Nous sommes le 24/05/2019 et il est 08h00 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Vivre réconcilié avec soi-même
et avec les autres
(Charlotte Matendo, fdp)

Contribution de Sœur Charlotte Matendo (vendredi 1er février 2013) à la 4e Assemblée plénière de la Vie consacrée (01-04 février 2013), Libreville/Gabon. Thème central: «Pour une Afrique réconciliée avec elle-même».

Ce 24/05/2019, l'espace Charlotte, Fille de la Divine Providence de Créhen, conduit l'utilisateur au coeur de la problématique africaine de la vie consacrée. Il s'agit d'un extrait du fruit de ses recherches sur l’inculturation. Tiré de «COR AMATOR PAUPERUM». Fondement du charisme des Filles de la Divine Providence, cet exposé aide à connaître particulièrement le charisme de cette famille religieuse. "Il n'existe pas de vie religieuse en soi". Que doivent faire les Africaines pour mieux vivre et répandre l'esprit de Guy Homery? Telle est la question essentielle qui focalise l'attention.

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  1. Les Filles de la Divine providence face à la pauvreté
    1. La pauvreté de l'homme africain
    2. Les premières missionnaires de l'I.F.D.P. en Afrique
    3. Perspectives d'avenir
  2. Héritage spirituel de Guy Homery, Fondateur
    1. Guy Homery: enfance et jeunesse
    2. Guy Homery: appel de Dieu
    3. Guy Homery: sacerdoce et fondation
    4. Cor amator pauperum
    5. Concrétiser l'amour de Dieu
  3. Vivre réconcilié avec soi-même et avec les autres
    1. Considérations générales
    2. Vivre réconcilié avec soi-même
    3. Vivre réconcilié avec les autres
    4. Armes pour obtenir la grâce de vivre réconcilié avec soi-même et avec les autres
FDP Kikwit

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Groupe personnes consacrées Libreville Gabon

Voici un petit sondage à mettre par écrit: Qu’est-ce qui le plus souvent te rend malheureux dans ta vie religieuse, ou bien qu’est-ce qui est le plus difficile à vivre au quotidien, qui te dégoûte ou décourage de la vie religieuse? Qui serait à la base de ces difficultés? Mettre dans chaque case un numéro par ordre de grandeur croissant (1,2,3,4).

Vœu de pauvreté
Vœu de chasteté 
Vœu d’obéissance
vie communautaire ou relations interpersonnelles
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Ma famille
Les consœurs ou confrères (la communauté)
Moi-même
Les supérieures
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Introduction

Du 4 au 25 octobre 2009, s’était tenue au Vatican la 2ème Assemblée spéciale pour l'Afrique du Synode des Évêques sur le Thème: "L'Église en Afrique au service de la réconciliation, de la justice et de la paix. Vous êtes le sel de la terre. Vous êtes la lumière du monde" ((Matthieu 5, 13.14). Le souverain pontife avait convoqué cette réunion spéciale des évêques d'Afrique pour "donner une nouvelle impulsion à l'évangélisation" et promouvoir "la réconciliation et la paix".

Il disait lors de l’audience générale du 22 juin 2005: «Je suis persuadé que ces Assises donnent un nouvel élan, dans le continent africain, à l’évangélisation, à la consolidation et à la croissance de l’Église, et à la promotion de la réconciliation et de la paix».

Charlotte et Balbine Divine Providence de CréhenNous rendons hommage au Saint Père le Pape Benoît XVI qui nourrit pour l’Afrique une attention particulière. Depuis le 20 novembre 2011, Il avait confié à nos pères les Évêques de toute l’Afrique, à partir de Cotonou au Benin, son Exhortation Apostolique Post-Synodale qu’il avait intitulée: « L’engagement de l’Afrique» - «Africae Munus»,. SUR L'ÉGLISE EN AFRIQUE AU SERVICE DE LA RÉCONCILIATION, DE LA JUSTICE ET DE LA PAIX «Vous êtes le sel de la terre... Vous êtes la lumière du monde» (Matthieu 5, 13.14). Cette Exhortation est une feuille de Route pour l’Église de Dieu qui est en Afrique. Elle contient des données théologiques, ecclésiologiques, spirituelles et pastorales que nous avons à assimiler et à appliquer.

