Nous sommes le 17/08/2019 et il est 17h15 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Formation à la vie consacrée
(Baudouin Mubesala, omi)

Ce 17/08/2019, voici une vision de Baudouin Lanza, Oblat de Marie Immaculée, sur la formation religieuse en Afrique. Il faut que le jeune s’initie à la vie de la famille, du clan et de la société, pour mieux assumer ses responsabilités. Il nous apparaît urgent que les responsables de la formation et les jeunes eux-mêmes se mettent en chemin et cherchent ensemble comment évoluer dans la joie et la confiance, en affrontant les défis que pose la société africaine aujourd’hui. Mais surtout, comment rendre cette formation adéquate de sorte qu’elle soit capable d’aider nos jeunes à assumer leur vocation religieuse, sacerdotale au sein de l’église et de la société.

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B. L'initiation africaine et la formation
religieuse en Afrique

(Baudouin Mubesala Lanza)

Introduction

Dans toute entreprise, la formation du personnel apparaît comme une nécessité et un impératif dont on ne peut se passer. L'avenir du groupe en dépend. Si les entreprises d'Etat doivent préparer leur personnel dans le cadre de leur mission, à plus forte raison les congrégations religieuses missionnaires dont la mission s'exerce dans et au-delà des frontières et implique la rencontre d'un public plus varié et plus large. C'est avec raison que le pape Jean-Paul II souligne son importance dans son exhortation apostolique Vita consecrata:

L'objectif central de la démarche de formation est la préparation de la personne à la consécration totale d'elle-même à Dieu dans la sequela Christ, au service de la mission. Répondre ‘oui' à l'appel du Seigneur en s'engageant personnellement dans la maturation progressive de sa vocation, cela relève de la responsabilité inaliénable de ceux qui sont appelés, qui doivent ouvrir leur propre vie à l'action de l'Esprit Saint; cela suppose de suivre généreusement l'itinéraire de formation, en accueillant avec foi les médiations que proposent le Seigneur et l'Eglise(1).

Parmi les défis actuels de l'église en Afrique, le Pape souligne l'importance de la formation quand il écrit:

Le Synode a mis si fortement l'accent sur la formation des agents de l'évangélisation en Afrique. J'ai déjà rappelé la nécessité d'une formation appropriée des candidats au sacerdoce et de ceux qui sont appelés à la vie consacrée. L'Assemblée a également prêté l'attention qui convient à la formation des fidèles laïcs, soulignant leur rôle irremplaçable dans l'évangélisation de l'Afrique(2).

Plus loin, le Saint-Père ajoute:

Dans tous les secteurs de la vie de l'église, la formation est d'une importance capitale. Personne, en effet, ne peut clairement connaître les vérités de foi qu'il n'a jamais apprises ni poser des actes auxquels il n'a jamais été initié… La formation missionnaire occupera une place de choix… Le programme de formation doit inclure, en particulier la formation des laïcs à jouer pleinement leur rôle d'animation chrétienne de l'ordre temporel (politique, culturel, économique, social) qui est une caractéristique de la vocation séculière du laïcat(3).

Une formation, pour être efficace, suppose des étapes durant lesquelles elle est assimilée au fur et à mesure par les candidats. Il serait indigeste de le servir sur un seul plat et en même temps. C'est pourquoi la formation religieuse va procéder par des étapes importantes qui sont la culture même des vocations à travers diverses animations dans la pastorale juvénile, la pastorale des vocations, le prénoviciat, le noviciat et le post-noviciat, période pendant laquelle le jeune se prépare aussi à s'engager par des vœux perpétuels.

Étant donné le caractère de totalité de cet engagement, l'intéressé doit s'ouvrir avec confiance et se disposer à se former, c'est-à-dire à accueillir ce qui devra transformer toutes les composantes de tout son être(4).

La formation continue, surtout les cinq premières années qui aident le jeune missionnaire à s'insérer dans son apostolat, est une étape aussi importante qui ne peut être négligée, car les réalités d'une maison de formation ne sont pas les mêmes que celles que l'on trouve sur le champ d'apostolat proprement dit. Même si les régences et autres stages pastoraux y préparent pendant la formation initiale, il faudra toujours une période d'intégration qui aide le jeune missionnaire à prendre la mesure de son apostolat. La formation est une initiation dont les maîtres doivent connaître et leurs candidats et les rites de l'initiation.

La formation à la vie religieuse est un processus qui dure toute l'existence humaine dans un processus communautaire, centrée sur la personne et le respect de celui qui se laisse former. Elle exige des normes qui permettent de circonscrire le champ et donnent des orientations pour une visée ou des buts à atteindre.

La formation aujourd'hui devient un peu plus complexe à cause de la complexité même des situations actuelles de la société et de la diversité d'origine des candidats que les instituts religieux accueillent. Nous vivons (et les jeunes d'une façon particulière) dans une société qui évolue assez vite et bouscule les mœurs.

La formation à la vie religieuse se situe dans cette société prenant en compte «les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps»(GS,1). Elle n'est pas une formation éthérée, mais une formation incarnée. Les jeunes qui viennent frapper aux portes des Instituts religieux sont issus de cette société que l'on pourrait dire «cassée.»

Il arrive assez souvent que cette diversité ou dispersion n'ait pas aidé les jeunes à réaliser une unité intérieure. Mais puisqu'il faut compter avec ces jeunes, la résolution est d'apprendre ou mieux de s'engager à les former en leur proposant des modèles et des repères. Notre société moderne souffre parfois de l'absence des points de repère.

L'absence des points de repère aboutit à une désillusion personnelle…débouche sur un sentiment de médiocrité: le sens disparaît et le cœur s'obscurcit. L'âme est alors atteinte d'un malaise profond qui a pour effet d'empoisonner les relations humaines, de maintenir l'esprit dans un état d'agitation, d'anémier le rire et de saper le travail du temps…(5).

Ce dernier chapitre de notre travail voudrait apporter quelques réflexions sur les étapes de ce processus de formation. L'initiation à la vie religieuse est impérative et apparaît même comme le nerf de l'avenir de la vie religieuse. Le but de la formation est d'assurer «la croissance de ceux que Jésus appelle à devenir ses disciples, pour qu'ils acquièrent la maturité religieuse et deviennent capables d'assumer la mission (oblate)»(6).

Dans ce processus d'initiation à la vie religieuse, l'initiation traditionnelle africaine peut-elle apporter une quelconque contribution? Il nous semble que le génie, de quelque peuple qu'il soit, est un apport important à la réalisation de la personne humaine.

C'est peut-être dans ce sens que nous entendons et comprenons la proposition d'Eboussi-Boulaga qui suggère qu'il nous faut, en Afrique, une véritable initiation chrétienne où la doctrine se fait rite, jeu liturgique, expérience communautaire, transmission d'une discipline et d'un style de vie.

Je suggère la création des camps d'initiation chrétienne, en période de vacances. On y prierait, on y danserait, on y travaillerait de ses mains, on y apprendrait des beaux textes, on discuterait et l'on s'y instruirait. Un programme serait mis sur pied, échelonné suivant les classes d'âge et sur plusieurs années, avec ses rites d'intégration progressive dans la chrétienté adulte. Il faudra y mettre le prix pour en garantir le succès et la qualité spirituelle: des conditions matérielles obéissant aux normes classiques de l'hygiène et de la sécurité, des instruments pédagogiques adéquats, des activités soigneusement préparées, un encadrement humain et religieux de haut niveau, qui consisterait en une équipe polyvalente avec prêtre, religieux ou religieuse, des laïcs, homme ou femme(7).

Il nous semble que la suggestion d'Eboussi Boulaga touche plusieurs points dont la créativité alliée à la Tradition, l'expérience communautaire appellent la collaboration dans la complémentarité des talents.

Tout en prenant en compte les divers documents du Magistère de l'Eglise catholique sur la formation, dont nous nous inspirons, nous allons nous référer assez largement, dans ce chapitre, aux documents de la formation religieuse chez les missionnaires Oblats de Marie Immaculée. Cette approche, nous l'espérons, nous donnera la chance d'apporter quelques exemples concrets.

