Nous sommes le 15/11/2019 et il est 06h42 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Méditation sur une méditation missionnaire
(Denyse Mostert)

Sur cette page, Madame Denyse Mostert, Province oblate Notre-Dame-du-Cap, Québec, propose quelques réflexions à partir de la Méditation missionnaire du Père Guillermo Steckling alors Supérieur général des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. "La foi agissant par l'amour", la suite de cette fructueuse "méditation sur une méditation missionnaire" se développe harmonieusement en "un regard de foi sur la vie". Autant de thèmes qui, dans l’aujourd’hui du monde, peuvent faire réfléchir davantage et nourrir la vie spirituelle. "Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit", dit l'Apôtre Paul aux Galates (chapitre 5, verset 25). Ensemble pour la mission.


  1. Tentations majeures et absence de Dieu
  2. Immense Espérance et Partenaires Oblats en Mission
  3. La Congrégation en pèlerinage
  4. Mission et Communauté
  5. Témoins sans frontières
  6. Parole de Dieu... Paroles venant de vous
  7. "Es-tu celui qui doit venir?" (Matthieu, 11:2-11)
  8. Au débit/crédit de nos vies: l’heure du bilan
  9. Pyramides...
  10. Transfiguration (Matthieu 17:1-9)
  11. Simplicité de l'Evangile
  12. "La vie en abondance...
  13. Le Bon Pasteur (Jean 10:1-10)
  14. Une si petite graine...
  15. Credo
  16. Sanctuaires
  17. Assomption: Montée vers Dieu
  18. Enfants de mon cœur
  19. Au commencement...
  20. Quand l’ordinaire se transforme en bon pain...
  21. "Parole éternelle du Dieu vivant"
  22. Indispensable confiance
  23. Leçons d'un Précurseur (Marc 1:7-11)
  24. L’Évangile demain…
  25. L'Occident en léthargie?
  26. Introïbo… J’entrerai…
  27. Dimanche de la Miséricorde de Dieu (Jean 20:19-31)
  28. Cette Résurrection qu'il nous faut proclamer
  29. Les petits pas vers le pardon
  30. «Vous n’êtes plus des étrangers…»
  31. Claude et l'Afrique
  32. A l'heure de la foi
  33. Le jeune homme riche (Marc 10:17-30)
  34. Réflexions pour une Année sacerdotale
  35. De l'avenir pour un grand continent
  36. Noël cosmique
  37. Une humanité de surcroît
  38. Une parole accomplie (Luc 4:21-30)
  39. Les mots pour le dire
  40. "Demandez et vous recevrez" (Matthieu 7:7-12)
  41. Ces événements qui interpellent
  42. Discrète résurrection
  43. Des portes qui s'ouvrent
  44. Une clé pour notre foi
  45. Rien n'est perdu de notre Espérance
  46. Marthe et Marie
  47. Préférer Jésus (Luc 14:25-33)
  48. Il y eut un homme... son nom était Jean

Denyse Mostert

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

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Le Bon Pasteur (Jean 10:1-10)

La parabole du Bon Pasteur me remet immanquablement en mémoire un fait de mon enfance. Il y avait dans mon village une vieille femme assez singulière. Elle s’appelait Marie et possédait un troupeau de chèvres. Pendant la bonne saison, Marie les conduisait au pâturage pour la journée. C’était une procession pittoresque que nous pouvions admirer matin et soir. Marie venait en tête et les chèvres suivaient en une longue file très disciplinée. Si par hasard, une tête folle s’avisait de s’écarter du troupeau et de brouter quelque verdure le long du chemin, Marie la devinait, appelait Blanchette ou la Rousse et la sommait de retourner dans les rangs avec ses congénères. Et Blanchette, ou la Rousse, ou toute autre délinquante lui obéissait sur le champ. Toutes ses chèvres, Marie les connaissait par leur nom. Un soir d’été, ne voyant revenir ni la bergère ni son troupeau, la famille s’est inquiétée. On a retrouvé Marie, sans vie, dans la luzerne. Elle était morte auprès de ses bêtes qu’elle connaissait si bien.

Plus près de nous, le P. Steckling, Supérieur Général des Oblats de Marie Immaculée, nous offre une MÉDITATION MISSIONNAIRE mensuelle. Toujours à partir d’événements vécus. Dans ses réflexions du mois de mars, il nous parle de ses deux rencontres avec Benoît XVI. «De ces rencontres, écrit-il, deux mots me sont restés comme message. Il nous rapportait ensuite des propos du Pape que j’ai lu avec étonnement et bonheur. Je cite le P. Steckling:

J’ai été frappé par une parole lorsque le Pape a répondu à une question sur la sécularité: la parole «simplicité» - simplicité de la foi. Le contexte de notre conversation à ce moment tournait autour de la soif de Dieu, présente sous la surface de la société séculière. Comment l’Église peut-elle répondre à cette soif? Nos structures d’Église et nos relations, nos discussions et affirmations sont plutôt compliquées et beaucoup de gens de notre âge se sont fatigués de la pesanteur que toute institution porte avec elle. La dernière chose que les gens veulent, c’est de se retrouver dans une autre institution, alors qu’ils sont simplement en train de chercher le visage de Dieu. Dans ce contexte, le Pape dit que nous les religieux, nous devrions être capables de rendre évident aux chercheurs d’aujourd’hui, la simplicité de la foi. L’Évangile est simple.» Et le P. Steckling de continuer: «Voici un appel qui s’adresse à tous…

La simplicité de l’évangile, je la retrouve dans cette parabole rapportée par Jean. «Jésus, écrit-il, employa cette parabole en s’adressant aux pharisiens, nous dit-il, mais ils ne comprirent pas ce qu’il voulait dire.» En effet, ils ont des raisons de ne pas en saisir le sens. Jésus prend comme exemple l’image d’un pasteur et de son troupeau. Image simple s’il en est mais qu’eux, les érudits, les savants docteurs ne comprennent pas, trop occupés qu’ils sont à disséquer les Écritures et à cultiver minutieusement tous les articles d’une loi que Jésus vient, non pas abolir, mais accomplir.

Je me retrouve un peu dans ces pharisiens qui ne comprennent pas. Ne m’est-il pas arrivé de faire la sourde oreille à la voix de l’Esprit venu me parler par des événements de mon quotidien, des événements si simples que je ne m’y suis pas arrêtée? N’ai-je pas entendu de temps à autre des paroles porteuses d’un message évangéliques, mais des paroles que j’ai considérées comme sans importance, alors qu’elles m’invitaient à un pas vers le Royaume? Suis-je restée indifférente à la joie naïve d’un petit enfant, au sourire rayonnant d’une personne âgée dont les yeux invitaient à l’amitié? M’est-il arrivé de prendre à la légère les paroles frondeuses d’un adolescent, paroles derrière lesquelles se nichait parfois une question précise, une soif de lumière? Oui, il m’est arrivé, comme aux pharisiens qui entendent la parabole du berger et de son troupeau, de garder mon cœur fermé au message, de ne pas comprendre ce que le Christ Sauveur venait me dire, à moi, dans une situation bien précise...

Cette parabole me fait prendre conscience de la simplicité de l’évangile. Une simplicité que je découvre avec émerveillement. Et qui me fait accepter de grand coeur de joindre ce troupeau conduit par le Bon Pasteur… même si «faire partie d’un troupeau» peut évoquer à première vue quelqu’un qui reste dans le rang, qui obéit, qui abdique tout comportement propre. Je viens de saisir enfin qu’il est loin d’en être ainsi pour celui qui accepte de suivre Jésus.

Écoutons-le nous exposer quel rapport d’amour il vit avec son troupeau: «Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.» Accepter de suivre Jésus, c’est sortir de l’anonymat, c’est entendre un appel qui nous est spécifiquement adressé, un appel qui nous invite à sortir de l’enclos où nous vivons enfermés sur nous-mêmes pour aller, avec confiance, vers un ailleurs bien souvent inconnu.

