Nous sommes le 21/01/2019 et il est 00h14 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Méditation sur une méditation missionnaire
(Denyse Mostert)

Sur cette page, Madame Denyse Mostert, Province oblate Notre-Dame-du-Cap, Québec, propose quelques réflexions à partir de la Méditation missionnaire du Père Guillermo Steckling alors Supérieur général des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée. "La foi agissant par l'amour", la suite de cette fructueuse "méditation sur une méditation missionnaire" se développe harmonieusement en "un regard de foi sur la vie". Autant de thèmes qui, dans l’aujourd’hui du monde, peuvent faire réfléchir davantage et nourrir la vie spirituelle. "Si nous vivons par l'Esprit, marchons aussi sous l'impulsion de l'Esprit", dit l'Apôtre Paul aux Galates (chapitre 5, verset 25). Ensemble pour la mission.


  1. Tentations majeures et absence de Dieu
  2. Immense Espérance et Partenaires Oblats en Mission
  3. La Congrégation en pèlerinage
  4. Mission et Communauté
  5. Témoins sans frontières
  6. Parole de Dieu... Paroles venant de vous
  7. "Es-tu celui qui doit venir?" (Matthieu, 11:2-11)
  8. Au débit/crédit de nos vies: l’heure du bilan
  9. Pyramides...
  10. Transfiguration (Matthieu 17:1-9)
  11. Simplicité de l'Evangile
  12. "La vie en abondance...
  13. Le Bon Pasteur (Jean 10:1-10)
  14. Une si petite graine...
  15. Credo
  16. Sanctuaires
  17. Assomption: Montée vers Dieu
  18. Enfants de mon cœur
  19. Au commencement...
  20. Quand l’ordinaire se transforme en bon pain...
  21. "Parole éternelle du Dieu vivant"
  22. Indispensable confiance
  23. Leçons d'un Précurseur (Marc 1:7-11)
  24. L’Évangile demain…
  25. L'Occident en léthargie?
  26. Introïbo… J’entrerai…
  27. Dimanche de la Miséricorde de Dieu (Jean 20:19-31)
  28. Cette Résurrection qu'il nous faut proclamer
  29. Les petits pas vers le pardon
  30. «Vous n’êtes plus des étrangers…»
  31. Claude et l'Afrique
  32. A l'heure de la foi
  33. Le jeune homme riche (Marc 10:17-30)
  34. Réflexions pour une Année sacerdotale
  35. De l'avenir pour un grand continent
  36. Noël cosmique
  37. Une humanité de surcroît
  38. Une parole accomplie (Luc 4:21-30)
  39. Les mots pour le dire
  40. "Demandez et vous recevrez" (Matthieu 7:7-12)
  41. Ces événements qui interpellent
  42. Discrète résurrection
  43. Des portes qui s'ouvrent
  44. Une clé pour notre foi
  45. Rien n'est perdu de notre Espérance
  46. Marthe et Marie
  47. Préférer Jésus (Luc 14:25-33)
  48. Il y eut un homme... son nom était Jean

Denyse Mostert

Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

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Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap

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Tentations majeures et absence de Dieu

Il y a belle lurette que je n'ai pas eu la chance de suivre une retraite! Et pourtant je suis une «retraitée», cet âge que d'aucuns nomment l'âge d'or, cet âge, disait un de mes amis, qui nous permet de «retraiter» notre vie autrement, dans une liberté bien gagnée après de nombreuses années sur le marché du travail. Ma vie à moi, elle est «retraitée» dans la nécessité de ma présence auprès de mon mari et dans mon service de Laïque associée au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap.

C'est pourquoi je trouve un grand intérêt dans les réflexions que nous partage le Père Steckling concernant «une retraite proposée par Enzo Bianchi, fondateur de la Communauté de Bose en Italie», une retraite au thème inattendu de «COMBAT SPIRITUEL» .

Force m'est d'avouer avoir eu comme un mouvement de recul en entendant citer un certain Evagrius Ponticus sorti tout droit du 4ième siècle, puis de me retrouver, à la suite de plusieurs Pères de l'Église, dans l'arène avec les «sept ou huit tentations majeures» que nous avons sans cesse à combattre, d'où le titre de la Méditation missionnaire du Père Steckling: MENER LE BON COMBAT. Cette énumération m'a reportée, à quelques variantes près, aux sept péchés capitaux décrits dans les questions-réponses immuables de notre Petit Catéchisme du siècle dernier.

Après réflexion, j'en arrive à conclure que «rien n'a changé sous le soleil». Qu'elles aient pour nom «tentations majeures» ou «péchés capitaux», les limites de l'être humain demeurent les mêmes. D'après moi, ce qui diffère aujourd'hui, c'est la façon d'assumer nos manquements, non dans la crainte du châtiment d'un Dieu justicier, mais dans la joie d'un Père plein d'amour tel que le Christ Sauveur nous l'a fait connaître. Cette joie qui, justement va à l'encontre de la tristesse retenue dans l'énumération des Pères de l'Église comme tentation à surmonter.

Un autre point rapporté par le Père Steckling a touché ma sensibilité. «Il [Enzo Bianchi] a voulu commenter ce que souvent l'on entend dire, aujourd'hui Dieu fait silence, en disant avec passion que cela est un non-sens. Dieu continue à parler, mais nous sommes devenus sourds…»

Toujours dans le Petit Catéchisme de mon enfance en Belgique, on pouvait lire: «Dieu est présent, aux champs, ici et partout». Pas évident de nos jours! Il est difficile de discerner Dieu derrière la violence à l'échelle planétaire qui nous est rapportée quotidiennement aussi bien que dans la trame de chacune de nos existences.

Dernièrement, un de mes fils, homme droit, attentif aux autres et heureux dans sa vie affective et professionnelle, me parlait de ses opinions sur ce qu'il appelle «la religion». Et, comme tous ceux qui tiennent des discours semblables, il lui était aisé de démontrer(?) par a + b la non-existence d'un Dieu qu'on ne peut enfermer dans les équations de la logique humaine.

Dieu paraissait absent de cette profession de «non-foi». Et pourtant j'ai discerné le Dieu de Jésus Christ dans le cœur et l'esprit de mon fils. Ce qu'il rejetait avec véhémence, c'était le Dieu vengeur dont on lui avait brossé le portrait dans sa jeunesse, c'était cet enseignement du «crois et tais-toi», c'était le fameux «hors de l'Église, point de salut» et autres intransigeances véhiculées pendant tant d'années.

Ce jour-là, j'ai ressenti la présence de Dieu. Je l'ai discernée en filigrane à travers le besoin d'authenticité et de cohérence entre ce que l'on professe et ce que l'on vit au quotidien, qui était exprimé par les propos de mon fils. Et je me suis souvenue des paroles du Christ Sauveur: «Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie».

Oui, beaucoup de personnes sont des chercheurs de Dieu qui s'ignorent. Et nous oublions trop souvent que notre Dieu aussi cherche l'homme et qu'il le rejoint en se frayant un chemin à travers les aspirations du cœur humain.

Puisse l'Esprit nous garder attentifs à discerner cette présence.

(Denyse Mostert, 2007-07-07)

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Immense Espérance et Partenaires Oblats en Mission

Par un beau jour du mois d'août, «devant Dieu et devant les hommes», Pierre et moi devenions mari et femme. Ce jour de notre mariage concrétisait plusieurs années de découvertes, d'émois, de projet de vie peuplée d'enfants. Une photo prise à la sortie de l'église du village montre un tout jeune mari, l'émotion inscrite sur le visage, et une jeune femme au sourire resplendissant. Oui, je resplendissais! Non seulement j'épousais l'homme que j'aimais, mais la «demoiselle Mestrez» devenait désormais «Madame Mostert». Prendre le nom de mon mari, c'était pour moi être consacrée membre à part entière de la famille de Pierre, tout en restant fondamentalement attachée à ceux qui avaient veillé sur mon enfance, protégé ma jeunesse.

À bien des années de distance, j'ai ressenti le même émoi, la même jubilation en lisant la MÉDITATION MISSIONNAIRE du Père Steckling au titre évocateur de PARTENAIRES OBLATS EN MISSION qui nous concerne particulièrement, nous les laïques qui voulons vivre le charisme Oblat un peu partout dans le monde. Oui, c'est aussi de l'aboutissement d'un cheminement de longue haleine, mûrement prié et réfléchi, dont il est question dans ces réflexions.

