Nous sommes le 25/03/2019 et il est 08h44 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Méditation sur une méditation missionnaire
(Denyse Mostert)

Sur cette page, Madame Denyse Mostert, Province oblate Notre-Dame-du-Cap, Québec, propose quelques réflexions à partir de la Méditation missionnaire du Père Guillermo Steckling alors Supérieur général des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. "La foi agissant par l'amour", la suite de cette fructueuse "méditation sur une méditation missionnaire" se développe harmonieusement en "un regard de foi sur la vie". Autant de thèmes qui, dans l’aujourd’hui du monde, peuvent faire réfléchir davantage et nourrir la vie spirituelle. "Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit", dit l'Apôtre Paul aux Galates (chapitre 5, verset 25). Ensemble pour la mission.


  1. Tentations majeures et absence de Dieu
  2. Immense Espérance et Partenaires Oblats en Mission
  3. La Congrégation en pèlerinage
  4. Mission et Communauté
  5. Témoins sans frontières
  6. Parole de Dieu... Paroles venant de vous
  7. "Es-tu celui qui doit venir?" (Matthieu, 11:2-11)
  8. Au débit/crédit de nos vies: l’heure du bilan
  9. Pyramides...
  10. Transfiguration (Matthieu 17:1-9)
  11. Simplicité de l'Evangile
  12. "La vie en abondance...
  13. Le Bon Pasteur (Jean 10:1-10)
  14. Une si petite graine...
  15. Credo
  16. Sanctuaires
  17. Assomption: Montée vers Dieu
  18. Enfants de mon cœur
  19. Au commencement...
  20. Quand l’ordinaire se transforme en bon pain...
  21. "Parole éternelle du Dieu vivant"
  22. Indispensable confiance
  23. Leçons d'un Précurseur (Marc 1:7-11)
  24. L’Évangile demain…
  25. L'Occident en léthargie?
  26. Introïbo… J’entrerai…
  27. Dimanche de la Miséricorde de Dieu (Jean 20:19-31)
  28. Cette Résurrection qu'il nous faut proclamer
  29. Les petits pas vers le pardon
  30. «Vous n’êtes plus des étrangers…»
  31. Claude et l'Afrique
  32. A l'heure de la foi
  33. Le jeune homme riche (Marc 10:17-30)
  34. Réflexions pour une Année sacerdotale
  35. De l'avenir pour un grand continent
  36. Noël cosmique
  37. Une humanité de surcroît
  38. Une parole accomplie (Luc 4:21-30)
  39. Les mots pour le dire
  40. "Demandez et vous recevrez" (Matthieu 7:7-12)
  41. Ces événements qui interpellent
  42. Discrète résurrection
  43. Des portes qui s'ouvrent
  44. Une clé pour notre foi
  45. Rien n'est perdu de notre Espérance
  46. Marthe et Marie
  47. Préférer Jésus (Luc 14:25-33)
  48. Il y eut un homme... son nom était Jean

Denyse Mostert

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap


L’Occident en léthargie?

De retour d’Afrique le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, nous ramène un questionnement entendu à maintes reprises.

…Je reviens juste d’Afrique et concrètement du Cameroun et du Nigeria, raconte-il... L’échange avec des jeunes Oblats en formation est toujours enrichissant. Quand je m’entretenais avec eux, groupe après groupe, parmi les questions les plus fréquentes il y avait celle-ci: "Pourquoi la majorité des Unités oblates ont suffisamment de vocations, mais qu’il y en a si peu dans le monde occidental?" Il semble que ce soit une préoccupation qui réellement intrigue nos jeunes, et je l’ai entendue exprimée par eux en diverses parties du monde.

Mon ami Alexis

Mon ami Alexis a 6 ans, il est doué d’une intelligence très vive et d’un grand sens de l’observation. Dernièrement je le regardais: complètement absorbé par un jeu électronique, il évoluait dans un autre univers. J’ai voulu savoir ce qui le captivait de la sorte. Il s’agissait, m’a-t-il expliqué avec un grand sérieux, d’une chasse à des monstres qu’il qualifiait d’horribles. Lorsque, un peu plus tard, j’ai invité Alexis à venir admirer les oiseaux qui se pressaient nombreux autour de la mangeoire toujours abondamment garnie de grains par un voisin au cœur tendre, Alexis m’a déclaré sans ambages qu’il «aimait mieux chasser les monstres». Dommage! Les monstres de son monde virtuel semblaient lui avoir fait oublier qu’il existe de petits oiseaux bien réels ceux-là, et charmants à regarder.

Pourquoi si peu de vocations dans notre monde occidental?

Tout comme Alexis dans son univers virtuel, se pourrait-il que nous, Occidentaux, soyons absorbés par tous nos biens de consommation au point de manquer de temps et d’intérêt pour la vraie vie, celle qui se vit au niveau du cœur, au niveau de l’amour? Que d’obligations factices nous maintiennent dans une sphère bien à nous! On pourrait parler d’usage abusif de la télévision, d’Internet, du film qu’il faut absolument avoir vu, du livre qu’il faut absolument avoir lu, des spectacles auxquels il faut absolument assister, etc… pour être «in». Il y a aussi ce paraître qui nous obsède au détriment de notre qualité d’être. Une ride, une tenue vestimentaire un peu démodée, quelle horreur! Par contre, gruger la réputation d’autrui à petits coups de dents pointues, cela alimente la conversation!!!

Dernièrement j’entendais parler aux informations d’affiches qu’on venait de placarder bien en vue le long des parcours du métro d’une grande ville canadienne. Le message livré proclamait en substance que …Dieu n’existe pas, qu’il n’y a pas à s’en faire avec cela, qu’au contraire il faut profiter à plein du moment présent… Combien de personnes se laissent prendre à de tels miroirs aux alouettes qui font l’apologie du seul plaisir valable selon leurs dires, parce qu’il est personnel et immédiat? Pour une honnêteté rigoureuse, ne conviendrait-il tout de même pas d’en signaler aussi le caractère éphémère?

Sommes-nous en danger de «léthargie d’amour» profonde? Avons-nous encore le temps voire même l’intérêt de porter aux autres cette attention qui suscite à coup sûr la solidarité? Qu’en est-il de la qualité de notre relation à Dieu? En avons-nous fait un rituel à expédier ponctuellement ou bien vivons-nous la prière comme une rencontre privilégiée avec le Seigneur, une rencontre qui nous conduit directement vers nos frères et sœurs humains?

Retrouver le goût d’être ensemble

Le P. Steckling termine ainsi sa Méditation missionnaire:

Sociologiquement et spirituellement, pouvons-nous conclure que pauvreté et vocation à la vie religieuse et missionnaire vont de pair, du moins dans un certain sens? Je crois bien que oui! Seul le pauvre cherche refuge en Dieu de tout son cœur, seul il ressent l’urgence de s’appuyer sur la solidarité des autres

Et si ce Carême 2009 nous aidait à reconnaître notre pauvreté fondamentale? Si chacun de nous s’efforçait de retrouver le goût de Dieu, le goût des autres, le goût du partage, le goût de la solidarité? Ce serait une Pâque heureuse et porteuse de promesses que nous pourrions célébrer ensemble. Le bel épi doré de la moisson n’est-il pas fait de nombreux petits grains bien serrés les uns contre les autres?

(Denyse Mostert, 2009-03-06)

Haut


Introïbo… J’entrerai…

«Vivre en Sa présence»

Dès le titre de sa Méditation missionnaire, le P. Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée vient réveiller dans mon esprit les paroles d’un psaume par lequel commençaient les messes de ma jeunesse. «Introïbo ad altare Dei» - «J’entrerai jusqu’à l’autel de Dieu».