Accepter de suivre Jésus, c’est avancer au-delà de la peur. C’est suivre dans la foi le chemin où nous entraîne l’évangile; un chemin parfois raboteux, un chemin qui peut faire mal, mais un chemin où nous pouvons avancer en toute confiance car nous n’y sommes pas seuls. Jésus nous le répète: «Quand le bon pasteur conduit dehors toutes ses brebis, il marche à leur tête et elles le suivent car elles connaissent sa voix»

Et si parfois, comme les pharisiens, il nous arrive de rester dans nos schémas habituels si souvent rebelles aux changements, Jésus, lui, ne se lassera pas de nous répéter encore et encore ses paroles, de nous les expliquer, jusqu’à ce qu’enfin elles touchent notre cœur et nous poussent à l’engagement. Après parfois de longs détours, après des recherches aussi vaines que compliquées, nous retrouverons la fraîcheur du message évangélique, la simplicité des brebis qui ont répondu à l’appel de Jésus.

(Denyse Mostert, 2008-04-01)

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Une si petite graine...

«À la lumière de Pâques»… Le titre de la Méditation missionnaire du P. Steckling nous parle de vérité, de paix, de joie… Et pourtant, les premiers mots de cette réflexion, «le temps de Pâques est un temps approprié pour méditer sur la vie et la mort», m’ont tout d’abord fait l’effet d’une douche froide! Car si j’aime évoquer les moments heureux de mon existence, j’ai une tendance à laisser dans l’ombre ceux qui d’une façon ou d’une autre me blessent.

«Méditer sur la vie», pour moi, c’est chercher à découvrir le bon, le beau derrière les apparences, qu’il s’agisse de personnes ou d’événements. Je pense que cette propension à la bienveillance, à la recherche de paix «en dépit de…» m’a grandement aidée à traverser les diverses réalités de ma vie. Dès lors, il me devient plus facile de laisser monter du fond de mon cœur une prière de louange.

Aujourd’hui, je veux dire merci au P. Steckling de nous rappeler que, s’il est bon de «méditer sur la vie», il l’est tout autant de «méditer sur la mort», non pour nous complaire dans la tristesse, mais pour demeurer le cœur ouvert à la Parole et demander avec confiance à notre Père de nous donner «aujourd’hui notre pain de ce jour…»

Nous pouvons bien sûr méditer sur notre existence personnelle, mais je vous suggérerais de considérer maintenant les cycles de la vie, à l’intérieur de notre famille missionnaire. Ici à Rome, nous confie le Supérieur général, au Centre de la Congrégation, toutes sortes de dossiers arrivent sur nos tables; ils parlent à leur façon de mort et de vie.

Comme Partenaires oblats en mission, nous avons nous aussi à garder les yeux ouverts sur cette réalité bien concrète de 2008, où nous voyons les choses se transformer à la Xième puissance. De la société dont nous faisons partie, nous ne pouvons ignorer les diverses attitudes devenues monnaie courante: face à la vie dans ce qu’on appelle les interruptions de grossesse, face aux enfants à qui on a volé leur innocence, face à la vieillesse où le respect des aînés est trop souvent foulé aux pieds, face à ces famines décimant des populations entières, face à ces guerres meurtrières dont les victimes tombent sans discernement aucun… Le règne de l’individualisme et toutes ces situations de mort ne manquent pas d’atteindre notre Église et ses Congrégations tout autant que l’ensemble des chrétiens. Nous sommes tous témoins de ces événements bouleversants; nous avons aussi à vivre nous-mêmes des situations déstabilisantes; et finalement il y a cette mort inévitable pour chacun de nous et dont on se demande parfois vers quel rivage inconnu elle va nous entraîner… Devant cet état de choses, il me paraît humainement normal que notre espérance semble parfois se heurter à un mur. Et c’est la ronde des «pourquoi?», des «comment?», voire des «à quoi bon?» ouvrant une voie insidieuse au découragement.

Et c’est ici que «la lumière de Pâques» intervient. Le P. Steckling nous rappelle que:

Dans notre contemplation du mystère pascal nous verrons la gloire de Dieu percer les ténèbres aussi bien dans les moments de croissance que dans les diminutions. Pâques a rapproché la mort et la vie et toutes deux brillent de la même lumière; le Christ ressuscité qui montre encore ses plaies en est le symbole et la réalité.

En ce dimanche encore tout proche où nous avons fait mémoire de l’Ascension du Seigneur, voici que les paroles de Jésus rapportées par Matthieu viennent affermir avec force notre espérance parfois si fragile. «Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre... Allez donc! De toutes les nations faites des disciples… Et moi je suis avec vous tous les jours… jusqu’à la fin du monde.»

Ce message qui nous confirme dans notre vocation missionnaire ne nous incite-t-il pas à continuer à travailler à la moisson, alors que nous n’en discernons pas souvent les fruits pourtant bien réels. Croire au Christ Sauveur, tout est là! Et nous pourrons continuer à semer ces graines d’amour, d’espérance, de persévérance si minuscules à nos yeux mais que Jésus, qui a reçu «tout pouvoir… au ciel et sur la terre», saura bien faire fructifier «en temps voulu».

(Denyse Mostert, 2008-05-06)

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Credo

Le P. Steckling, Oblat de Marie Immaculée, faisant référence à son dernier voyage en Ukraine, nous propose une réflexion dont le titre déjà m’interpelle de la belle façon: «Parmi ceux qui ne croient pas…»

Notre Supérieur général nous parle de cet ancien pays communiste où, malgré la chute du mur de Berlin en 1989, «plus de la moitié des 46 millions de citoyens ukrainiens peuvent être considérés aujourd’hui comme incroyants». La rencontre du P. Steckling avec les trente Oblats qui oeuvrent en Ukraine lui fait conclure que «la plus grande difficulté que les missionnaires rencontrent c’est l’incroyance».

«Incroyance» ne paraît pas signifier nécessairement «non catholique» pour le P. Steckling car il souligne que

… dans les pays musulmans, j’ai toujours été impressionné par l’appel à la prière, tôt le matin. Cela questionne ma foi chrétienne: pour les gens en ces pays, à l’exception d’une bien petite minorité, Jésus-Christ n’est pas ce qu’il est pour moi. Cependant, Dieu est invoqué et cru, et les gens s’efforcent d’en faire le centre de leur vie personnelle et de la société.

Une réflexion profonde s’amorce dans cette Méditation missionnaire! Une réflexion suivie de questions aussi difficiles qu’incontournables! «Dieu existe-t-Il? Qu’est-ce qui conduit à l’incroyance? Qu’est-ce que tout cela veut dire pour notre mission? Est-ce que Dieu devient vraiment crédible à travers nous?»

Cette fin de semaine, un de mes fils me demandait: «Maman, crois-tu au créationnisme ou à l’évolutionnisme?» Je lui ai simplement cité une opinion scientifique couramment répandue. «La science nous parle d’une évolution lente où des éléments surgis du chaos se seraient développés, croisés, puis enfin unis les uns aux autres déclenchant ainsi le processus qui aurait conduit à la formation de notre planète telle que nous la connaissons dans son règne minéral, végétal et animal, et puis, comme en apothéose, serait née la première pensée humaine, point de départ de ce que nous sommes aujourd’hui. Cette façon d’envisager la formation de l’univers me paraît plausible.

Par contre, le chaos signifiant confusion, désordre, incohérence, comment peut-on imaginer que ce processus qui a conduit à la vie se soit mis en place comme cela, tout seul, par hasard? C’est là où ma foi en un Dieu créateur intervient. Non pas un magicien qui a fait surgir le tout d’un coup de baguette magique, mais un Amour désireux d’aimer, de partager, donc de créer des êtres à son image, des êtres libres, des hommes et des femmes capables de vivre un cheminement ascendant et avec qui établir une relation amoureuse, car l’Amour ne peut s’aimer uniquement lui-même sans être taxé d’égocentrisme; par le fait même il perdrait toute son identité.»

«Alors, en a conclu Dominique, on peut dire que tu crois en une Force créatrice suprême que tu nommes Dieu!»

J’abonde dans le sens de cette conclusion en y ajoutant que pour moi, cet Amour est le Dieu de Jésus Christ, Celui que nul ne peut saisir et qu’on nomme aussi l’Inconnaissable. «Qui donc est Dieu, pour nous aimer ainsi, fils de la terre?» interroge un chant dont les paroles me suivent depuis bien des années. Oui, je peux dire en vérité: «Je crois en Dieu», un Dieu qui, un jour, s’est fait l’un de nous en la personne de Jésus, là-bas, en Galilée.