Le Supérieur général commence par nous rappeler:

«On pouvait ressentir l'appel, la vocation, qu'il y a derrière cette réalité, en accord avec la nouvelle règle du Chapitre de 1998:" Le charisme de saint Eugène de Mazenod, don de l'Esprit à l'Église, rayonne dans le monde. Des laïcs se reconnaissent appelés à y participer selon leur état de vie… " (R. 37a )»

Au Québec, en 2003, le projet UNE IMMENSE ESPÉRANCE, nous acheminait vers la naissance de la Province Notre-Dame-du-Cap. Les Laïques associés, y étaient déjà bien présents comme en témoigne ce passage du document d es Délégués à l'Assemblée inter‑provinciale à Québec.

«Les Associé‑e-s qui ont participé à ce congrès furent une Bonne Nouvelle. Leur présence a témoigné concrètement de notre engagement mutuel dans le charisme oblat. Ensemble, nous continuerons de nous confirmer et de nous interpeller sur la qualité et le sens de notre communion au service de la mission.» (Bulletin ENTRE-NOUS n° 4)

En 2003 toujours, le P. Marcel Dumais, alors Provincial de Saint-Joseph, nous partageait une réflexion sur la vocation missionnaire des Oblats dont voici des extraits.

J'ai utilisé jusqu'ici le «nous» dans un sens très inclusif. Nous, c'est-à-dire les Oblats et les Laïques Associés/es et Coopérateurs/trices.» … «Les laïques avec qui les Oblats sont partenaires sont, à mes yeux, au premier chef, ceux et celles qui ont en partage avec eux le même charisme missionnaire de saint Eugène de Mazenod. En ces temps où les entrées en communauté sont peu nombreuses, je me réjouis grandement de ce que ma famille missionnaire s'est beaucoup enrichie par la présence d'hommes et de femmes qui reçoivent ce charisme de saint Eugène, charisme dont nul n'est propriétaire. (Bulletin ENTRE-NOUS no 5)

On ne peut passer sous silence la présence des Laïques associés au XXXIVième chapitre général de 2004.

«En continuité avec le Chapitre général de 1998, quand pour la première fois dans l'histoire des Oblats, des représentants des Laïcs Associés étaient présents, le Supérieur général en Conseil a décidé d'inviter quelques membres des Associations oblates de laïcs au Chapitre général de 2004 également…» ( LE LIEN , no 20 , mars 2004, repris dans ENTRE-NOUS no 6)

En effet, lentement, mais sûrement, l'Esprit était à l'œuvre. Après la canonisation d'Eugène de Mazenod, de petits groupes de Laïques associés, voyaient le jour. Sous des appellations variées, ils suivaient un cheminement différent d'une région à l'autre, tous animés par le même charisme. Ce furent les Oblats qui nous ouvrirent le chemin, par leur simplicité, leur façon d'être proche des gens, leur pastorale… J'ai été définitivement conquise par leur manière d'annoncer le Christ Sauveur, dans une grande authenticité, «les deux pieds sur terre», et par l'invitation qu'ils nous faisaient à devenir des témoins crédibles dans notre vie de tous les jours.

Les années ont passé. Des personnes nous ont quittés, d'autres se sont ajoutées aux groupes. Chaque Laïque associé a eu à faire son propre cheminement. L'euphorie des débuts a dû composer avec les hauts et les bas de la vie. Les caractères se sont affirmés, nous avons appris, et avons encore à apprendre, l'accueil inconditionnel de chacun, tout en ayant bien conscience que, pour les autres également, il est parfois difficile de nous accueillir nous aussi, tels que nous sommes. La charité si chère à saint Eugène est à réinventer à chacune de nos rencontres, tout comme dans notre vie de chaque jour. Et c'est très bien ainsi. Cela nous fait grandir ensemble.

Il y a quelques années, un Oblat me faisait cette réflexion:

Les Oblats de Marie Immaculée sont avant tout missionnaires. Un groupe de Laïques associés aux Oblats n'est pas destiné à devenir une serre chaude. Chaque rencontre devrait être un temps où l'on revient avec joie s'imprégner davantage du charisme oblat pour mieux repartir ensuite, vers la mission spécifique à chacun.

Je perçois dans ces paroles la nécessité d'une formation, non seulement de base pour les aspirants, mais également continue, pour tous ceux qui désirent vivre du charisme Oblat.

PARTENAIRES OBLATS EN MISSION! Quelle dénomination significative! Finie la dichotomie clergé/laïque! Quoique n'en ayant jamais vraiment souffert, j'ai parfois constaté qu'il lui arrivait d'ériger des barrières. Nous sommes le peuple de Dieu, chacun appelé par son nom, pour une œuvre bien précise, dans un milieu bien défini avec nos richesses et nos limites. «Un seul Corps, dans le Christ»

Des partenaires sont invités à être ouverts les uns envers les autres, à se réjouir pour les belles choses accomplies tout autant qu'à voir ensemble, lucidement, les difficultés quand elles se présentent et à en étudier les solutions possibles.

Des partenaires Oblats en mission se doivent de maintenir en eux le feu sacré, leur référence première étant le Christ Sauveur. Comme on aime retrouver les traits des parents sur le visage des enfants, Eugène de Mazenod doit transparaître sur chacun de ses fils, de ses filles. Le fondateur nous a laissé un héritage qui, comme le dit un beau chant, «a franchi les murs du temps». «Des pauvres, il y en aura toujours parmi nous», même s'ils possèdent un compte en banque confortable… La pauvreté se situe à bien des niveaux!

C'est dans la fréquentation personnelle du Christ Sauveur, dans la prière communautaire, dans le partage, dans une formation aussi continue que la vie, que les membres de la grande famille mazenodienne continueront à vivre de cette charité agissante qui fut l'objet des dernières paroles de leur Fondateur, juste avant son entrée dans la Vie.

ENSEMBLE, Oblats de Marie Immaculée et Partenaires Oblats en Mission,
ENSEMLE, nous pouvons être les témoins crédibles de Jésus Christ,
ENSEMBLE, nous pouvons rendre vivant ce projet d'UNE IMMENSE ESPÉRANCE,
ENSEMBLE, pour la Mission.

(Denyse Mostert, 2007-08-07)

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La Congrégation en pèlerinage

Il n'y a pas à dire! Le P. Steckling possède l'art de nous faire entrer de plain-pied dans l'esprit de la rencontre prochaine en vue de la préparation du futur Chapitre général, des 29 Provinciaux avec les Oblats d'Afrique du Sud!

Qu'on parle de «Sessions intercapitulaires» ou d' «Interchapitre», on sait qu'il s'agit là de réunions où vont se discuter, et probablement se régler, plusieurs sérieuses questions bien concrètes. Cela me rappelle, toutes proportions gardées, les nombreux conseils d'administration auxquels j'ai participé dans la compagnie de mon mari. Bien important d'ailleurs de se réunir pour, selon la formule consacrée, «voir, juger, agir»!

Mais voici que le P. Steckling emploie le mot «pèlerinage» et un monde de différences surgit. Le Supérieur Général nous livre tout de suite sa pensée:

…C ette rencontre est moins formelle qu'un Chapitre; les questions administratives mises à part, l'Interchapitre peut donc ressembler beaucoup à une réunion de famille…
On peut même espérer qu'il devienne un événement inspirateur. Il suffit alors de se rendre compte que tout l'héritage oblat, vécu en tant et tant de pays, est présent tout entier dans un même lieu. «Unis par les liens de la charité et de l'amour», comme dirait St. Eugène, les participants devraient trouver facile d'écouter ce que l'Esprit a à nous dire aujourd'hui, Lui qui le premier a envoyé les Oblats évangéliser les pauvres.
Toutes ces visites et rencontres vont être des chances pour écouter et réfléchir, comme on le fait en pèlerinage. Quelques Provinces de la Région remontent au temps du Fondateur et je suis sûr qu'il est possible d'y retrouver quelque chose de l'Esprit d'Eugène. La Région a ses saints et ses martyrs comme le Bienheureux Joseph Gérard, Mgr. Mabathoana, Mgr. Yves Plumey.