Vivre en présence de quelqu’un

Vivre en présence de quelqu’un signifie bien davantage qu’un contact superficiel, qu’une relation passagère. Vivre en présence de quelqu’un, cela implique une rencontre authentique, une rencontre en profondeur qui nous fait expérimenter la confiance. Vivre en présence de quelqu’un nous est aussi indispensable que l’air que nous respirons. Nous avons tous besoin de goûter combien est bonne une communion sincère. Nous avons tous besoin d’aimer, de nous savoir aimés. Sinon s’installent l’esseulement, le vide intérieur, la tristesse, et parfois même le désespoir.

«Vivre en Sa présence»?

Qu’est-ce que cela signifie pour moi, aujourd’hui? Rien de tel qu’un petit retour en arrière, pour me remémorer comment Dieu a intégré Sa présence aux différentes étapes de ma vie.

D’abord, de multiples tâtonnements…

À certaines époques, je me faisais une merveilleuse image de ma relation à Dieu dans la prière; cette image était tellement belle qu’elle en devenait inaccessible. J’ai d’abord cru que ma présence à Dieu se devait d’être intégrale, sans distraction aucune, sans pensée étrangère au Seigneur. Dans ma naïveté, j’attendais un signe tangible, un état de bonheur proche du surnaturel, une réponse à mes attentes… Pas tout à fait un miracle, mais presque!

J’ai vécu des périodes de noirceur, des moments où Dieu me paraissait terriblement absent, des moments de découragement devant l’inutilité de mes efforts, des moments où j’avais perdu toute confiance en moi d’abord, et en ce Dieu muet que j’essayais en vain d’atteindre. C’est alors que Jésus Christ m’a doucement emmenée vers Sa lumière.

«Mon Seigneur et mon Dieu!»

Un récit de Jean (20, 19-31) s’est, petit à petit, imposé à mon attention. Je me suis découvert une parenté avec le Thomas de l’Évangile qui veut voir pour croire. Pour l’apôtre incrédule, Jésus ressuscité se manifeste une seconde fois aux disciples réunis. Pour donner à Thomas une nouvelle chance de guérir de son incrédulité, Il lui offre de toucher les blessures de la crucifixion…

Pour moi, c’est en me faisant toucher le vide profond qui m’envahissait que Dieu m’a fait découvrir Sa Miséricorde. Et j’ai enfin saisi que, jamais, nos limites ne pourront nous priver de la présence divine… que «Dieu est plus grand que notre cœur»… que la seule chose nécessaire pour «vivre en Sa présence» est ce désir profond de trouver, «par Lui, avec Lui et en Lui», un sens à notre vie et de courir partager à d’autres la Bonne Nouvelle.

«Vivre en Sa présence»

«Vivre Sa présence», c’est prendre du temps pour être avec Lui. C’est célébrer en Église l’Eucharistie… C’est regarder Marie, celle qui nous conduit à Jésus… «Vivre en Sa présence» c’est accepter d’être aimés gratuitement, tels que nous sommes… C’est vivre cette Charité si chère à saint Eugène. C’est aussi pleurer quand nous avons trop mal, c’est ensuite reprendre courage et continuer, debout comme Marie au pied de la croix.

«Vivre en Sa présence» c’est redire à Dieu notre «Magnificat!»

Le P. Steckling termine sa Méditation par le rappel d’un article des Constitutions et Règles.

Il y a plusieurs manières de faire le lien entre la foi et la vie. Par exemple, nous pouvons développer une façon contemplative de percevoir les événements de chaque jour. Les Constitutions et Règles des Oblats disent qu’ «ils recherchent sa présence dans le cœur des gens et dans les événements de la vie quotidienne, aussi bien que dans la Parole de Dieu, les sacrements et la prière (Constitution 31).

(Denyse Mostert, 2009-04-08)

Haut


Dimanche de la Miséricorde de Dieu (Jean 20:19-31)

Avez-vous remarqué comme saint Jean sait choisir des mots qui en disent long? Chacun d’eux est porteur d’une histoire dont il vient éclairer les circonstances pour nous en faire découvrir le sens profond. L’évangile de ce dimanche en est un superbe exemple. Voici un texte somme toute pas très grand, mais tellement dense dans sa signification!

Les disciples, écrit Jean, avaient peur des Juifs.

C’est après la mort de Jésus. Les disciples ont peur. Et on les comprend. Les événements qui ont conduit Jésus à la mort sont encore tout proches. Ils ont perdu un maître qu’ils aimaient. Et les voici soudain comme perdus, laissés à eux-mêmes. Ils se sentent seuls et pourtant Jésus leur avait bien dit «Je ne vous laisserai pas orphelins, je viens à vous.» (Jean 14.18) Ils avaient entendu Jésus leur parler de l’amour de son Père qui était aussi leur Père, ils avaient reçu la promesse du Royaume des Cieux, et voici que Jésus est mort, une mort d’une violence inouïe. Alors, des craintes ont vu le jour dans l’esprit des disciples: «Et si eux-mêmes, en tant qu’amis du supplicié, étaient recherchés par les Juifs?» Ils ont peur des représailles possibles.…

Les disciples avaient verrouillé les portes du lieu où ils étaient.

Ils se retranchent ensemble derrière des portes fermées. À quel endroit? Jean ne le dit pas; il se contente de parler du «lieu» où ils étaient.

Je me reconnais tellement dans les réactions de ces hommes effrayés! Ne pourrait-on pas dire qu’il y a un peu de nous tous dans cette attitude d’effroi? Lorsque quelque chose nous fait peur, n’avons-nous pas tendance à quitter le lieu de nos craintes, à essayer de penser, le plus souvent sans succès, à autre chose? Ce qui finalement ne fait que nous enfermer de plus en plus derrière des portes où nous espérons nous trouver en sécurité! Une sécurité bien précaire! Car, dès que nous nous retrouvons face à nous-mêmes l’objet de nos craintes revient nous envahir de plus belle…

Oui, les disciples ont peur et ils se tiennent ensemble. Comme nous savons tous que la peur, l’anxiété, la peine, toute situation difficile peuvent devenir plus supportables si elles sont partagées. Nous nous «supportons» les uns les autres; on pourrait dire autrement: «nous devenons les supports les uns des autres».

Jésus vint, nous dit saint Jean

L’évangéliste ne donne aucun détail sur le chemin parcouru par Jésus pour rejoindre ses disciples. Simplement, il vient.

Comme il continue de nous rejoindre, nous aussi. Sans annoncer sa visite, il est là, au beau milieu de notre quotidien, bien souvent au moment où on s’y attend le moins… Son arrivée est toujours discrète: elle peut se manifester par un coup de téléphone, le passage d’un ami, un arrêt subit au milieu de notre travail alors que des mots se forment dans notre esprit, des mots que nous découvrons porteurs d’un sens, des mots qui nous arrivent parfois comme une réponse intérieure à une question que nous nous sommes posée fréquemment. Ou encore Jésus va être là en nous rappelant soudain que quelqu’un a besoin d’un peu d’attention, d’un peu de notre temps.

Jésus… était là au milieu d’eux.

Oui, comme pour les disciples, Jésus continue à nous rejoindre, derrière nos portes intérieures parfois verrouillées, dans «le lieu» où nous sommes, dans le quotidien de nos vies. Comme pour les disciples encore, il se tient au milieu de nous. Au milieu de nous, pour déverrouiller les portes de nos peurs et nous faire prendre le large à sa suite.

Il leur dit: «La paix soit avec vous!» Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté.

C’est d’abord par un souhait de paix que Jésus se fait reconnaître des disciples. Avant de leur montrer ses mains et son côté percés. Parce que c’est seulement en nous arrêtant pour accueillir en nous la paix du Seigneur que nous devenons capables d’apercevoir les signes pourtant évidents de sa présence, des signes que nous sommes bien souvent trop occupés pour percevoir.

Comme mon Père m’a envoyé, je vous envoie.

