Nous sommes le 19/09/2014 et il est 03h45 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Vie religieuse consacrée en Afrique
(Thomas Mbaye, omi)

Ce 19/09/2014, voici la pensée d'un véritable tchadien, membre de la Congrégation des Oblats de Marie Immaculée, digne fils de sa nation et de son continent dont il sillonne parfois les routes et les ruelles anguleuses à dos de cheval ou de mule noire mouchetée de rouge. Où va la vie consacrée? L'utilisateur y trouvera beaucoup de réponses philosophiques ou sociales aux questions pertinentes relatives au contexte actuel de l'Afrique, aux défis de la vie consacrée dans l'aujourd'hui du monde.

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Inculturation de la vie religieuse consacrée

Inculturation

A une époque où il semble si difficile de vivre ensemble, où les différences sont sources de heurts et de discriminations, où l'Evangile doit sacraliser des comportements culturels, il nous semble normal de parler de l'inculturation et les recherches d'identité. Dans un choc culturel, quelle culture va se laisser apprivoiser par l'autre? Quelle culture va percevoir l'autre comme un enrichissement et non  comme une menace? Comment éviter d'entrer dans un processus d'adaptation plus ou moins forcé qui devient, non plus de l'inculturation, mais de l'acculturation?

Ici nous avons aussi le principe théologique pour le problème de l'inculturation. Puisque l'Eglise est communion qui unit diversité et unité, par sa présence dans le monde entier, elle assume dans toute culture ce qu'elle y trouve de positif. Toutefois, l'inculturation est autre qu'une simple adaptation extérieure: elle signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par leur intégration dans le christianisme, et l'enracinement du christianisme dans les diverses cultures humaines. (Rapport final du Synode des Evêques de 1985, cf. Documentation Catholique, n. 1909 (1986), pp. 36-42)

En résumé: l'inculturation est l'accueil, l'assimilation, l'intégration du message évangélique. Elle est la christianisation de nos différentes cultures. Elle est la conversion de nos cœurs. L'inculturation n'est ni d'ordre vestimentaire, ni d'ordre gastronomique. Elle est un chemin spirituel: comprendre et vivre le même Evangile dans sa culture; comprendre et vivrfe le charisme de mon Fondateur dans ma propre culture. Elle consiste à voir comment ma culture et celle de l'autre peuvent exprimer le même langage du Christ Fils de Dieu.

Les cultures et leurs diversités

Culture: mode de vie d'un groupe social (et non de l'individu comme tel.) La culture est la conception de vie normalisée et standardisée de la société. Elle est une conception de vie d'un groupe particulier, bien qu'effectivement l'individu plutôt que le groupe la réalise dans la pratique. La culture est un bien de la société, n'est donc pas culturel le comportement particulier: «La culture, c'est l'ensemble des formes acquises de comportements d'un groupe d'individus unis par une tradition commune transmise par l'éducation» (Margaret Mead.)

Par la culture, l'individu s'adapte à son milieu social, physique et idéologique. Ainsi, la société peut se définir comme un ensemble de personnes organisées de façon permanente, personnes ayant en commun un même mode de vie et une conscience de groupe. Les éléments unifiant de toute société humaine sont la culture et la conscience de groupe. La culture varie d'un groupe de personnes avec un autre. Elle amène chez les hommes des comportements différents.

Il y a pluralité de cultures. Ne pas avoir la prétention d'intervenir dans la culture d'un autre pour la changer, mais chercher à changer sa propre culture. Une culture est passible du jugement évangélique, mais pas d'une autre culture qui, elle aussi, est pleine d'imperfections. Toute culture telle qu'elle est constituée crucifie le Christ s'il vient s'incarner en elle. On ne respecte pas une culture parce qu'elle est sainte, mais parce qu'elle est appelée à la perfection. Aucune culture n'est parfaite en elle-même.

Pourquoi l'inculturation?

Il faut entendre par inculturation, le fait d'introduire l'Evangile dans la culture et dans l'agir de l'Africain. C'est un processus par lequel la culture africaine est reconnue, acceptée et affirmée comme pouvant accueillir et véhiculer l'Evangile à l'instar de toutes les autres cultures dites chrétiennes. Comme religieuses et religieux d'origine africaine, c'est la connaissance des éléments de notre foi chrétienne et ceux de notre culture afriaine qui pourra nous aider à inculturer notre consécration religieuse. Le principe de notre foi n'est pas une chose, mais une personne, l'Homme Dieu. C'est dans la culture comme lieu que chacun doit approfondir sa foi parce que Dieu est toujours présent de toute éternité et dans toutes les cultures.

L'inculturation n'aurait pas de sens s'il n'y avait pas ces différences de disparités et d'oppositions entre les cultures. Derrière le problème de l'inculturation de l'Evangile en situation africaine, il y a la recherche de la légitimation de la culture africaine. Chaque religieux et religieuse doit faire un effort pour vivre en communauté avec d'autres consacrés dans le même charisme. Ce que commande ce vivre en communauté, c'est de transcender la méfiance, les préjugés de classe, de race, de cultures, etc. pour découvrir d'authentiques frères et sœurs. Ainsi, l'inculturation de l'Evangile se laisse voir comme le fait de faire pénétrer l'Evangile dans une culture donnée. Mais alors, qui a besoin de cette inculturation de l'Evangile?

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Le Verbe incarné, source de l'inculturation

Le Christ est le sujet de la révélation chrétienne dans sa totalité: à savoir comme mystère et aussi comme réalité incarnée dans l'histoire et dans le langage des hommes. Dieu, non seulement entre dans l'histoire, mais il y entre en assumant la chair de l'homme, avec toutes les limites du langage, de la culture, de l'institution.

La voie choisie par Dieu pour se donner lui-même en partage à l'homme, réalise ce que nous appelons sous le vocable d'inculturation. C'est le salut qui purifie l'homme dans sa culture et qui divinise le monde. Cette communication de Dieu qui divinise l'homme aura une projection dans l'espace et le temps. L'incarnation n'est pas seulement historique mais aussi existentielle. Elle imprègne toutes les dimensions de l'homme: son histoire, sa vie sociale, toues ses activités, bref, sa culture.

Si le Salut nous vient de la chair du Christ, et si l'homme doit ouvrir toutes les dimensions de son être à l'action du Salut, alors la grâce de Dieu a comme fonction de s'incarner dans la parole, le geste sacramentel, dans la vie concrète et consciente de ceux qui ont reçu la grâce. Cette grâce englobe les divers secteurs de la vie humaine et du monde afin de les intégrer au royaume de Dieu, d'en faire le corps du Verbe fait chair.

Inculturation de la vie religieuse ou incarnation continuée

En vue d'une juste compréhension de l'inculturation de la vie religieuse, voyons la figure de Jésus de Nazareth.