Un pèlerinage est par définition un retour aux sources, une quête pour mieux comprendre, un voyage dont on revient avec quelques chose de changé. Je pense ici à tous ceux qui m'ont parlé de leur expérience de Compostelle, aux nombreux pèlerins qui nous arrivent chaque année pour célébrer Marie à Notre-Dame-du-Cap, à ces lieux de pèlerinages de ma jeunesse, Beauraing, Banneux, ou encore l'une ou l'autre petite chapelle érigée dans des lieux retirés d'où je revenais remplie d'une paix qui, l'émotion retombée, me poussait à agir dans l'une ou l'autre direction toujours neuve.

Chaque Vendredi Saint me reporte à ce pèlerinage au Calvaire de mon village en Belgique. Ce Chemin de Croix aux stations à flanc de montagne, nous conduisait à une petite chapelle blottie au milieu des grands sapins. Un Christ agonisant, entouré de sa mère et de l'apôtre Jean, semblait attendre notre arrivée pour nous redire comme au disciple bien-aimé: «Voici ta mère, mon fils…». Le village entier était là… du moins ceux qui le pouvaient. Les plus âgés, grimpant la pente escarpée avec peine et misère, arrivaient bien entendu bons derniers. Notre vieux curé lui-même, affligé d'une «surcharge pondérale» dirait-on aujourd'hui, devait chercher son souffle une fois arrivé à la dernière station. Cette montée difficile devenait pour les pèlerins du Vendredi Saint comme une communion aux souffrances physiques du Christ vers le Golgotha.

Mais, enfin arrivé devant le Jésus agonisant de la petite chapelle, d'année en année, notre Abbé Clesse entonnait de sa belle voix de basse le même cantique à Marie, repris par toute une foule recueillie: «Jésus sur le Calvaire, nous remit en vos bras, montrez-vous notre mère, guidez toujours nos pas…»

Oui, ce pèlerinage nous donnait une force nouvelle. Le Chemin de Croix du Vendredi Saint devenait alors autre chose qu'un rappel doloriste des souffrances du Christ Sauveur. Parce que nous L'avions écouté nous redire: «Voici ta mère, mon fils…»! En prenant Marie dans nos vies, nous nous acheminions vers la confiance… La Passion laissait déjà entrevoir réconfort et Résurrection.

Hier à l'Eucharistie, j'entendais le célébrant prononcer: «Quand prendra fin notre pèlerinage sur la terre…». Que de fois j'ai entendu ces paroles sans vraiment m'y arrêter! Et voici qu'elles demeurent comme en relief, dans mon esprit et dans mon cœur. Parce qu'elles rejoignent tellement les réflexions que font naître en moi la MÉDITATION MISSIONNAIRE du P. Steckling… Parce qu'elles m'ont fait prendre conscience que notre vie n'est qu'un passage et qu'au cours de ce pèlerinage tant de richesses peuvent être découvertes… si on prend le temps de s'arrêter, d'intérioriser, de prier…

Alors pourquoi ne pas prendre le temps d'écouter le message de Vie que le Christ Sauveur nous offre à chaque jour nouveau? Pourquoi ne pas prendre le temps d'essayer vraiment de comprendre ceux dont la culture est différente de la nôtre? Nous pourrions certainement recevoir d'eux des recettes d'un bonheur, invisible pour nous à prime abord… Nous pourrions revenir à une vision plus juste de notre mission. Nous pourrions encore continuer à donner, mais aussi apprendre à recevoir ce que ces personnes que nous connaissons si mal ont à nous offrir.

«… Les fils et filles de l'Afrique aiment la vie»; les Africains sont «ouverts au sens de la famille, de l'amour et du respect de la vie...» écrit encore le P. Steckling.

Leur amour de la vie, leurs valeurs d'ouverture, de respect, leur sens de la famille ne doivent-ils pas nous interpeller, nous les citoyens des pays industrialisés si bien ancrés dans notre douillet «cocooning»? Peut-être serait-il bon de prendre le temps d'écouter ces «fils et ces filles de l'Afrique» d'apprivoiser nos différences, le regard tourné vers le même Christ Sauveur qui nous anime tous.

Pour, comme aux lendemains de pèlerinage, découvrir qu'il y a des choses à changer dans nos vies… Pour réapprendre un sens des valeurs qui, parfois, nous fait défaut… Pour que l'idée-force de ces rencontres africaines, «l'Église, Famille de Dieu», devienne réalité.

(Denyse Mostert, 2007-09-07)

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Mission et Communauté

Cela se passait à Johannesburg. Des Oblats, dont le Supérieur général, ont eu la joie de vivre ce que d'aucuns appelleraient une «réunion d'anciens».

Précision du P. Steckling: «Nous avons 12 évêques dans cette partie du continent et la moitié d'entre eux, représentant la Namibie et la République de l'Afrique du Sud, ont pu participer.»

Je me plais à imaginer une rencontre pleine de vie, de souvenirs, d'anecdotes car, nous dit le P. Steckling, «J 'ai connu ces six confrères dès avant leur ordination épiscopale; je les avais rencontrés dans leurs missions, comme Provincial, ou maître des novice, ou économe provincial».

Ce fut aussi un beau partage durant lequel les évêques ont exprimé sans ambages ce qui leur tenait à coeur. «De cette conversation, écrit le Supérieur général , je retiens deux points, deux défis auxquels ces confrères essayent de faire face, et desquels ils ont parlé à partir de leur identité comme Oblats et comme évêques. Il s'agit de la mission et de la communauté : ils en ont parlé avec franchise.»

En ce qui concerne la mission, ils ont dit que nous, en tant qu'Oblats, devrions nous dédier davantage aux zones les plus pauvres de nos diocèses. Il comprennent qu'une province a besoin d'avoir une stratégie, que les paroisses nous aident à trouver des vocations ou à financer notre travail, mais en même temps il se peut que certains d'entre nous soient trop heureux d'être dans des zones confortables.

Ces propos s'adressent également à nous, Partenaires Oblats en mission. Les pauvres premiers servis! Voici le cœur même de la spiritualité héritée de saint Eugène. Voici ce qui doit nous guider dans notre vie de tous les jours! En est-il toujours ainsi? Je laisse à chacun le soin de s'interroger là-dessus comme je le fais pour moi-même…

«Nos évêques, continue le P. Steckling, ressentent qu'il serait beaucoup mieux, pour différentes raisons, si même leur clergé diocésain vivait ensemble en communauté. Nous aimerions – ont-ils ajouté – pouvoir leur dire: regardez les Oblats, qui vivent ensemble et travaillent bien.»

Un passage des Actes des Apôtres m'est particulièrement cher, celui où l'on dit des premiers chrétiens «[qu'] ils mettaient tout en commun».

Ce rêve un peu fou, je l'ai caressé, tout au moins concernant le plan spirituel et affectif, pour nos groupes de Laïques associés. Maman me disait parfois, avec un reproche sous-jacent dans la voix: «Toi, tu prends toujours tes désirs pour la réalité!» Et elle avait raison, maman! J'ai toujours eu une forte propension à projeter sur les gens et les événements les désirs qui m'habitaient. Idéaliste j'étais, idéaliste je demeure... Sauf que, la sagesse acquise avec les années aidant, je crois pouvoir faire maintenant la différence entre idéal et perfection. S'il est toujours valorisant de poursuivre un idéal, il s'avère souvent très décevant de rechercher à tout prix la perfection… Du moins en ce monde!

Je souhaite toujours que nos groupes deviennent le reflet de ces premières communautés chrétiennes. J'aimerais tellement qu'on dise aussi de nous: «ils mettaient tout en commun». Sauf qu'aujourd'hui j'en arrive à tenir compte des limites inhérentes à notre nature humaine, de la spécificité de chaque personne, et de nos choix de vie qui nous ramènent tous vers le chantier particulier où s'exerce notre mission de Partenaires Oblats.

Ces jalons une fois posés, il reste que nous pouvons mettre bien des choses en commun. Tout d'abord notre foi; nous pouvons nous dire les uns aux autres les multiples aspects qu'elle revêt… Nous pouvons partager nos joies, nous soutenir dans les moments difficiles… Ensemble, nous pouvons consolider notre sentiment d'appartenance à la grande famille oblate en maintenant bien vivants nos rapports avec les membres de la Congrégation… Ensemble, nous pouvons prier, réfléchir, bâtir, oser, innover…

Il nous faut pour cela la nette conscience du cheminement que nous avons choisi de vivre à la suite de saint Eugène… Il nous faut avoir toujours présente dans le cœur cette «option préférentielle pour les pauvres», une option déterminée, concrète, attentive et qui, plus souvent qu'à son tour, s'exerce dans l'ombre… Il nous faut nous rapprocher de ces moins aimés souvent laissés à l'écart… Il nous faut apprendre à découvrir, pour ensuite l'admirer, l'œuvre que le Seigneur accomplit en chacun de nous… Il nous faut savoir nous taire, il nous faut oser parler quand le temps en est venu…

Tout un programme, pour les membres de notre famille Oblate! Mais un programme bien réalisable si on croit fermement que saint Eugène, Marie l'Immaculée et l'Esprit Saint sont pour nous des Partenaires à part entière, des Guides avec lesquels nous pouvons être sûr de marcher sur les pas du Christ Sauveur.