Alors ce sera l’envoi en mission pour chacun de nous, une mission le plus souvent inattendue, une mission à laquelle nous pouvons adhérer en toute confiance, fort de cette parole de Jésus: «Recevez l’Esprit Saint!»

Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux.

Seigneur! Que de fois, en Le même scénario se répète, comme si Jésus ne voulait pas pénaliser le disciple qui était absent lors de sa précédente manifestation. Il va même offrir à Thomas l’opportunité de le reconnaître sans aucun doute possible. Après le même souhait de paix, Jésus «dit à Thomas: «Avance ton doigt ici, et vois mes mains; avance ta main et mets-la dans mon côté: cesse d’être incrédule, mais croyant.» Il se peut que Thomas ait vécu alors un moment de confusion, un moment de gêne. Mais comme il a dû accepter le cœur soudain léger le conseil que Jésus lui donne: «Cesse d’être incrédule, mais croyant.»

Cher Thomas! Que de fois nous lui ressemblons! Que de fois nous manquons une rencontre avec le ce siècle de haute technologie, nous réclamons des preuves! Et si, désormais, comme Thomas, nous répétions d’un cœur sincère: «Mon Seigneur et mon Dieu!», sans chercher à tout comprendre, juste en écoutant au fond de nous, la voix de Jésus Ressuscité qui nous parle du Père.

(Denyse Mostert, 2009)

Haut


Cette Résurrection qu'il nous faut proclamer

Annoncer la Résurrection

Dans sa Méditation missionnaire du mois de mai, le P. Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée nous parle de Résurrection et de l’importance de proclamer «la vérité dans la charité».

Un verbe qui interpelle

Le temps pascal , écrit-il nous invite à « nous confronter à la vérité de la Résurrection». Quelques synonymes de ce verbe parlent d’évaluer, de mesurer, de comparer, d’apprécier.

Une vérité qu’il nous faut rechercher

«Qu’est-ce que la vérité?» demandait à Jésus un Pilate désabusé. « «Qu’est-ce que la Résurrection?» pouvons-nous questionner à notre tour. Soyons certains que la réponse ne nous sera pas servie toute prête sur un plateau d’argent! « La Résurrection continue à être une vérité qui ne s’impose pas mathématiquement», remarque le P. Steckling. Comme pour tout ce qui constitue notre foi chrétienne, nous avons un long chemin à parcourir pour enfin en arriver à oser une confrontation à la vérité de la Résurrection …

Un chemin d’interrogations

La recherche de la vérité ne sera jamais confortable. Au cours des années, de nouvelles questions s’imposeront à notre esprit pour lesquelles aucune réponse mathématique ne viendra étayer notre foi. Faut-il faire taire ces questionnements qui nous habitent parfois parce que, dans un relent de culpabilité, nous craindrions de les taxer de scepticisme?

La «nourriture solide» de Maman Rosa

J’aimerais vous faire connaître maman Rosa. Quand j’ai fait sa connaissance, elle était déjà une dame âgée mais ouverte sur le monde et tellement accueillante! Avec maman Rosa, chaque entretien se révélait riche de foi, vibrant de vie et rempli d’un enseignement qu’on ne pouvait oublier par la suite. Maman Rosa, de sa chaise roulante, évangélisait avec une conviction contagieuse. À une époque où l’Église traversait déjà bien des turbulences, cette grande dame savait garder sa sérénité. Combien de fois l’ai-je entendue citer saint Paul dans sa 1ère épître aux Corinthiens: «Lorsque j’étais enfant, je parlais comme un enfant, je pensais comme un enfant, je raisonnais comme un enfant. Devenu homme, j’ai mis fin à ce qui était propre à l’enfant». Oui, maman Rosa avait su intégrer dans sa vie la maturité d’un long parcours de foi! Maman Rosa nous a quittés; ses paroles m’invitent toujours à regarder en face toute situation difficile, tout questionnement qui se fait jour en moi. Dans la confiance de recevoir chaque jour une«nourriture solide» demandée dans la foi.

La Vérité nommée Jésus

«Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie» proclamait le Messie de Galilée. Tout est là dans la vie de ce Jésus en lequel nous croyons. Au-delà des siècles, des cultures, sa réponse est toujours d’actualité. Il prêchait la paix; quel peuple ne souhaiterait la fin d’hostilités qui n’en finissent plus? Il parlait de justice; qui n’aspirerait à une justice «plus juste» où tous auraient le minimum et davantage pour vivre? Il parlait de compassion; qui n’a jamais souhaité confier sa peine à un ami compatissant? Il parlait de pardon; lui-même pardonnait à plein cœur pour nous emmener vers ce chemin de réconciliation qui libère. Il parlait d’amour; plus que jamais nous avons besoin d’aimer et de nous sentir aimés.

Il parlait de Résurrection

À ses apôtres, il promettait: «Vous me verrez vivant et vous vivrez vous aussi.» «Je m’en vais vous préparer une place», «là où je suis vous serez vous aussi». Il parlait de cette force de l’Esprit Saint qui allait dorénavant les accompagner, les défendre; il parlait de Vie éternelle au Royaume du Père!

Il s’est montré aux siens

À Madeleine au tombeau vide il a donné mission d’annoncer sa Résurrection. Aux disciples sur la plage, il a préparé un repas. À Thomas l’incrédule, il a montré ses mains et son côté percés. À Emmaüs, il a ouvert l’esprit des disciples «à l’intelligence des Écritures.»

Pas des maths…

«Certainement, la Résurrection continue à être une vérité qui ne s’impose pas mathématiquement comme deux fois deux= quatre, car elle demande un acte de foi; mais une fois que le pas est fait, on arrive à une certitude tellement solide que sur elle se construit toute la vie chrétienne. Il n’y a pas d’évidence mathématique mais bien une conviction basée sur les témoignages; il y a suffisamment de sécurité pour tout miser sur cette carte, suivant l’image du «pari de la foi» utilisé par Blaise Pascal», écrit encore le P. Steckling.

Une Résurrection à vivre chaque jour.

La Résurrection n’est pas un projet pour le futur. Elle est déjà là, dans la vie de chacun de nous. Chaque fois que des situations de mort prennent sens dans l’acceptation, douloureuse mais confiante, de la réalité, c’est une résurrection qui se vit. Chaque fois que nous transcendons nos égocentrismes et laissons de l’espace à l’autre, c’est la victoire de la vie sur la mort. Chaque fois que, laissant notre superbe, nous trouvons en nous assez d’humilité pour marcher vers un pardon libérateur, c’est la Paix du Christ qui nous envahit. Chaque fois qu’un petit geste d’amour vient apaiser, réconforter, illuminer, c’est le Royaume du Père déjà présent.

«Credo»

«Je crois en la vie éternelle». Parce que d’abord et avant tout je crois en Jésus Christ; je crois en Jésus Christ qui savait si bien parler d’un Royaume de «justice et de paix»; je crois en Jésus Christ qui dénonçait à pleins cris les situations d’injustice, de haine; je crois en Jésus Christ qui est allé jusqu’au bout de sa mission, jusqu’à la mort infamante sur une croix; je crois en Jésus Christ ressuscité au matin de Pâques.

Je crois en Jésus Christ grâce à ces témoins sans nombre qui ont vécu, aimé, souffert pour transmettre le message. Et à tous ceux-là qui, souvent sans le savoir, deviennent à leur tour porteurs d’espérance.

Je crois en la beauté de l’être humain, de tout être humain, une beauté faite pour survivre; je crois que chacun de nous, avec son monde d’émotions, de joies et de peurs est destiné à cette permanence de vie qui, bien qu’encore insaisissable, répond tellement aux aspirations profondes de tous.

