Impressions du père Abel Nsolo sur le FSM 2009 tenu à Belém au Brésil, du 27 janvier au 1er février

Un long voyage vers Belém

Qui veut voyager loin ménage sa monture, dit le proverbe. Le père Tomas VYHNALEK et moi-même (Habell NSOLO), Oblats de Marie Immaculée (OMI), étions bien préparés pour amorcer le voyage de Rome à Belém, au nord du Brésil passant par Lisbonne et Rio de Janeiro (aller) et Brasilia (retour). Un long voyage de plus de 20 heures; tout se passera bien hormis quelques retards enregistrés ici et là. Partis de Rome le vendredi 23 janvier, nous sommes revenus le mercredi 04 février.

La participation des Oblats au Forum

Une vingtaine d’Oblats de diverses provinces (Brésil, Paraguay, Pérou, Bolivie, Haïti, Zambie, R.D. Congo, Sri Lanka, USA, Canada, Maison générale, etc.) ont pris part à ce Forum. Il faut compter aussi une Forum Social Mondial Belémdizaine des scolastiques du Brésil. Un père passionniste australien venu des USA s’était joint à nous. En dehors des rencontres informelles, nous nous sommes réunis comme Oblats quatre fois. D’abord, le 27 janvier matin pour faire la connaissance mutuelle et célébrer une messe originale aux couleurs brésiliennes. Ensuite, le soir du 28, pour faire le feed-back de la première journée des conférences et s’enquérir sur le fonctionnement du portefeuille Justice, Paix et Intégration de la Création (JPIC) dans la Congrégation des OMI. Puis, le 30 entre 12H00 et 15H00 pour en savoir davantage sur la situation du conflit armé au Sri Lanka et en R.D. Congo. Enfin, le 31 janvier au soir pour recueillir les impressions générales sur le Forum et célébrer une messe de clôture et d’action de grâce.

FSM: histoire, objectifs et thèmes majeurs

Rappelons que le FSM est une initiative des Organisations, Groupes et Réseaux qui cherchent à promouvoir une culture de justice et de paix dans le monde entier. Ce Forum s’est déjà tenu à plusieurs endroits différents, notamment Mumbaï en Inde (2004), Porto Alegre au Brésil (2005), Bamako au Mali (2006), Nairobi au Kenya (2007). Le FSM de 2009 à Belém était à sa 9ème édition.

Les objectifs poursuivis par le FSM peuvent, à nos yeux, se résumer en six points majeurs:

  1. Construire ensemble un monde de justice, de paix et de respect mutuel;
  2. Combattre l’esprit de domination et de l’exploitation sous toutes ses formes (capitalisme, néo-colonialisme);
  3. Se soucier du bien commun de l’humanité et défendre la nature et l’environnement (la terre, l’eau, la forêt, sources d’énergies renouvelables);
  4. Bannir toutes sortes de discriminations et d’inégalités criantes (des genres, des générations);
  5. Promouvoir les droits fondamentaux de la personne humaine (logement, éducation, alimentation, santé, sécurité, communication, emploi…);
  6. Favoriser l’avènement d’une économie démocratique et solidaire, d’un commerce juste et équitable, moraliser la politique, contrôler le monde des affaires et des ressources naturelles, etc.

Le thème principal du Forum de Belém était Un autre monde est possible. Cependant, le Forum a touché tous les aspects des objectifs susmentionnés avec un accent particulier sur les conflits et les guerres qui menacent la paix dans le monde (le cas de Sri Lanka, R.D. Congo, conflit israélo-palestinien, Irak, Afghanistan, Iran, Cuba, Espagne, Soudan, Tibet, l’espoir suscité par l’élection d’Obama, etc.). Le Forum fut comme un miroir dans lequel se reflètent toutes les réalités préoccupantes de notre monde: crise financière, la globalisation de l’économie, l’augmentation de la pauvreté, la paix menacée, la course aux armements, le terrorisme, la violence, le sort de la planète, la pollution, forces et faiblesses de l’ONU

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Déroulement du Forum et ma participation

Le Forum fut une expérience très riche, très diversifiée et fort large. Parlant de son déroulement, je ne puis que m’attarder sur ce que fut mon agenda personnel.