Le thème de cette quatrième assemblée plénière de la vie consacrée au Gabon qui s’intitule: «POUR UNE AFRIQUE RECONCILIEE AVEC ELLE», trouve sa source dans ce grand travail qui a été fait par nos Évêques en 2009. Dans le cadre de ce thème, il nous a été proposé de donner quelques éléments de réflexion sur le sous-thème: «Vivre réconciliés avec soi-même et avec les autres». C’est une manière pour nous, hommes et femmes consacrées, de répondre au souhait du Saint Père qui nous invite à assimiler et à appliquer des données théologiques, ecclésiologiques, spirituelles et pastorales contenues dans «Africae Munus».

En parcourant attentivement les interventions et les documents de ces assises de Rome, certaines affirmations ont retenu mon attention, en l’occurrence, cette intervention du Professeur Martin Nkafu Nkemnkia, enseignant camerounais de culture, religion, art et pensée africains dans les Universités pontificales de Latran et Grégorienne de Rome:

L’Afrique devait avant tout se réconcilier elle-même, car les conflits et les foyers de guerre sont nombreux, ainsi que les désordres à l’intérieur de plusieurs nations et les divisions qui opposent diverses nations pour des questions de frontière et pour la répartition des ressources naturelles. Mais il faut aussi une réconciliation entre l’Afrique et ceux qui, de l’étranger, alimentent ces conflits. «On ne peut nier les responsabilités des dirigeants africains à susciter et à provoquer les violences qui ensanglantent l’Afrique, mais on ne peut oublier que les guerres africaines se feraient par des arcs et des flèches s’il n’y avait pas quelqu’un qui, de l’extérieur du continent, fournissait des armes modernes aux africains pour qu’ils combattent entre eux.

Nous n’avons pas toujours à attribuer le malheur de l’Afrique aux puissances étrangères. Nous sommes nous-mêmes responsables de notre misère. “L'Afrique est malade d'elle-même”, écrivait le malien Tidiane Diakité en 1986[1].

Le message final de ce Synode: «Afrique lève toi» est essentiellement une invitation à la conversion personnelle et communautaire, non seulement aux fidèles croyants mais aussi et surtout aux ecclésiastiques. Cette Afrique qualifiée par Benoît XVI de «poumon spirituel dans un monde en crise de foi» est exposée à toutes les convoitises du monde actuel, ou mieux de la mondialisation. Elle est aussi victime de l’incohérence de ses fils et filles dont les ministres de Dieu que nous sommes. 

D’où, l’importance de notre partage dans le contexte de cette Église d’Afrique qui nous invite à nous regarder du dedans pour mieux être "le sel de la terre et la lumière du monde". Nous regarder du dedans doit être d’abord une démarche personnelle, ensuite communautaire. Voilà qui justifie le choix du thème de ce partage.

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I. Considérations générales

1. Quelques remarques

Première remarque: Vocation à la vie

Quelle est la première vocation de l’homme? L’appel le plus fondamental, c’est l’appel à vivre. Le premier don que Dieu nous a fait est le don de la vie. Il nous a appelés «du néant à l’existence». Qu’on soit croyant ou non, personne ne peut nier ce premier appel, ce don merveilleux de la vie, ce cadeau de Dieu. Oui, je parle en termes de cadeau car personne de nous n’a demandé d’exister. En effet, selon la perspective scripturaire, toute vie possède un rapport à Dieu, qui en est la source, et en conséquence appartient à la sphère du sacré[2]. Dans la perspective chrétienne, cette vie qui provient de Dieu est reçue dans la foi[3] et se manifeste dans l'amour[4] et dans la joie[5].