Annoncer la Vérité

Aucune annonce chrétienne sans référence à Jésus Christ. Aucune annonce crédible si elle ne se reconnaît dans la vie du témoin. Aucune annonce porteuse de fruit si elle n’est faite dans l’amour. L’amour ne s’impose pas. Il demande simplement qu’à travers nous, Jésus Christ se dessine. Avec les limites qui sont les nôtres. Avec cette force en en nous qu’on appelle Esprit Saint.

«La vérité dans la charité» nous emmène droit à la contemplation de Marie, qui, comme le souligne le P. Steckling, «aux missionnaires que nous sommes… peut faire comprendre, comme elle l’a fait pour les apôtres, de quelle façon, la vérité se transmet».

(Denyse Mostert, 2009-05-06)

Haut


Les petits pas vers le pardon

Conflits et réconciliation

Comment ne pas établir un parallèle entre la Méditation missionnaire du P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, et ce mois de juin traditionnellement consacré au Sacré Cœur pendant lequel l’inoubliable P. Victor Lelièvre, o.m.i. rassemblait les foules et leur parlait de Miséricorde, la Miséricorde de Dieu!

Un questionnement dérangeant

«Quelle est notre position face à un monde et à un environnement marqués par des tensions et conflits ouverts, où la paix semble toujours hors de portée?», interroge le P. Steckling.

Toutes ces tragédies à l’échelle mondiale ne peuvent faire autrement que de nous toucher profondément. Mais que faire devant toutes ces informations qui nous arrivent en se bousculant à un point tel que la dernière catastrophe se retrouve vite à l’arrière-plan de l’actualité, occultée par un nouveau conflit tout aussi douloureux que le précédent?

Une telle perspective, m’amène à considérer d’un autre œil tous ces petits accrochages que j’ai à vivre et à qui je laisse parfois une place démesurée dans ma vie. Les conflits planétaires aux innombrables victimes me rappellent que pour moi aussi, la paix est toujours à construire et que cette construction doit commencer avec tous ceux-là qui font partie de ma «vie ordinaire».

Acteurs et témoins

Comme le fait remarquer le P. Steckling, «Bien que, personnellement ou en groupe, nous soyons des personnes qui aiment la paix comme un bien précieux, il nous arrive souvent de vivre au milieu des conflits»

Il y a des moments dans notre vie où nous sommes blessés par l’attitude d’autres personnes à notre égard; parfois c’est nous qui devenons la source de mésententes. Dans les deux cas, une souffrance est vécue. Et nous sentons bien que, non désamorcées, ces situations peuvent devenir lourdes de conséquences malheureuses.

L’offense qui fait mal

À côté de ces petits accrochages entre nous, il existe malheureusement des situations qui blessent profondément. Personne n’aime recevoir des coups! Là où ils font doublement mal, c’est lorsqu’ils atteignent quelqu’un que nous aimons profondément. Nul besoin de départager les torts de tout un chacun; comme dans toute situation conflictuelle, ils sont le plus souvent à endosser de part et d’autre. Surgit alors la question cruciale: comment en arriver à vraiment pardonner?

La foi à notre secours

La réconciliation, une question de foi, écrit encore le P. Steckling. «ll me semble qu’une des réponses de la foi se trouve dans le mot «réconciliation . Parfois il est bon de se retirer dans une haute montagne, en cherchant Dieu dans la solitude, comme le Christ l’a fait selon les évangiles, mais après il faut redescendre de la montagne et s’immerger dans le mouvement de la vie ordinaire, où on peut aussi trouver Dieu.»

Trouver Dieu dans la vie ordinaire

Justement ce matin, une parole de Mgr Desmond Tutu, venait me faire un petit signe. «Dans l’acte de pardonner, écrit-il, nous affirmons notre foi en l’avenir d’une relation et en la capacité qu’a le fautif de changer. Nous disons qu’il est possible de prendre un nouveau départ.»[i]

Pardonner, une question de patience, une question de risque

Je pense qu’il faut parfois être patients, très patients avant de nous sentir prêts à de vraies retrouvailles. Il peut exister mille et une raisons pour retarder la démarche: l’orgueil qui empêche de faire les premiers pas, la peur de l’accueil qui nous sera réservé, la peur d’une réconciliation de surface et le risque de souffrances nouvelles que ce manque de profondeur pourrait engendrer... Ce sera peut-être le moment de se rappeler les paroles de Paul aux Romains: (Rm 8,15) «Vous n’avez pas reçu un Esprit qui vous rende esclave et vous ramène à la peur…» Elles nous sont aussi adressées.

Pardonner, une question d’authenticité

Pour moi, le vrai pardon ne peut se vivre que dans l’authenticité. Dans une rencontre, où tous pourront exprimer sans ambages les éléments qui ont mené à la rupture. Une rencontre d’adultes où chacun sera assez mature pour reconnaître ses propres responsabilités. Une rencontre de confiance en «l’avenir d’une relation» parce que nous aurons opté pour une démarche porteuse d’espoir. Une rencontre qui se veut un pas vers une amitié qui ne demande peut-être qu’à refleurir. Une rencontre de paix enfin, parce qu’à travers chacun de nous se profilera la Miséricorde divine.

Le tout est de laisser un espace à l’Espérance, de garder vivante « la mèche qui fume encore».

--------------------------------------------------------------------------------

[i] Desmond Tutu, Dieu fait un rêve, Éditions Novalis/Desclée de Brouwer, 2008.

(Denyse Mostert, 2009-06-03)

Haut


«Vous n’êtes plus des étrangers…»

Dans sa Méditation missionnaire estivale, le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée nous invite à pénétrer dans l’inter-culturalité.

Quand nous parvenons à la valoriser comme quelque chose de positif, nous sommes souvent prêts à accepter, dans un premier temps, la coexistence de plusieurs cultures dans un même espace, c’est à dire notre pays ou notre l’église, notre congrégation ou notre province oblate. C’est un pas dans la bonne direction, un exercice vers l’ouverture et la tolérance. On ne considère plus celui qui est culturellement différent comme une personne indésirable, ni comme quelqu’un à assimiler forcément dans la culture dominante.

Ces étrangers sur nos routes

De prime abord un étranger nous apparaît souvent comme quelqu’un de bizarre, d’étrange, de menaçant même à l’occasion. Il bouscule nos habitudes, nos façons de voir. Et ce qui sort de l’ordinaire fait toujours un peu peur. «L’interaction entre les différentes cultures, souligne le P. Steckling, (…)nous conduit à reconnaître une richesse plus grande des dons de Dieu, en nous comme dans les autres.» Comme tout le monde, j’ai rencontré dans ma vie de ces personnes de prime abord un peu suspectes parce que différentes. Personnellement, j’éprouve de la reconnaissance à leur égard car elles m’ont aidée à prendre conscience que diversité, beauté et harmonie peuvent aller de pair.

«La richesse des dons de Dieu»

Jacques a grandi dans une famille où les enfants prenaient dans la vie une envolée harmonieuse, à la grande joie des parents. Jusqu’à ce que Jacques épouse une jeune fille africaine. Au village on chuchotait, certains allaient même jusqu’à changer de trottoir à leur approche… Par après, on a pu voir des grands-parents heureux promenant fièrement leur tout nouveau petit-fils en compagnie du jeune couple rayonnant. Devant le bonheur de la petite famille, ils avaient compris que l’amour ne connaît pas de frontière.

Charlotte souffrait de deux «handicaps» pour lesquels on la tenait à l’écart. Non seulement pour les Belges un peu chauvins que nous étions, elle était «La Française», mais de surcroît elle était divorcée! ... À force de bonjours souriants, de petits services discrets, Charlotte a conquis sa place parmi nous démontrant ainsi que l’on peut être à la fois différents et semblables par le cœur.