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1. Programme et méthodologie

Pour qu'une mission aboutisse, elle doit avoir un but, un objectif à atteindre. Et c'est en fonction de cet objectif qu'un personnel adéquat et qualifié oriente tout l'ensemble de ce qui constitue la réalisation de cette mission. Il ne suffit pas simplement d'élaborer un programme, mais il faut surtout des personnes motivées qui le portent pour le réaliser à travers une méthode appropriée.

Dans la vie religieuse, la formation des membres est un des objectifs primordiaux; elle est une formation à être témoins de Jésus-Christ au monde et à l'annoncer. La formation oriente donc beaucoup plus à l'acquisition de certaines vertus qui aident à témoigner de cet amour.

Le programme n'est efficace que dans la mesure où il est appliqué de façon adaptée et si les intéressés en tirent grand bénéfice. C'est ainsi que les normes générales doivent être interprétées et retransmises à travers de directoires particuliers où ils sont appliqués avec efficacité.

Les programmes de formation, s'ils veulent être efficients, doivent tenir compte de trois éléments importants: leur enracinement dans l'enseignement de Jésus-Christ, leur enracinement dans les cultures, et leur prise en compte de la psychologie de ceux et celles qui sont engagés dans les programmes. Ils ne sont valables que dans la mesure où ils préparent des jeunes à faire face aux nouveaux besoins, à l'émergence de l'inattendu et du non-prévu(8).

Ceux et celles engagés dans les programmes de formation sont les formandi; les formateurs et formatrices ayant profité, eux aussi de cette formation, sont à leur tour en charge de ceux et celles confiés à leur sollicitude. C'est que leur expérience personnelle doit normalement contribuer à ce cheminement formatif et communautaire.

Qu'une congrégation religieuse soit internationale ou diocésaine, elle devra tenir compte de ces éléments, car l'enracinement dans l'enseignement de Jésus-Christ lui donne ce caractère «universel»; considérer le Christ comme le point de départ et d'arrivée. C'est autour du Christ que les disciples doivent se rassembler. Cette conviction permet de ne pas se perdre dans les particularités culturelles dont il faudra bien tenir compte; l'enracinement dans des cultures particulières permet une intelligence et donne un sens aux engagements.

Il est toujours mieux de connaître et de savoir à partir d'où on s'engage. L'apport de la culture est d'aider à l'incarnation de la Parole et des enseignements de Jésus-Christ. Que les cultures s'évangélisent et que l'évangélisation (ou mieux les évangélisateurs) puise aussi ses forces et inspirations dans des cultures; la connaissance de la psychologie des bénéficiaires des programmes permet d'établir une méthodologie d'éducation progressive qui permet aux intéressés de se connaître aussi eux-mêmes pour ne pas se surestimer ou même se sous-estimer. Ce «timing» et cette connaissance s'avèrent nécessaires.

Marcello Zago, alors Supérieur général des Missionnaires Oblats, écrivait, à l'occasion de la publication des Nouvelles Normes générales de formation pour les Oblats:

Il appartient maintenant aux Provinces et aux Délégations de s'approprier ces Normes générales de la formation oblate, en adaptant les sections qui favorisent l'inculturation dans leur propre contexte et qui encouragent la communion avec l'Eglise locale, sans oublier que pour saint Eugène de Mazenod et sa Congrégation, l'unité entre nous et le zèle missionnaire demeurent essentiels(9).

Il nous semble que cet appel, de celui qui deviendra par la suite le Secrétaire général de la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples, est une invitation à des initiatives qui tiennent compte des réalités locales et aussi des inspirations fondatrices autour desquelles les membres d'une famille religieuse doivent se retrouver. Ce défi est lancé aussi aux formateurs qui devront faire preuve d'innovation créatrice dans la fidélité.

Étant donné que l'agent principal dans la formation est le formandus, le processus de la formation devra donc tenir compte de celui-ci et y prêter une attention soutenue. C'est pourquoi nous disions plus haut que les formateurs comme les formatrices devront bien connaître la psychologie de leurs formandi, s'intéresser à leur milieu, leurs origines et leur contexte. C'est tout cet ensemble qui forme la personne humaine et chacun porte avec soi ce qui, dès son enfance, a formé son être homme ou femme.

C'est quand on connaît ses origines que le formateur/trice peut être en mesure d'accompagner la personne qui lui est confiée; cet exercice n'a aucunement l'objectif de catégoriser mais plutôt de connaître et de comprendre le formandus. Il serait hasardeux de s'aventurer sur la formation de la personne en ne se fiant qu'à des principes généraux qu'on chercherait à appliquer sur qui que ce soit.

L'appel de Dieu s'adresse à un individu qui doit y répondre selon ses aptitudes qu'il devra conformer aux normes pendant les étapes qui lui sont proposées, étapes adaptées à la dynamique de son évolution. «Répondre à la vocation chrétienne, et vivre cette vocation implique les dynamismes humains de base tels que la connaissance, le vouloir et l'amour. Ces dynamismes ont leur fondation dans l'être de la personne humaine dont elles sont la manifestation»(10). C'est l'être qui s'engage avec tout ce qu'il est et tout ce qu'il a. Une vocation prend tout l'homme, c'est pourquoi la réponse qui y est demandée est aussi «totale».

Que nous ayons reconnu la place importante que doit prendre le jeune en formation (formandus) puisque c'est lui qui devra se conformer à la logique de la sequela Christi; nous ne pouvons pas aussi sous-estimer le rôle combien important du formateur ou de la formatrice dans le processus, car il ne s'agit pas simplement de donner la leçon mais plutôt de donner l'exemple et surtout d'accompagner des personnes.

De la formation première et continue dépendent la vie et la mission de la Congrégation. Grâce à elle, l'homme apostolique se forge dans ses multiples dimensions, dans les diverses étapes de sa vie et dans des engagements missionnaires variés(11).

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2. De la formation première

Nous entendons par formation première cette période de la formation du jeune religieux qui s'étend du noviciat jusqu'à sa première obédience par le Supérieur général. Cette étape est déterminante dans le processus de la formation du jeune, car c'est pendant cette période qu'il est supposé acquérir une maturité voulue pour continuer son cheminement religieux. Pendant cette étape, les formateurs et les formandi font chemin ensemble dans une ouverture et une confiance réciproques.

Les attentes des formandi, des formateurs et des responsables de l'Institut sont immenses, car la formation doit pouvoir répondre aux exigences de la vie religieuse et de l'engagement de l'Institut religieux dans l'Eglise et dans la société. Fernand Jetté, ancien Supérieur général des Oblats, attendait de la formation: des hommes qui ont une réelle consistance intérieure et maturité humaine; des hommes qui ont vraiment opté pour Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié, en vue de se consacrer à sa mission de salut, et qui le connaissent déjà suffisamment; des hommes qui ont compris et accepté les renoncements inhérents aux trois vœux (chasteté, pauvreté, obéissance), et qui sont capables de les porter dans la paix, l'amour et la joie; des hommes sensibles aux appels des pauvres et décidés à donner leur vie pour eux, en communion intime avec l'Eglise et la Congrégation; des hommes qui ont choisi un service des pauvres qui se situe clairement dans la ligne de l'évangélisation et qui tend toujours, même s'ils ne peuvent pas le réaliser immédiatement, vers l'annonce explicite de Jésus-Christ et la célébration du salut en communauté ecclésiale et à travers les sacrements; des hommes qui, au plan philosophique et théologique, possèdent une solide base doctrinale(12).

C'est tout un programme. Nous sommes déjà aux résultats escomptés d'une formation première qui permette aux bénéficiaires de s'armer pour leur mission auprès de ceux dont ils ont la charge. Et nous avons dit que le formandus lui-même et le formateur jouaient un rôle important dans ce processus. Il nous faudra ajouter aussi que tout l'environnement, le milieu et les personnes y sont aussi impliqués de l'une ou l'autre façon car la formation entend s'ouvrir à toutes ces réalités.

Dans ces lignes qui vont suivre, nous allons tenter de proposer le modèle de formateur et sa propre formation qui devra lui permettre d'être garant de celle des autres; la vie communautaire qui devra permettre la croissance et l'avènement de chacun; la relation qui devra aussi exister entre les formateurs et les formandi; la cohésion et le genre de collaboration entre les formateurs des différentes étapes de formation.