(Denyse Mostert, 2007-10-07)

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Témoins sans frontières

«Témoignage et qualité de vie.» Sous ce titre, le P. Wilhelm Steckling nous parle de ce «pèlerinage» en Afrique qu'a été l'interchapitre.

Au début d'octobre en Afrique du Sud, la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée était représentée dans son ensemble, par les 29 Provinciaux, réunis avec le Gouvernement central, pour la rencontre intercapitulaire. « Nous devions nous interroger sur les trois questions suivantes: Ayant été appelés par le Chapitre de 2004 à “Témoigner de l'Espérance”, avons-nous suivi cette invitation de l'Esprit? Que manque-t-il encore à notre réponse? A quoi devrions-nous être attentifs dans la préparation du prochain Chapitre général, en 2010?

Voici une Congrégation comme je les aime! Une Congrégation qui, par la voix de son Supérieur général, accepte de s'interroger sur la réponse apportée à l'invitation de l'Esprit. J'y décèle la liberté offerte à tous, soit de répondre à cet appel, soit de faire la sourde oreille.

Les sourds ne semblent pas nombreux, parmi les Oblats de Marie Immaculée! En effet, une «Immense Espérance» se dessine à travers cette réflexion du P. Steckling:

«Pour moi, l'une des surprises de cet exercice de vérification et de planification, fut de constater que bon nombre des multiples demandes, plutôt exigeantes du dernier Chapitre avaient été acceptées assez facilement!»

Et je m'interroge. Ne serait-il pas bon pour nous aussi, Partenaires Oblats en mission, de faire un retour sur notre vécu de ces trois dernières années? Avons-nous conscience d'avoir su «témoigner de l'Espérance» comme nous le demandait le Chapitre général de 2004? Avons-nous fait de notre mieux pour répondre à l'appel de l'Esprit?

L'invitation de l'Esprit est pour tous et pour chacun en particulier. Ai-je vraiment voulu l'entendre? Me suis-je donné du temps pour l'entendre? L'ai-je entendu? Ai-je été capable de passer par delà mes hésitations, mes peurs même, pour oser aller de l'avant, dire oui à l'une ou l'autre invitation qui m'était destinée?

Lors de la première rencontre des Partenaires Oblats en mission de Trois-Rivières, la responsable locale nous invitait « à réfléchir à ce que nous pourrions faire pour le groupe ». Ne devenait-elle pas à ce moment l'écho de la voix de l'Esprit? À l'heure actuelle, je pressens que plusieurs d'entre nous, non seulement se sont sentis interpellés par la question de Suzanne, mais ont, par la même occasion, découvert en eux des richesses, des audaces insoupçonnées…

De retour à la Méditation Missionnaire, nous pouvons lire:

Durant notre rencontre, j'ai donné une conférence sur Internationalité et franchissement des frontières, depuis que le dernier Chapitre avait désigné cette question comme «cause commune». Pendant le débat qui a suivi mon exposé, l'internationalité était formellement reconnue comme sujet important, ce qui fut sanctionné par un vote, et en même temps, ce n'était déjà plus quelque chose qui demandait de longues discussions.

Ces paroles du P. Steckling témoignent que «l'Immense Espérance» , bien loin de se réduire à une simple formule, est devenue l'élan qui pousse les fils d'Eugène vers un apostolat sans frontières, là où les besoins se font les plus pressants. Option lourde de conséquences que les Oblats acceptent dans la foi!

Aux Partenaires Oblats en mission, un champ d'action élargi s'ouvre également. Nous sommes invités à aller au-delà de l'émotion de nos belles célébrations qui refont l'âme, au-delà des rencontres où il fait si bon partager notre vie intérieure avec ceux-là qui vivent des réalités similaires aux nôtres. Ces moments de grâce existent pour nous orienter vers une «internationalité» , certes différente de celle des Oblats, mais tout aussi réelle.

L'«internationalité» qui nous est demandée ne serait-elle pas en tout premier lieu d'apprendre à regarder bien en face notre société en mouvement, une société dont les si brusques changements évoquent un peu un tremblement de terre? Si peu de temps et tant de choses changées! «On nous a changé la religion…» entend-on souvent dire autour de nous. «La religion… bof!» pourrait maintenant ressembler au slogan de beaucoup de nos contemporains. C'est vers ce milieu en mutation profonde qu'il nous faut oser nous diriger. C'est à des personnes qui vont peut-être nous considérer comme des dinosaures (!) que nous avons à rendre compte de notre foi. C'est à des situations plus ou moins scabreuses que nous devons savoir dire non, au risque de devenir la cible des moqueries faciles. C'est dans une société vivant souvent «au ras du sol» que nous avons à faire connaître les valeurs évangéliques qui sont les fondements même de notre Espérance. C'est à des gens désespérés qu'il nous faut témoigner par toute notre vie que l'Amour est le seul chemin possible vers le Bonheur.

Il faut bien convenir qu'il n'est pas facile de se démarquer de la majorité, de savoir proclamer quand il le faut, la foi qui nous habite. Pas facile surtout de faire en sorte que notre vie soit le reflet de nos paroles…

Que manque-t-il à notre réponse?» À chacun d'y répondre pour soi. Il lui manque peut-être de fréquenter encore plus assidûment le Christ Sauveur «qui passait en faisant le bien» , pour en arriver à découvrir parmi notre monde de 2007 « des pauvres aux multiples visages » à aimer, même et peut-être surtout, s'ils ne sont pas tout à fait «de notre bord.

Et le Chapitre général de 2010? Si notre réponse à l'invitation de l'Esprit devient de plus en plus effective, si le zèle de saint Eugène trouve un écho de plus en plus fort en nos vies, si notre sentiment d'appartenance à la grande famille oblate continue de grandir, le Chapitre général sera pour nous Oblats et Partenaires Oblats, le tremplin qui nous propulsera «Ensemble pour la Mission».

(Denyse Mostert, 2007-11-08)

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Parole de Dieu... Paroles venant de vous

«Paroles venant de vous…» Assez déroutant le titre de cette MÉDITATION MISSIONNAIRE! Tout d’abord je ne m’y suis guère arrêtée, pressée que j’étais de découvrir les réflexions du P. Wilhelm Steckling, Oblat de Marie Immaculée, sur la Parole de Dieu.

«La “Parole de Dieu” – qu’est-ce à mon avis?» s’est d’abord interrogé notre Supérieur général. Questionnement auquel il peut être très bon pour chacun de s’arrêter …

À mon avis, la réponse ne jaillit pas d’elle-même, elle n’est pas toujours évidente, elle nous demande un temps d’arrêt, une revue de notre vie, le tout sur fond de prière.

Répondre à cette question équivaut pour moi à relire un cheminement de longue haleine. Et sur ce chemin, se sont trouvés des témoins qui m’ont écoutée, accompagnée, instruite et surtout aimée telle que j’étais.

Toute jeune, je découvrais ce qu’on appelait les «Histoires de la Bible», version très expurgée des Écritures dont l’intégralité était loin d’être ouverte à tous. Dans les textes de l’année liturgique, aussi bien que dans les «Histoires de la Bible» le mystère régnait en maître, non pas ce mystère dont nous pressentons qu’il signifie des richesses à découvrir, mais un mystère vraiment très mystérieux (!) qui nous présentait plein de récits extraordinaires sur lesquels nous n’avions pas à nous interroger, qu’il nous fallait accepter avec la «foi du charbonnier». C’est pourtant docile et heureuse, que j’ai grandi dans ce contexte, dans l’Église qui est toujours mienne aujourd’hui.