Et ces touristes qui envahissaient nos Ardennes au temps des vacances! Des étrangers avec leurs rires bruyants et toutes leurs questions qui nous paraissaient saugrenues et parfois inopportunes!... À mesure que nous prenions conscience qu’eux aussi avaient le droit de profiter de notre belle nature, nous avons commencé à sortir de notre bulle; quelques-uns parmi nous se sont même fait un devoir d’apprendre des rudiments de néerlandais. La communication devenue plus aisée a fait reculer des préjugés que nous pensions si bien fondés…

Étrangers, Pierre et moi nous l’avons été pour les gens d’ici lorsque nous avons opté pour une nouvelle vie au Canada. Cette distance s’est résorbée au fil des jours parce que nous avons appris à nous laisser apprivoiser. Tout en conservant notre spécificité d’origine, nous avons petit à petit appris à apprécier une manière de vivre différente autant que valorisante.

Tout dernièrement, les media s’interrogeaient sur la façon dont Stephen Harper, Premier Ministre du Canada, avait participé à la célébration de l’Eucharistie lors des obsèques nationales d’un ancien Gouverneur général. Les questionnements allaient bon train: Stephen Harper, d’adhésion protestante, aurait-il dû se présenter pour recevoir la communion? L’avait-il fait avec tout le respect dû au pain consacré? Une de nos vieilles oppositions inter-religions semblait vouloir refaire surface… Peu après, la télévision nous montrait Benoît XVI recevant un Premier Ministre détendu accompagné de sa famille au grand complet. Ne s’agit-il pas là d’un signe d’ouverture réconfortant?

Dans notre groupe de Laïcs associés de Trois-Rivières, le Québec, la France, Haïti et la Belgique, représentés depuis plusieurs années, nous ont amenés à vivre une belle inter-culturalité. La notion de nos origines différentes le cède au charisme d’Eugène de Mazenod que nous nous efforçons de vivre dans un élan à la fois commun et spécifique à chacun de nous.

Au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap, la belle saison exige davantage de présence auprès des pèlerins venus d’un peu partout... Chaque année, nous voyons arriver des prêtres aux origines diverses venus prêter main forte à leurs confrères surchargés.

On se rappelle cette parole de saint Paul aux Éphésiens (2.19). «Ainsi, vous n’êtes plus des étrangers, ni des émigrés; vous êtes concitoyens des saints, vous êtes de la famille de Dieu». Cette affirmation ne s’applique-t-elle pas également à nous, citoyens du monde de 2009?

Étranger au paradis

En ce temps de vacances, une jolie chanson me trotte dans la tête. «Étrangers au paradis», vous connaissez?

«Prends ma main car je suis étranger ici …
Étranger au paradis…
Et si tu veux bien de moi, l'étranger dans ton paradis,
Alors nous irons je crois, plus loin que la vie.»

La poésie ne prend-elle pas parfois saveur d’Évangile?

(Denyse Mostert, 2009-07-11)

Haut


Claude et l'Afrique

La revue APOSTOLAT INTERNATIONAL, éditée par les Oblats de l’Est du Canada me confie depuis plusieurs années une page appelée LA BELGIQUE DE DENYSE. Des Belges y racontent la manière dont ils vivent un apostolat bien personnel à chacun. Dans le numéro du mois d’août, Sœur Marie-Claude Collignon nous parle de son enfance et de sa vie de missionnaire dans une Afrique qu’elle affectionne particulièrement.

Sœur Marie-Claude Collignon me faisait un jour remarquer combien sont imprévisibles les rencontres qui surgissent dans nos vies. «Nous sommes donc de vraies Ardennaises, dit-elle, et il a fallu qu’un Africain de la RDC nous mette en communication… Une belle histoire, vraiment!»

Claude, comme elle aime se faire appeler, garde une grande tendresse envers son Ardenne natale, «parsemée de nombreux petits villages pittoresques» et pour Redu, son village natal qu’elle décrit comme une «terre, austère et fière comme le sont ses habitants, qui a façonné mes jeunes années; en mon coeur sa rivière "la Lesse" n'a jamais cessé d'y chanter».

Elle nous raconte avec émotion les joies et les peines de son enfance. Six filles et trois garçons, c’est fait pour mettre du bonheur dans une maison! Et cela aide à mieux supporter les coups durs.

J'avais à peine 5 ans, raconte-t-elle, lorsque ma soeur aînée se marie, ce fut une première blessure le jour où elle quitta la maison familiale. J'en avais à peine 10, lorsque mon père décéda, suite à un refroidissement en campagne durant la guerre. Ma mère assuma avec un courage exemplaire, les lourdes charges familiales; l'exploitation de la petite ferme et le commerce de la boucherie se poursuivent, afin de donner autant de chance aux plus jeunes qu'aux aînés, à se préparer à la vie...! En 1964, maman fait une thrombose cérébrale. Nous la gardons 8 jours paralysée. Oh, surprise! Lorsque le prêtre, à la fin de l'onction des malades, lui tend la croix, elle se soulève pour la baiser et quelques instants plus tard, s'endort dans la paix de son Seigneur. Cet instant est resté gravé en moi.

L’Afrique va être pour Claude à la base d’une vocation qui se dessine de plus en plus nettement.

Travaillant à l'Institut-Sainte Marie à Huy, je me sentais de plus en plus concernée par l'activité des sœurs missionnaires au Congo. Avec le premier grand départ, en août 1965, je pouvais y prendre une part comme laïque, bénévole. Le 21 novembre de la même année, j'entrais au noviciat de Djuma comme postulante chez les Sœurs de Sainte-Marie-de-Namur. Des témoins, comme le Père Damien, François Xavier, mes parents, la mémoire du départ de ma mère, avaient préparé, ensemencé ma terre.

Après le temps de formation à la vie religieuse en Belgique, continue Claude, je suis repartie vers le Congo, ensuite au Rwanda, durant 16 années. Durant trente ans, j'ai pris part à la mission avec des accents bien variés: tantôt enseignante, responsable de l'animation de communauté, de la formation des jeunes... des années enthousiasmantes s'il en est, années marquées également par la croix lorsqu'au Rwanda, nous assistions, impuissantes, aux luttes ethniques, au fait que nos élèves d'une race étaient chassées de nos écoles; toutes les maisons sur les collines étaient en feu; sans oublier le génocide de 1994… Et sans oublier non plus le Congo, lorsqu'à Kinshasa, nous étions témoins des pillages de toute la ville; ou de la répression violente envers ceux qui osaient manifester pour plus de justice et de paix.

La plus grande joie de Sœur Marie-Claude?

C’est de voir les nombreuses jeunes poursuivre l'oeuvre missionnaire et l'inculturation rendue possible grâce à toutes ces filles généreuses. OUI, la mission en Afrique se poursuit et même à leur tour, ces jeunes filles sont devenues missionnaires, au Brésil au Cameroun, en Tanzanie..! Notre présence invisible, vivante, nos liens réels et les échanges soutiennent leur mission aujourd'hui.

Et elle termine ainsi: «Qui a-t-il de plus beau à vivre nous-mêmes cette parole de Jean Baptiste: "Il convient qu'elles grandissent et que nous diminuions"»!

(Denyse Mostert, 2009-08-5)

Haut


A l'heure de la Foi

Graffiti prophétique

Demain n’est certain. Je ne sais qui a un jour réussi l’exploit d’inscrire dans les hauteurs d’un viaduc proche de chez moi, ces quelques mots que les automobilistes ont tout le loisir de lire lorsqu’ils s’arrêtent au feu rouge juste à cet endroit. Quand cela m’arrive, j’ai toujours la même réflexion impatiente: «Qu’est-ce que la ville attend pour effacer cette phrase tellement déprimante?»

Et puis voici qu’en lisant la Méditation missionnaire du P. Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée, dans laquelle il nous parle d’un second voyage, ce graffiti s’impose subitement à moi. Il me vient la pensée de considérer cette réflexion, qui me paraissait jusque là inopportune, comme (presque) prophétique.