L'inhumanisation de Dieu dépasse les frontières d'une culture particulière, d'un peuple particulier. Né de Marie, Jésus a fait usage du langage anthropologique et culturel particulier laissé par les ancêtres d'un peuple donné. Il a utilisé le langage riche en signes et en symboles, pour instruire quelques régions du bassin méditerranéen. Jésus le Nazaréen a été marqué par la tradition religieuse et spirituelle de son peuple, autant que par sa situation politique et sociale.

Dans cette pluralité de cultures que forment nos Familles religieuses, l'inculturation de la vie religieuse doit partir des usages hérités de nos Fondateurs et Fondatrices pour les transformer en un patrimoine propre à chaque communauté humaine. Chaque congrégation doit apprendre à parler le «langage culturel et anthropologique» (EN, 63) des peuples et des groupes humains à qui elle propose son charisme.

La congrégation a aussi le devoir de faire ce que Jésus de Nazareth a fait: devenir humain pour que chaque expérience humaine devienne effectivement un lieu de rencontre salutaire avec le Christ.

Les congrégations sont organisées dans une variété merveilleuse. C'est dans cette variété que doit s'accomplir l'unique mission ecclésiale qui permet à chaque personne de participer en fonction de sa propre culture à la construction de la congrégation. Ainsi, faisant sienne cette famille religieuse, aucun de ses membres ne se sentira étranger dans la grande famille de telle ou telle congrégation.

Une vie consacrée

Etymologiquement, la consécration est un acte de rendre sacré une personne, un objet ou un bien, en le vouant au service de Dieu. La consécration est donc un engagement sacré, une action de dédier à la divinité.

Consacrer c'est soustraire un objet ou une personne à l'usage profane pour les transférer dans le domaine de Dieu et les lui réserver. Lorsqu'il s'agit d'une personne, l'Eglise enseigne que, seuls, le Baptême, la Confirmation et le sacrement de l'ordre impriment dans l'âme une empreinte appelée «caractère sacré.» Voilà la consécration sacramentelle.

Par ailleurs, les membres de tout institut qui ont répondu à une vocation divine et qui ont dédié entièrement leur vie au service de Dieu et de l'Eglise reçoivent une consécration particulière qui «s'enracine intimement dans celle du baptême et l'exprime avec plus de plénitude.»

Le terme consécration est utilisé par Vatican II dans le sens constant et global de «donation intégrale de soi». Le Christ est consacré et envoyé dans le monde par le Père (LG 28.) Le Concile parle aussi de consécration dans la vie religieuse; la consécration n'est donc pas réservée à l'Etat religieux, mais elle est commune à d'autres états de vie. Mais l'insistance avec laquelle on y revient dans les textes relatifs à la vie religieuse vise constamment à mettre en lumière le but de la consécration qui n'est autre que Dieu. En substance, la vie religieuse est donation intégrale de soi à Dieu, entier dévouement à son service; elle est un mode spécial de consécration au Seigneur. L'acte liturgique garantissant une telle consécration (rites de l'initiation ou temps canonique de noviciat et surtout de la promesse et de la profession) et l'intervention de l'autorité hiérarchique font de la vie religieuse un «état» (LG 45.)

L'objectif principal de la vie consacrée est «la recherche constante de Dieu». La vie religieuse consacrée suppose indubitablement une vocation. Donc Dieu lui-même propose un projet de vie que l'appelé concrétisera selon la modalité d'une certaine typologie et finalement d'un groupement déterminé.

«Je vous prie donc instamment, moi qui suis prisonnier dans le Seigneur, d'avoir une conduite digne de la vocation à laquelle vous avez été appelés, en toute humilité et douceur, vous supportant mutuellement avec patience, vous efforçant avec charité de conserver l'unité de l'esprit par le lien de la paix. Il n'y a qu'un seul corps et qu'un seul esprit, comme aussi vous avez été appelés par votre vocation à une même espérance» (Ephésiens 4, 1-4.)

Dans la recherche d'une conduite droite digne de notre vocation, nous décidons librement de nous imposer une discipline que nous nommons sous le vocable religieux de faire vœux de religion, émettre des vœux ou encore prononcer des vœux. Que signifie chacun de ces vœux?

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La pauvreté

A une époque où beaucoup des presses parlent des programmes gouvernementaux contre la pauvreté, où l'on exhorte avec insistance les religieux à s'occuper d'une façon toute spéciale des pauvres et à travailler à l'élimination de la pauvreté dans le monde; à une époque où les dirigeants de ce monde se réunissent pour parler de développement durable, il semble qu'il y ait besoin particulier de comprendre clairement ce que veut le religieux lorsqu'il promet «vivre toute sa vie dans la pauvreté.»

Ce qui importe avant tout, c'est que nous comprenions nos vœux dans le contexte de l'apostolat d'aujourd'hui avec ses voyages en avion à réaction pour assister axe conférences jugées nécessaires, notre aujourd'hui avec ses dépenses qu'exigent la formation et l'éducation et conséquemment la nécessité de faire des dépenses coûteuses pour garnir les bibliothèques et équiper nos maisons en appareils informatiques. Il ne faut pas considérer la pauvreté uniquement sous l'aspect matériel mais à explorer aussi la signification plus profonde pour l'esprit. Comme le Père Daniélou l'a suggéré, la pauvreté se définit «essentiellement par rapport à Dieu et non pas d'abord par rapport aux biens matériels» (Le chrétien d'aujourd'hui, p. 138.)

Au niveau matériel, la pauvreté est un manque de biens, insuffisance de ce qui est nécessaire à la vie. Elle n'est pas à envier. Et la richesse alors? Je ne donne pas une définition de la richesse, mais je voudrais simplement dire ceci: la richesse est relative à travers les yeux qui regardent. Elle est comme la jeunesse qui est aussi relative en fonction des yeux qui regardent: 20 ans pour quelqu'un de 40 ans, c'est jeune; 60 ans pour quelqu'un de 85 ans c'est encore jeune. Ni la science, ni les richesses ne rendent pas un homme heureux. Ni les maisons, ni les terres, ni les plus grands amas d'or et d'argent ne peuvent ni chasser la fièvre du corps de celui qui les possède, ni délivrer son esprit d'inquiétude de chagrin.

Elle est un état de vie à la suite de la première communauté chrétienne dont parlent les Actes des Apôtres: «tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun» (Actes é, 43-45.)

Par le vœu de pauvreté, le religieux témoigne devant tous ses frères et devant toute l'Eglise, de ce besoin que l'homme ressent au-delà des grandes possessions, à la fois sur le plan naturel et surnaturel. Il admet qu'il dépend de Dieu, de la charité du Christ et de toute la communauté chrétienne. Mais c'est à l'intérieur de sa propre communauté qu'il admettra tout cela concrètement. Le religieux abandonne, par son vœu même la possession de ces objets dont il a réellement besoin. A partir de ce moment, il dépendra de la communauté de ses frères pour les nécessités vitales comme la nourriture, le vêtement, le logement et les soins médicaux. Non pas que sa dépendance soit celle d'un enfant qui reçoit tout de ses parents. Un religieux paresseux, nonchalant n'est pas pauvre. La pauvreté du religieux inclut plutôt les deux actions de donner et de recevoir. Pour exprimer davantage sa dépendance de la communauté le religieux déclare par son vœu, sa volonté de partager tout ce qu'il a et tout ce qu'il est. En fait, la règle de Taizé a rebaptisé la pauvreté en l'appelant «le vœu de la communauté de biens.» Les biens que le religieux est initié à partager s'étendent aux possessions matérielles comme le salaire ou les cadeaux qu'il peut recevoir.