Avec Vatican II, un souffle a fait s’ouvrir les portes. Il allait de soi que, ce qu’on appelait des «cours de Bible», j’allais en suivre, jusqu’à satiété. Avec grand intérêt d’ailleurs, car ils me donnaient l’occasion en tout premier lieu de remettre les faits dans leurs contextes historiques. Je commençais enfin à saisir que les récits de l’Ancien Testament portés par la tradition orale, tout comme ceux du Nouveau écrits bien après les événements et selon la personnalité des auteurs, contenaient une Parole de Dieu qu’il me fallait apprendre à transposer dans mon quotidien. Pour y découvrir le Souffle de l’Esprit, l’Esprit d’un Dieu respectueux du rythme de l’être humain, l’Esprit d’un Père à la Parole inscrite au cœur de ses enfants, l’Esprit d’un Guide envoyant ses disciples vers des horizons toujours nouveaux, l’Esprit du Christ Sauveur venu nous révéler, que «par lui, avec lui et en lui» toute vie prenait sens et nous menait au Père.

Pour moi, rien de magique dans la Parole de Dieu, mais une présence discrète, qui se révèle de façon surprenante parfois. Je vous raconte un petit fait vécu tout récemment. Depuis plusieurs jours, une phrase d’un auteur dont je cherchais en vain le nom me trottait dans l’esprit: «On n’est pas chrétien tout seul». J’en parle à un ami Oblat. Et voici que, quelques jours après, il m’envoie l’e-mail suivant

Dans l'Encyclique sur l'Espérance publiée aujourd'hui, (30 novembre) une phrase du pape va dans le sens de la phrase que tu citais récemment». «Nul ne vit seul écrivait le Saint Père. Nul ne pèche seul. Nul n'est sauvé seul. Continuellement la vie des autres entre dans ma vie: en ce que je pense, dis, fais, réalise. Et vice-versa, ma vie entre dans celle des autres: dans le mal comme dans le bien.

Miracle? Non. Mais l’Esprit Saint à l’œuvre… même par Internet! Benoît XVI venait de me confirmer dans ses propres mots la pertinence de cette toute petite phrase d’un auteur inconnu qui m’interpellait!

Autre question du P. Steckling:

Comment chaque communauté oblate ou chaque groupe de Partenaires oblats en Mission pourra trouver des moyens efficaces pour lire la Sainte Bible, pour écouter la parole du Christ qui y est contenue, pour établir une relation plus étroite avec Lui comme personne et pour trouver les paroles que Dieu nous adresse dans tout ce qui arrive autour de nous?

La nourriture abondante qui nous est offerte tout au long de l’année liturgique possède le pouvoir de nous «ouvrir l’Esprit aux Écritures», tout comme le Ressuscité l’a fait pour les disciples d’Emmaüs. Nos rencontres communautaires peuvent devenir un lieu de partage nourrissant et les événements de nos vies, revus à la lumière de la Parole de Dieu, acquérir une connotation divine qui va consolider notre fraternité.

Paroles venant de vous: Au terme de cette petite réflexion, le titre donné par le P. Steckling à sa MÉDITATION MISSIONNAIRE semble me livrer son message.

Paroles venant de vous: n’est-ce pas effectivement à nous qu’il appartient aujourd’hui et maintenant, de devenir Parole de Dieu? En dépit de nos erreurs, en dépit de nos limites, dans la mesure de nos capacités et là où nous sommes… Dans un éveil conscient à tout ce qui nous arrive, aux joies que nous vivons, comme aux moments difficiles que nous avons à traverser… un éveil de notre aide aux besoins qui croisent nos routes… un éveil de notre compassion envers ceux-là qui vivent des situations inextricables… un éveil de notre accueil pour ceux de nos frères et soeurs qui semblent avoir perdu tout repère… un éveil de toute notre être enfin à la joie du Christ Sauveur, une joie que «nul ne pourra nous enlever» et que nous, Missionnaires Oblats et Partenaires Oblats en Mission, avons à proclamer par notre vie tout entière.

Avec le zèle et l’audace saint Eugène, le père de notre grande famille oblate.

Ensemble pour la Mission!

(Denyse Mostert, 2007-12-06)

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"Es-tu celui qui doit venir?" (Matthieu, 11:2-11)

Curieux tout de même comment un texte entendu tant de fois, me dévoile aujourd’hui une autre facette de la personnalité de Jean-Baptiste!

Le Jean-Baptiste que je connaissais, c’était tout d’abord un ermite vêtu de poil de chameau qui se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage, un original quoi! C’était aussi un homme qui avait le cran de dire leur fait aux pharisiens et autres puissants du temps. C’était surtout un prophète poussé par une immense force intérieure.

Jean est assez inspiré de Dieu pour appeler les foules à la conversion et les baptiser dans l’eau en attendant la venue de celui-là qui, selon ses dires, est bien au-dessus de lui. Et lorsque Jésus, son cousin, demande à son tour le baptême, Jean le lui confère tout en proclamant bien haut sa propre indignité. En résumé, jusque là, Jean-Baptiste c’était pour moi l’homme fort, plein de zèle, empli d’une foi à soulever les montagnes…

Mais voilà que Matthieu me découvre un Jean-Baptiste bien différent: «Jean le Baptiste, dans sa prison, avait appris ce que faisait le Christ. Il lui envoya demander par ses disciples: Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre?»

Pauvre Jean-Baptiste! Derrière ses barreaux, il a tout le temps de réfléchir… Il a tout le temps de penser aux conséquences de son zèle… Il a tout le temps d’apprendre les faits étranges qui se passent au-dehors, puisque ses disciples le mettent au courant des miracles accomplis par Jésus…

Pauvre Jean-Baptiste! Il était tellement sûr de son affaire, alors qu’il baptisait sur les bords du Jourdain! Il croyait tellement que ce cousin qui venait à lui était le Messie attendu! Et voilà, maintenant que le doute l’envahit: celui dont il se disait «indigne d’ôter les sandales», est-il vraiment l’envoyé de Dieu? Et il délègue ses disciples auprès de Jésus avec une question claire et nette: «Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre?».

Pour cette question si directe, comme je l’admire cet homme! Jean-Baptiste, l’homme de foi, ne met nullement en doute la venue de «celui qui doit venir», il veut juste savoir s’il n’y a pas eu erreur sur la personne… Jean-Baptiste, le raisonnable, ne peut fonder sa foi sur les événements sensationnels qu’on lui rapporte… Il ne se fiera qu’aux paroles du Christ lui-même!

Quel exemple pour nous que le récit de ce jour!

Comme le précurseur du Jourdain, nous sommes heureux de proclamer la Bonne Nouvelle. Généralement dans la confiance d’une rencontre d’amitié, dans la ferveur d’une prière en commun, dans la participation à une belle célébration qui nous réchauffe l’âme. Il est bon alors d’ouvrir notre cœur à tous ceux-là qui partagent nos convictions! Un peu comme Jean lorsqu’il voyait accourir les foules pour recevoir le baptême! Nous sommes comme portés par cette fraternité dans la communion à la même foi!

Là où l’annonce se fait plus ardue, c’est lorsque nous nous retrouvons les deux pieds bien ancrés dans notre société de 2007. Point n’est besoin d’en dessiner le panorama, il est là, sous nos yeux. À chaque tournant on y rencontre la violence, la souffrance, on y voit une humanité à la dérive, sans espérance, une humanité qui essaie de compenser ce grand vide spirituel par des plaisirs artificiels et immédiats. Des plaisirs qui ne durent que le temps d’une étincelle et laissent la place à des lendemains bien difficiles. Devant tout cela, ne nous arrive-t-il pas de nous sentir prisonniers, comme Jean-Baptiste, dans un monde où le culte du «je» triomphe?

Devant l’Église de Jésus Christ attaquée, dénigrée ridiculisée, devant les valeurs évangéliques foulées au pied, il est normal de nous interroger, de connaître des moments de doute: «Notre Église est-elle vraiment celle du Christ?» «Que faire devant cette débandade de tout un peuple qui rejette ses racines?» «Cette foi qui nous a été transmise est-elle toujours pertinente? Peut-elle encore porter des fruits dans un monde qui ne veut plus d’elle?»

La tentation est grande parfois de tout laisser tomber… de se laisser glisser dans la facilité de l’époque, de ne plus se sentir classé parmi les dinosaures… Il m’est déjà arrivé de me dire: «Et si je pensais à moi d’abord et avant tout?»…

Aujourd’hui, en méditant cet évangile, je rends grâce pour la belle leçon que me donne Jean-Baptiste, lui qui a aussi connu le doute dans sa prison. Par lui, je viens de comprendre que la réponse ne peut m’être donnée que par le Christ Sauveur, le Jésus des Évangiles, mon unique Espérance.