Aujourd’hui en 2008, croire en Dieu, proclamer le Christ Sauveur fait incontestablement de nous une minorité. L’incroyance n’épargne ni pays, ni milieux et nous devenons la cible facile de sarcasmes à peine voilés quand ils ne nous sont pas assénés en direct par certains media et autres humoristes proches de la vulgarité, voire même par des personnes que nous côtoyons tous les jours. Les attaques se font amples et faciles devant une Église paraissant se trouver en perte de vitesse.

Nous pouvons faire nôtres les questions soulevées par le P. Steckling. «Est-ce que Dieu devient vraiment crédible à travers nous?... Est-ce que la présence de Dieu en nous peut être ressentie par les autres, peut-elle être ressentie dans la qualité et la beauté de nos vies?»

Ce questionnement m’amène à un examen de conscience pour essayer de mieux cerner les caractéristiques de ce regard qu’il me faut prendre le temps de jeter sur moi-même.

Se pourrait-il qu’il m’arrive de me retrouver de temps à autre, par ma façon d’être, «parmi ceux qui ne croient pas»? Suis-je toujours un témoin crédible de l’Évangile dans le milieu où je vis? Peut-on voir, à travers ma vie, rayonner la beauté du Royaume? Ai-je à cœur de fréquenter ce Jésus des Évangiles aux paroles de Vie, de lui consacrer du temps pour écouter ce qu’il a à me dire par les personnes, les événements? Est-ce que je m’efforce de retenir les paroles négatives qui peuvent faire si mal, les rumeurs portant atteinte à la réputation d’autrui? Mon coeur est-il suffisamment ouvert pour, non seulement tolérer, mais accueillir en vérité des personnes dont les opinions diffèrent des miennes? Suis-je prête à écouter, visiter, secourir ceux-là qui ont besoin d’un peu d’attention? Le risque que comporte tout engagement, ai-je toujours l’audace de le prendre ou est-ce que je préfère me blottir frileusement dans mon petit cocon personnel?

«Quand tu veux prier, tu diras: donne-nous aujourd’hui notre pain de ce jour…» nous a enseigné Jésus. Ai-je suffisamment confiance en ce Père de Jésus Christ et notre Père qui nous offre le pain quotidien nécessaire pour lutter contre la morosité ambiante et poser des gestes d’amour là où il le faut?

Et si nous demandions avec foi la grâce de «ne pas succomber à la tentation», se pourrait-il que nous devenions assez forts pour garder bien vivante notre foi, assez «christifiés» pour devenir des témoins crédibles et assez joyeux pour donner à nos proches le désir de découvrir à leur tour la Joie du Christ Sauveur, «une Joie que nul ne peut nous enlever»?

(Denyse Mostert, 2008-06-08)

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Sanctuaires...

Dans sa Méditation missionnaire du mois de juillet, le Supérieur général nous parle des Sanctuaires, «là où le ciel et la terre se rencontrent». Deux éléments importants, relève le P. Steckling:

Le premier c’est que le lieu doit avoir une histoire à raconter. Parfois des traditions orales ou des faits historiques y ont joué un rôle, parfois des hommes et des femmes ou même des enfants y ont expérimenté personnellement la présence de Dieu et de ses saints, et nous y ont laissé un message de leur part.

Quel sujet d’actualité en cette période estivale alors qu’Oblats et laïques de l’Équipe du Sanctuaire accueillent les nombreux pèlerins venus rendre hommage à Notre-Dame-du-Cap! Le carillon de la Basilique et la cloche du Sanctuaire invitent aux célébrations en diverses langues; le Chemin de Croix des jardins dominant le majestueux fleuve Saint-Laurent appelle chacun à se recueillir dans un cadre de verdure et de fleurs justifiant les mots du chant: «Que tes œuvres sont belles!»; d’année en année, l’Équipe Cap-Jeunesse fait montre d’un dynamisme contagieux dans les sujets de méditation offerts à travers l’humour d’une pièce de théâtre et encore autres animations et services… Et le 15 août, comme un peu partout dans le monde, c’est l’apothéose de toute cette ferveur qui nous regroupe autour de la Mère pour mieux nous rapprocher du Fils.

Un peu d’histoire:

En 1854, année du dogme de l'Immaculée Conception, un paroissien fait don à l'église d'une statue de la Vierge Marie. En mars 1879, au bout d’un hiver doux durant lequel le fleuve n’a pas gelé, un pont de glace se forme sur le St-Laurent permettant ainsi de transporter la pierre nécessaire à la construction d’une plus grande église, celle de 1720 étant devenue trop petite. Les paroissiens le nommèrent spontanément «Pont des chapelets». Le 22 juin 1888, la statue de la Vierge est placée sur le maître-autel à l'occasion de la consécration à Marie de la petite église nommée désormais le «Sanctuaire». Du même coup, le P. Frédéric devient le premier directeur des pèlerinages. Le soir même, agenouillés devant l'autel, lui et deux autres témoins voient la statue ouvrir les yeux, moment identifié par la suite comme le "prodige des yeux".

Le P. Steckling souligne aussi qu’il peut s’agir «parfois [d’] une personne à laquelle Dieu a fait des grâces particulières.» Seul Dieu, qui connaît le secret des cœurs, sait vraiment combien de personnes sont reparties du Sanctuaire allégées parce que bénéficiaires «de grâces particulières». Les foules nombreuses accourues d’un peu partout dont plusieurs reviennent d’année en année constituent un témoignage éloquent.

Je peux moi aussi affirmer que, depuis notre arrivée au Québec en 1963, Notre-Dame-du-Cap a été, et est toujours, bien présente dans la vie des miens. De mille et une façon dont l’aboutissement est ce que nous sommes devenus aujourd’hui. Tout d’abord, (hasard ou dessein providentiel?) trois jours après notre arrivée à Trois-Rivières, Pierre, mon mari, est chargé de travailler à l’ameublement de la Basilique alors en construction… «Travail de partisanerie…», nous dira un jour un Oblat pince-sans-rire!

Oui, le Sanctuaire de Notre-Dame-du-Cap a joué un grand et beau rôle dans la vie de notre famille. Bien vite, il devient notre lieu de prédilection, là où nous allons nous ressourcer à l’Eucharistie et dont nous ramenons pour la semaine les enseignements d’une pastorale si bien faite pour nous accompagner dans le quotidien.

Il y a aussi tous ces Oblats que nous avons appris à découvrir avec leur dénominateur commun: la chaleur de l’accueil et un sens de l’humour qui sait si bien dédramatiser des situations en apparence inextricables. Grâce à eux nous avons absorbé avec sérénité les changements de l’après Concile. Nous avons appris à connaître leurs œuvres et, sans bien savoir comment mais avec une grande joie, nous sommes devenus leurs collaborateurs.

Oui, les Oblats du Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap illustrent bien le second point relevé par le P. Steckling: «Le deuxième élément est que ceux qui desservent le sanctuaire s’y adonnent de tout leur cœur. Quand les pèlerins sont reçus et accompagnés, l’espace sacré prend vie et dispense ses richesses spirituelles.»

Le sommet du «miracle» fut pour nous la canonisation d’Eugène de Mazenod suivie de l’invitation faite aux laïques de se joindre à la Congrégation pour vivre ensemble le charisme oblat. C’est ainsi qu’en 1998, un petit groupe de «Laïques associés au charisme oblat», aujourd’hui nommés «Partenaires oblats en mission» prononçait son premier engagement à Cap-de-la-Madeleine.

J’aimerais terminer avec le récit d’un événement bien particulier de mon enfance. Pendant la deuxième guerre mondiale, dans la cohue de l’exode, mon arrière-grand-mère et moi avons été séparées, durant plusieurs mois, du reste de la famille. Une fois de retour à la maison et devant le temps qui passait sans aucune nouvelle, tout le monde nous pleurait déjà… sauf grand-maman Maria qui ne cessait de prier Notre-Dame-de-Lourdes. Avec son caractère tout d’une pièce, elle promettait à Marie de lui construire une chapelle si sa mère et sa petite-fille lui étaient rendues! Grand-maman a été exaucée, nous sommes rentrées saines et sauves. En 1948, une petite chapelle était construite dans notre jardin, entre fleurs et potager. Notre-Dame-de-Lourdes y occupait la place d’honneur. Cette modeste construction dûment bénite par le curé de la paroisse, est devenue un arrêt habituel de la procession du dimanche des Rameaux; les gens venaient faire brûler des cierges, prier quand ils le voulaient et en profiter pour, une fois leurs dévotions terminées, tailler un brin de causette avec mes grands-parents … Accueil et lieu de prière! Le village de Salmchâteau possédait là un Sanctuaire marial en miniature…

Oui, avec Marie nous pouvons rendre grâce pour ces Sanctuaires «là où le ciel et la terre se rencontrent».