Vœu de partage par lequel celui qui possède quelque chose s'appauvrit pour que son frère ne soit pas dans la misère et celui qui n'a pas rien accepte humblement ce qu'on lui donne. La pauvreté est à la fois parage, amour et soutien. Elle réunit les petits et les grands, les forts et les faibles, les riches et les pauvres. Elle est échange, communication, consolation. C'est pourquoi, par elle, les communautés religieuses déploient une force incroyable et accomplissent des prodiges. Tout est possible avec l'union des cœurs dans la pauvreté. Elle est une affaire d'attitude. Une attitude qui se laisse guider par la générosité du cœur. La pauvreté se vit concrètement: l'entretien et le soin de ce que la communauté met à ma disposition, le non-gaspillage des biens de la communauté, la contribution à l'allègement des charges de la communauté et en un mot, aimer sa communauté, les autres membres de cette communautés et avoir le souci de tous les biens.

Enfin le religieux pauvre acceptera le changement. Il abandonnera son attachement à ce qui avait fait sa sécurité dans le passé et il s'adaptera lorsque c'est nécessaire. Le religieux pauvre vit actuellement ce qui sera un jour la vie de la communauté des rachetés dans le ciel. Il aime et est aimé; il donne et on li donne; il s'enrichit en donnant aussi bien qu'en recevant. «N'ayant rien, il possède tout.» Et ainsi il peut témoigner devant tous ses frères dans le Christ que la pauvreté, en plus de «rendre disponible» constitue «une aptitude à la reconnaissance, une invitation à la discipline et un instrument de liberté.»

La chasteté

Un homme chaste a un cœur grandement ouvert pour les autres parce que la chasteté n'est pas un état d'être incapable de dire non à une demande qui mérite un non. Etre chaste, c'est être capable de dire non à une situation qui mérite un oui. La chasteté est un état d'ouverture aux autres, sans imposer quoi que ce soit, sans attente ni restriction.

Un cœur chaste donne dans la simplicité et l'humilité, avec amour et détachement. Il aime l'autre tel qu'il est, comme il est et le respecte totalement dans la liberté de ses choix. Vivre chaste est abandon de ses propres exigences biologiques. Celui qui est chaste s'aime lui-même et découvre patience, tolérance et humilité: trois attitudes qui l'élèvent et le rapprochent des autres et de Dieu.

La chasteté se vit généralement dans le contexte d'une communauté religieuse. Dans une communauté, chaque religieux ne se contente pas de promettre de vivre chaste lui-même, mais il promet aussi de soutenir la vie d'amour de tous les membres de la communauté. Comme le Père Adrian Van Kaan l'a si bien dit: «m'engager à la vie de célibat en communauté signifie aussi que je m'engage à l'égard du célibat des autres. Je suis co-responsable d'eux. La façon principale par laquelle je vis cette responsabilité consiste à contribuer de tout cœur à la formation d'un climat d'amour, d'amitié, de détente qui évite le repliement sur soi-même conduisant si facilement à cette torture qu'est l'obsession sexuelle.»

Le religieux chaste parle au monde, il parle dans le monde. Le décret sur la vie religieuse fait remarquer que cette vertu «est un signe particulier des biens célestes, ainsi qu'un moyen très efficace pour les religieux de se consacrer sans réserve au service divin et aux œuvres de l'apostolat» (art. 12.) Le religieux est quelqu'un qui fait profession d'amour, d'amour chrétien, d'amour de chasteté.

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L'obéissance

Comme ce mot est radieux, surtout si on ne lui attache aucune obligation. Elle n'en contient d'ailleurs pas dans son essence. En effet, l'obéissance réelle ne s'accorde pas par obligation. Il s'appellera alors soumission. L'obéissance est un respect de soi. Obéir implique une attitude empreinte d'amour, d'honnêteté et de fiabilité. Elle se manifeste avec ferveur et douceur. L'obéissance est réelle, si on l'exerce tout d'abord envers soi, ce qu'on  appelle respect de soi. Et se respecter, c'est être fidèle, loyal et honnête face à soi-même. C'est s'obéir, en parlant et en agissant conformément à ses pensées et à ses croyances.

Obéir, c'est être cohérent avec soi-même. C'est dire ce que l'on pense et faire ce que l'on dit. C'est conserver en tout temps l'harmonie entre ses pensées et ses paroles, ses paroles et ses actions. C'est aussi être fidèle à la parole donnée, remplir ses engagements et donner suite aux promesses faites.

Si dans une situation précise, vous jugez qu'il serait préférable d'agir à l'encontre de vos vœux de religion en laquelle vous ne croyez plus fermement, il est alors temps de réviser votre engagement. Il ne vous convient peut-être plus. N'hésitez pas à l'abandonner, plutôt que de commencer à faire des exceptions qui risquent d'engendrer la confusion en vous. L'obéissance ne me dit rien pourvu que je sois pauvre et chaste, disent certains; la chasteté n'est rien parce que je ne vis que dans l'obéissance, affirment d'autres, etc.

Libérez-vous des principes qui vous emprisonnent et vous empêchent de connaître la paix intérieure. Ne vivez pas avec une série de valeurs ou des principes auxquels vous ne pouvez pas rester fidèles. C'est cela la sincérité. Etre sincère, c'est entrer dans la connaissance de soi. C'est se doter d'un des plus puissants moyens pour apprendre à se connaître. Etre sincère élimine tout tiraillement intérieur et permet d'atteindre ses objectifs.

Pour bien vivre des vœux de religion, la grande bataille à livrer est une bataille intérieure et personnelle qui se gagne peu à peu dans la réaction positive face aux petits actes du quotidien. Beaucoup de religieux pensent qu'il faut attendre jusqu'à demain l'occasion exceptionnelle pour évoluer. Pas du tout. Chaque minute doit être mise à profit.

La formation vous donne souvent l'occasion de progresser. Il vaut mieux envisager de faire fructifier ce qu'elle nous donne. Si l'on veut devenir maître de soi, surmonter les épreuves, augmenter son potentiel d'énergie, il faut être présent et conscient de son choix; prendre des moyens d'y tenir. On n'insistera jamais assez sur ce point.