- Le mardi, 27 janvier dans l’après-midi: début du Forum et grande parade pour la paix. Plus de 100.000 personnes sous une pluie battante pour une longue marche de 5 Km: slogans, chansons, danses, discours, etc. Les Oblats, même les plus âgés y ont participé. Mais, le groupe-vedette, cible privilégiée des paparazzi, fut celui des Indigènes de l’Amazonie venus en foule pour revendiquer leurs droits. Tout s’est passé dans une ambiance bon enfant, dans une convivialité hors du commun. Quant au déroulement du Forum comme tel (du 29-31 janvier) tenu sur deux campus différents (UFPA et UFRA), chaque jour comprenait 3 modules, soit la durée d’une conférence ou d’un atelier: de 8H30-11H30; de 12H00-15H00 et de 15H30-18H30. Cela veut dire concrètement que chaque jour, il y avait près de 40 conférences disponibles, animées par des spécialistes du monde entier (avec ou sans traduction); chaque participant faisait son choix selon ses intérêts. Ce fut donc plus qu’une école: au total 9 heures de conférences et débats par jour avec seulement une heure de pause Un fascicule de plus ou moins 150 pages a été distribué pour le besoin de la cause.

- Le mercredi, 28 janvier fut le jour consacré à la Pan-Amazonie. Le Conseil International (CI) souhaitait que le 9ème FSM se tienne en Amazonie et qu’un jour entier soit dédié à ce thème. En fait, la forêt amazonienne traverse 9 pays de l’Amérique Latine, à savoir: Brésil, Pérou, Colombie, Bolivie, Venezuela, Equateur, Guyana, Guyane Française et Suriname. D’où, la présence imposante des Indigènes autochtones. Mais il faut dire en réalité que la sauvegarde de l’Amazonie n’est pas un problème propre aux Indigènes car elle détermine l’avenir et la survie de toute l’humanité. Toutefois, le peuple indigène a regretté de ne pas être suffisamment écouté. Il y a trois ans, la Sœur Dorothée, une religieuse de Notre-Dame de Namur (dont les effigies furent omniprésentes) fut fusillée à bout portant à cause de sa détermination à défendre l’Amazonie et ses habitants. En ce mercredi 28 janvier, j’ai suivi, pour ma part, une conférence sur l’impact socio-environnemental de l’exploitation du pétrole et des minerais.

- Le jeudi 29, j’ai participé l’avant-midi à un atelier sur la culture de la paix et résolution des conflits animé par Gérard Halie du Mouvement de la Paix et William Adams, ancien responsable de la culture à l’ONU. Dans les échanges, j’ai abordé la situation à l’Est de mon pays, la R.D. Congo où la guerre a fait en ces dix dernières années près de 6 millions de morts, soit le plus grand nombre des victimes depuis la seconde guerre mondiale. Dans l’après-midi, j’ai suivi une conférence sur les droits des femmes, spécialement celles qui sont incarcérées.

- Le vendredi 30, l’avant-midi, j’ai rejoint un groupe qui discutait sur l’immigration, la paix, la sécurité et le développement, tandis que l’après-midi, une rencontre exclusivement oblate permit au père Rohan et à moi-même de parler respectivement de la guerre au Sri Lanka et en R.D. Congo.

- Le samedi 31, dans l’avant-midi, j’ai participé avec un bon nombre d’Oblats à une réunion organisée par VIVAT (une organisation d’un groupe des religieux opérant auprès de l’ONU) pour les ecclésiastiques venus à Belém, afin de recueillir leurs suggestions sur ce que l’Eglise peut faire à la lumière des aspirations et des attentes du Forum. Une soixantaine des religieuses, religieux et prêtres répondirent à cette invitation. Après la présentation individuelle, suivait le partage en petits carrefours avant de terminer avec quelques propositions. Evidemment, la diversité des expériences et des charismes ne pouvait qu’enrichir le partage. Nos confrères Seamus Finn et Daniel Leblanc en ont profité pour donner les informations nécessaires sur la vocation et la mission du VIVAT à l’ONU. Dans l’après-midi, j’ai choisi un atelier sur le défi du désarmement (et de l’élimination des armes nucléaires). Une question très préoccupante car les dépenses militaires augmentent presque partout et dans certains pays, l’économie civile et militaire restent fort liée (le cas des USA dont les grandes compagnies fonctionnent avec près de 40% des actions placées par le secteur militaire).

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Mes impressions et questionnements

Je signale sommairement ce qui m’a impressionné et aussi les questionnements ou points de réflexion (en italique) que cette expérience du Forum a suscités en moi.

1) Le FSM, une grande expérience de fraternité universelle et une école de solidarité.

Au-delà de la diversité des participants (provenances, cultures, langues, races, classes sociales, etc.), tout le monde était animé par un esprit de famille, de respect mutuel; comme une seule humanité appartenant à un seul monde et unis pour une seule cause (Un autre monde est possible).

- Jésus Christ ne serait-il pas l’initiateur de la ‘mondialisation’ lorsqu’il priait pour que «tous soient Un» (Jean 17), tous frères et sœurs d'un seul Père des cieux. Certes, une mondialisation non pas basée sur l'économie mais sur l'amour.