Denyse Mostert, 2008-07-07)

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Assomption: Montée vers Dieu

À l’approche de ce 15 août tout proche, je prends conscience que toute ta vie, Marie, fut une Assomption, une montée vers le Père et vers Jésus, ton enfant.

Ton adhésion au plan divin: montée vers Dieu

Jeune fille de Nazareth, que d’interrogations, que de craintes légitimes as-tu surmontées pour accéder à une demande qui te dépassait de partout. Qui nous dira quelles pensées se sont bousculées dans ton cœur devant cet avenir inconnu de toi auquel on te demandait de participer? - «Comment cela se fera-t-il?» Alors Gabriel t’a parlé d’un Dieu qui, pour notre Bonheur, allait devenir l’un de nous. Et ce Dieu, qui allait prendre vie humaine, s’abaissait jusqu’à solliciter ton aide! Oui, tu étais choisie, Marie, mais rien ne t’était imposé. Le messager proposait. La décision en revenait à toi seule. - «Qu’il me soit fait selon votre parole!» Marie de Nazareth à la foi confiante, tu remettais là tout ton avenir entre les mains de Dieu.

À Cana encore: montée vers Dieu

Au cours de cette belle et heureuse noce, tu as remarqué l’embarras du chef de banquet alors que le vin est venu à manquer. Spontanément tu l’as chuchoté à ton fils. Allait-il réagir? Et comment? Le savais-tu, Marie? Et avant même de savoir, mère de confiance, tu as osé dire aux serviteurs: «Tout ce qu’il vous dira, faites-le!». À Cana, Marie, tu t’en remettais à ton fils, comme le Tout-Puissant s’en était remis à toi lors de l’Annonciation.

Mère du Prophète dérangeant: montée vers Dieu

Qui nous dira, Marie, les craintes, les inquiétudes, les questionnements devant la nouveauté du langage de celui dont on disait: «N’est-il pas le fils de Marie et de Joseph le charpentier»? Ce Royaume d’Amour et de Justice dont il parlait, était à la fois Bonne Nouvelle pour les pauvres, les opprimés, ceux qui cherchaient un sens à leur vie, et prise de position trop dérangeante pour les puissants. Sa Parole se révélait potentiellement dangereuse pour lui, le Prophète de Nazareth qui était aussi ton fils. Marie, mère de la fidélité confiante, toujours tu es restée présente aux côtés de ce grand fils qui parlait de son Père et notre Père, alors que tes proches eux-mêmes n’arrivaient pas à comprendre.

Marie du Golgotha, mère du pardon: montée vers Dieu

Oui, Marie, le sommet de ta montée vers Dieu, tu l’as vécue au pied de la croix où ton fils renié, bafoué, abandonné même, par la plupart des siens agonisait. Et tu as cru que son Sacrifice ne serait pas vain, que cette Bonne Nouvelle du Royaume qui l’a conduit à la croix, allait sauver notre humanité. - «Femme, voici ton fils». Et Jésus t’a confié l’apôtre Jean. - «Voici ta mère», dit-il encore au disciple qu’il aimait. Et en lui, c’était l’humanité entière que tu accueillais dans ton cœur. Marie, femme du grand pardon confiant, Marie, mère de l’accueil, nous voulons te prendre chez nous, dans tous les aspects de notre vie, selon le désir de ton Fils mourant et Ressuscité.

Marie de l’Assomption

Oui Marie, il est juste et bon de te savoir réunie à ton Fils Jésus dans ce Royaume du Père, ce Royaume où «toutes larmes sont effacées», ce Royaume où, tous, nous sommes attendus…

Sois bénie, Marie pour ta vie de première disciple à la confiance sans limite. Sois heureuse Marie, toi qui a cru! Oui, le Seigneur a fait pour toi des merveilles! Saint est son Nom!

(Denyse Mostert, 2008-08-03)

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Enfants de mon cœur

Dernièrement, je regardais à la TV l’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin, commençant comme de raison par l’hymne national chinois. Très beau chœur d’où émanait une impression de force, de puissance et aussi de beauté. Je devinais à travers cette interprétation les longues heures de pratique, de patience, d’efforts autant de la part des choristes que de ceux qui les ont préparés à cette performance. Mais, bien au-delà de l’appréciation musicale, c’est une délicieuse petite Chinoise tout de rouge vêtue qui m’a rejointe. Elle chantait en solo avec une aisance remarquable et un sourire pétillant dans les yeux… Et cette image de ma petite Chinoise en rouge m’a renvoyée directement à la Méditation Missionnaire du P. Steckling, Supérieur Général des Oblats de Marie Immaculée, méditation consacrée aux jeunes d’aujourd’hui.

Le P. Steckling nous y parle de trois rencontres: Les JMJ 2008 de Sydney, la Rencontre Internationale de la Jeunesse oblate à Melbourne et le Congrès oblat sur la pastorale de la jeunesse, tenu également en Australie.

«Témoigner du Christ», affirme le P. Steckling, a été l’accent commun aux deux [premiers] événements: «Témoigner devant le monde» à la rencontre oblate; et aux JMJ: «Vous recevrez une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous et vous serez mes témoins.» (Actes 1:8). Les Jeunes ne sont pas appelés seulement à écouter des choses sur le Christ, mais ils sont invités à le proclamer à leur tour, comme de vrais missionnaires…

Quand je pense aux personnes à la foi solide qui ont guidé mon enfance aussi bien que l’âge critique de mon adolescence, je retrouve un souvenir d’encadrement, un peu sévère diront certains, mais dont le chemin balisé me convenait parfaitement. Des rébellions lors de cette période qu’on appelle «l’âge ingrat», j’en ai eues bien entendu. Vite apaisées cependant, car je sentais autour de moi une cohérence entre paroles et vie concrète. Et je me pose la question: combien de jeunes d’aujourd’hui peuvent encore se targuer de vivre dans une atmosphère qui les aide à grandir? Certainement pas la majorité.

Combien d’entre eux appartiennent à des familles éclatées, ont assisté à la mésentente des parents, sont atteints d’un grand sentiment d’insécurité lorsqu’un divorce devient effectif? Combien ont dû, seuls avec eux-mêmes, s’inventer de nouvelles raisons d’exister? Combien se sont laissés prendre aux pièges de toutes sortes qui leur étaient tendus?

Cette semaine, venant rendre visite à mon mari hospitalisé, tous mes fils et leurs enfants ont envahi la maison. Échelonnés de 21 à 1 an, issus de trois couples différents, ces petits-enfants de mon cœur représentent à eux seuls une panoplie presque complète de la jeunesse d’aujourd’hui.

Que d’apartés ont eu lieu ces derniers jours! Que de confidences j’ai reçues de ces jeunes à la recherche d’une orientation aimante, à l’affût de réflexions qui ne sont surtout pas des conseils, de témoignages de vie à travers lesquels ils peuvent discerner un Christ Sauveur qu’ils n’arrivent pas à nommer, mais dont ils découvrent, sans la reconnaître, une trace à travers les cheminements personnels de ceux qui les entourent!

Oui, quoique blessés, ils sont beaux les enfants de 2008! Beaux par leur désir d’intensité de vie, beaux par la solidarité qu’ils pratiquent entre eux, beaux surtout par leur authenticité et par le bonheur qu’ils irradient lorsque nous, les aînés, leur sommes tout à fait présents, simplement pour écouter ce qu’ils ont à nous dire. Ils sont beaux surtout par les «je t’aime» qu’ils n’ont aucune fausse honte à prodiguer. Oui, la recherche de vérité et la soif d’amour de ces jeunes sont en elles-mêmes une recherche spirituelle. Sans le savoir, que de valeurs évangéliques ne véhiculent-ils pas?

«Le Congrès oblat de Sydney, nous dit encore le P. Steckling, a été une occasion unique pour échanger sur ce qui se fait déjà dans la Congrégation».