2.1. Le formateur

Le formateur ou la formatrice doit être un(e) missionnaire convaincu(e) de sa vocation religieuse, qui la vit dans la joie, l'amour et la paix, et qui voudrait partager cette joie avec les autres. Son premier rôle n'est pas d'abord de livrer un certain corpus d'enseignement mais de partager son expérience de vie religieuse et ouvrir une piste qui donne aux jeunes de s'engager, eux aussi, pour la cause du Christ.

C'est avant tout un ministère de témoignage et d'accompagnement. Le formateur ou la formatrice est donc un «poteau indicateur», un chemin qui ouvre vers Jésus et son Père à l'exemple de Jean le Baptiste. C'est un(e) religieux (se) sur qui l'Institut place sa confiance pour la formation de ses jeunes; par conséquent, il porte la responsabilité de l'avenir de l'Institut quant à la qualité de ses futurs membres, car de la qualité de la formation dépend aussi la qualité des membres.

C'est pourquoi, certaines qualités sont requises d'un formateur/trice. Entre autres qualités, nous pouvons citer, sans être exhaustif, une vie de foi et de prière, un solide jugement, le sens des personnes, la disponibilité, l'équilibre humain et religieux, le zèle, l'esprit de vie communautaire et de travail en équipe, amour de son propre ministère, intellectuellement ouvert et réceptif, fidèle à la Tradition mais aussi ouvert à la réalité, ouverture qui lui permet des adaptations nécessaires, etc.(13)

C'est ainsi que sa propre formation, son style de vie et l'ouverture aux autres dans la communauté, son amour pour ceux dont il a la charge doivent être un support qui l'aide à assumer son ministère.

Pour qu'une personne soit capable de donner le meilleur de lui-même, il faudra que lui soit accordée la chance d'acquérir ce meilleur. Il n'est pas toujours facile de donner ce que l'on n'a pas. Celui qui se donne doit être suffisamment constitué. Le but de la formation du formateur est d'abord de l'aider à se connaître lui-même, à s'apprécier en vue d'apprécier aussi les autres. Les sciences ecclésiales et humaines viendront comme pour le parfaire dans son humanité religieuse.

Celui qui ne se connaît pas assez ou qui ne s'apprécie pas assez, vit sous l'emprise de la peur; peur de sa propre inconnue, peur de sa responsabilité et de la liberté des autres; peur de soi-même, de son vide intérieur, du fond obscur de ses désirs et ses instincts que l'on projette sur les autres(14). Il faudra qu'il apprivoise d'abord sa propre ombre(15).

Cette insécurité personnelle n'est pas de nature à aider le formateur dans son apostolat de formateur. Plusieurs formateurs que nous avons rencontrés et avec qui nous avons eu la chance de partager franchement n'ont pas manqué de nous avouer combien ils n'étaient pas suffisamment ou pas du tout préparés pour un tel ministère. Comme nous venons de le dire, une personne non préparé et qui ressent cette insécurité manquera de confiance en lui-même et deviendra rigide.

Le processus de maturité s'accomplit à travers l'acceptation de soi et la capacité d'assumer les responsabilités. La formation du formateur n'est pas seulement académique, mais elle aussi et surtout humaine et religieuse. L'action (ministère) est une conséquence de la formation qui envoie vers les autres. C'est notre vocation qui nous confie la mission.

La formation du formateur le prépare donc à s'assumer, à s'imposer un rythme de vie qui l'aide à développer les valeurs qui sont en lui; à apprécier les valeurs chez les autres et à compter sur les autres; à devenir exigeant vis-à-vis de lui-même avant de l'être pour les autres mais aussi à devenir réaliste et tolérant. C'est donc un travail sur soi-même. C'est ainsi qu'il est le grand protagoniste dans ce processus de sa formation. Cette conscience de l'avoir été pour lui-même l'aidera aussi à encourager les jeunes à être protagonistes de leur propre formation. Les valeurs humaines et religieuses constituent la toile de fond de sa formation.

En plus du travail sur lui-même, le formateur est appelé à découvrir et promouvoir, chez les jeunes en formation, les bonnes motivations à la vie religieuse. Ce qui est un travail de patience, de confiance et de dévouement. Puisque la rencontre de l'autre ne se fait pas sans heurt, le formateur est appelé à un dépassement de lui-même et à connaître la personne humaine concrète sous sa guide en vue d'une rencontre vraie et franche. L'étude et la compréhension de la personne, de son milieu de vie et de toute la culture doivent se trouver en arrière-fond de la formation du formateur.

C'est ainsi que dans son propre programme de formation, le formateur devra intégrer et s'intéresser activement à la spiritualité et à d'autres sciences humaines telles que la psychologie, la sociologie, l'anthropologie, la morale, la philosophie, etc. qui l'habilitent à connaître la personne humaine. Étant donné ce qui est demandé du formateur, sa formation s'avère donc une exigence(16).

Étant donné que cette tâche requiert sérénité, disponibilité, patience, compréhension et une affection véritable pour ceux qui ont été confiés à la responsabilité pastorale de l'éducateur(17), il ne sera jamais assez d'insister sur la nécessité de la formation du formateur.

Un autre aspect important que nous voulons suggérer c'est de donner la chance au futur formateur de faire une expérience pastorale en paroisse ou tout autre ministère qui lui donne la chance de rencontrer plus d'une variété de catégorie de personnes, ainsi, il apprendra à gérer ces différences. Assez souvent, amener directement dans une maison de formation, pour en faire un formateur, un jeune homme qui finit sa propre formation première, est une imprudence, car on l'exposerait facilement devant des situations difficiles où son jugement n'est pas encore exercé. Ce qui pourrait le frustrer. Le tout dépendra du jugement du supérieur majeur compétent qui pourrait discerner de la capacité du candidat.

2.2. La vie communautaire et travail en équipe

La vie communautaire constitue une des valeurs fondamentales de la vie religieuse(18)et d'une façon particulière de celui qui s'engage dans le ministère de la formation. La communauté de vie joue un rôle privilégié dans la formation, quelles qu'en soient les étapes. Et la formation dépend en grande partie de la qualité de cette communauté(19). Elle est un témoignage de l'unité dans l'esprit pour une action commune. A l'exemple de la communauté des disciples, c'est le Christ qui les a rassemblés pour leur confier cette mission. Ce qui est demandé aux formateurs, en premier lieu, n'est pas simplement d'habiter sous un même toit, mais d'abord d'être convaincus de se donner au même ministère comme corps missionnaire.

La communauté n'est pas seulement une structure extérieure qui facilite la fidélité à l'appel de Dieu; elle est un élément constitutif de la vocation chrétienne… Notre formation s'accomplit dans une fidélité active à l'Eglise et à notre vocation communautaire, religieuse et apostolique(20).

C'est grâce à la complémentarité de leurs talents et de leurs compétences que les formateurs seront capables de remplir le ministère que leur confie l'Eglise à travers les responsables de leur Institut. La vie communautaire est d'abord une unité d'esprit et de cœur, un partage d'idéal. Bref, une mission commune.

Cette unité d'esprit facilite la collaboration et la compréhension, l'amour et le support mutuel. C'est ainsi que la communauté de formation devient une communauté apostolique dont «le succès dépend de la collaboration de tous». Les membres (formateurs) portent une responsabilité devant l'Eglise et devant les jeunes dont ils ont la mission d'accompagner vers leur maturité humaine, spirituelle et religieuse. Les jeunes s'intéressent à leur style de vie, ils sont plus attirés par les exemples de leurs formateurs que par des harangues, doctes soient-elles.

C'est pour cela que le ministère de formateur est un ministère exigeant, car le formateur sera appelé à un esprit d'abnégation, à se contrôler et à s'imposer certains sacrifices. Il s'agit de se faire à sa nouvelle communauté qui oblige maintenant une (re) construction à partir des richesses et des différences qu'apportent les membres. Les préalables pour la formation d'une telle communauté sont: l'amour mutuel, la confiance, la compréhension, la vision commune, l'esprit de pardon et d'encouragement.

L'unité de la formation exige l'unité entre les formateurs. Si la communion qui s'établit entre eux est sincère et profonde, tout le groupe apparaîtra comme une icône de l'unité. Puisque dans les formateurs, les jeunes veulent trouver un point de référence, de repère, les formateurs devront donc s'éloigner autant que possible de tout antagonisme, toute sorte de rivalité, de prestige et ambition personnels, du désir de faire triompher leurs propres idées en vue de les imposer aux autres(21). Des bonnes relations entre formateurs dépendront aussi en grande partie de la cohésion et de la bonne formation des jeunes.