2) Le FSM, une forte sensibilisation sur les grandes questions cruciales de l’humanité.

Le FSM est une véritable encyclopédie de connaissances dispensées par les experts du monde entier et hommes de bonne volonté (problèmes éthiques, politiques, crise éconque, pauvreté, faim, développement, justice, paix, environnement, spiritualités, etc.). Bref, un miroir dans lequel se reflètent toutes les questions cruciales de notre monde, ses souffrances et ses plaies.

- Ne convient-il pas de voir à travers ce monde en souffrance, la passion continuée de notre Seigneur? Certes, il n’existe pas de vie sans souffrance; mais fermer les yeux ou croiser les bras devant la souffrance est sans doute contraire à notre foi. Notre monde ressemble au Samaritain qui gémit au bord du chemin (Luc 10, 25-37).

3) le FSM, un haut lieu, une tribune pour annoncer et dénoncer.

Forum Social Mondial BrésilLe FSM fut un espace et un temps pour promouvoir la justice, la paix, combattre les antivaleurs et démasquer l’hypocrisie des idéologies de tout bord. Remettre la personne humaine au centre de toutes les préoccupations (politiques, éconques, sociales, spirituelles). Le FSM est un laboratoire et en même temps une chaire prophétique où l’on défend le sort des plus pauvres.

- Peut-être que, par le passé, l’Eglise a beaucoup parlé au nom des pauvres, et cela n’est pas sans mérite; il me semble que le temps est venu de parler avec les pauvres; peut-être aussi que nous faisons beaucoup pour soulager les pauvres, le temps est venu pour nous attaquer aux causes qui génèrent la misère des populations entières.

- Jésus Christ n’a prêché que rarement dans les synagogues, il annonçait la Bonne Nouvelle à ciel ouvert en rejoignant les gens où ils sont: au bord de la mer, sur la montagne, dans le désert, dans les rues, dans les maisons, etc. Il nous faut trouver de nouveaux aréopages pour évangéliser aujourd’hui; le Forum Social Mondial en est sans doute un.

4) Le FSM, une occasion de remise en question.

Le flux d’informations reçues et diverses expériences vécues ont suscité en moi tous les sentiments, mêmes contradictoires: peines et joie, peur et courage, révolte et apaisement, réponses mais surtout questionnements. Je voudrais en mentionner seulement deux directement liés à ma situation de religieux-formateur.

- A la lumière de différentes questions de fond abordées lors de ce FSM, comment repenser le profil du religieux et du prêtre du troisième millénaire? Je n’ai pas de réponse précise pour le moment; cependant, il me semble que notre ‘ratio studiorum’, notre style de vie et notre formation pastorale doivent s’adapter aux besoins et aux attentes du monde actuel.

- Comment faire pour que nos communautés religieuses deviennent davantage artisanes et témoins de justice et de paix et nos maisons des espaces écologiquement sains?

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Contradictions du FSM de Belém

Des voix discordantes n’ont pas manqué au FSM de Belém; quelques fois la réalité des faits déparait les belles énoncées en faveur de la justice, de la paix et de la sauvegarde de l’environnement, par exemple:

Conclusion: FSM, un lieu théologique

Le FSM reste malgré tout, à mon humble avis, un lieu théologique incontestable; un lieu où souffle l’Esprit, car Dieu parle. C’est un lieu pour contempler Dieu qui a créé à la Genèse et restaure toute la création à l’Apocalypse. C’est un lieu où se manifestent les aspirations légitimes pour un monde meilleur pour tous. Alors, la grande question reste celle de ne pas en rester au niveau de l’euphorie, de l’émotion et de l’exubérance folklorique mais d’incliner les aspirations exprimées vers des actions concrètes, monter des stratégies afin d'agir concrètement et efficacement en faveur du bien être commun, de la paix et de la justice.

Un épisode pour finir, celui d’une religieuse assez âgée, se disant incapable de suivre tous les discours et débats du Forum, se décida de sacrifier son congé annuel en se rendant à Belém pour cuisiner et accueillir les participants au Forum. Ce fut, à ses dires, sa façon à elle de participer à la construction d’un monde nouveau…

Je remercie sincèrement le père Camille Piché et tous ceux qui nous ont permis, Tomas et moi-même de faire cette riche expérience. Chacun et chacune de nous, là où il est peut et doit se sentir artisan de justice et de paix, bâtisseur patient et intrépide d’un monde meilleur. Oui, UN AUTRE MONDE EST POSSIBLE, à condition de commencer par nous-mêmes. La balle est donc dans notre camp!

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