Si je suis attentive, il me fera comprendre que l’être humain, solidaire de toute la création, possède un avenir. Un avenir qui ne peut se décrire avec des mots précis, un avenir profondément ancré dans toute créature, un avenir déjà présent, aussi bien dans les petits gestes d’amour quotidiens que dans les grands mouvements de solidarité.

Et je continue à rendre grâce pour mon Église. Celle qui m’a appris Jésus le Galiléen, le Jésus des Évangiles. Et, je veux lui être fidèle dans la tourmente.

Oui, la réponse à mes interrogations se trouve dans le cœur même de l’être humain, dans l’assurance que la vie en plénitude est déjà là, dans l’amour que nous avons les uns envers les autres, dans la foi au Christ Sauveur qui nous redit, comme aux disciples de Jean-Baptiste: «Allez rapporter […] ce que vous entendez et voyez […] La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres».

(Denyse Mostert, 2007-11-27)

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Au débit/crédit de nos vies: l’heure du bilan

Le premier mois de l’année est immanquablement celui des bilans. C’en est bien un que nous présente le P. Steckling, o.m.i. dans sa MÉDITATION MISSIONNAIRE de janvier 2008 où il nous rapporte le contenu d’une causerie qu’il a donnée sur le thème «La contribution des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée à l’Église». Notre Supérieur général déclare tout de go: «…Un sujet bien passionnant! Je suis évidemment fier des Oblats; vous pouvez donc imaginer que j’ai parlé, de la façon la plus vivante possible…»

Suit alors la relation de l’implantation des fils d’Eugène à travers le monde, l’hommage aux Oblats qui ont payé de leur vie «leur engagement à la mission reçue de Dieu». Le P. Steckling fait également mention de «la contribution de la Congrégation à la science en missiologie, ethnologie et dans le dialogue interreligieux». Rien ni personne n’est oublié dans ce bilan; y figurent également Associés laïques et diverses Congrégations liées à saint Eugène.

Le P. Steckling conclut d’abord que «vraiment, nous les Oblats, nous avons contribué à la vie de l’Église et au Royaume de Dieu et que nous poursuivons dans ce même effort!», pour ensuite nous faire part, dans une grande authenticité, du doute qui l’habite:

Je ne pense pas à nos nombreux échecs qui existent également. Mon doute porte plutôt sur ce que nous pouvons considérer comme vraiment nôtre dans ces réalisations. Je m’interroge: s’il est vrai que nous sommes les collaborateurs de Dieu, comment est-il possible de faire une distinction entre notre contribution et l’œuvre de Dieu?

En ce début de l’année 2008, je viens de vivre, avec ma famille, une expérience aussi belle que significative. Chez nous, pendant le temps des fêtes, la maison devient le théâtre d’une merveilleuse «anarchie», le lieu de rassemblement de tous ceux-là que j’aime englober dans le terme de «tribu»: mes enfants, mes petits-enfants.

Cette année, l’incontournable spectacle de fin d’année à la télévision s’est vu relégué au second plan des conversations. Parce que se sont retrouvés dans toutes les mains ces albums de photos de famille que Pierre et moi avions soigneusement classées au cours de nos dernières vacances d’été.

Que de souvenirs réveillés par ces petits bouts de carton! Nous voici, Pierre et moi, entourés d’enfants qui grandissent d’un album à l’autre. Les adolescents se transforment en jeunes adultes, c’est le temps des amours, une autre génération vient se greffer à notre arbre généalogique… Chacun se reconnaît à des âges différents, des anecdotes remontent à la surface, c’est la folie délirante…

C’est aussi le moment où bien des situations s’expliquent. Que de choses nos petits-enfants ont découvertes à travers ces images de la jeunesse de leurs parents! Que de vérité nos propres enfants ont comprises de certaines de nos décisions de père et mère! Que d’attitudes de nos fils ai-je eu la grâce d’enfin décanter en ce Nouvel An 2008! Sont «sortis du sac» bien des petits faits en apparence anodins, des petits faits apparemment sans importance mais qui, sous ce nouvel éclairage, nous en ont beaucoup appris sur la confiance, j’irais jusqu’à dire la complicité qui a régné la plupart du temps dans notre «tribu». Oui, cet échange autour des photos familiales me permet aujourd’hui de considérer avec joie le bilan positif du vécu de notre famille.

Ce fut un Nouvel An mémorable que je me suis empressée de partager avec mon mari lors d’une visite à l’hôpital. Ensemble nous avons pris conscience de la grâce qui nous a accompagnés depuis le premier jour de notre mariage, une grâce qui se renouvelle à chaque jour nouveau. Oui, nous avons traversé des moments difficiles auxquels, avec nos seuls moyens humains, nous n’aurions pu faire face. Oui aussi, notre vie de couple fut tissée de grands moments heureux, de rires, d’instants de folie joyeuse... Et oui encore, nous pouvons nous reconnaître comme une famille où l’on se dit pour mieux se comprendre, se pardonner et s’aimer.

Une famille comme il en existe beaucoup et auxquelles nous voulons nous unir pour remercier ce Dieu de l’impossible qui fait, de nos fragiles amours humaines, des merveilles.

Cette expérience de Dieu, cette profonde joie, nous avons à la rayonner, à la partager, le regard tourné vers Marie, la mère de Jésus, bénie entre toutes les femmes… Marie qui «gardait toutes choses dans son cœur» pour mieux faire retentir son vibrant Magnificat.

(Denyse Mostert, Janvier 2008)

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Pyramides...

Dans sa «Lettre à la Congrégation pour le 17 février 2008», le P. Steckling, o.m.i. nous parle des débuts de «notre petite Congrégation», commencements vécus en temps de crise, situation précaire qui me renvoie l’image d’une pyramide inversée reposant sur son sommet, en apparence si fragile…

Le clergé local ne nous acceptait pas toujours volontiers, nos pratiques missionnaires étaient sujettes à caution, nos membres étaient rappelés par leurs diocèses d'origine. Ainsi en sont-ils venus à se demander: avons-nous une place dans l'Église oui ou non? Notre Congrégation en fait-elle partie oui ou non?
Il est vrai qu'à partir de 1816, Saint Eugène a été capable de poursuivre son œuvre, grâce à sa foi profonde, et encouragé par une expérience mystique. Il s'est senti confirmé comme fondateur lorsqu'il priait devant la statue de Notre Dame, le 15 août 1822… Cependant, il fallait au Fondateur quelqu'autre signe extérieur pour le rassurer lui et ses compagnons… Ils avaient besoin de savoir plus clairement qu'ils avaient été envoyés comme missionnaires au nom du Christ et qu'ils appartenaient complètement à son corps, l'Église. Cette confirmation de la plus haute autorité de l'Église, impatiemment attendue, arriva le 17 février 1826, un événement que nous continuons à célébrer chaque année.

Moment de grâce qui fut le tremplin du formidable élan missionnaire qu’allait vivre la «petite Congrégation» des Oblats de Marie Immaculée!

Inversement aux débuts de la Congrégation des Oblats, c’est comme ancrés sur une pyramide bien assise sur sa base que nous avons vécu nos débuts de futurs Partenaires Oblats en mission. En 1995, la canonisation d’Eugène de Mazenod, nous révélait un Fondateur dont, il faut bien l’avouer, nous ne connaissions pas grand-chose. Peu après le P. Denis Paquin, o.m.i. nous entretenait d’un projet d’Association Oblats/Laïques. Je savais que j’en ferais partie.

L’année suivante commençait un beau temps de formation dispensé par le P. Jean-Claude Gilbert. J’étais euphorique. Les changements dans la société ne m’atteignaient que peu ou prou. Devenir Associée aux Oblats, pour moi c’était recevoir une garantie certaine que les remous qui agitaient notre monde n’étaient que temporaires, que tout allait finalement se remettre en place. Les débuts furent merveilleux, l’enthousiasme de notre formateur, communicatif. En 1998, les Laïques associés de Cap-de-la-Madeleine prononçaient leur premier engagement. Et puis au fil des années, nous nous sommes frottés les uns aux autres. Nos rangs se sont éclaircis de premiers départs qui nous ont fait mal. Puis, d’autres personnes sont venues combler les places laissées vides.