Pour être conscient, il faut observer attentivement et noter ce qui se passe dans notre corps, dans notre pensée, dans nos sentiments. Il faut analyser, sans cesse, ce qui se vit, sans complaisance avec l'aide de ceux qui nous aident à progresser dans la vie religieuse. Les anciens sont là pour vous aider. Vous vivez selon ce que vous croyez connaître, mais eux, vivent selon ce qu'ils ont vécu. Nous verrons alors bien vite que nos difficultés proviennent souvent des concessions que nous faisons à nos appétits, à nos passions, à nos faiblesses aux dépens des vœux qui régissent notre corps et notre pensée.

Vivant en communauté, le religieux obéissant est responsable des autres en plus de répondre de lui-même. Il s'ouvre à tout ce que l'esprit souffle aux autres membres. Il est disposé à écouter et écouter réellement, même des opinions qui semblent contraires à ce qu'il pense. En communauté, les jugements sont tempérés par l'amour. L'obéissance responsable implique aussi l'acceptation d'une tâche spécifique dans la communauté. En répondant aux exigences de la situation présente dans laquelle l'obéissance l'a placé, le religieux répond activement aux besoins des autres.

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Pourquoi l'inculturation de la vie religieuse consacrée?

L'attachement de chacun à sa culture demande d'y prêter attention particulière. Nous restons toujours attachés à nos liens familiaux, techniques, raciaux; chacun gardant jalousement les traits de sa culture comme un trésor. C'est cela qui brise la fraternité dans nos communautés religieuses. Si je ne mange pas tel ou tel plat spécialité de ma culture (la boule, le riz, le sorgho, le T.K., la pizza, etc.) je n'ai pas mangé, mon ventre reste creux. Chez nous, c'est ainsi que l'on accueille les visiteurs. Il faut donner et toujours donner, etc. la famille de sang est plus profonde. Chacun est modelé, porté et façonné par les normes de sa culture, par les mœurs, les us et coutumes de son environnement. Nos communautés religieuses courent le risque de devenir des foyers de regroupements ethniques ou nationaux parce que l'esprit de dialogue, de compréhension mutuelle et de tolérance se fait de plus en plus rare.

Quand nous pensons que notre culture est nombril du monde, nous ne pouvons pas bâtir des communautés fraternelles. Il faut oser grand, oser rompre avec quelques pratiques culturelles et cultuelles. C'est là où l'inculturation devient nécessaire et même indispensable.

Comment inculturer la vie consacrée?

Ce qui est le plus important dans l'inculturation de la vie consacrée, c'est de faire dissiper ces faux préjugés du passé, à savoir: d'une part que le christianisme n'est qu'une religion de l'Europe; d'autre part que toutes les valeurs culturelles et religieuses étrangères au christianisme ne sont que superstitions et idolâtries. Cette démarche peut créer les conditions pour que de toutes les classes culturelles et religieuses, les consacrés se rapprochent les uns des autres, et le principal point de rencontre sera bien le Christ Jésus et son Evangile. L'inculturation englobera de diverses manières de vivre la vie consacrée.

L'inculturation est un travail de longue haleine exigeant compétences et patience, qui ne pourra pas se faire indépendamment du développement harmonieux des valeurs chrétiennes et religieuses. Il ne s'agit pas de revêtir le christianisme ou les charismes de la vie religieuse de l'habit folklorique du peuple, mais de lui tailler sur mesure un vêtement dans le tissu des valeurs culturelles du peuple, pour les rendre proches, acceptables, acceptés. Loin de ternir la vérité, la langue du peuple
 Doit la faire comprendre; loin d'utiliser d'une manière aveugle et erronée les valeurs culturelles du pays, on doit chercher à en connaître au préalable le sens de ces valeurs afin de pouvoir, si besoin est, les «convertir et sublimer» en leur apportant la touche chrétienne.

Lentement mais sûrement, on commence à voir que derrière les signes extérieurs, se cache un niveau de sens et de spiritualité très profond qui marque de son empreinte la vie quotidienne. Une chose est d'avoir une certaine connaissance d'une culture, une autre est de commencer à la considérer et à l'apprécier dans sa réalité.

Peut-on inculturer les charismes religieux?

Le charisme est un don fait à un croyant en vue du bien pour la communauté. Un charisme n'est pas un talent. Un charisme a ses caractéristiques: la liberté du bénéficiaire du don et la finalité de ce don: don pour le bien de l'Eglise, de la communauté.

Les fondateurs des congrégations sont des croyants qui ont reçu des dons. Tous les Fondateurs des congrégations sont situés dans l'histoire, dans le temps et dans des contextes précis auxquels ils ont puisé des éléments d'organisation concrète de leur charisme. C'est pour cette raison que les charismes sont différents et ne sont pas purement et simplement transplantables en tout temps et en tout lieu.

Il y a, dans chaque congrégation, un Fondateur avec ses caractéristiques propres.

Les Fondateurs des familles religieuses sont des personnes d'avant-garde; ce sont des charismatiques. Le charisme ne se copie pas. Il est don qu'un Fondateur reçoit. Ces charismatiques qui sont les Fondateurs de nos Instituts respectifs

Pour répondre aux besoins de l'Eglise, certaines congrégations sont obligées de sortir de leurs charismes. Et pourquoi? Parce que la situation a évolué, mais aussi parce qu'on ne va pas reproduire textuellement ce qui était au début. Il faut contextualiser le charisme. Le charisme religieux dans l'église obéit toujours aux caractéristiques suivantes: bien de l'Eglise et du monde contemporain. Les charismes sont obligés de s'interpénétrer.

Il y a souvent des conflits entre les exigences de la vie religieuse et le service demandé. La spécificité de service demandé ne permet pas aux religieux de répondre à tout: il faut des personnes qualifiées.

Le voyage le plus long commence par le premier pas, dit la sagesse des Anciens. «Nous sommes invités à l'aube du troisième millénaire à revisiter, ré exprimer, réinventer et réinvestir notre charisme religieux. C'est cela l'inculturation des charismes…

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Les avantages de l'inculturation de la vie religieuse

L'inculturation est indispensable à la vie religieuse quand, au-delà de la culture, elle vise l'homme source, produit et consommateur de toute culture. Elle devient alors le processus d'évangélisation qui cherche à atteindre l'homme au cœur de son existence. Elle touche le moteur de cette vie de l'homme et appelle celui-ci à la repentance, à la conversion et à une nouveauté de vie avec Dieu, soi-même, les autres et le reste de la création. Nous pouvons ainsi dire avec Paul: «si quelqu'un est en Christ, il est une nouvelle créature; le monde ancien est passé, voici toutes choses sont devenues nouvelles.» (2 Co 5, 17.) C'est donc l'homme transformé par l'action de l'Esprit et greffé à Christ qui peut devenir une nouvelle créature en Dieu. Et sa culture devient ainsi une plante qui produit des bons fruits parce qu'enracinée dans l'Evangile et vivant de sa sève, qui se laisse régulièrement émonder par la parole de Dieu pour produire davantage de fruits de qualité, un bon ombrage pour les oiseaux et pour ceux qui désirent un abri. Une telle inculturation transforme en libérant et en responsabilisant l'Africain vis-à-vis de lui-même et des autres, celui-ci sait et devient conscient qu'il ne croit pas par procuration mais qu'il a la foi en ce Christ qui l'a libéré, et en reconnaissance, il aimera et servira son Seigneur de tout son être et toute sa culture.