Tout comme les Oblats au Congrès de Sydney ont fait le point sur les actions missionnaires posées par la Congrégation en regard de la jeunesse, nous avons également, nous parents et grands-parents, à nous interroger sur notre attitude envers nos descendants.

Ceci m’a amenée à scruter longuement mon attitude personnelle face à cette jeunesse qui fait partie de mon univers. Leur ai-je suffisamment témoigné la tendresse qu’ils sont en droit d’attendre de moi? Ai-je pu retenir les critiques face à des situations pour moi difficilement acceptables? Est-ce que je les ai laissés développer jusqu’au bout leurs arguments face à ces situations? Ai-je accepté de leur partager l’histoire de ma jeunesse et de toute une vie qui est pour eux source d’étonnement, une vie qu’ils sont tellement avides de comprendre?

Ont-ils appris de mes attitudes que le «je-me-moi» conduit à la tristesse, à des désirs toujours nouveaux et jamais satisfaits? Leur ai-je parlé d’un amour qui rend profondément heureux lorsqu’il est semeur de joie, de paix, de dépassement parfois? Ai-je eu la franchise de reconnaître devant mes enfants que la foi qui m’habite parle droit à mon cœur, que toutes les réponses ne me sont pas données, que j’accepte les zones d’ombre incompréhensibles pour ma raison, mais que «rien n’est perdu de mon Espérance»?

«Témoigner du Christ», nous dit encore le P. Steckling… Ai-je eu l’audace de nommer Jésus en acceptant le risque de questions, ironiques un peu, piégées souvent, mais grâce auxquelles une réponse sincère peut croître dans le cœur de ces jeunes comme le grain semé de la parabole, et s’épanouir «en temps voulu». Suis-je enfin, particulièrement dans les moments difficiles de la vie, un témoin crédible de ce Christ dont je me réclame? Comme les organisateurs des J.O. de Pékin ont fait confiance à cette petite fille en rouge pour interpréter leur hymne national, suis-je capable de croire vraiment aux potentialités immenses qui habitent cette jeunesse d’aujourd’hui?

«Cependant, il faut reconnaître que l’engagement auprès des jeunes n’est pas un chemin facile», avoue notre Supérieur Général. Comme pour les Oblats de Marie Immaculée, notre mission de parents et de grands-parents s’avère elle aussi difficile. En effet, rejoindre certains de nos enfants et/ou petits-enfants est une entreprise ardue devant laquelle nous serions parfois tentés de baisser les bras. Ce fameux «fossé entre les générations» n’est pas un mythe, il est toujours bien là, plus présent que jamais.

Mais, avec la Congrégation des Oblats dont nous partageons le charisme, nous pouvons être forts de cette promesse: «Vous recevrez une force, celle du Saint Esprit qui viendra sur vous et vous serez mes témoins.» (Ac.1, 8.) Avec cette force nous pourrons nous donner au maximum pour le combler ce fameux fossé, en devenant les «entraîneurs», les «éclaireurs» de ces enfants pour lesquels nous désirons tellement une vie de bonheur? Ce même Esprit qui nous anime ne pourrait-il pas, à travers nous, rejoindre cette jeunesse et lui tracer «le Chemin» qui mène à «la Vérité», à «la Vie»?

(Denyse Mostert, 2008-08-12)

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Au commencement...

«Une bonne manière de recouvrer force et vigueur pendant les vacances consiste à se plonger dans la création de Dieu». Ainsi commence la Méditation missionnaire du P. Steckling. o.m.i. en cette fin d’été.

Effectivement, quoi de plus revivifiant que de se retirer loin de l’agitation de la vie moderne et de prendre le temps de respirer, d’écouter vivre la nature pour finalement en arriver à se retrouver soi-même intérieurement!

Je me souviens de ces nuits dans les Laurentides où, avec les enfants, nous attrapions des torticolis à force de scruter le ciel étoilé; nous nous interrogions sur la formation des galaxies, tentions de reconnaître et nommer les étoiles, pour chaque fois en arriver à nous émerveiller du parcours incessant de cet univers dont nous ne connaissions qu’une infime partie et nous questionner sur la façon dont il avait bien pu se former et sur la raison d’être de toute cette création grandiose. Cette réflexion nous ramenait toujours à l’espèce humaine et à sa finalité… Et c’étaient des échanges à n’en plus finir au bout desquels, si nous n’en savions pas plus qu’avant, nous prenions cependant une conscience plus vive du mystère de la vie. Il y eut aussi ces moments de grande intimité avec Pierre, où, en silence, nous nous laissions bercer par les mille et un bruits de la nature et par le chuchotement de la petite rivière se déversant dans le lac… Et que dire des Eucharisties vécues avec un très grand ami Oblat dans ce décor si simple et beau! Notre prière alors franchissait les frontières et englobait toute l’humanité, semblable en cela à «la Messe sur le Monde» si chère à Teilhard de Chardin.

«En comparaison avec la pauvreté de beaucoup de personnes, continue le Père Général, les réserves naturelles, par exemple, peuvent apparaître comme un luxe, certainement beau, mais que tous ne peuvent pas se permettre.»

C’est bien certain que pour beaucoup il est difficile, voire même impossible, de s’offrir des vacances au sens où nous l’entendons. Cependant, il n’est pas nécessaire d’aller bien loin pour retrouver le cœur de la création. Je cite ici les paroles d’un autre ami qui trouve dans sa marche quotidienne mille et une incitations à l’intériorité: «La nature, a-t-il pour habitude de dire, m’invite à prier; un bel arbre, un ciel clair, les eaux calmes du fleuve Saint-Laurent sont pour moi appel à la contemplation et à l’action de grâce.» Avec le psalmiste, nous pouvons répéter: «Toutes les œuvres du Seigneur, bénissez le Seigneur…»?

Le P. Steckling nous parle encore d’une lecture «à propos de la vision actuelle de la science sur l’origine de l’univers». Ce livre dit entre autres qu’il aurait suffit «d’un petit changement au début» pour rendre «impossible l’existence du monde tel qu’il est aujourd’hui».

Ces mots me font penser au début du Prologue de Jean: «Au commencement était le Verbe… et le Verbe était Dieu… Tout fut par lui et rien de ce qui fut ne fut sans lui… En lui était la vie.»

Dans la foi, nous pouvons affirmer que cette incroyable et si complexe construction universelle qui fut, à ses débuts, à la merci «d’un petit changement», loin d’être l’objet d’un hasard aveugle, était voulue et que nous étions désirés pour en devenir les intendants naturels. À nous de respecter cette création dans la mesure de nos possibilités. Je crois bien que dans ce domaine, nous avons des leçons à accepter de notre jeunesse qui semble posséder une conscience très aiguë des dommages causés à notre environnement et de l’urgence des actions à poser.

En observant l’histoire du monde à large échelle, on peut constater que l’univers n’est jamais quelque chose de totalement fini, un «cosmos» qui aurait été complété il y a longtemps. Il s’agit plutôt d’un monde qui continue à se déployer», écrit encore le P. Steckling «Certains croient qu’il vaut mieux parler d’une «cosmogénèse» en cours, d’un monde qui continue à venir à l’existence... Dans le langage de la foi, cela signifie que de quelque façon la création continue! Mais, contrairement au début, cela continue en présence des êtres humains. Dieu nous permet d’accompagner cette œuvre dans le sens que nous avons la liberté et la responsabilité dans la coopération avec le Créateur.

Dernièrement au chalet, je regardais ma petite-fille Adeline, un an et demi. Elle était émerveillée par la danse des gouttes de pluie sur le lac. Je retrouvais dans ses yeux l’éblouissement de mes enfants et le mien propre devant ces choses toutes simples et belles. Les années passent, les générations nouvelles continuent une histoire que nous, et tant d’autres avant nous, avons amorcée. N’est-ce pas là l’histoire permanente du Cosmos et de la Vie humaine qui se renouvellent sans cesse?

(Denyse Mostert, 2008-09-13)

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Quand l’ordinaire se transforme en bon pain...

Dans sa «Méditation missionnaire» du mois d’octobre, le P. Steckling évoque le séjour du Conseil général de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée «au Brésil pour rencontrer les Supérieurs et représentants de l’Amérique latine. La semaine qui a précédé la rencontre [précise-t-il] nous a permis de visiter quelques missions dans le sous-continent».