Aujourd’hui, dans une société toujours plus laïcisée dont les racines sombrent petit à petit dans l’oubli et où la prédominance est accordée au «moi/je», il est devenu de plus en plus engageant de se réclamer du Christ Sauveur. Et pourtant, notre petit groupe de Partenaires Oblats en mission est toujours là. Nous éprouvons toujours de la joie à nous rencontrer pour prier ensemble, partager nos cheminements et apprendre les uns des autres comment vivre le charisme oblat. Tout comme est toujours bien vivante la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée avançant contre vents et marées dans cette persévérance si chère au Fondateur.

Comme le demande le P. Steckling nous pouvons, avec les Oblats, nous interroger sur les motivations qui nous portent après ces années d’engagement.

«Notre loyauté première est-elle encore à Jésus Christ et à son Corps l'Église?… Notre engagement à Dieu qui nous a appelés dans la Congrégation des OMI est-il aujourd'hui comme une «oblation», un don de soi total – ou bien est-ce simplement comme un travail à faire?… Appartenons-nous à la Congrégation d'une manière telle que nous méritions le nom de Missionnaires Oblats de Marie Immaculée? Cela signifie-t-il que nous sommes totalement engagés dans une mission commune, formant cette famille unie autour du Christ Sauveur et de Marie notre mère, telle que le Fondateur l'a envisagée? Le 17 février est la célébration de notre appartenance: comme Congrégation à l'Église et comme membres, à la Congrégation. L'intensité de ce «faire partie» dépend du libre choix de chacun individuellement.»

Ce jour-là, en même temps que les Oblats leurs vœux, nous renouvellerons notre engagement de Partenaires Oblats en Mission. Pour continuer à proclamer, par toute notre vie, et chacun dans notre propre milieu, notre appartenance à la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée et notre attachement à l’Église du Christ Sauveur.

(Denyse Mostert, 2008-02-07)

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Transfiguration (Matthieu 17:1-9)

Mathieu commence par nous informer: «Jésus prend avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère…» Je considère un peu le début de cet évangile comme un cours de «Relations humaines», un bel enseignement sur les critères d’une amitié vraie. Jésus en effet, parmi ses douze apôtres, se permet d’en choisir trois. Que voici donc un élément qui peut en faire rechigner plus d’un! Cela peut aller des «Pourquoi ces trois-là? Pourquoi eux et pas nous? Qu’ont-ils de plus que nous?» où rentre comme un sentiment d’envie, ou encore «Qu’ai-je fait de mal pour qu’il ne m’emmène pas moi aussi?»… et voici la porte ouverte à de la culpabilité…

Qui de nous n’a pas vécu au moins une fois dans sa vie ce sentiment à saveur de rejet? Sans toujours en être nécessairement conscient, nous confondons parfois amitié avec exclusivité. Or, voici que Jésus en choisit seulement trois qui vont devenir les témoins de sa transfiguration. Se pourrait-il qu’il veuille nous signifier par là, qu’une amitié ne se commande ni ne s’impose, qu’une amitié ne dépend pas de ce qu’on peut faire ou dire, qu’elle éclot tout simplement, sans raisons à donner ou comptes à rendre, qu’une amitié véritable ne peut exister que dans la liberté sans conditions. J’ai le privilège de vivre depuis de nombreuses années une amitié digne de ce nom; loin de nous enfermer sur nous-mêmes, elle nous pousse à ouvrir grands les bras pour que d’autres aussi puissent goûter le même bonheur.

«Il les emmène à l’écart, sur une haute montagne.» Il me revient une image de ma jeunesse. Me revoici dans les montagnes de nos Ardennes belges, des sommets où la paix m’enveloppait, où la grandeur du panorama à perte de vue me gonflait le cœur et où je me sentais tellement petite… et tellement protégée… Dieu était tout proche. Comme il devait l’être pour Jésus puisque, nous dit Matthieu, «Il fut transfiguré devant eux.»

Matthieu nous signale ensuite la présence de deux personnages bibliques: «Mais voici que leur apparurent Moïse et Élie…» Je les ai considérés longtemps comme deux (presque) intrus qui n’étaient pas convoqués à la promenade! Jusqu’à ce qu’un ami me donne la clé de leur présence. «Ils étaient là en témoins privilégiés» me dit-il: «Moïse, le premier a transmis la Loi de Dieu, Élie fut le premier prophète. Tous deux conversent avec Jésus. Il n’y a pas de faille entre l’ancienne et la nouvelle Alliance». Pierre semble l’avoir si bien compris qu’il propose de dresser trois tentes pour que se continue ce cœur à cœur. Jusqu’à ce que, d’une nuée lumineuse, retentissent ces mots: «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le.» On connaît la suite. Les disciples connaissent une grande frayeur. Et Jésus les rassure: «N’ayez pas peur…»

Cette partie du récit me ramène à nos vies présentes. Il y a des moments où tout va tellement bien, où tout nous réussit, nous nous sentons alors comme dominant le panorama de nos existences, invincibles presque… Il semble que cet état de bonheur doive durer toujours. Et ce sont des actions de grâce vibrantes que nous faisons monter vers le Seigneur, nous voici devenus «prophètes de bonheur»… Oui, comme Pierre, nous avons envie de demeurer là, heureux, transportés, en compagnie de ce Jésus transfiguré que nous sentons si proche de nous.

Mais qu’une nuée, fut-elle porteuse de divin, vienne soudain couvrir notre quotidien et c’en est fini de la belle assurance… La peur s’installe, Dieu semble soudain très loin de nous, nous ne comprenons plus les mots qu’il nous adresse comme à Pierre, à Jacques et à Jean. «Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour; écoutez-le.»

Et il nous faudra rien de moins que l’amour du Christ Sauveur nous répétant au cœur: «N’ayez pas peur…» Pour reprendre la route avec courage. Oui, c’est une belle leçon d’amitié, de confiance que nous donne l’évangile de ce jour.

(Denyse Mostert)

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Simplicité de l'Évangile

«Évangile, simplicité»: voici le message retenu par le P. Wilhelm Steckling, Supérieur général des Oblats de Marie Immaculée lors de ses rencontres avec le Pape Benoît XVI. Il nous le relate en ces mots:

En février, j’ai eu deux fois l’occasion de serrer la main à notre Pape, Benoît XVI. La première fois, le 2 février, journée mondiale de la Vie consacrée, la deuxième fois, le 18 février, lors d’une audience avec 20 Supérieurs généraux et Supérieures générales. De ces rencontres, deux mots me sont restés comme message pour nous religieux et missionnaires: «Évangile» et «Simplicité.

Ma route a été longue pour arriver à découvrir le message de simplicité de l’Évangile, message dont des aspects nouveaux continuent de me rejoindre tout au long de mon existence. Je m’y suis acheminée il y a bien longtemps après maintes et maintes sessions bibliques et autres efforts intellectuels. Il a suffi de quelques mots d’un chant entendu lors d’une célébration à la Basilique Notre-Dame-du-Cap: «On raconte qu’un homme, un jour en Galilée… parlait de liberté.»

Cette humanité de Jésus est venue me chercher. C’est auprès de Marie que j’ai fait mes premiers pas vers la découverte de la simplicité évangélique. Une toute petite interrogation: «Comment cela se fera-t-il?», une réponse sans ambiguïté: «Qu’il me soit fait selon votre parole!»… Marie apparaît de façon discrète dans le Nouveau Testament. Nous la voyons entre autres à Cana, où elle prévient le souci du maître de maison. «Ils n’ont plus de vin!», dit-elle simplement à Jésus. Elle ne demande rien, simplement elle est attentive. Et se contente de dire aux invités: «Tout ce qu’il vous dira, faites-le». Plus tard, on la retrouvera, douloureuse et fidèle au pied de la Croix où elle souffrira la Passion avec Jésus, mais gardera au cœur assez d’ouverture pour accueillir l’apôtre Jean et devenir ainsi la mère de l’humanité toute entière. Oui, Marie, modèle de simplicité et de foi, m’a bien fait découvrir la beauté simple du message évangélique…