Malgré son poids de luttes et de souffrances, LA VIE est un don merveilleux! Elle est à vivre pleinement selon le plan de Dieu. La vivre pleinement suppose la vivre en homme libre, de la liberté de Dieu.

Pour pouvoir faire vivre les autres et faire déployer tous les dons sous-jacents il faut qu’on soit soi-même heureux, heureuse de vivre: «La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant» et «La vie de l’homme, c’est la vision de Dieu» comme le faisait remarquer saint Irénée.»[6]

Notons en passant que la vie occupe une place importante dans la culture africaine. Elle est le trésor le plus précieux dans toutes nos traditions, voilà pourquoi nos Évêques et le Saint Père nous invitent sans cesse, dans leurs enseignements, à déployer toutes nos énergies pour la protéger et la promouvoir. La culture africaine nous donne des atouts pour donner toute «sa valeur à la vie humaine et aux conditions de son épanouissement». Voilà pourquoi les violences actuelles en Afrique nous paraissent déconcertantes.

Suis-je heureux, heureuse de vivre ma vie? Notre vie est faite de hauts et de bas, personne n y échappe mais il est bon parfois de s’arrêter et de se demander sérieusement: Qu’est-ce qui m’enlève le goût, la joie de vivre?

Deuxième remarque: vocation à l’amour

Quel est le deuxième verbe qui suit VIVRE? Ou bien le mot que nous pouvons mettre à côté du mot VIE? Le fait que Dieu qui nous a appelés à la vie ne laissa pas l’homme tout seul et lui a donné une femme comme aide montre à suffisance que cet appel à vivre n’est rien d’autre qu’une vocation à l’amour interpersonnel, à la relation, à la rencontre de l’autre différent de soi. Cela fait de l’homme par définition, un être relationnel. Il ne peut vivre et se réaliser seul. La vocation à l’amour nous ouvre inévitablement à toute personne créée à l’image de Dieu, nous fait entrer en communion avec les non-baptisés, les non-croyants car tous nous prenons part à la même vocation, la vocation à vivre.  

Une des manières de rendre grâce au Seigneur, Maître de la vie, c’est de faire en sorte que notre vie soit féconde, qu’elle soit orientée vers le bien plus précisément dans la donation mutuelle des uns des autres. Nous pouvons aussi nous poser la question suivante: Où en sommes-nous avec cet amour interpersonnel? Quelle est la qualité de notre relation par rapport à l’autre différent de nous? Par rapport à ma consœur, mon confrère qui vit à côté de moi?

Le thème qui nous a été proposé nous invite à VIVRE mais vivre comment? Qu’est-ce qui constitue un frein à l’épanouissement de la vie?

2. Sens de la réconciliation

La réconciliation est l’une des caractéristiques fondamentales des chrétiens. Se réconcilier est en effet à la fois un commandement et un mouvement qui doit venir du cœur. Cette "libre contrainte" n’est vivable que si elle est comprise comme une manière d’entrer dans un mouvement d’amour qui nous dépasse car il vient de Dieu même. C’est pourquoi la réconciliation fait l’objet d’un sacrement, c’est à dire d’un don particulier de Dieu.

La réconciliation est bien la reconstitution de ce qui, en moi, a été divisé, séparé mais qui originellement ne l'était pas; C’est comme du tissu déchiré qu’il faut raccommoder, réparer.

Notre vie à l’origine n’était unie qu’en Dieu et en Dieu seul. Elle jouissait de la paix et de l’harmonie en Dieu. Le péché qui est entré dans le monde a créé un fossé en nous et entre nous. Il nous a séparés de cette unité originelle. Tant de trahisons, de lâchetés, de péchés tuent la vie en nous. Nous sommes donc divisés en nous-mêmes, et entre nous.