Alors si l'Evangile devient une puissance qui, en transformant l'homme transforme sa culture, nous pouvons dire que l'inculturation devient possible quand l'Evangile cultive l'homme, le fertilise et le rend productif des bonnes plantes qui donnent des bons fruits. Dans ce sens, il devient une puissance de conversion, de changement de mentalité et de comportement. Il se manifeste comme une puissance de guérison, de libération, de la vie en abondance, de la mobilisation, de la reconstruction et de la construction d'un avenir.

L'inculturation est fructifiant et enrichissante lorsque les charismes religieux ne s'installent pas et ne s'enferment pas dans une culture mais font de ceux-ci un véhicule et un instrument de Dieu au service de Dieu pour le bien-être de l'homme. De cette manière, la rencontre de nos charismes et de nos cultures, sans tenter de réduire ou d'assimiler les uns ou les autres, fera de la culture de l'homme, le lieu et l'instrument de la paix, de la dignité humaine, du droit de l'homme, de l'ouverture à Dieu et à l'autre. Quand l'Evangile entre dans une culture, il anime les acteurs et les bénéficiaires de cette culture.

Le «déjà là» de l'inculturation de la vie religieuse

Les congrégations aussi bien diocésaines qu'internationales sont des berceaux du multiculturalisme à un autre niveau dans laquelle les adultes vivent et les jeunes y entrent. Beaucoup de missionnaires sont tiraillés entre leur propre culture d'origine et la culture dans laquelle ils travaillent et d'où viennent les jeunes religieux. D'une certaine manière, les jeunes africains qui entrent dans une congrégation sentent qu'ils sont en train de s'assimiler dans quelque chose qui, pour eux, est une culture étrangère, ce qui leur pose, en tant que  religieux ou religieuses, beaucoup de questions très concrètes et très pratiques. Ces questions concernent la langue qu'ils parlent, les coutumes, les valeurs et la croyance que leurs formateurs leur transmettent.

Enfin, les communautés dans lesquelles vivent les religieux sont régulièrement des foyers des diversités culturelles. Les communautés religieuses vivent journellement la diversité des cultures et elles célèbrent régulièrement la richesse et la diversité des cultures. En d'autres termes, mourir dans sa naturelle pour revivre dans une famille religieuse, c'est embrasser la diversité culturelle et non exclure.
«Ainsi, les jeunes Africains qui deviennent membres de ces Instituts missionnaires par leur consécration aux vœux de religion, vivent au quotidien une expérience spirituelle féconde de brassage des cultures,, une expérience de dialogue et parfois de déchirement. Leur  cheminement vocationnel les oblige à assumer le choc des cultures, au sein d'une communauté internationale. Ils pourraient devenir des artisans de réconciliation et de pardon, d'unité et de communion au sein de nos églises locales, trop souvent paralysées par des conflits ethniques, par des tensions inavouées dues à la recherche du pouvoir et d'intérêts matériels. Et pourquoi ces jeunes missionnaires africains ne deviendraient-ils pas des acteurs dans la ré-évangélisation des églises de vieille chrétienté?» (Augustin Ramazani Bishwende, «Le devenir des Instituts Missionnaires d'Afrique», in Spiritus, n°167, juin 2002, p.232.

Le «pas encore» de l'inculturation de la vie religieuse

La toute première étape de l'inculturation de la vie religieuse est celle de la rencontre avec une autre ou d'autres cultures. Aller à la rencontre signifie aller là où les gens se réunissent, profiter des occasions des célébrations de mariage, de funérailles, la célébration de la naissance des jumeaux, etc. Se rendre aux endroits où ils se réunissent, au sens physique mais aussi mentalement, avec un esprit et un cœur ouvert, même si l'on ne comprend pas leur langue et si l'on ne connaît ni leurs traditions ni leurs valeurs. Ne jamais aller vers d'autres cultures avec des préjugés, des idées préconçues et encore moins avec sa propre culture comme critère de jugement des valeurs d'autres cultures.

La première fois que l'on entre en contact avec de nouvelles cultures, surtout en milieu multiculutrel, cela demande beaucoup de sensibilité et une grande ouverture aux possibilités nouvelles. Au départ, c'est la façon dont les gens vous accueillent qui est importante. Chaque culture aura sa propre façon de se réunir et d'accueillir. La première rencontre demande aussi de la souplesse et une attitude d'ouverture aux possibilités qui pourraient se présenter. Les différences seront multiples; elles porteront sur la nourriture, les habitudes, la notion de temps, la conception de la famille voire la conception de la vie elle-même.

Pour apprécier pleinement une culture, il faut d'abord et avant tout la comprendre et ensuite reconnaître et affirmer les valeurs qu'elle contient. L'important pour nous, c'est de pouvoir commencer par observer et apprécier des signes extérieurs tels que les coutumes, les traditions, les rituels et les noms. Cependant, très vite on se rend compte que derrière tout cela, il y a des niveaux de sens et des valeurs beaucoup plus profonds qui façonnent la manière de penser des gens, leur mode d'évaluation et même leur type de relation les uns avec les autres. Et bientôt, on commence, par exemple, à voir et apprécier la valeur de la solidarité, la valeur de la famille élargie, la valeur des relations avec un groupe semblable au sien.

En tant que missionnaires, nous percevons, dans la culture certaines valeurs qui ont une place centrale dans notre propre charisme. C'est pour nous l'occasion d'affirmer, d'encourager et de commenter ces valeurs; une façon pour nous de partager des valeurs qui nous sont proches, telles que, par exemple, la communion, la compassion, la contemplation et la célébration.

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Les dangers de l'inculturation

Parler de l'inculturation de la vie religieuse aujourd'hui suppose-t-il voir la nécessité de «changer» notre vie communautaire et religieuse? Suppose-t-il changer la méthode pastorale? Changer la manière de former à la vie religieuse jusque là pratiquée? Il y a bien sûr des méthodes religieuses inadaptées au monde d'aujourd'hui, monde neuf à beaucoup d'égards à cause de sa continuelle évolution qui entraîne à révision de quelques pratiques. Mais ce n'est pas seulement inculturation.

Si le pluralisme culturel se réduit à une revendication de sa liberté, de la reconnaissance de sa culture particulière, cela ne peut aller sans danger, car il s'agit «d'incarner» nos charismes religieux en une diversité de besoins, une réalité précise et inaltérable.