Le Supérieur général s’interroge: «Y a-t-il quelque chose de spécial à propos de ces nouveaux efforts missionnaires?», ce qui l’amène à la réflexion suivante:

On pourrait dire que non, rien de spécial, il ne s’agit que de travail ordinaire… Le travail d’évangélisation, dans cette région du monde, accompli par une douzaine d’Oblats, n’a vraiment rien pour faire les grands titres des journaux»… «Et j’ai trouvé les communautés oblates en Amazonie assez spéciales. Ce type de ministère qui existe aussi en bien d’autres pays, met en relief le meilleur de notre charisme… L’engagement dans ces quartiers suppose une option courageuse de servir les pauvres. C’est encourageant de voir ce type d’évangélisation en acte, tellement ordinaire et en même temps si spécial, mis en pratique par des Oblats expatriés et locaux, jeunes et anciens.

Ce travail «ordinaire» me fait penser à la parabole du petit grain enfoui dans la terre et qui cependant va donner du fruit, ou encore à cette belle image du levain bien caché faisant se lever la pâte qui va devenir un bon pain. Ce matin, une parole rapportée par Matthieu (14,16) venait rappeler que là est bien la voie dans laquelle nous avons à nous engager. «Donnez-leur vous-même à manger!», disait Jésus aux siens.

Ces «pauvres aux multiples visages», ils sont là tout autour de nous; ils attendent le petit geste souvent bien «ordinaire», qui passera le plus souvent inaperçu, mais qui viendra redonner sens à leur vie.

Mon amie Lise, célibataire, fille unique et sans autre parenté que des cousins éloignés, souvent me disait sa peine de se trouver sans famille. Lise vient de rejoindre la maison du Père, après une longue et douloureuse maladie. Et cette femme qui avait tellement peur de la solitude a été entourée de façon extraordinaire par des amis qui l’ont accompagnée jusqu’à la fin. Lise faisait partie du groupe de Laïques associés de Trois-Rivières. C’est en présence d’une de nos compagnes qu’elle a murmuré son dernier «Salut Marie» et qu’elle est montée vers le Royaume du Père. Toutes ces personnes qui ont visité, écouté et accompagné Lise par leur présence toute «ordinaire» n’ont-elles pas été à leur tour «levain dans la pâte»?

Une autre amie, veuve depuis longtemps et grand-maman de nombreux petits-enfants, n’hésite pas à donner régulièrement de son temps pour seconder l’un de ses fils dans l’éducation de ses petits… même s’il lui faut pour cela accomplir un long trajet en auto. Travail dont on ne parlera pas non plus dans les journaux… Semence de bonheur offerte à plein cœur…

Il y a aussi ce projet du diocèse de Trois-Rivières, projet devenu réalité en l’an 2000. Depuis cette date, la messe célébrée au Carmel est diffusée en direct chaque matin par la télévision communautaire. Une petite équipe de bénévoles a dû pour cela s’initier au contrôle des caméras. Aucun sondage n’est jamais venu corroborer la cote d’écoute. Mais les personnes engagées dans cet apostolat travaillent dans la confiance. C’est de tout leur cœur qu’elles rejoignent, jour après jour, le petit studio bien discret aménagé dans un coin de la chapelle. Un travail bien «ordinaire» s’il en est! Un petit grain semé quotidiennement pour partager ce Pain eucharistique venu combler une faim que seul le Christ Sauveur peut apaiser.

Le P. Steckling conclut sa Méditation par des mots empreints d’une grande foi:

En servant les pauvres comme ceux de l’Amazone, nous ne savons pas combien «efficaces» nos efforts seront dans le court terme, bien que nous donnions le meilleur de nous-mêmes et essayions de rendre proches des gens, les horizons de l’espérance. D’une chose cependant nous pouvons être sûrs: nous participons dans la mission même de Dieu. «Contemplons» donc ce fait et trouvons ensuite la paix pour nos vies occupées, sachant que l’Esprit de Dieu est sur nous; personne d’autre ne nous a envoyés si ce n’est notre Dieu uni-trinitaire pour évangéliser les pauvres, comme ceux des villes et des campagnes de l’Amazone.

Des mots également pour nous, Partenaires oblats en mission, qui nous sommes engagés à vivre le charisme de saint Eugène.

(Denyse Mostert, 2008-10-06)

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«Parole éternelle du Dieu vivant…»

Dans sa Méditation missionnaire de novembre, le P. Steckling, o.m.i. nous brosse le tableau d’une rencontre où la diversité des participants représente un grand pas vers le souhait du Christ: «Que tous soient un…»

Pendant le mois d’octobre, écrit le Supérieur général, Rome a accueilli le Synode des Évêques. J’ai eu la chance d’en faire partie; ainsi pendant trois bonnes semaines, le meilleur de mon temps et de mon énergie ont été investis dans cet événement. En plus des 240 Évêques, onze Supérieurs généraux ont été nommés comme membres avec droit de vote. Soixante dix-huit auditeurs et experts, parmi lesquels 25 femmes et les représentants d’une douzaine d’Églises non catholiques étaient aussi de la partie. Nous avons eu le privilège de voir le Pape présider, en personne, de nombreuses sessions.

«La parole “Synode”, dit encore le P. Steckling, signifie: “ensemble, sur la route; nous avons ainsi parcouru ensemble le thème “La Parole de Dieu dans la Vie et la Mission de l’Église”.»

Que signifient pour moi Parole de Dieu, Bible, Évangiles? Tout d’abord l’inestimable don à l’humanité émergeante d’un cœur fait pour aimer et tourné vers la transcendance, d’une foi progressive en un «Je suis» inconnu et omniprésent se laissant d’abord deviner à travers les récits transmis de génération en génération et que nous retrouvons dans les écrits bibliques alors que le moi profond de l’homme, guidé par l’Esprit, professe de plus en plus l’existence du Dieu inconnaissable, juste et fidèle, inéluctablement lié à son histoire.

Oui, la Parole, se trouve en chacun de nous. Dieu lui-même nous le rappelle: «Ma Parole, elle est gravée dans ton cœur». Dans nos cœurs foncièrement bons et paradoxalement faibles; dans nos cœurs aux multiples limites et pourtant confiants en Celui qui pardonne; dans nos cœurs tellement désireux d’aimer comme Lui; dans nos cœurs brûlants «d’aller dire à tous les peuples: ¨le Royaume est parmi vous¨.» Oui, nous sommes des sauvés et notre confiance en notre Dieu de Miséricorde connaît son apogée depuis la venue du Christ Sauveur.

Et le Verbe s’est fait chair… Et il a habité parmi nous.» Il avait nom Jésus. Il parcourait nos routes humaines, annonçant à cor et à cri la bonté de son Père et notre Père. Il parlait d’un Royaume où tous sont invités. Il accueillait sans différence aucune pauvres, exclus, parias de la société, riches, malades, bien portants... Il dénonçait l’injustice, dérangeait les puissants. Il disait en mots simples des paraboles pour tous. Il aimait les petits enfants et pardonnait tout pour l’amour de son Père, une miséricorde poussée à l’extrême: «Père, pardonne-leur, ils ne savent ce qu’ils font!

Aujourd’hui encore, Parole vivante et éternelle, il nous parle de bonté, de miséricorde, de justice. Il nous invite à vivre comme Lui, accueillant, pardonnant, écoutant, guérissant… Le Christ Sauveur est allé jusqu’au bout de lui-même. Son amour sans limite est Chemin, il est Vérité, il est Vie. En chacun de nous il réalise sa promesse: «Je suis avec vous pour toujours.»

Dans l’aula du Synode, chacun avait cinq minutes pour parler. Quand ce fut mon tour, j’ai souligné comment Dieu communique avec nous de bien des façons: tout d’abord dans la personne du Christ, ensuite par la Sainte Écriture, mais aussi par la nature, l’histoire et notre conscience. Mais faisons-nous attention à ces multiples voix et sommes-nous capables de les comprendre?, interroge le P. Steckling.

Non, nous n’entendons pas toujours ces multiples voix souvent cachées «dans la brise légère.»