Une communauté doit être formatrice, mais elle ne sera telle que dans la mesure où elle permet à chacun de ses membres de croître dans la fidélité au Seigneur selon le charisme de l'Institut. Pour cela, les membres doivent avoir clarifié ensemble les raisons d'être et les objectifs fondamentaux de cette communauté(22).

Le ministère de formation est un ministère de guide. Il faudra, à tout prix, éviter des attitudes paternalistes et envahissantes qui n'aident pas l'éclosion des initiatives, et les jeunes peuvent rechercher à quitter au plus vite la communauté pour s'affranchir de cette ombre gênante qu'ils repousseront, à l'avenir, comme «L'odeur du Père».

2.3. Les jeunes en formation

Les jeunes qui sont confiés aux soins des formateurs ne sont pas encore parfaits, encore moins des saints. Ils ont déjà vécu certaines expériences qui les ont marqués de l'une ou l'autre façon. Ils sont confiés aux formateurs pour que ceux-ci les aident en leur donnant une «forme» selon l'esprit de l'Institut dans l'Église.

C'est pourquoi beaucoup d'éléments doivent entrer en ligne de compte: la charité, la patience, le dévouement, la compréhension, etc. Les jeunes ont besoins de se sentir aimés et en même temps il faudra leur présenter franchement les exigences de la vie religieuse; ils ont besoin d'être confrontés à eux-mêmes et aux réalités de la société. Les jeunes ont besoin d'être défiés, mais dans le respect et la charité.

Ce qu'ils attendent, ce ne sont pas des maîtres austères et sévères mais des frères/sœurs aînés responsables, aimants, sincères et vrais avec eux. Décidés à les aider à cheminer dans leur croissance. Des grandes remarques peuvent aussi se donner en un langage fraternel. Même la vérité la plus brûlante, vive, peut être dite d'une façon gentille. La courtoisie est l'intelligence du cœur.

Pour que les jeunes croient aux formateurs, il faudra à ces derniers un véritable souci d'authenticité de vie. L'une des caractéristiques principales de la formation est la confiance réciproque. Elle appelle l'ouverture mutuelle, ainsi la croissance de l'individu se réalise dans des conditions optimales. Le dialogue vrai et sincère est la preuve de cette confiance.

Une autre des attitudes dont il faut se méfier vis-à-vis des jeunes c'est le favoritisme. Apprendre à traiter d'une façon équitable, chacun selon ses capacités, les jeunes en formation. C'est depuis le recrutement que ce favoritisme devra être évité. Il faut apprendre à se référer aux exigences et aux critères de l'Institut adaptés dans le Directoire provincial ou régional de formation.

Bien que les principes généraux soient les mêmes, tous les jeunes ne se situent pas au même niveau, par conséquent, les formateurs devront faire preuve d'un tact dans l'accompagnement des jeunes pour lesquels un accompagnement personnalisé est de loin recommandé dans la formation. La meilleure façon d'aider les jeunes à se comprendre est de les aider à se connaître les uns les autres, car ils peuvent aussi s'aider les uns les autres. C'est une façon de les responsabiliser.

Les formateurs doivent absolument amener les jeunes à exprimer leurs motivations, ces derniers doivent faire preuve d'ouverture, de franchise et d'authenticité. Ils doivent être vrais. Ceux sur qui les doutes pèsent régulièrement doivent être aidés à s'orienter ailleurs, après un discernement dans lequel ils ont été eux-mêmes intéressés, plutôt que de les faire attendre, car on leur perdrait un temps précieux et on ne rendrait pas service au groupe.

Sans en faire une règle générale, l'expérience montre que la plupart de ceux qui deviennent des personnes à problèmes dans la vie religieuse sont ceux sur qui on a eu assez bien des doutes mais que l'on a cherché à aider en leur donnant une chance d'examiner leurs motivations et de croître selon les normes de la vie religieuse. Assez souvent ces hésitations dans des maisons de formation pour une décision responsable trahissent une certaine crainte dans le jugement.

2.4. La cohésion entre les étapes de formation

Nous avons rappelé plus haut que l'une des exigences de la formation aujourd'hui est cette unité de vision au sein d'un Institut, et au niveau de la Province. Cette unité de vision commune permet des actions concertées, et la complémentarité des talents diversifiés.

Les directoires provinciaux qui permettent une adaptation, en tenant compte de l'ambiance culturelle, ne doivent pas oublier cette vision d'ensemble. Et les jeunes, dans le processus de la formation, où qu'ils se trouvent, doivent être capables de retrouver l'esprit du charisme de l'Institut. Une formation inculturée doit en même temps comprendre une ouverture, surtout si l'Institut est missionnaire.

Pour que oeuvre porte des fruits, pour que les jeunes connaissent une évolution harmonieuse, il faudra que les membres de toutes les étapes de formation dans une Province aient la chance de se rencontrer régulièrement en vue d'échanger leurs opinions et donnent des propositions aux uns et aux autres. Ainsi, ce qui n'a pas pu être donné en une étape peut être supplée par l'étape suivante. Une étape prépare la suivante.

Ce sont les observations des uns et des autres qui permettront de réajuster les énoncés du Directoire de formation. Et c'est parmi les membres de ces étapes que seront choisis les membres du comité provincial de formation qui auront pour mission d'étudier les questions relatives à la formation pour soumettre des propositions au supérieur majeur et son conseil. Une cohésion entre les étapes de la formation favorise un développement harmonieux des jeunes et assure un avenir à un Institut.

Cette cohésion des étapes est favorisée par la cohésion et la collaboration entre les responsables de ces diverses étapes.

Non moins nécessaires sont les la cohésion et la collaboration continue entre les responsables des diverses étapes de la formation. Oeuvre de la formation tout entière est le fruit de la collaboration continue entre les responsables de formation et leurs disciples(23).

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3. Les conditions d'un engagement perpétuel

On ne peut continuer à vivre sa vie toujours dans le provisoire. A un certain moment, le provisoire cède au définitif même si le définitif est souvent sujet à des réajustements pour mieux ajouter des nouvelles acquisitions pour sa propre croissance personnelle. Le provisoire prépare le définitif.

Ainsi en est-il des Instituts de vie religieuse qui demandent à leurs membres, après un certain nombre d'années en vœux temporaires, de se décider dans leur option pour un engagement définitif. Ce dernier étant une donation totale, il exige une prise de conscience lucide et une connaissance effective de ce à quoi on voudrait donner sa vie et une préparation adéquate. Tout compte fait, le Christ reste le modèle par excellence, celui qui s'est donné totalement et complètement pour les hommes et les femmes de ce monde à travers la volonté de son Père.

L'appel à un engagement définitif se donne comme critères la maturité religieuse, humaine, intellectuelle… et une grande liberté intérieure du candidat. Comme le dit bien Renovationis Causam: «il convient qu'au moment de prononcer ses vœux perpétuels, le religieux soit parvenu au degré de maturité spirituelle requis pour que l'état religieux, dans lequel il va s'engager définitivement, puisse être véritablement pour lui un moyen de perfection et de plus grande charité, et non un fardeau trop lourd à porter» (no 6).

Il est clair, la décision pour un engagement définitif n'est pas fonction de nombre des années mais plutôt d'une maturité religieuse. Et chacun acquiert celle-ci en son temps, selon les grâces que Dieu lui-même accorde et selon les dispositions personnelles de celui qui est appelé. Cette maturité religieuse se juge en fonction de l'évolution du candidat.

Même si le temps vécu, par le candidat, durant la vie religieuse depuis la première profession est assez considérable pour assimiler les exigences de cette vie, un engagement définitif demande une préparation: lointaine et immédiate. En même temps que ce moment voudrait souligner la valeur propre de cet événement, il voudrait aussi donner la chance aux candidats de pouvoir saisir le sens d'une décision personnelle et d'un engagement pour la vie.

La préparation lointaine consiste à rappeler les éléments fondamentaux de la vie religieuse et à rendre le candidat conscient de ces exigences qui doivent faire l'objet d'un approfondissement dans la prière, l'accompagnement et l'échange communautaire. Ce temps d'approfondissement de son expérience personnelle de Jésus-Christ, de sa vie et de sa mission permet au candidat d'assimiler d'une façon personnelle et responsable sa propre vie devant Dieu et devant les hommes(24).