Parce que… il est vrai que dans la vie on ne sait pas de quoi demain sera fait. Parce que aussi … depuis le temps que je dois m’arrêter devant ce viaduc, jamais je n’ai laissé ces mots me rejoindre; je les ai classés dans mon esprit comme un graffiti parmi tant d’autres, qui m’agaçait en tant que non respect envers la propriété publique. Aujourd’hui, je me sens obligée de m’y arrêter; ils prennent pour moi un sens nouveau. Ils me conduisent, toute proportions gardées, à ce second voyage que nous aurons tous à effectuer, sans trop savoir dans quelles conditions nous le vivrons.

Le second voyage

Cette Méditation missionnaire est consacrée à ce temps où une seconde conversion s’amorce en chacun de nous. La première conversion, écrit le P. Steckling, se passe principalement au niveau de l’esprit et nous stimule à être actifs… Dans cette première étape nous nous sentons responsables de nos vies… Au moment de la seconde conversion, nous perdons le contrôle sur ce qui va arriver. Les choses sont moins claires pour nous puisqu’elles sont abandonnées à la volonté de Dieu. Dans ce second voyage, la fameuse nuit de l’âme [dont parle saint Jean de la Croix] ne nous sera pas épargnée.

Et le P. Steckling de nous citer l’apôtre Pierre qui a tout d’abord décidé de suivre le Christ; à cette étape il est plutôt sûr de ce que cela doit signifier et même c’est lui qui décide ce qui est exclu et ce qui ne devait pas arriver… C’est ce même Pierre qui est averti que quelqu’un d’autre lui mettra la ceinture et le mènera là où il ne veut pas aller.

Comment Pierre a-t-il reçu cet avertissement? S’est-il arrêté à envisager ce changement de cap qu’il aurait immanquablement à vivre? Ou l’a-t-il au contraire relégué dans un coin de son esprit dans le fallacieux espoir de le voir s’éloigner… peut-être?

Dans nos vies sont dispersés des indices, surgissent des événements par lesquels nous pouvons pressentir, ne fut-ce que confusément, le lendemain. Bien souvent par après nous en apercevons la pertinence de même que la peur qui nous habitait de regarder en face des éventualités que nous aimions croire hautement improbables. Parce que ces perspectives nous dérangeaient… parce que nous étions été tellement sûrs de notre action hautement efficace… parce que…

Ces avertissements, j’ai eu à les vivre de belle façon lors de l’adolescence de mes quatre fils. Mes difficultés de les voir grandir, tomber en amour, quitter le toit familial, emprunter des chemins que je n’aurais certainement pas choisis pour eux m’ont souvent fait mal tout en assombrissant parfois l’atmosphère familiale. Parce que je n’avais d’autre solution que de vivre ces phénomènes les yeux grands ouverts, j’ai été à même, avec le temps, de les surmonter. Notre modus vivendi s’est transformé jusqu’à devenir cette réalité d’adulte à adultes que je vis aujourd’hui avec eux. Je me sens aujourd’hui reconnaissante pour les pertes de contrôle sur la vie de mes enfants qui ont jalonné ma vie de maman. Elles me préparaient à comprendre que, dans la vie, rien n’est acquis une fois pour toutes.

Marie, femme de foi

Après la mort de son Fils, Marie a vécu un second voyage; elle aussi a traversé des nuits de la foi… Et pourtant nous la retrouvons au Cénacle en prière avec tous ces disciples qui, pour la plupart, avaient abandonné Jésus alors qu’il mourait sur le Golgotha. Marie a pardonné. Marie a continué à croire en l’amour du Père, en la mission de son Fils et en l’action de l’Esprit Saint.

À l’heure du changement

Depuis plusieurs années, un grand bonheur m’habite à travailler, dans la mesure de mes moyens, en communion avec la Congrégation des Oblats. Et je voudrais que cela dure toujours!

Mais le second voyage se profile à l’horizon. Il m’arrive parfois de me demander à quoi servent tous les efforts de nos communautés vieillissantes dans un monde où les églises se vident, où le message du Christ ne rencontre le plus souvent qu’une indifférence quasi générale.

Ce second voyage, je m’efforce de le vivre dans la reconnaissance pour la foi qui m’habite. Pour le cadeau de la vie reçue, pour le cadeau de la Joie que j’essaye de partager.

Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. (Matthieu 10:8)

C’est gratuitement, avec toute l’authenticité de notre être qu’il nous faut donner aujourd’hui. Phénomène d’époque? Une chose gratuite est rarement appréciée. Et pourtant il nous faut inventer des voies nouvelles pour un monde nouveau, encore et encore nous donner sans compter, sans trop savoir quel sera le résultat. C’est dans la gratuité la plus totale que nous devons continuer ensemble pour la Mission. En accueillant des changements devenus nécessaires pour annoncer la Bonne Nouvelle avec les mots et les gestes d’aujourd’hui.

C’est une question de Foi, une question de Confiance en Dieu dont nous avons reçu le don gratuit de la vie. Lorsque nous ne savons plus trop où nous allons, lorsque nous devenons fatigués, désabusés, lorsque nos forces physiques commencent à limiter notre action, n’est-ce pas le moment de nous tourner vers Marie qui nous invite au Cénacle? Pour y renouveler notre vie intérieure, pour y fortifier notre grand désir de faire connaître son Fils.

Même si demain n’est certain, même si la seule chose que nous ayons à offrir est notre persévérance à vivre, jour après jour pour une Mission que Dieu seul pourra rendre féconde… à sa manière à Lui.

(Denyse Mostert, 2009-09-14)

Haut


Le jeune homme riche (Marc 10:17-30)

Il était une fois, nous raconte Marc, un homme qui avait dû entendre des enseignements de Jésus. En tout cas, il le connaissait assez pour accourir vers lui et se prosterner à genoux. Assez pour lui permettre de l’appeler bon Maître. Cet homme avait probablement découvert en Jésus un être exceptionnel puisqu’il lui demande d’emblée: Bon Maître, que dois-je faire pour avoir en héritage la vie éternelle?

D’abord Jésus s’arrête sur la première partie de sa requête: Pourquoi m’appelles-tu bon? Personne n’est bon sinon Dieu seul. Et du coup, voici clairement annoncée la réalité d’une bonté qui n’appartient qu’à Dieu. Se peut-il que la réponse de Jésus ait un peu désorienté cet homme? À sa place, je n’aurais pas non plus compris du premier coup que la seule mission de Jésus était de nous faire connaître le Père et sa miséricorde infinie, de nous faire comprendre que c’est en Dieu seul que tout prend un sens.

Le dialogue continue: Tu connais les commandements, dit Jésus. Ne commets pas de meurtre, ne commets pas d’adultère, ne commets pas de vol, ne porte pas de faux témoignage, ne fais de tort à personne, honore ton père et ta mère. Ce qui fait répondre à l’homme: Maître, j’ai observé ces commandements depuis ma jeunesse.

Ne trouvez-vous pas que ces paroles peuvent s’appliquer à la plupart d’entre nous? Les commandements? Ils nous ont été inculqués avec le petit catéchisme de notre enfance. Et même si nous avons oublié la numérotation des questions/réponses, leur contenu reste gravé en nos mémoires et nous avons fait de notre mieux pour les intégrer dans notre vie. Comme le jeune homme de l’Évangile, nous pouvons ainsi dire en toute bonne foi: j’ai observé ces commandements depuis ma jeunesse.

Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. Il lui dit: Une seule chose te manque, va, vends tout ce que tu as, donne-le aux pauvres et tu auras un trésor dans le ciel; puis viens et suis-moi.

Si, comme pour le jeune homme riche, il est bon de sentir sur nous le regard d’amour de Jésus, il est de loin moins évident d’accueillir ce conseil évangélique dans toute sa radicalité.