Rien ne serait plus risqué pour la vie religieuse que d'être traité comme n'importe quelle vie, simplement parce qu'on veut se défaire de la forme de transmission dite classique. Dans l'état actuel des choses, l'inculturation peut consister soit dans la création de types nouveaux de vie, non encore déterminée; soit dans la clarification de certaines structures déjà existantes, appelant une présence évangélique adaptée. On doit continuellement s'interroger; comment maintenir en chaque culture, le flambeau de la foi en main, comment ne jamais se séparer du contenu de nos charmes dans lesquels changement ne pourrait plus être considéré comme valable. Trop souvent, le discours sur l'inculturation , surtout en Afrique, sont incantatoires cherchant à cacher la crainte de renouveau. Ici, nous sommes d'accord avec Charles Marie Guillet qui a dit avec raison: «En Afrique noire, le sens traditionnel de l'autorité du chef se transpose facilement sur l'évêque ou sur le pape. Il ne faudrait pas que cette obéissance spontanée empêche l'épanouissement de communautés responsables de leur propre devenir, soucieuse de l'événement d'un Règne de justice et d'amour en terre africaine.» (CH. M. Guillet, L'Eglise, communauté de témoins dans l'histoire, Paris, Montréal, 1988, p. 86.)

Il faut le souligner tout de suite, l'inculturation ne pouvait être synonyme de transformation de nos valeurs religieuses en tradition et coutume. Nous sommes avertis: «Prenez garde que personne ne vous séduise par les arguments trompeurs et vides de la sagesse humaine: elle se fonde sur les traditions des hommes, sur les forces spirituelles du monde, et non sur le Christ». (Col 2, 8). Nous devons savoir que la culture est produit de l'homme mais elle n'est pas et ne saurait se substituer à celui-ci. Tout comme l'homme, producteur et consommateur de la culture, celle-ci a des limites dans lesquelles elle risque de confiner l'Evangile, surtout si l'inculturation de l'Evangile est une action humaine.

L'inculturation cache mal un réel désir du retour au paganisme pour une catégorie des chrétiens ou une stratégie de la revanche de ce même paganisme contre le christianisme à partir de l'intérieur de celui-ci. Pour un certain nombre de chrétien, ouvrir l'Evangile à la culture africaine correspond à laisser le chrétien africain reprendre ses idoles, intégrer ses dieux dans la foi, aller chez le voyant, sacrifier aux crânes des ancêtres, se blinder sans mauvaise conscience, se faire purifier par les prêtres de la religion traditionnelle. C'est en somme, avoir la licence de pratiquer le paganisme dans le christianisme et dans l'Eglise sous le couvert de l'inculturation. Ici encore, Mbembe a vu clair. En effet, «Dans un contexte marqué par la libéralisation de l'espace des offres de sens, le «génie du paganisme» se découvre de nouveaux champs d'investissements et de nouveaux projets. Il parvient à mieux faire connivence avec les attentes montantes (même si, bout du compte, il les dérive vers l'imaginaire) et à coaliser avec les dimensions de l'intelligence ancestrale autrefois réprimées par l'ordre colonial tout court» (Afrique Indocile). Aussi se rend-on compte que l'inculturation va avec un certain retour aux religions traditionnelles et la recherche d'une certaine sécurité.

Tous ces dangers ne doivent pas nous empêcher de voir objectivement l'importance de l'inculturation. C'est la force de l'esprit qui vivifie, oriente et renouvelle la culture pour que «Le groupement des nations dans la foi ne consiste pas à abstraire des peuples particuliers un peuple uniforme, mais à faire converger dans la louange et selon la vie de l'Esprit l'apport humain et spirituel de chacun d'eux» (p. VALADIER, L'Eglise en procès, Flammarion, 1989, p. 222.)

Les pierres d'achoppement de la vie religieuse en Afrique

En guise de conclusion

Accueillir l'Evangile de Jésus intégralement selon les charismes de nos instituts religieux et le vivre de façon inculturée dans nos cultures respectives ne va pas sans heurts. Dans chaque culture, il y a des défauts à extirper et des qualités à cultiver. Une véritable inculturation sera le fruit d'une conversion radicale et personnelle et communautaire. Le changement d'esprit et d'attitudes est beaucoup plus impérieux qu'une simple modification de structures et d'institution. Une simple vie chrétienne ne peut pas tout adopter de nos coutumes ancestrales, combien, à plus forte raison, la vie religieuse consacrée?

L'inculturation de la vie religieuse consacrée en Afrique et notamment au Tchad demande une «transculturation», c'est-à-dire une ouverture et un échange avec les autres cultures. Ce qui exigera à son tour une déculturation partielle, c'est-à-dire une mise en question de certains aspects de notre propre culture.

L'inculturation de la vie religieuse consacrée au Tchad exige que les richesses de l'inculturation ne peuvent être toutes contenues dans une seule culture (Sara, Gor, Ngam, Ngambay, Toupouri, Massa, etc.) ni même dans l'ensemble des cultures, mais il faut une transculturation, c'est-à-dire une transformation de toutes cultures par l'Evangile de Jésus.

Il nous faut créer une communion d'âmes dont la vie en commun exprime concrètement un amour mutuel, sincère, profond, surnaturel. Voilà le sens de la communauté religieuse. La croissance en communauté de vie religieuse inculturée demande ouverture, réceptivité, partage des dons reçus, acceptation de l'autre. La communauté implique unité sans perte d'identité culturelle.

Cependant, l'inculturation de la vie religieuse consacrée est autre chose qu'une simple adaptation extérieure: elle signifie une intime transformation des authentiques valeurs culturelles par l'intégration dans les charismes et l'enracinement des charismes dans les cultures humaines variées. Aussi faut-il faire tous les efforts en vue d'une généreuse évangélisation de la culture, plus exactement des cultures. Elles doivent être régénérées par l'impact de la Bonne Nouvelle mais cet impact ne se produira pas si la Bonne Nouvelle n'est pas proclamée.

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Homélie sur les voeux de religion

(Thomas Mbaye - Cameroun, Maroua 8 septembre 2002)

Saint Jean MarouaNous venons d'écouter, dans cette page de l'Évangile, Jésus aborder avec ses disciples la discipline dans les communautés chrétiennes (Matthieu 18:15-20). En écoutant cette page, chaque disciple semble être établi juge de paix envers son frère qui a péché, pour qu'il se détourne de sa conduite mauvaise. Cette juste remise en place de son frère fait partie intégrante de la mission ecclésiale, de la mission de tout chrétien. C'est une discipline.

Une discipline est un ensemble des règles et de conduite imposées aux membres d'une collectivité pour assurer le bon fonctionnement de l'organisation sociale. Elle est aussi une règle de conduite qu'on s'impose.

Quand on s'impose une discipline, elle équivaut à ce que nous appelons sous un vocable religieux, faire vœux de religion, émettre des vœux, prononcer des vœux. Les vœux que nous émettons montrent que nous choisissons notre vie en fonction de nos aspirations profondes et vous allez l'exprimer tout à heure par votre façon unique de donner votre nom par vos propres paroles et par vos gestes. Vous voulez, en quelque sorte, créer votre propre vie.