Les besoins du monde et de la société appellent des personnes dévouées pour la cause de l'humanité. Et cette humanité, comprise comme créature de Dieu, est objet d'amour de la part des hommes comme Dieu lui-même l'a aimé. Voir le monde comme Dieu le voit, l'aimer comme Dieu l'aime.

Dans la préparation immédiate, le candidat finalise sa décision et oriente toute sa pensée et son être vers ce don de lui-même à la manière du Christ. Il ne s'agit pas d'un cour intensif mais d'un moment privilégié pour encourager dans un engagement exigeant en rassurant de la présence de celui qui a «vaincu le monde». L'Instruction Renovationis causam ne manque pas de souligner que la profession perpétuelle «soit précédée d'une période de préparation immédiate d'une certaine durée (tempus satis longum) constituant comme un second noviciat et dont il appartient au Chapitre général de déterminer les modalités»(25).

Ainsi, les maîtres spirituels prendront la responsabilité de «conduire vers les sources d'eau vive» à travers des exercices spirituels adaptés, car la préparation à des engagements définitifs doit aider les jeunes candidats à acquérir la maturité religieuse et à devenir capables d'assumer la responsabilité de leur mission(26).

La fin de la formation première n'est pas l'aboutissement du processus. Après l'engagement perpétuel et le sacerdoce, la formation doit continuer son processus. Plusieurs Instituts religieux ont déjà introduit le système de formation continue ou permanente. Elle consiste à assurer à ses membres un encadrement ou un recyclage sur plusieurs aspects de leur vie religieuse, spirituelle, humaine et intellectuelle.

La formation continue pourrait constituer un chapitre entier, mais nous ne la développons pas ici en attendant d'y faire encore des recherches en vue d'une publication postérieure.

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4. La formation comme initiation en Afrique

Si la formation est un champ assez large et un domaine essentiel pour la vie de la société et de l'Eglise, son importance dans les sociétés africaines n'a plus besoin d'être démontrée. Et comme nous avons eu l'occasion de le dire dans le chapitre sur l'initiation(27), la formation, en Afrique, était un impératif pour les jeunes qui devenaient adultes. Il fallait que le jeune s'initie à la vie de la famille, du clan et de la société, pour mieux assumer ses responsabilités.

Les églises d'Afrique manifeste aujourd'hui une conscience aiguë de la formation de leurs membres, clergé ou laïc, pour assumer des responsabilités d'évangélisation des peuples confiés à leurs soins. Le chemin parcouru par ces églises n'est pas moindre même si la route reste encore longue.

Il nous apparaît urgent que les responsables de la formation et les jeunes eux-mêmes se mettent en chemin et cherchent ensemble comment évoluer dans la joie et la confiance, en affrontant les défis que pose la société africaine aujourd'hui. Mais surtout, comment rendre cette formation adéquate de sorte qu'elle soit capable d'aider nos jeunes à assumer leur vocation religieuse, sacerdotale au sein de l'église et de la société.

Dans cette section, nous voulons présenter une synthèse de ces urgences autour de trois propositions, notamment le discernement et le recrutement; la formation proprement dite ainsi que la responsabilité des évêques et des Supérieurs majeurs dans ce domaine.

4.1. Discernement et recrutement

Dans les églises particulières africaines existent aujourd'hui plusieurs agents pastoraux, religieuses ou religieux, directement engagés dans la pastorale des vocations. Ils ont pour tâche de coordonner les efforts communs pour l'éveil et la culture des vocations religieuses/ou sacerdotales. Ces efforts et méthodologies, combien louables, sont parfois laissés aux seules initiatives des individus au lieu qu'ils s'inspirent de l'ensemble de la politique pastorale générale du diocèse ou de la Province.

Les raisons pour lesquelles les résultats de cette pastorale ne sont pas à la hauteur des attentes pourraient être le manque de cette vision globale interne, unifiée et définie.

Les méthodes habituelles de recrutement, qui ont fait leurs preuves par ailleurs, ont besoin d'un souffle nouveau qui est un apostolat auprès des jeunes et des familles. Il ne s'agit pas d'abord d'être déjà à la recherche des candidats, des vocations mais de les aider à s'éveiller à leur vocation chrétienne.

Il s'avère impérieux que pour découvrir ces vocations et les accompagner, la piste de la pastorale des jeunes, la rencontre dans leur milieu de vie, la connaissance de leur culture, la visite des familles est la mieux indiquée, car cette approche permet une proximité qui permet de requérir la compréhension et la collaboration de la famille. On ne pourra pas faire l'économie d'expliquer aux parents les valeurs de la vie religieuse, les sacrifices qu'elles sont appelées à consentir du point de vue économique ou en voyant leur fils partir en mission.

Une animation sur le discernement au plan local donnerait la chance à tous ceux/celles impliqués dans ce ministère de se sentir solidaires; cette solidarité permettra une collaboration qui rendra cette pastorale plus efficace et dynamique. La crédibilité dépend aussi de cette collaboration qui évite des disparités même si chaque groupe garde la spécificité de son orientation (religieuse ou sacerdotale).

Pour une pastorale efficace et efficiente, ces personnes devront aussi bénéficier d'une formation qui les habilite à assurer leur ministère avec compétence. Comme nous l'avions dit plus haut, la formation intellectuelle, psychologique et humaine du formateur/formatrice permet d'aborder ce ministère avec moins de complexe.

A chaque époque ses grâces. Du point de vue des vocations à la vie religieuse ou sacerdotale aujourd'hui, l'Afrique ne peut pas se plaindre du nombre des jeunes qui manifestent le vif désir de se mettre à la suite du Christ. Il s'avère donc nécessaire de trouver des hommes et des femmes dévoués pour les découvrir, les accompagner en les aidant à purifier leurs motivations pour un engagement qui plaise à Dieu.

La purification des motivations exige de la part de ceux et celles chargés du recrutement ou simplement de la pastorale des vocations une approche d'écoute, de proximité, de compréhension et de connaissance des situations. C'est quand une vocation a été accueillie dans ces conditions qu'elle peut éclore dans la sérénité et la confiance, la joie et la paix, et qu'elle pourra réellement s'attacher, tout au long de son processus formatif, à l'objet de son amour, de son idéal.

Il ne serait pas exagéré de souligner déjà à cette étape de recrutement qu'un aspirant à la vie religieuse doit savoir, tant soit peu, à quoi il voudrait s'engager. Devenir religieux est une marche à la suite du Christ avec toutes les exigences qui en découlent et non un cursus honorum(une carrière). Les valeurs évangéliques doivent être posées dès le début comme critères de choix. C'est ainsi que nous en appelons à l'honnêteté des responsables d'être clairs avec les jeunes. Il faudra, pour mieux assurer l'avenir de la vie religieuse, éviter de placer la barre trop bas.

4.2. La formation post-noviciat

Pour la formation des jeunes à la vie religieuse, en Afrique, on pourrait mentionner quelques urgences: la connaissance du milieu de vie (y compris familles et parents) et de la culture des jeunes qui constitue tout leur arrière-fond; une formation assez large qui permet aux jeunes non seulement d'assimiler les leçons mais aussi et surtout de pouvoir intégrer leurs propres réalités culturelles africaines dans le processus de leur formation.

Ils ont besoin, dès le début, de pouvoir concilier leur propre culture avec les exigences de la vie religieuse pour ne pas en faire simplement une juxtaposition. C'est ainsi que leurs questions devront être sincères et leurs formateurs y voir un souci de compréhension et un désir d'intégration. Pour que les jeunes puissent être capables ou en mesure de se confier, de s'ouvrir, ils ont besoin d'une présence de proximité et d'une attitude de compréhension moins encline au jugement.