Au travers des quatre synoptiques, se dessine le vrai visage de «celui qui passait en faisant le bien». Il y avait l’homme de Nazareth, rempli de l’amour du Père, prenant des enfants sur ses genoux, s’arrêtant chez les mal vus, entamant la conversation avec la femme adultère, guérissant des lépreux jusque là évités de tous… Il y avait le Fils de Dieu rempli d’Esprit Saint annonçant, à ses risques et périls, l’avènement du Royaume de l’Amour, bousculant ceux-là qui brandissaient une loi tatillonne et tous ces riches exploitant sans scrupule ceux qu’ils considéraient comme leurs inférieurs. Les Paraboles aux situations prises dans le quotidien et aux mots si clairs n’en disent-elles pas long elles aussi sur la simplicité de Jésus Fils de Dieu? Ne signifient-elles pas que tous, les gens simples comme les savants Docteurs, ont droit à l’annonce de la Bonne Nouvelle, et que tous sont invités au banquet? Oui, jusqu’aux colères du Christ Sauveur étaient revêtues d’une grande simplicité: celle de l’authenticité. Et que dire de l’enseignement suprême lors de la dernière Cène et du commandement nouveau par lequel Jésus nous invite simplement: «Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés.»! Simplicité engageante que cet amour, impliquant toujours un dépassement de soi, que ce soit dans le pardon qui guérit, dans le soulagement de ceux qui souffrent ou dans la parole qui implique…

Et le P. Steckling de conclure: «Voilà un appel qui nous est adressé à tous. Comme religieux ou comme partenaires laïcs oblats, nous devons regarder avec plus d’attention encore notre première règle de vie, l’Evangile et la simplicité de l’Évangile.»

Oui, c’est simplement que nous avons à être les témoins du Christ Sauveur, avec tout ce que nous sommes, avec le charisme propre à chacun de nous et dans le milieu qui est le nôtre. Le sommes-nous toujours? Pour ma part, je dois confesser que non. Mais l’essentiel ne serait-il pas tout simplement de se relever après chaque faux pas et de continuer dans la persévérance notre Montée vers Pâques?

(Denyse Mostert, mars 2008)

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"La vie en abondance..."

La communauté serait-elle le thème favori du P. Steckling? Voici ce qu’en écrit ce dernier dans sa Méditation Missionnaire d’avril 2008, consacrée justement à la Communauté apostolique: «La communauté est-ce mon thème favori, comme quelqu’un le disait? Peut-être. Mais j’ai fait attention de ne pas écrire une lettre sur ce sujet avant d’en avoir écrite une sur la mission. Je crois fermement que les communautés oblates sont façonnées par la mission.»

Au début de ma réflexion, je me suis sentie un peu mal à l’aise. J’ai beau être Partenaire Oblate en Mission, il n’en reste pas moins que la dénomination de «simple laïque» si longtemps employée, se niche encore un peu quelque part dans mon esprit. En fin de compte j’en suis arrivée à me dire que tout chrétien vit d’une manière ou d’une autre dans une «communauté apostolique»…

Comme beaucoup d’enfants de ma génération, j’ai fait partie de la «Croisade eucharistique». Nous portions fièrement le nom de «Croisés». Cette appellation paraît bien belliqueuse aujourd’hui! En effet, qui parmi nous penserait encore à s’identifier à ces Croisés du Moyen-Âge partis pourfendre «l’impie» pour lui reprendre le tombeau du Christ? Si l’image ne colle plus à l’heureuse évolution de la pensée chrétienne, notre devise en tant que membres de la «Croisade eucharistique», «Prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre» me semble toujours avoir sa raison d’être. Phraséologie mise à part, le mot «sacrifice» ayant perdu ses lettres de noblesse, je pense que cette manière d’être disciple du Christ peut contribuer à «rendre plus vivantes nos communautés d’apôtres», comme le souhaitent le P. Steckling et bien d’autres Oblats.

«Prie»: Selon les Constitutions, «les Oblats» [et les Partenaires Oblats en Mission] sont des passionnés de Jésus Christ.» Être passionné de quelqu’un, implique un lien très fort, une intimité étroite et du temps consacré à la personne qu’on aime.

Tout comme notre relation personnelle à Jésus Christ, il est essentiel que nos rencontres communautaires reposent sur des bases solides. Temps d’intériorité, prières en commun, échanges, le tout sur fond évangélique ne peuvent que nous aider à retrouver un regain d’une vie parfois étouffée sous la pesanteur de l’habitude, la mentalité de l’époque, les dissensions et autres défections affectant notre Église. La vie de saint Eugène et celles de ces hommes qui nous ont révélé le charisme oblat peuvent aussi devenir source de prière et d’inspiration précieuses.

«Communie»: «Faites ceci en mémoire de moi», nous a proposé Jésus lors de la dernière Cène. Loin de se limiter au simple geste de recevoir le Christ sous les espèces du pain et du vin, chaque Eucharistie nous conduit toujours un peu plus loin sur le chemin de la foi. Dernièrement, une phrase a fixé ma prière pour la durée d’une célébration et continue toujours à me parler: «En mangeant ce pain, en buvant ce vin, nous participons au mystère de la foi.» La foi ne se laisse pas saisir, seule la richesse du mystère se dévoile petit à petit à nos cœurs. Communier au corps et au sang du Christ, c’est renouveler notre adhésion à la Bonne Nouvelle qu’il est venu nous apporter, tout en acceptant humblement les «ratés» inévitables qui s’ensuivront dans nos agirs. C’est être rempli de reconnaissance pour ce don de «la Vie en abondance», une Vie déjà commencée et que nous avons la liberté d’expérimenter ou non.

Communier, c’est aussi risquer l’authenticité entre nous. C’est, parfois à notre corps défendant, nous montrer tels que nous sommes, heureux ou malheureux selon les jours, charitables ou égocentriques, empathiques ou envahissants. C’est, à travers nos limites, nous découvrir un cœur capable d’écoute, une capacité à comprendre, une force pour pardonner. Communier, c’est nous efforcer de «voir les autres avec les yeux du Christ Sauveur». Et nous retrouvons ici «le charisme de l’unité» dont parle le P. Steckling.

«Sacrifie-toi»: Bien que l’idée de sacrifice fasse tache d’encre de nos jours, il est évident que rien ne s’acquiert sans effort, toute mission quelle qu’elle soit implique des renoncements. Pierre et moi, comme bien d’autres parents, pouvons nous dire heureux de ce que sont devenus nos quatre fils. Est-il besoin d’ajouter que, si nous avons vécu et vivons encore de belles joies familiales, certains sacrifices ont été et demeurent encore parfois nécessaires? Ne retrouvons-nous pas un peu là cette «foule, vêtue de blanc des martyrs» que mentionne notre Supérieur Général? Ces renoncements ne nous conduisent certes pas à la mort radicale telle que ces martyrs l’ont acceptée. Il s’agit pourtant de petites morts successives à nous-mêmes qui peuvent être douloureuses et difficiles à accepter. Des petites morts, qui peuvent également se transformer en paix intérieure lorsque vécues dans l’optique évangélique …

«Sois Apôtre»: dans le «Dictionnaire des Valeurs Oblates», Yvon Beaudoin, o.m.i. écrit: «Marcher sur les traces des Apôtres, telle est l’expression qui revient le plus souvent sous la plume du Fondateur. Elle signifie presque toujours l’imitation de leur vie d’union au Christ et leur mission.»

Apôtres, nous sommes tous appelés à le devenir, selon notre personnalité et notre histoire de vie. Cette mission, nous avons à la rayonner autour de nous, avec ce que nous sommes et en référence constante à l’Évangile. Tout simplement, nous avons à être nous-mêmes, et à témoigner par nos paroles et notre vie toute entière que le Christ est vivant et que le banquet est pour tous.

«Communautés d’Apôtres – Comment les rendre vivantes?» La réponse à la question de cette Méditation Missionnaire ne peut-elle pas tout simplement se trouver dans les attitudes suivantes?

En tout premier lieu, comme nous le rappelle le P. Steckling, fréquenter assidûment le Jésus de l’Évangile dont «[les] paroles et [la] présence sacramentelle seulement, peuvent nous conduire à une communion toujours plus profonde et faire de nos communautés apostoliques des signes toujours plus brillants d’espérance dans le monde.»

D’autre part, je crois que nous aurions avantage à risquer entre nous l’authenticité… oser offrir… accepter de recevoir… Il me semble que ces facteurs, ouverture à un climat de confiance, pourraient contribuer grandement à l’épanouissement de nos communautés et groupes apostoliques. Notre Mission, tout entière tournée vers le Christ Sauveur ne pourrait que s’en trouver plus féconde…

Ensemble pour la Mission.

(Denyse Mostert, 2008-04-06)

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