Il est cependant des circonstances où notre Dieu manifeste de façon éclatante qu’Il est le tout proche, le vainqueur de la mort. Je veux parler ici de la longue maladie et du décès récent de mon mari. Je revois mes visites quotidiennes à l’hébergement où vivait Pierre depuis de longs mois; le partage des valeurs qui ont tissé notre vie; nos moments de prières toutes simples et tellement sincères qui nous donnaient l’élan intérieur pour continuer; le courage de Pierre qui cherchait plus «à consoler qu’à être consolé» et la miséricorde d’un Dieu l’appelant à lui pendant son sommeil, doucement, sans souffrance.

J’ai goûté la présence de Dieu dans le soutien inconditionnel de «ma tribu», ces enfants de mon cœur avec qui j’ai pleuré, prié et regardé vers la Vie. J’ai entendu la Parole dans les témoignages d’affection affluant de partout. Le couronnement de notre vie de couple, de notre engagement à vivre le charisme oblat, nous l’avons vécu, Pierre et moi, lors de l’Eucharistie des funérailles, lorsque, ensemble, Oblats de Marie Immaculée et Laïques associés, nous avons entonné ce Salve Regina témoin de l’entrée de notre Fondateur dans le Royaume et devenu depuis si cher aux membres de la Congrégation.

Aux derniers accents de ce chant à Marie, mes mains se sont élevées en un geste d’offrande et j’ai remis au Seigneur le compagnon de toute ma vie. J’ai confié à son Créateur cet homme qui, comme la Parole de Dieu, ne cessera de parler à mon cœur, à celui de mes enfants et à un ami très cher qui a su reconnaître en Pierre l’artisan de paix, l’affamé de justice et l’homme d’une seule parole. Oui, tous ceux qui ont su comprendre la foi paisible qui animait mon mari se souviendront de lui.

(Denyse Mostert, 2008-11-09)

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Indispensable confiance

Indispensable confiance!

Dans sa «Méditation missionnaire» de janvier, le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée nous entretient de l’importance de la confiance. Tout en affirmant que «la confiance mutuelle est parmi les plus grands dons qu’un être humain peut recevoir», il déplore sa rareté dans notre monde d’aujourd’hui. C’est là une réalité bien concrète dont les incontournables medias nous abreuvent jour après jour. C’est une réalité que nous pouvons constater dans nos milieux et, parfois même, jusque dans nos propres vies.

«Au début de 2009, remarque le P. Steckling, nous nous trouvons non seulement avec une économie en récession, partout dans le monde, mais plus significativement, avec une crise globale de confiance.» Point de départ de bien des situations malheureuses tant au point de vue collectif que personnel.

Je pense ici à ce terrible drame familial qui vient de se produire chez nous, au Québec. Un appel d’urgence arrive au 911. On découvre un père et ses trois enfants sans vie; la mère, dans un état critique, est transportée à l’hôpital. Plus tard, elle confiera aux enquêteurs les circonstances qui ont engendré un tel acte de désespoir. Elle et son conjoint viennent de perdre leur emploi respectif; devant la catastrophe financière qui les menace, ils concluent un pacte de suicide… Devant l’ampleur de ce drame hors mesure, on ne peut que deviner la solitude et la panique totale qui ont envahi le couple et l’ont acheminé vers cette solution extrême... Et je m’interroge. S’ils avaient pu partager en toute confiance leur désarroi à un ami, un parent, le drame aurait peut-être été évité! Qui sait?

Et le P. Stecling d’arrirmer: «La confiance mutuelle est parmi les plus grands dons qu’un être humain peut recevoir. Les familles, les communautés religieuses et même l’ensemble de la société sont bâtis sur elle.»

Pour une confiance aveugle?

La confiance sans discernement peut certes jouer de méchants tours, causer des ennuis qu’une certaine réserve aurait peut-être permis d’éviter. Un de nos échanges de famille en ce temps des fêtes portait justement sur «ceux qui croient tout le monde bon» et «ceux qui, de prime abord, se méfient». La grande question était: «Faire ou de ne pas faire confiance?» Réponse des plus logiques d’un de mes fils: «Une confiance mal placée conduit à des déceptions qui peuvent faire très mal.» À laquelle, j’ai cependant cru bon d’ajouter: «Mieux vaut accepter une désillusion que de risquer, par méfiance, d’empêcher un contact vrai qui aurait pu aider quelqu’un à sortir d’un enfermement quelconque.» Car la confiance appelle la confiance. Lorsqu’on se sent vraiment accueilli, les événements peuvent tout à coup prendre une coloration nouvelle aux couleurs d’espérance.

Dieu, source ultime de confiance

Dans des moments particulièrement difficiles, il nous arrive de nous demander comment nous en sortir, comment continuer à vivre lorsque la peine nous accable. Le désespoir est à nos portes… Alors que tout semble perdu, le Christ Sauveur vient nous parler au cœur. De façon inattendue parfois… et très cohérente souvent.

Puis-je vous confier tout simplement le réconfort que m’a apporté cette année la période des Fêtes? Une réalité qui s’est glissée sans bruit jusqu’à mon cœur pour me rendre plus facile le départ de mon mari.

Je pensais à ce jour de notre mariage lorsque le prêtre nous déclara «mari et femme jusqu’à ce que la mort nous sépare». Mais, Pierre était mort… et la tristesse me submergeait. Un passage de saint Paul s’est alors insinué dans mon subconscient: «Rien… ni la vie, ni la mort… rien ne peut nous séparer de l’amour de Dieu». Cette parole a fait son chemin comme une confirmation que «rien n’est perdu de notre espérance» et que mon mari a rejoint ce Christ Sauveur dont nous nous entretenions fréquemment tous les deux. Dimanche dernier encore, lors de la célébration eucharistique de l’Épiphanie, un chant tout simple est venu sceller ma confiance, me rendant force et courage pour continuer à être un témoin joyeux: «Quelqu’un te rend la lumière... Il vient sauver notre monde, il vient sauver notre amour».

Rien de spectaculaire dans cette expérience toute intérieure qui évoque pour moi le passage de la Bible où il est écrit que «Dieu était dans la brise légère»! Dans la confiance, j’ai voulu vous la partager. Il m’a semblé important de dire simplement les bontés du Seigneur. Une manière à moi d’être témoin de ce Jésus qui nous envoie: «…dire au monde entier les merveilles de Dieu».

Et si on essayait, chacun dans notre milieu, de faire de 2009 l’année de la confiance?

(Denyse Mostert, 2009-01-07)

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Leçons d'un Précurseur (Mc 1, 7-11)

Une leçon de communication

Première réflexion qui me vient à l’esprit en lisant ce récit de Marc: c’est donc bien court! Le baptême de Jésus, c’est tout de même un événement capital puisqu’il marque le commencement de sa vie publique!

Après une deuxième lecture, ce texte tout simple commence à me parler. Et je découvre que Marc nous donne là une belle leçon de communication, que quelques mots peuvent être suffisants pour signifier bien des choses.

Une leçon de foi

Le Précurseur nous donne aussi un bel exemple de foi. Marc commence par nous dire que Jean-Baptiste proclamait dans le désert. Il s’agit d’abord du désert physique de Judée, un endroit de désolation bien réel. Mais le désert peut aussi signifier quête spirituelle, à la recherche de ce qui pourrait combler un vide profond.

On dit souvent que prêcher dans le désert est synonyme de parler à vide, sans résultat concret. Cela ne semble pas être le cas pour le cousin de Jésus… En effet, au début de son récit, l’évangéliste prend le temps de préciser que tout le pays de Judée et tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui; ils se faisaient baptiser par lui dans le Jourdain …

D’où mon questionnement

Est-ce que je peux vraiment savoir quelles vont être les conséquences de mes paroles, de mes attitudes? Est-ce que j’ai le droit de m’abstenir de témoigner du Christ Sauveur en qui je crois sous prétexte que «cela ne donnera rien», que c’est inutile? Qui, à part Dieu, connaît le secret des cœurs? Lui seul peut savoir ce qui se cache derrière les indifférences apparentes aussi bien que dans les fanfaronnades. Suis-je en possession de la science infuse qui me permet de préjuger de la façon dont les gens reçoivent ce que je peux leur dire?