Ce qui décourage les jeunes pourrait parfois être le soupçon avec lequel on interprète leur questionnement.Le manque de confiance qu'ils ressentent parfois comme un désaveu de leurs intentions et désirs de s'engager, eux aussi, comme religieux et missionnaires. C'est ainsi que Fernand Jette, alors Supérieur général, exhortait les Oblats en les invitant à croire à ceux qu'ils accueillent:

Souvent nous manquons de foi. Nous manquons de foi dans les hommes et nous manquons de foi dans l'efficacité de la grâce de Dieu.(…) On construit quelqu'un dans la mesure où on l'aime, où on lui fait confiance… Douter de quelqu'un c'est commencer à le détruire. On n'ignore pas pour autant les limites d'un être. On sait qu'il y aura des échecs et des déceptions. Jésus en a connu plusieurs avec les Douze; il en connaît avec nous… Cela ne doit jamais nous empêcher de faire confiance aux hommes. De plus faire confiance aux hommes c'est faire confiance à Dieu qui agit dans les hommes(28).

Nous avons dit plus haut que la vie communautaire constituait une des valeurs fondamentales de la vie religieuse puisqu'elle est un témoignage de l'unité. Cette valeur de vie communautaire dans des traditions africaines est essentielle(29). Elle s'exprime dans la conception de la famille où chacun trouve sa place et contribue à sa façon pour rendre vivante et enrichir celle-ci. Si la conception de la famille africaine peut servir de base à l'éducation de la vie communautaire, cette conception africaine devra être enrichie en allant au-delà des critères tribaux; car quand on parle famille en Afrique, on entend souvent sa famille ou son clan qui peut être élargi au niveau de la tribu et de certaines alliances.

Les guerres tribales qui font régulièrement des victimes s'enracinent dans cette conception un peu étroite. Notre conception chrétienne de la famille n'abolit pas les liens de sang, ils sont plutôt situés dans un tissu de relations plus larges, plus exigeantes, purifiés d'un certain tribalisme; c-est une conception qui va au-delà du sang qui circule dans nos veines, et le critère essentiel est notre foi en Jésus-Christ, Fils de Dieu. Si Dieu est notre Père, c'est que nous sommes ses fils, et nous sommes frères et sœurs entre nous. Nous avons même dit un peu avant que, en Afrique traditionnelle, le mbil aidait aussi à dépasser ces limites trop étroites. Aujourd'hui, le Christ peut être présenté comme notre mbil, cette personne autour de laquelle nous nous retrouvons comme frères et sœurs.

Le soin et le sérieux qui doivent être mis dans la sélection et la constitution des équipes de formateurs devront tenir compte de la maturité du formateur, maturité gagnée grâce à ses expériences pastorales, sa capacité de jugement et de discernement, son esprit de collaboration, son esprit d'ouverture en plus de l'homme de foi et de prière qu'il est supposé être. Les jeunes Africains sont grands observateurs et pragmatiques.

Une grande majorité des institutions qui assurent la formation des formateurs se trouvent en occident ou parfois les méthodes d'approches ne touchent pas les réalités africaines. Il nous semble qu'il est grand temps de sortir du classique, d'aller au-delà des modèles; non pour balayer d'un revers de la main les méthodes qui ont fait leur preuve, mais il s'agit de les adapter ou même d'en créer des nouvelles sur base de la tradition.

C'est un appel à la créativité, à la fidélité créatrice, créativité conforme à la diversité des situations et des circonstances. Dans ce cas, les concepteurs des nouveaux programmes doivent être des hommes lucides et intelligents, mûrs et capables de percevoir les réalités non seulement de leurs propres milieux mais aussi avoir un œil ouvert sur le monde.

L'élaboration d'un projet d'une telle envergure implique des choix intelligents, des structures nouvelles et un certain degré de courage. Pourquoi ne faut-il pas inventer? Notre fidélité doit être créatrice, car la vie n'a que faire du répétitif et du réchauffé.

C'est ainsi que les maisons de formation en Afrique devront apprendre à adapter les programmes de formation aux réalités des cultures et de la mission(30). Ce serait, sans aucun doute, un enrichissement dans le domaine de la formation, un enrichissement dont pourraient aussi profiter d'autres maisons de formation installées dans d'autres cultures. Tout programme de formation devra avoir la sensibilité de s'ouvrir aux autres réalités qui ne sont pas nécessairement celles de la culture dans laquelle on se situe.

L'inculturation de la formation se fera d'abord par une sorte de prise de conscience de la nécessité de créer des nouvelles méthodes; elle se fera par une insertion des maisons de formation dans le milieu et dans la réalité; ce qui permet une confrontation des valeurs, confrontation de laquelle surgira une synthèse comme nouveau lieu d'émergence du religieux. La naissance et la croissance du religieux africain passe par cette confrontation qui appelle à la lucidité et à la fidélité créatrice.

Dans des maisons de formation féminines, des hommes assurent déjà une certaine présence comme aumôniers, confesseurs ou accompagnateurs spirituels. Il apparaît, nous semble-t-il, que le moment est venu, propice même, de pouvoir intégrer aussi dans des équipes de formation de nos maisons de formation masculines des présences féminines qui pourront aussi apporter une touche ou une contribution particulière.

Dans ce cadre d'inculturation et d'adaptation de programme de formation, comment faire intégrer certaines autres valeurs traditionnelles comme celles de l'initiation? La période de préparation et de réclusion permet aux jeunes de prendre conscience de leur nouvel état d'adultes, par conséquent de responsables devant eux-mêmes et devant la société. Ce qu'ils apprendront durant toute la période de réclusion doit être à l'intérêt de la communauté. Leur force, leur intelligence, leur muscle, leur sexe sont éduqués pour les services de la société.

Aujourd'hui, il apparaît difficile, anthropologiquement parlant, d'initier les jeunes à l'âge adulte, c'est-à-dire de les aider à passer du garçon à l'homme qu'ils doivent devenir. La société actuelle ne donne plus suffisamment des marges aux parents de revenir à une éducation selon la tradition que les jeunes considèrent révolue. Et les “maîtres” à l'école sont aussi soumis à des structures qui ne leur permettent pas d'instaurer une discipline qui exige parfois des méthodes fortes.

Ainsi va la société moderne. L'espace de liberté aux jeunes est assez grand et parfois ne vient pas en son temps. Certaines étapes de la formation semblent ne pas être respectées. Cela entraîne un malaise pour les enseignants qui renvoient aux parents la responsabilité d'assurer le reste de l'éducation et les parents renvoient aux enseignants. Il nous semble qu'il y a un certain flottement, et on ne sait pas sur qui faire reposer ces responsabilités.

Du point de vue religieux, on se demande aussi comment l'initiation à la vie religieuse peut donner à ces jeunes hommes et filles une identité nouvelle, une initiation qui leur laisse des marques indélébiles à la manière de l'initiation traditionnelle qui laisse des traces dont le jeune se souvient et auxquelles il se réfère.

Il nous semble qu'un regard sur la sagesse contenue dans le rite d'initiation tribale en Afrique peut nous aider à extrapoler certains principes qui nous permettent de développer des bons rites d'initiation de nos jeunes à la vie religieuse. Il nous convient de citer le principe de réclusion qui permet un moment important de réflexion sur soi et sur les engagements futurs éventuels. Cette période de réclusion permet aussi de bien assimiler certaines valeurs chrétiennes en se plaçant seul à seul devant Dieu et en présence de certains maîtres qui accompagnent. Il s'agit de prendre conscience de soi, de ses limites et capacités pour servir la société. Nous pouvons considérer la réclusion comme l'équivalent du noviciat.

Les marques indélébiles qui rappellent la circoncision peuvent être comparées, dans la vie religieuse, à ces épreuves que l'on a traversées dans le but de la découverte de soi, de devenir adulte, de grandir; et ces épreuves marquent tellement le jeune qu'il intériorise la vie religieuse pour en faire son expérience personnelle; le nouveau nom qu'il acquiert pour signifier sa nouvelle identité dans la société traditionnelle traduit le religieux responsable qu'il est devenu, différent du vieil homme avant l'initiation.

C'est la capacité de gestion de ces épreuves qui donne au jeune aussi la force d'affronter les réalités de la vie comme responsable dans la société. Il s'agit donc d'accompagner le jeune dans ces étapes de confrontation, de maturation. Celui qui aura tenu jusqu'au bout pourra témoigner du Christ en vérité et aussi se mettre, à son tour, au service de ses frères et sœurs.