Chacun de nous a le pouvoir de créer, et sa vie et son être, par une décision adéquate. Et chaque décision engendre des conséquences qui exigent ensuite d'autres décisions. C'est une roue qui tourne continuellement. Les conséquences de vos décisions d'aujourd'hui constituent déjà votre vie de demain.

Vous allez renouveler, dans cette chapelle et en présence des uns et des autres, et surtout en présence de Dieu, les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance qui sont les trépieds de la vie religieuse. Ce sont de garde-fou de la vie que vous avez librement choisie.

Qu'est-ce que c'est que la pauvreté ?

À une époque où beaucoup des presses parlent des programmes gouvernementaux contre la pauvreté, où l'on exhorte avec insistance les religieux à s'occuper d'une façon toute spéciale des pauvres et à travailler à l'élimination de la pauvreté dans le monde; à une époque où les dirigeants de ce monde se réunissent pour parler de développement durable, il semble qu'il y ait besoin particulier de comprendre clairement ce que veut le religieux lorsqu'il promet «vivre toute sa vie dans la pauvreté».

Ce qui importe avant tout, c'est que nous comprenions nos vœux dans le contexte de l'apostolat d'aujourd'hui avec ses voyages en avion à réaction pour assister aux conférences jugées nécessaires, notre aujourd'hui avec ses dépenses qu'exigent la formation et l'éducation et conséquemment la nécessité de faire des dépenses coûteuses pour garnir les bibliothèques et équiper nos maisons en appareils informatiques. Il ne faut pas considérer la pauvreté uniquement sous l'aspect matériel mais à explorer aussi la signification plus profonde pour l'esprit. Comme le Père Daniélou l'a suggéré, la pauvreté se définit «essentiellement par rapport à Dieu et non pas d'abord par rapport aux biens matériels» (Le chrétien d'aujourd'hui, p. 138).

Au niveau matériel, la pauvreté est un manque de biens, insuffisance de ce qui est nécessaire à la vie. Elle n'est pas à envier. Et la richesse alors ? Je ne donne pas une définition de la richesse, mais je voudrais simplement dire ceci : la richesse est relative à travers les yeux qui regardent. Elle est comme la jeunesse qui est aussi relative en fonction des yeux qui regardent : 20 ans pour quelqu'un de 40 ans, c'est jeune ; 60 ans pour quelqu'un de 85 ans c'est encore jeune. Ni la science, ni les richesses ne rendent pas un homme heureux. Ni les maisons, ni les terres, ni les plus grands amas d'or et d'argent ne peuvent ni chasser la fièvre du corps de celui qui les possède, ni délivrer son esprit d'inquiétude de chagrin.

Quels sont les yeux qui regardent notre véritable pauvreté ?

Elle est un état de vie à la suite de la première communauté chrétienne dont parlent les Actes des Apôtres : «tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens, pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun» (Actes 2:43-45).

Par le vœu de pauvreté, le religieux témoigne, devant tous ses frères et devant toute l'Église, de ce besoin que l'homme ressent au-delà des grande possessions, à la fois sur le plan naturel et surnaturel. Il admet qu'il dépend de Dieu, de la charité du Christ et de toute la communauté chrétienne. Mais c'est à l'intérieur de sa propre communauté qu'il admettra tout cela concrètement. Le religieux abandonne, par son vœu, même la possession de ces objets dont il a réellement besoin. A partir de ce moment, il dépendra de la communauté de ses frères pour les nécessités vitales comme la nourriture, le vêtement, le logement et les soins médicaux. Non pas que sa dépendance soit celle d'un enfant qui ne contribue que très rarement à sa subsistance et qui reçoit tout des parents. Un religieux paresseux, nonchalant n'est pas pauvre. La pauvreté du religieux inclut plutôt les deux actions de donner et de recevoir. Pour exprimer davantage sa dépendance de la communauté le religieux déclare par son vœu, sa volonté de partager tout ce qu'il a et tout ce qu'il est. En fait, la règle de Taizé a rebaptisé la pauvreté en l'appelant «le vœu de la communauté de biens». Les biens que le religieux est invité à partager s'étendent aux possessions matérielles comme le salaire ou les cadeaux qu'il peut recevoir.

Vœu de partage par lequel celui qui possède quelque chose s'appauvrit pour que son frère ne soit pas dans la misère et celui qui n'a pas rien accepte humblement ce qu'on lui donne. La pauvreté est à la fois partage, amour et soutien. Elle réunit les petits et les grands, les forts et les faibles, les riches et les pauvres. Elle est échange, communication, consolation. C'est pourquoi, par elle, les communautés religieuses déploient une force incroyable et accomplissent des prodiges. Tout est possible avec l'union des cœurs dans la pauvreté. Elle est une affaire d'attitude. Une attitude qui se laisse guider par la générosité du cœur. La pauvreté se vit concrètement : l'entretien et le soin de ce la communauté met à ma disposition, le non gaspillage des biens de la communauté, la contribution à l'allègement des charges de la communauté et en un mot, aimer sa communauté, les autres membres de cette communauté et avoir le souci de tous ses biens.

Enfin le religieux pauvre acceptera le changement. Il abandonnera son attachement à ce qui avait fait sa sécurité dans le passé et il s'adaptera lorsque c'est nécessaire. Le religieux pauvre vit actuellement ce qui sera un jour la vie de la communauté des rachetés dans le ciel. Il aime et est aimé ; il donne et on lui donne ; il s'enrichit en donnant aussi bien qu'en recevant. «N'ayant rien, il possède tout» Et ainsi il peut témoigner devant tous ses frères dans le Christ que la pauvreté, en plus de «rendre disponible» constitue «une aptitude à la reconnaissance, une invitation à la discipline et un instrument de liberté».

Et la chasteté alors ?

Un homme chaste a un cœur grandement ouvert pour les autres parce que la chasteté n'est pas un état d'être incapable de dire non à une demande qui mérite un non. Être chaste, c'est être capable de dire non à une situation qui mérite un oui. Elle est un état d'ouverture aux autres, sans imposer quoi que ce soit, sans attente ni restriction.

Un cœur chaste donne dans la simplicité et l'humilité, avec amour et détachement. Il aime l'autre tel qu'il est, comme il est et le respecte totalement dans la liberté de ses choix. Vivre chaste est abandon de ses propres exigences biologiques. Celui qui est chaste s'aime lui-même et découvre patience, tolérance et humilité : trois attitudes qui l'élèvent et le rapprochent des autres et de Dieu.

La chasteté se vit généralement dans le contexte d'une communauté religieuse. Dans une communauté, chaque religieux ne se contente pas de promettre de vivre chaste lui-même, mais il promet aussi de soutenir la vie d'amour de tous les membres de la communauté. Comme le Père Adrian Van Kaam l'a si bien dit : «m'engager à la vie de célibat en communauté signifie aussi que je m'engage à l'égard du célibat des autres. Je suis co-responsable d'eux. La façon principale par laquelle je vis cette responsabilité consiste à contribuer de tout cœur à la formation d'un climat d'amour, d'amitié, de détente qui évite le repliement sur soi-même conduisant si facilement à cette torture qu'est l'obsession sexuelle».