Ces mots me dérangent vraiment. J’aimerais me persuader qu’ils ne s’adressent pas à moi. Tout d’abord, je suis loin d’être riche. Je n’ai aucun bien à vendre, mes revenus modestes ne me permettent guère d’excentricités. Alors? Ce conseil évangélique serait-il pour d’autres?

Impossible. Mon cœur me dit qu’ils sont aussi pour moi. Le regard du Seigneur m’invite à un retour sur ma vie. J’y trouverai d’abord toutes ces personnes qui m’ont appris à connaître l’Évangile, qui m’ont donné le goût de Jésus Christ, le désir du partage, la possibilité de réconforter. J’y verrai aussi une belle famille, des amis solides et tous ces petits gestes qui viennent si souvent ensoleiller ma journée, même s’il fait gris dehors.

Oui, comme le jeune homme riche de l’Évangile, nous possédons de grands biens. Des richesses qu’il nous coûterait infiniment de perdre.

Et pourtant, viendra un jour où il nous sera demandé de remettre à Dieu touts nos biens, même les plus légitimes. Peut-être cet appel viendra-t-il d’une société en mutation profonde. Peut-être aussi parce que les années qui passent nous avertiront que des changements se dessinent dans nos vies. Ce sera le temps de la foi, de la confiance en un futur que nous avons parfois peur d’envisager. Alors d’autres routes s’ouvriront à nous, des chemins porteurs de fruits auxquels nous n’avions même pas osé penser… parce que nous avions oublié que rien n’est impossible à Dieu.

J’aimerais terminer en vous parlant de mon mari, décédé des suites d’une longue maladie au cours de laquelle il s’est vu dépouillé progressivement de sa mobilité. Homme d’action autant qu’homme de foi, Pierre a vécu les dernières années de sa vie avec, au cœur, le désir de rester «motivateur»; il voulait donner courage, réconforter. Et il y a réussi. Je continue à rendre grâce pour la force et la motivation profondes qui ont accompagné mon mari vers son passage dans l’autre vie.

Non, rien n’est impossible à Dieu. Il fait pour nous des merveilles.

(Denyse Mostert, 2009-10-08)

Haut


Réflexions pour une Année sacerdotale

Des prêtres zélés, désintéressés, solidement vertueux

Benoît XVI vient de déclarer ouverte l’Année sacerdotale. Le Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée nous entretient dans sa Méditation Missionnaire «Si l’on pouvait former des prêtres…», de l’importance capitale qu’il faut accorder à la formation de ceux-ci comme nous le rappelle la préface des Constitutions et Règles oblates.

"Si l’on pouvait former des prêtres zélés, désintéressés, solidement vertueux… alors, on pourrait… ramener bientôt les peuples égarés à leurs devoirs trop longtemps méconnus."

Mon bon curé Alphonse

A l’époque de ma jeunesse, le prêtre apparaissait comme paré de toutes les vertus. Dès mon adolescence, j’ai eu le privilège de seconder notre bon curé Alphonse dans son travail de bureau et comme responsable de la bibliothèque paroissiale. Collaboration qui m’a donné matière à réflexion concernant cette perfection absolue si souvent prêtée au clergé. Travailler régulièrement avec quelqu’un, c’est entrer dans sa vie de tous les jours, c’est être témoin de réactions spontanées … parfois assez éloignées d’une sainteté à toute épreuve. Oui, il avait mauvais caractère, mon pasteur…et la magnifique capacité de s’excuser lorsqu’il avait par trop manqué de patience. Oui, il savait faire confiance à ses marguilliers… et pourtant, il était capable d’imposer une décision prise par lui seul. Et, au cours de son long ministère dans notre paroisse, il a su faire montre d’une persévérance à toute épreuve, de relations claires et nettes avec ses paroissiens et d’un humour frisant parfois l’ironie mais qui pouvait aider à l’occasion à prendre certaines situations avec un grain de sel.

Ainsi, j’ai pu découvrir qu’un prêtre était également un être humain doué de belles qualités mais aussi de défauts parfois difficiles à accepter. Apprendre à faire la part des choses a été pour moi une grande grâce. Je peux accueillir plus aisément le fait que, comme le dit Jésus, personne n’est bon sinon Dieu seul, que la perfection n’est pas de ce monde.

Un Dieu inculturé

On entend beaucoup parler d’inculturation. Le Dictionnaire Larousse la définit comme une "activité visant à intégrer le message chrétien dans une tradition culturelle particulière". J’adhère totalement à cette définition. La culture traditionnelle, véhicule des valeurs spécifiques non seulement à chaque groupe, mais aussi à chaque époque. Elle mérite d’être respectée. N’est-ce pas la tradition qui a modelé l’être humain pour l’amener à ce qu’il est aujourd’hui, avec son cortège de défaites cuisantes et ses réussites éclatantes…? Sans que pour autant disparaisse le sempiternel combat entre le bien et le mal…

Dieu n’a cessé de s’inculturer depuis le commencement du monde. Les écrits bibliques nous le décrivent présent en tous temps. Dans chaque récit nous pouvons suivre le cheminement d’hommes et de femmes qui deviennent de plus en plus aptes à comprendre ce que nous appelons aujourd’hui encore les signes du temps. Jésus Christ lui-même ne nous parle-t-il pas d’inculturation quand il nous dit: Je ne suis pas venu abolir la loi, mais l’accomplir?

Une Église à l’écoute de l’Esprit

Envoie ton Esprit sur ton Peuple… Envoie ton Esprit sur ton Peuple rassemblé.

Nous sommes nombreux à appeler la sagesse de l’Esprit sur une Église continuellement en marche. Pour une Église debout malgré les tempêtes qui ne cessent de s’abattre sur elle… Une Église réaliste qui sait discerner les appels de la vie contemporaine et y répondre… Une Église actuelle, capable de dire Dieu avec des mots pour aujourd’hui… Une Église ouverte au Peuple de Dieu tout entier…

Une Église, Peuple de Dieu rassemblé

Nombreux sont les signes d’espérance, nous rappelle le P. Steckling.

Aujourd’hui nous sommes très sensibles au fait que les chrétiens sont avant tout des frères et des sœurs. Le Christ nous l’a dit, et donc la fraternité, sous un seul Maître et sous un seul Père, dépasse en importance toutes les distinctions hiérarchiques.

Signe d’espérance aussi que cette réalité soulignée avec clarté:

La plupart de ce que notre Fondateur dit, s’applique, non seulement aux prêtres mais à tout Oblat, y compris à nos Frères, à ceux qui sont en formation première et à nos Associés Laïcs et de fait, à tout chrétien. Si l’une des caractéristiques du sacerdoce, tel que le comprend St Eugène, est une proximité particulière aux personnes cela vient probablement de sa prise de conscience que les exigences de la vie chrétienne sont les mêmes pour les prêtres que pour tous.

Leaders, prophètes et prêtres

Le Baptême, le plus important des sacrements, fait de tout chrétien un leader, un prophète et un prêtre, écrit encore le P. Steckling. Une saine relation, et l’interaction entre qui est ordonné et qui ne l’est pas, renforcera les uns et les autres dans leurs vocations particulières. On pourrait ajouter (…) cette relation devient féconde en produisant de nouvelles vocations chez les laïcs et les prêtres ordonnés.

Que nous faut-il de plus pour nous engager tout entiers dans ces appels si différents mais toujours divins qui nous sont proposés par la vie en marche?

(Denyse Mostert, 2009-10-09)

Haut


De l'avenir pour un grand continent

Ce mois-ci, la Méditation missionnaire du Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée est consacrée à la Deuxième Assemblée spéciale du Synode des Evêques pour l’Afrique.