Pendant cette période de réclusion, le ngang'okén travaillait avec le concours de ses assistants qui assuraient l'accompagnement des jeunes. Le ngang'okén lui-même comme ses assistants travaillaient sur la base d'expérience à partir de leur propre initiation et ils étaient des hommes préparés pour cette mission. On ne prenait pas n'importe quel homme de bonne volonté.

Après ce baptême de feu, l'homme nouveau qui en sortait devenait responsable et la société pouvait réellement compter sur lui. Ce n'est pas dans la complaisance que les hommes forts se formaient, c'était plutôt dans un travail dur et assidu, dans une discipline équilibrée. Et nous pensons qu'il en est de même pour la vie religieuse. Pour accoucher des religieux équilibrés et capables de devenir disciples du Maître, il faut un travail de longue haleine, en y payant le prix. Les épreuves de l'initiation chrétienne ne doivent pas effrayer. «Celui qui veut être mon disciple, disait Jésus, qu'il prenne sa croix et qu'il me suive.»

4.3. Les Supérieurs majeurs et les évêques

Comme mission de l'Eglise, le ministère de la formation est confié aux formateurs par le supérieur attitré: le supérieur religieux ou l'évêque diocésain. Le formateur est donc le représentant de celui-ci dans une maison de formation; car le supérieur/évêque ne saurait être lui-même dans une maison de formation, et le formateur n'accomplit pas non plus sa propre mission individuelle ou personnelle. Cette façon de voir les choses donne la chance à chacun d'être redevable à l'un et l'autre. Ce qui nécessite donc un capital de confiance et de support de la part de chacun.

Étant donné que les formateurs sont ceux qui sont plus proches des jeunes dans des maisons de formation, ils sont supposés mieux les connaître en vue de les présenter au supérieur/évêque pour les étapes suivantes de leur cheminement. Cette subsidiarité les oblige à plus de devoirs.

Ce qui est demandé aux formateurs c'est de prendre leurs responsabilités à cœur, comme il se doit; mais aussi de présenter et de discuter avec le supérieur majeur/évêque le programme de formation qu'ils ont mis en route; et ils doivent attendre du supérieur majeur/évêque des remarques appropriées qui appuient, corrigent et aident à la mise en pratique de ce programme.

Dans ces relations de travail, de collaboration et de fraternité, les supérieurs majeurs/évêques savent que leur autorité est un ministère au service du peuple de Dieu, et que ce service est entre autres celui d'assurer l'avenir en promouvant la formation des cadres tant laïc qu'ecclésiastique. Ainsi, la formation des candidats à la vie religieuse ou au sacerdoce requiert leur attention.

Tout en étant les premiers responsables de la formation dans leur diocèse ou Province, l'Ordinaire du lieu ou le supérieur majeur sont appelés à constituer des comités de formation qui devront prendre des initiatives, sous leur responsabilité, pour l'organisation et le développement des programmes de la formation. Il convient qu'ils appuient et soutiennent ces initiatives.

Il serait aussi profitable, au niveau de la province ou du diocèse, d'avoir différentes organisations de formateurs mais qui travaillent en se consultant. Nous pensons ici au comité provincial de formation, au comité des formateurs (de toutes les étapes), et même à un comité intercongrégationnel. Ces organisations auraient comme fonction la coordination des programmes et d'une politique de formation, et aussi le soutien des équipes de formation.

Il aurait été important, dans cette section, d'étudier aussi les vœux de religion tels que les Africains les conçoivent en partant de leurs cultures et traditions. La chasteté comme fidélité à son épouse et le célibat comme état réservé à celui qui est appelé pour une mission spéciale et particulière dans la cour auprès du roi ou du chef; la pauvreté comme partage, extension de la solidarité; et l'obéissance comme respect dû aux parents et aux aînés.

Mais tous ces aspects mériteraient un développement important. Il y a déjà quelques travaux qui introduisent la réflexion sur cet aspect. Nous pensons spécialement aux publications des pères Matungulu Otene, sj et Jean Bosco Musumbi(31), o.m.i, sur l'inculturation de la vie religieuse en Afrique qui pourront contribuer énormément et ouvrir des pistes qui nous permettent d'incarner la vie chrétienne et religieuse sur la terre africaine. Il y a une richesse dans la tradition africaine que nous n'avons pas encore suffisamment exploitée pour la mettre au service de la vie religieuse et missionnaire.

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Conclusion

Dans ce dernier chapitre, nous avons voulu cerner les problèmes de la formation religieuse aujourd'hui. La formation étant une initiation, elle tient compte du programme, de la méthodologie et surtout de ceux et celles qui vont profiter de ce programme.

Nous avons d'abord souligné la nécessité d'organiser des étapes appropriées pour assurer une formation qui aide les jeunes à intégrer les réalités de la vie religieuse. La formation des formateurs eux-mêmes s'avère comme une nécessité, car ils doivent être préparés pour assurer leur mission. Le ministère de la formation se réalise dans une communauté de vie où l'unité entre les formateurs et les formandi créé une ambiance propice à la formation. Il n'était pas inutile de souligner aussi la nécessité de la collaboration entre les différentes étapes de formation en vue d'assurer un suivi des jeunes en formation.

Dans le processus de la formation première, les vœux perpétuels apparaissent comme un moment important pour le jeune, car cette décision appelle sa maturité, sa détermination dans la sequela Christi. Ce moment important doit être préparé avec soin dans un accompagnement personnalisé par des personnes avisées, car il s'agit d'un engagement pour la vie. C'est pourquoi, les accompagnateurs indiqués et les jeunes eux-mêmes doivent se sentir responsables et collaborateurs dans ce cheminement.

Dans la suite, nous avons fait la proposition de revisiter nos programmes de formations en cherchant à les adapter, et même de créer des nouvelles méthodologies capables d'aider à la croissance des jeunes.

Puisque l'étude des programmes et son adaptation demandent une intelligence, un courage et une fidélité créatrice, nous en avons appelé à une lucidité et à une équipe appropriée.Pour assurer une meilleure formation à nos jeunes, nous avons trouvé qu'un accompagnement personnalisé de chaque jeune permettait de mieux le connaître et par conséquent de mieux l'aider dans son processus formatif. Mais dans ce processus, la confiance mutuelle doit être un élément-clé, non négligeable.

Parlant de la formation en Afrique, nous avons pensé que des éléments de la pratique de l'initiation traditionnelle pouvaient être intégrés dans ce processus de formation. Dans l'initiation traditionnelle, le jeune était appelé à grandir à travers des épreuves et un enseignement sur les valeurs de la société; à se convaincre que cette croissance de lui-même devait être au service de la famille et de la société; ainsi sa préparation visait l'intérêt de la famille et de la société, et non seulement les siens personnels.

En intégrant ces aspects dans la vie religieuse, nous avons relevé que la réclusion donnait au jeune religieux la chance de vivre ses rencontres personnelles avec Jésus-Christ, et l'éducation des sens portés vers le bien de la société sera élargie à tous ceux qui partagent la même foi et la même espérance, au peuple de Dieu dans son ensemble.

En place d'une force musculaire au service de la violence, elle peut être récupérée pour le service de la société. Les jeunes ont une énergie capable de transformer la vie de la cité si on sait bien la canaliser. La sexualité orientée vers une fécondité sociale procure une joie dans ce genre de dévouement du tout à tous. L'éducation à l'obéissance et à l'écoute non seulement les anciens mais aussi de soi-même dispose à l'obéissance religieuse et à l'écoute de Dieu et des autres.

La personne humaine est capable d'une évolution positive et harmonieuse. Mais pour réussir de tels hommes ou de telles femmes, il faut des maîtres assidus, dévoués et conscients de leur ministère. C'est le vide physique et psychologique autour des jeunes qui fait qu'ils s'adonnent, sans guide, à des occupations qui procurent un plaisir trop facile. Un jeune abandonné à lui-même est capable de se perdre dans cette société où chacun façonne les valeurs à son goût.

L'effort qui est demandé aux jeunes est aussi requis des maîtres que les formateurs représentent dans une maison de formation religieuse. Pour qu'une évolution soit harmonieuse, elle doit être communautaire. «Une réalité isolée est laide», disait le père Spidlik. Et une vie communautaire, dans la vie religieuse, appelle la grande capacité de connaissance mutuelle, de compréhension et de complémentarité de dons. Chacun doit se convaincre d'apporter du sien. La communauté n'est pas un «déjà-là», mais on la bâtit. Elle est le fruit d'une mise en commun des valeurs de personnes, aidée par l'Esprit.