Le religieux chaste parle au monde, il parle dans le monde. Le décret sur la vie religieuse fait remarquer que cette vertu «est un signe particulier des biens célestes, ainsi qu'un moyen très efficace pour les religieux de se consacrer sans réserve au service divin et aux œuvres de l'apostolat» (art. 12). Le religieux est quelqu'un qui fait profession d'amour, d'amour chrétien, d'amour de chasteté.

Pourquoi l'obéissance alors ?

Comme ce mot est radieux, surtout si on ne lui attache aucune obligation. Elle n'en contient d'ailleurs pas dans son essence. En effet, l'obéissance réel ne s'accorde pas par obligation. Il s'appellera alors soumission. L'obéissance est un respect de soi. Obéir implique une attitude empreinte d'amour, d'honnêteté et de fiabilité. Elle se manifeste avec ferveur et douceur. L'obéissance est réelle, si on l'exerce tout d'abord envers soi, ce qu'on appelle respect de soi. Et se respecter, c'est être fidèle, loyal et honnête face à soi-même. C'est s'obéir, en parlant et en agissant conformément à ses pensées et à ses croyances.

Obéir, c'est être cohérent avec soi-même. C'est dire ce que l'on pense et faire ce que l'on dit. C'est conserver en tout temps l'harmonie entre ses pensées et ses paroles, ses paroles et ses actions. C'est aussi être fidèle à la parole donnée, remplir ses engagements et donner suite aux promesses faites.

Si dans une situation précise, vous jugez qu'il serait préférable d'agir à l'encontre de vos vœux de religion en laquelle vous ne croyez plus fermement, il est alors temps de réviser votre engament. Il ne vous convient peut-être plus. N'hésitez pas à l'abandonner, plutôt que de commencer à faire des exceptions qui risquent d'engendrer la confusion en vous. L'obéissance ne me dit rien pourvu que je sois pauvre et chaste, disent certain ; la chasteté n'est rien parce que je ne vis que dans l'obéissance, affirment d'autres, etc.

Libérez-vous des principes qui vous emprisonnent et vous empêchent de connaître la paix intérieure. Ne vivez pas avec une série de valeurs ou des principes auxquels vous ne pouvez pas rester fidèles. C'est cela la sincérité. Être sincère, c'est entrer dans la connaissance de soi. C'est se doter d'une des plus puissants moyens pour apprendre à se connaître. Être sincère élimine tout tiraillement intérieur et permet d'atteindre ses objectifs.

Si je vous dis tout cela, c'est parce que je voudrais vous que vous soyez de vrais Oblats de Marie Immaculée, mais des OMI qui sont les fruits améliorés de ce que je suis.

Pour bien vivre les vœux de religion, la grande bataille à livrer est une bataille intérieure et personnelle qui se gagne peu à peu dans la réaction positive face aux petits actes du quotidien. Beaucoup d'entre vous pensent qu'il faut attendre jusqu'à demain l'occasion exceptionnelle pour évoluer. Pas du tout. Chaque minute doit être mise à profit.

La formation vous donne souvent l'occasion de progresser. Il vaut mieux envisager de faire fructifier ce qu'elle nous donne. Si l'on veut devenir maître de soi, surmonter les épreuves, augmenter son potentiel d'énergie, il faut être présent et conscient de son choix; prendre des moyens d'y tenir. On n'insistera jamais assez sur ce point.

Pour être conscient, il faut observer attentivement et noter ce qui se passe dans notre corps, dans notre pensée, dans nos sentiments. Il faut analyser, sans cesse, ce qui se vit, sans complaisance avec l'aide de ceux qui nous aident à progresser dans la vie religieuse. Les anciens sont là pour vous aider. Vous vivez selon ce que vous croyez connaître, mais eux, vivent selon ce qu'ils ont vécu. Nous verrons alors bien vite que nos difficultés proviennent souvent des concessions que nous faisons à nos appétits, à nos passions, à nos faiblesses aux dépens des vœux qui régissent notre corps et notre pensée.

Par les vœux de religion, vous êtes tous responsables de la Délégation ou de la Province, en tant que responsable de chacun de membres de vos entités oblates. En d'autres termes, dans une communauté formée de personnes consacrées par les vœux de religion, les membres se sont liés les uns aux autres dans l'amour et la prise en charge mutuelle, de sorte que le salut de chacun est l'affaire de tous et que le salut de tous est l'affaire de chacun. Il importe de saisir le sens des mots amour et responsabilité pour comprendre l'évangile de ce dimanche.

Être responsable, c'est être capable d'ouverture aux personnes et ceci en ce qui concerne d'abord soi-même, puis ensuite les choses qui en valent la peine. Un responsable est celui qui peut d'abord répondre de sa propre personne. Chaque homme est un «mot» qui a son propre sens. Mais un homme ne peut connaître le sens de son être qu'en relation à d'autres. Il n'est pas exagérément dépendant au point que le succès ou l'échec de sa vie soit conditionné par la fonction de support que les autres peuvent exercer à son égard. Mes petits frères, ne demandez pas à vos amis (laïcs et religieux ou religieuses, surtout) d'aller s'informer auprès de vos formateurs sur les raisons d'un retardement ou d'une séparation. L'homme qui fait vœux de religion doit être assez capable pour répondre de lui-même. Il doit avoir aussi assez de confiance en lui-même pour estimer sa contribution personnelle, et cela sans perdre son temps à des comparaisons odieuses.

Vivant en communauté, le religieux obéissant est responsable des autres en plus de répondre de lui-même. Il s'ouvre à tout ce que l'esprit souffle aux autres membres. Il est disposé à écouter et écouter réellement, même des opinions qui semblent contraires à ce qu'il pense. En communauté, les jugements sont tempérés par l'amour. L'obéissance responsable implique aussi l'acceptation d'une tâche spécifique dans la communauté. En répondant aux exigences de la situation présente dans laquelle l'obéissance l'a placé, le religieux répond activement aux besoins des autres.

Aujourd'hui, c'est la fête de notre Mère Marie, la Patronne de notre Famille religieuse. L'orientation substantielle vers Dieu qui est celle Marie Immaculée et qui est aussi la notre, loin d'enrayer notre liberté, vient plutôt l'ennoblir et la «dignifier». Signe d'espérance : en elle Dieu nous dit aujourd'hui : «voici que j'ai réalisé en Marie ce que je vous appelle à devenir. Et je ne vous demande rien de plus qu'à Marie; rien d'autre que de consentir à l'action de ma parole créatrice en vous.» Puisse Dieu réaliser en chacun de nous ce qu'Il a lui-même commencé!

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