Le P. Wilhelm Steckling fait remarquer que la présence à ce synode de 240 évêques participants… dont huit Oblats… un nombre presque égal d’auditeurs, d’experts, de délégués fraternels, d’aides, et pour la première fois, cinq de nos scolastiques, préposés aux divers services souligne l’importance de cette rencontre qui a mis l’accent sur L’Eglise en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix.

Parler de l’Afrique ne m’est pas facile. Le sujet me dépasse tellement! La seule chose que je me sente habilitée à faire est de revivre comment, depuis de nombreuses années, ce continent s’est imposé à moi.

Un sentiment de malaise

Alors que j’étais encore une petite fille d’avant les années 60, j’entendais les propos de coloniaux, comme on les appelait chez nous, qui s’en allaient faire fortune dans ce lointain continent et dont certains revenaient au pays avec une arrogance et un manque de respect flagrant envers les Africains. J’en ressentais un obscur sentiment de malaise, de «pas juste». Hélas, ma sympathie devait se limiter à donner une part de mon argent de poche aux œuvres caritatives et à prier pour tous ces gens.

La photo de l’accueil.

Je conserve une petite photo noir et blanc sur laquelle les écolières de ma classe primaire et leur institutrice encadrent un Congolais tiré à quatre épingles qui se tient fièrement au milieu du groupe. Cela se passait juste après la guerre. Je ne me souviens pas qui était cet hôte. Ce dont je me rappelle, c’est d’avoir ressenti de la fierté à l’égard de mon vieux curé invitant à son école libre cette personne de couleur, à une époque où les préjugés étaient solidement enracinés. Grâce soit rendue à l’éducation reçue qui m’a permis de dépasser toute notion de racisme!

Une indépendance difficile

Je retiens ce passage lu sur le site oblat Ayaas.net. Il s’agit d’un ouvrage publié à l’Harmattan (2006) sous le titre Afrique, lève-toi… Et marche! L’auteur, Philémon Nguele Amougou, se demande:

Pourquoi, plus de quarante ans après les indépendances, l’Afrique continue à patauger dans les marécages du laxisme et de l’approximation? Dépouillée de ses repères identitaires et culturels, sans doute; désarticulée par le double choc esclavagiste et colonial certes; ceci justifie-t-il qu'elle continue à offrir le lamentable spectacle d'une plantation où, cyniquement, se sert qui peut, sauf elle-même?

Cette question me renvoie à une autre situation plus ancienne encore. Celle de la seconde guerre mondiale. J’y étais, mais trop jeune à ce moment-là pour en percevoir tout le tragique. Ce n’est que dans les années qui ont suivi que j’ai pu discerner des sentiments de rancune, de vengeance, de "sauve-qui-peut" et de" chacun-pour-soi", reliquats douloureux de ce conflit qui ont survécu pendant de nombreuses années.

La "reconstruction" de l’Europe d’après-guerre représentait un défi immense. Je pense que les peuples d’Afrique si longtemps exploités ont aussi devant eux un travail énorme, un travail de longue haleine, un travail tant de masse que personnel pour en arriver à une véritable solution. Et qu’à cet effort de rétablissement équitable, les pays qu’on dit riches ont à devenir partie prenante.

Oui, cela peut être long avant que ceux qui possèdent la force de l’argent mis au service du pouvoir cessent d’être des loups pour l’homme et deviennent des humains solidaires d’une Afrique qui désire tellement que s’instaure un temps de justice et paix!

Un espoir à prier

Le Synode se fait espoir: “L’Afrique n’est pas sans moyens. Notre destinée est encore entre nos mains. Tout ce que l’Afrique demande c’est un espace pour respirer et prospérer. Elle est déjà en marche et l’Eglise marche avec elle en lui offrant la lumière de l’Evangile.”

Un Évangile à vivre

L’Évangile s’ouvre toujours à nous et nous indique la piste sûre de la Parole. Ici, chez nous au Québec, pour les simples citoyens comme moi, je crois que le chemin passe par l’accueil, par l’ouverture, par un partage d’égal à égal avec toutes ces personnes venues d’ailleurs. Une heureuse surprise peut nous y attendre: celle de recevoir de ceux-là qu’on appelle des étrangers autant sinon plus que ce que nous pensons pouvoir leur offrir.

(Denyse Mostert, 2009-11-05)

Haut


Noël cosmique

Pour prier notre Avent, le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée attire notre attention sur une version ancienne de l’Annonce de la Nativité.

Le 24 décembre, avant la messe de minuit, en certains endroits l’on chante l’Annonce solennelle de Noël. L’ancienne version médiévale de cette Annonce, appelée ‘Kalenda’, reprise du Martyrologe romain, proclame la nouvelle: «en l’année 5.199 de la création du monde», tant d’années après le déluge, tant d’années encore après la naissance d’Abraham, etc., sous le règne de César Auguste… «Jésus-Christ, Dieu éternel et Fils du Père éternel, voulant sanctifier le monde… neuf mois après sa conception, est né à Bethléem de Juda, devenu homme de la Vierge Marie.

Une constante découverte

De fait, continue le P. Steckling, nous devrions même parler de milliards, en fonction de ce que nous savons de l’univers qui devrait compter 13,7 milliards d’années. Des chiffres éloquents tout à la gloire du Créateur de cet incommensurable agencement qui a présidé à la construction de cet univers qui ne se laisse saisir que petit à petit.

Cela m’amène tout naturellement au travail phénoménal des scientifiques de tous les temps. Je pense à l’incroyable persévérance de tous ceux-là qui, depuis que le monde est monde, vont de l’avant dans une quête qui semble ne devoir jamais finir, chaque réponse engendrant une question nouvelle.

Une recherche solidaire

La solidarité qui accompagne toutes ces découvertes m’impressionne. C’est en prenant appui sur les travaux de leurs prédécesseurs que des êtres humains en sont arrivés à ouvrir les percées immenses sur l’univers que nous connaissons aujourd’hui.

Une bonheur à découvrir

Une autre quête existe, au cœur de tout être humain. Celle d’un bonheur non éphémère. Un bonheur que chacun doit chercher au fond de lui-même, là où se trouve la réponse. Comme Il l’a fait pour son Peuple jadis, Dieu nous invite sans cesse à «choisir entre la vie et la mort, entre la bénédiction et la malédiction». Pour nous également, les commandements divins demeurent «gravés dans notre cœur».

Une quête à vivre ensemble

Quelqu’un a écrit qu’on n’est pas chrétien tout seul. On peut bien ajouter que, seul, on ne peut non plus être heureux. Ce bonheur que nous recherchons tant, c’est avec les autres que nous allons le découvrir.

Une mission à remplir

Ô toi, l’Au-delà de tout…
l’universel désir, le gémissement de tous aspire vers toi…
Tout ce qui existe et te prie…
Et tout être qui sait lire ton univers
fait monter vers toi un hymne de silence
.

Ce passage d’un hymne de saint Grégoire de Nazianze dit bien le caractère sacré de «la tâche de vivre» qui est la nôtre. Une mission à vivre en Église. Une mission spécifique à chacun, bâtie sur l’Action de grâce et le témoignage d’une vie illuminée par l’Esprit. Une mission «à resplendir», une mission qui redonne espoir à l’humanité. Une mission à vivre avec Marie, sur les pas de Jésus, vers le Royaume du Père toujours offert.

Et des vœux pour Noël 2009

Comme les disciples jadis, nous pourrions demander au Seigneur de nous apprendre à prier, à mieux «lire Son univers» et y découvrir de plus en plus les traces de Sa gloire, dans la création et dans le cœur de tous nos frères et sœurs humains.

(Denyse Mostert, décembre 2009)

Haut - Précédent - Suivant

© 2011 Ayaas.net: Religieux africain du troisième millénaire - Page web perso de jb musumbi, o.m.i. - Webmaster