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Notes:

1 Jean-Paul II, Vita consecrata, exhortation apostolique, Roma, editrice vaticana, 1996, p. 119, n. 65. C'est dans ce même sens que va l'Instruction Potissimum institutioni où il est écrit que «le but premier de la formation est de permettre aux candidats à la vie religieuse et aux jeunes profès de découvrir d'abord, d'assimiler et d'approfondir ensuite ce en quoi consiste l'identité du religieux», Potissimum instititioni, n. 6.

2 Jean-Paul II, Ecclesia in Africa, n. 53.

3 Jean-Paul II, Ecclesia in Africa, n. 75.

4 Cf. Vita consecrata, n. 65.

5 J. Chittister, Le feu sous les cendres. Une spiritualité pour la vie religieuse contemporaine, Québec, éd. Bellarmin, 1999, pp. 298.

6 CCRR (Constitutions et Règles des Oblats de Marie Immaculée), c. 50.

7 F. Eboussi-Boulaga, A contretemps, p. 85.

8 J. Chittister, Le feu sous les cendres, p. 303.Continuant sa réflexion, dans le même ouvrage, l'auteur écrit: «une formation qui ne nous prépare pas à nous mettre librement au service des pauvres ou à prêter attention aux questions fondamentales de notre époque, qui ne nous sensibilise guère aux enjeux de la théologie de la libération, de l'œcuménisme et du féminisme, une telle formation ne favorise pas notre viabilité», p. 303. C'est dans ce même sens que le pape Jean-Paul II souligne que «pour être complète, la formation englobera les domaines de la vie chrétienne et de la vie consacrée. On doit par conséquent prévoir une préparation humaine, culturelle, spirituelle et pastorale, en prenant soin de favoriser l'intégration harmonieuse des différents aspects. A la formation initiale, comprise comme une évolution progressive qui passe par toutes les étapes de la maturation personnelle—de la maturation psychologique et spirituelle à la maturation théologique et pastorale--, on doit ménager un laps de temps suffisamment long qui, dans le cas des vocations au sacerdoce, puisse coïncider et s'harmoniser avec un programme d'études spécifique, intégré dans un parcours de formation plus large»,Vita consecrata, n. 65.

9 M. Zago, Avant propos aux Normes générales de la formation oblate, Rome, Maison générale, 1997, p.3. Par la suite nous abrégerons NGFO.

10 L.M. Rulla, Anthropology of the christian vocation. Vol. Interdisciplinary bases, Rome, Gregorian University press, 1986, p. 117. La traduction est de nous.

11 M. Zago, Avant-propos aux NGFO, p. 3.

12 F. Jette, Le missionnaire Oblat de Marie Immaculée, Rome, Maison générale, 1985, pp. 209-216.

13 Cfr. Normes générales de formation oblate, Rome, Maison générale, 1997, p. 23 ( n°65). L'Instruction Potissimum institutioni dit: «En plus d'une bonne connaissance de la doctrine catholique concernant la foi et les mœurs, l'exigence de qualités appropriées apparaît donc évidentes pour ceux qui assument les responsabilités de formation: capacité humaine d'intuition et d'acceuil; expérience développée de Dieu et de la prière; sagesse qui dérive de l'écoute attentive et prolongée de la Parole de Dieu; amour de la liturgie et compréhension de son rôle dans l'éducation spirituelle et ecclésiale; compétence culturelle nécessaire; disponibilité de temps et de bonne volonté pour se consacrer aux soins personnels de tous les candidats et non seulement du groupe», Potissimum, n. 31.

14 Cf. F. Eboussi-Boulaga, A contretemps, p. 79.

15 Le père Jean Mombourquette, professeur à l'université saint Paul d'Ottawa, au Canada, développe d'une façon intelligente la stratégie d'apprivoisement de son ombre. On pourrait lire avec profit son ouvrage devenu best-seller Apprivoiser son ombre. Le côté mal-aimé de soi, aux éditions Novalis.

16 Cf. Vita Consacrata, n° 66.

17 Potissimum institutioni, n, 31.

18 Cf. Vita Consacrata, n° 67.

19 Potissimum institutioni, n. 26. «S'il existe, sous la responsabilité du responsable de formation, une équipe formatrice, les membres doivent agir en accord, vivement conscients de leur commune responsabilité. Sous la conduite du supérieur, qu'ils soient en étroite communion d'esprit et d'action et forment entre eux et avec ceux qu'ils ont à former une famille unie», n. 32.

20 NGFO, nos. 30-31.

21 Cf. F. Ciardi, “Il processo di unificazione interiore: aspetti formativi” dans Unità di vita e formazione religiosa, Roma, ed.Rogat, 1986, pp. 125-149

22 Potissimum institutioni, n.27

23 Potisimum institutioni, n. 34

24 Cf. NGFO, no. 324.

25 Renovationis causam, n. 35.

26 NGFO, no. 326.

27 Dans cette section, nous nous référons à notre article b. mubesala, «Formation in Africa, some proposals», dans Grace & Truth, a journal of catholic reflection, vol. 18, n.1, (April 2001), pp. 3-9.

28 F. Jette, Lettres aux Oblats de Marie Immaculée, Rome, 1984, pp. 105 et 107.

29 Le père Matungulu Otene, sj, d'heureuse mémoire, a publié un livre où il exprime assez clairement la valeur africaine de la communauté. Cf. matungulu otene, Être avec: heurts et lueurs d'une communion, Lubumbashi, 1985. Il ne manquera pas de répéter que«dans la tradition bantu, l'esprit communautaire est une valeur fondamentale qui dépasse et surclasse tout dans cette vision du monde… le Muntu considère les relations comme une réalité sacrée pour laquelle on devrait tout sacrifier si cela était possible. Depuis sa tendre enfance, l'homme marié tout comme le religieux africain tous, sans exception, sont marqués par cette soif inassouvie d'entretenir des relations avec leurs familles non seulement restreintes, mais également élargies. Les relations interpersonnelles sont, pour le Muntu, importantes, indispensables et nécessaires pour sa vie», Cf. matungulu otene,Pour inculturer accueil et pauvreté en Afrique, Kinshasa, éd. Saint Paul, 1988, p. 16.

30 Pour ne parler que du Congo/Kinshasa, le professeur Ngimbi donne quelques raisons pour lesquelles la Religion Traditionnelle figure dans les programmes d'enseignement dans des institutions ecclésiastiques de formation: «La découverte de la valeur de la religion traditionnelle africaine a été le moteur mobilisateur de nos énergies intellectuelles pour son étude approfondie et son enseignement en vue de l'inculturation du message évangélique. La religion apparaît comme la première mise en ordre de la conscience et du monde, première manière d'organiser, de vivre humainement l'aventure spirituelle. A ce titre, chez certains peuples à un moment de leur histoire, elle tient lieu de leur histoire, elle tient lieu de leur philosophie; elle contient une vision du monde qu'on ne peut pas ignorer si l'on veut connaître les peuples qui en vivent. Il y a donc une raison, plus d'une raison que l'enseignement de la religion traditionnelle africaine figure dans nos programmes de cours de grands séminaires et Instituts supérieurs ecclésiastiques en Afrique»,h. ngimbi nseka, «Enseigner la Religion Traditionnelle», p. 208. Le même auteur continue, en citant quelques recommandations données par le premier Colloque organisé par le CERA: «La religion africaine étant le réceptacle de la culture et de la civilisation dans les domaines les plus variés ( morale, spiritualité, médecine, etc.) la Commission recommande à tous ceux qui veulent construire l'Afrique actuelle dans son authenticité de prendre en considération l'héritage religieux africain dans toutes ses formes; recommande l'intégration de cet héritage dans les programmes d'enseignement, dans les écoles à tous les niveaux»,h. ngimbi nseka, Art. Cité, 211-212.

31 Jean-Bosco Musumbi, o.m.i, chercheur dans le domaine de la spiritualité et de l'inculturation de la vie religieuse en Afrique, anime de nombreuses sessions sur le thème. Il a publié des brochures suggestives entre autres Religieux africain de l'an 2000.Problèmes et urgence, Kinshasa, Baobab, 1994, où il développe les «Dix fidélités au Christ».

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