Continuer de témoigner

Est-ce qu’il ne faudrait pas plutôt, comme Jean, continuer à témoigner de ma foi dans ce qui peut ressembler à un désert, mais un désert habité où se cachent probablement des manques qui n’attendent parfois qu’un mot pour trouver leur chemin vers la lumière? Bien sûr, prêcher dans le désert de nos églises aux neuf-dixièmes vides, voilà qui n’est pas très encourageant pour le clergé! Parler de notre foi avec des voisins volontiers ricaneurs, voici qui demande une certaine audace! Partager le fond de nos cœurs avec nos enfants, des enfants qui nous aiment et nous respectent… mais qui font partie d’une génération qui ne sait plus trop où puiser la force d’affronter les épreuves, de goûter au bonheur de la fidélité, encore là il ne faut pas présumer des résultats.

Je pense qu’il est bon de dire la foi qui est la nôtre. Proposer, ne rien imposer en laissant le résultat entre les mains du Seigneur.

Prophète dans son pays?

Marc ensuite nous rapporte, en deux petites phrases, comment Jean se situe face à son cousin Jésus. «Voici venir derrière moi celui qui est plus puissant que moi. Je ne suis pas digne de me courber à ses pieds pour défaire la courroie de ses sandales. Il est évident que les deux cousins se connaissent depuis bien des années. Juste à nous rappeler les liens très forts entre Marie et Élisabeth!

«Nul n’est prophète dans son pays» dit un proverbe. Et nous pouvons constater combien cela se révèle vrai dans la vie courante. En effet, nous n’éprouvons le plus souvent aucune difficulté à identifier et à monter en épingle les limites de nos proches. Par contre, lorsqu’il s’agit de découvrir leurs qualités, il existe comme un voile de l’habitude qui occulte souvent la beauté personnelle et bien réelle de chacun. Et vice-versa dans la façon qu’ils ont de nous percevoir…

Bien sûr, le langage imagé de Jean-Baptiste ne convient ni à notre époque, ni dans la manière dont nous pouvons dire à ceux qui nous entourent combien nous les apprécions. (Je me vois mal expliquer à quelqu’un que je me sens indigne de dénouer ses sandales!) Il y a par contre mille et une façons de leur faire comprendre que nous les aimons, que nous reconnaissons en eux les qualités qui sont les leurs. On peut avec eux, admirer les dons reçus, on peut les écouter lorsqu’ils nous parlent d’eux-mêmes, de leurs projets, on peut surtout accepter nos différences sans arrière-pensée.

«Moi, je vous ai baptisés dans l’eau, lui vous baptisera dans l’Esprit Saint.»

Comme Jean-Baptiste, nous pouvons aussi, si cela s’avère opportun, redire aux nôtres la foi qui nous habite. Comme Jean-Baptiste qui baptisait seulement dans l’eau, nous ne pouvons apporter que le témoignage restreint permis par nos limites. Comme le Précurseur encore, nous pouvons cependant continuer à annoncer cet Esprit Saint qui ne demande qu’à nous envahir et changer les cœurs, les vies.

Et Marc termine son récit en disant: "Or, à cette époque, Jésus vint de Nazareth, ville de Galilée, et se fit baptiser par Jean dans le Jourdain… une voix se fit entendre: c’est toi mon fils bien-aimé; en toi j’ai mis tout mon amour."

Il est bon de prendre conscience que ses paroles sont aussi pour nous. Il est bon d’écouter le Seigneur nous redire: «Tu es mon enfant bien-aimé; en toi j’ai mis tout mon amour.

(Denyse Mostert, 2009-01-07)

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L’Évangile demain…

«Ce 17 février, les Missionnaires Oblats de Marie Immaculée fêtent leur 183e anniversaire.»

Dans sa lettre de vœux aux Oblats, le P. Wilhelm Steckling, o.m.i. Supérieur général, mentionne une «conférence [de] l’historien Andrea Riccardi, fondateur de la communauté laïque de Sant’Egidio … [sur] le passé et l’avenir de la vie religieuse… Écouter quelqu’un du dehors nous parler de nous [remarque le P. Steckling] a été tout à fait éclairant.» Deux questionnements en émergent: «Quelle est la situation de la vie religieuse aujourd’hui? et, de quelle façon doit-elle aborder l’avenir?» Il est bien évident que cette problématique ne se limite pas aux seules congrégations religieuses et que, nous tous qui nous réclamons de l’Évangile, sommes invités à en faire un sujet de méditation.

Dernièrement, j’écoutais distraitement un programme de télévision lorsque deux petites phrases sont venues prendre pour moi un relief saisissant; elles faisaient partie d’un de ces messages publicitaires dont nous sommes submergés. «La crise de confiance est grave, la prise de conscience est brave», affichait l’écran. Ces paroles se sont nichées dans un coin de mon esprit; ce matin encore, elles présidaient à mon réveil. Parce qu’elles me semblaient résumer une réflexion qui peut s’avérer opportune face aux remous qui secouent notre société contemporaine dans toutes ses composantes.

Oui, «la crise de confiance est grave». Point n’est besoin de grand discours pour décrire le marasme qui se vit à l’échelle planétaire. Partout, la confiance est ébranlée: défiance envers les gouvernants, scandales de toutes sortes, valeurs sur lesquelles il devient difficile de mettre un nom, méfiance les uns envers les autres, manque de clarté entre nous …. Et que dire d’autres régions de notre terre où l’on n’en peut plus d’attendre les fins des guerres, l’avènement de la paix, les secours vitaux qu’on appelle «aide humanitaire»…?

Notre vie spirituelle n’est pas, elle non plus, à l’abri du chaos général. «La religion a changé!», entend-on parfois dire. Et certains de rêver à ce «bon vieux temps» où la voie nous était tracée par les incontournables «commandements» et leurs nombreux corollaires. Oui, effectivement la vie paraissait plus simple! Des balises bien concrètes nous gardaient dans ce qui était considéré comme le droit chemin. Il suffisait de les suivre! Et d’accepter l’ascèse obligée par toutes ces règles strictes!

Présentement, existent aussi, à l’intérieur même de notre Église, des situations malheureuses et soudain mises à jour qui nous touchent profondément. Nous devons nous interroger, non pas sur la survie du message évangélique, mais plutôt sur la forme que devront revêtir nos témoignages pour que renaisse l’espérance dans un monde où elle fait si cruellement défaut.

«La prise de conscience est brave», continuait le message publicitaire devenu tout à coup prophétique. La prise de conscience est brave parce qu’elle nous amène à ouvrir grands nos yeux, à remarquer bien des choses que, pour notre tranquillité personnelle, nous aurions souhaité laisser dans l’ombre; prendre conscience c’est constater que «nous vivons une drôle d’époque», une époque où le culte du bien-être à tout prix, du paraître, du «moi d’abord» est à l’honneur, une époque où il est difficile de départager bien et mal, valeurs et laisser-aller.

Là où la prise de conscience devient encore plus brave, c’est lorsqu’elle nous incite à sortir de nos jugements faciles, à risquer notre petit train-train bien douillet et à nous interroger sur ce que nous pourrions faire, là où nous vivons, pour redonner un peu de cette confiance si nécessaire au bonheur de l’être humain.

Des pistes à découvrir. Tous ceux-là, ceux que l’on nomme «le monde ordinaire», ont besoin d’être soutenus, comme il nous arrive à nous aussi d’avoir besoin des autres. Quelle attitude adopter?

Quelles formes revêtiront demain la vie religieuse et cette Église souffrante dont nous sommes les membres? Comment aborder un avenir qui nous concerne tous?

Et voici que, dans sa lettre pour le 17 février 2009, le Supérieur général nous ouvre une avenue promesse d’espérance, une avenue ouverte à tous, sans exception aucune, une avenue dans laquelle on ne s’engage qu’en acceptant de vivre une conversion.

«Si nous suivons l’Évangile, [écrit-il] il devient assez clair que notre conversion recevra sa force d’une lecture adéquate des signes des temps.

Devenons des veilleurs, disons ce que nous voyons! Seule la claire reconnaissance du temps présent peut nous entraîner dans une conversion personnelle et communautaire qui stimulera en nous un zèle prophétique et missionnaire tout nouveau. Nous sommes envoyés comme prophètes en ce monde, un monde aimé de Dieu mais qui a grand besoin de manières alternatives de vivre.»

Saint Eugène de Mazenod a su mettre en oeuvre ces«manières alternatives de vivre» pour rejoindre les pauvres aux multiples visages de son époque. Et si nous lui demandions de nous communiquer l’audacieuse créativité au service de l’Évangile qui fut la sienne?

(Denyse Mostert, 2009-02-07)

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