JOËLLE LAFLÛTE-MARIETTI, Psychothérapeute chrétienne, disait dans ses petits traités spirituels «BONHEUR CHRETIEN.»

«Nul n’est pleinement en paix avec lui-même et avec son histoire(...) Bien des fardeaux intérieurs entravent en nous cette paix à laquelle nous aspirons. Nos relations sont souvent altérées, corrompues…» par ces fardeaux intérieurs que nous trainons avec nous partout.

«La réconciliation est l’un des présupposés essentiels de la paix», nous dit Benoit XVI, dans l’exhortation apostolique post synodale AFRICAE MUNUS. Si nous voulons retrouver la paix en nous, autrement dit si nous voulons vivre, le chemin de la réconciliation reste impératif.

3. Victime de notre histoire ou traumatismes

Notre vie, avons-nous dit plus haut, est un don précieux de Dieu. Il l’a voulue merveilleuse en nous la donnant. Mais incarnée dans la nature humaine, la vie est marquée par son héritage culturel et familial, par ce que nous-mêmes avons décidé d’en faire, par la perception que nous avons de nous-mêmes et des autres. Nous sommes bien pétris par notre passé. «Il y a ce que l'on a fait de moi; il y a ce que les événements ont fait de moi. Il y a ce que je fais de ce que l'on a fait de moi» (J. Salomé).

Les transformations mondiales grâce à la magie des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), nous marquent aussi. On parle maintenant du «village planétaire». Ce qui se passe au bout de l’autre monde est su à la minute par les autres parties du monde. Tout cela ne nous laisse pas indifférent, ça modifie sensiblement notre être, notre agir, nos relations.

Prenons un exemple biblique de la manière dont notre héritage familial nous marque, dans Ezéchiel au Chapitre 16:

À ta naissance, au jour où tu naquis, ton nombril n’a pas été coupé, tu n’as pas été lavée dans l’eau pour être purifiée, tu n’as pas été frottée avec du sel, tu n’as pas été enveloppée dans des langes. Nul n’a porté sur toi un regard de pitié pour te faire une seule de ces choses, par compassion pour toi; mais tu as été jetée dans les champs, le jour de ta naissance, parce qu’on avait horreur de toi.

Nous éprouvons dans notre vie la souffrance d’abandon, de rejet que nous portons durement et qui rendent la vie difficile. Très souvent, ce que nous sommes et sentons au plus profond de nous-mêmes vient de loin.

Nous sommes victimes de notre histoire, de ce qu’on avait fait de nous lorsque nous étions même dans le sein maternel, à notre naissance. Notre tendre enfance, notre environnement nous marque profondément et nous poursuit toute notre vie. Tout le refus de vivre (car il y a des personnes qui se détruisent parce qu'elles ne peuvent se supporter, ni supporter leur vie.) Tout le refus de vivre, répétons-le, et de faire vivre les autres, d’entrer en relation avec les autres vient de loin.

Un autre exemple de ce que nous décidons parfois nous-mêmes de faire de notre Vie:  «Je ne m'aime pas...»[7]

Enfant, je rêvais souvent d'être une autre personne. Je n'aimais pas ce que j'étais, ce que j'avais: j'aurais voulu avoir d'autres cheveux, d'autres parents, vivre dans un autre endroit. Il me semblait toujours que les autres enfants étaient mieux que moi: plus beaux, plus doués, plus populaires, plus aimés des professeurs. «Je savais bien qu'il y avait pire. Quand - rarement - je me confiais à ma mère, c'est ce qu'elle tentait de me dire: tu n'es pas la plus malheureuse, ni la plus mal dotée. Mais ce n'était pas une consolation pour moi. D'ailleurs, lorsque je me sentais triste, ce qui m'arrivait souvent, je n'y croyais même plus: j'étais alors persuadée d'être la personne la plus nulle du genre humain.

Mon adolescence a été terrible. J'étais régulièrement convaincue de ma laideur, de ma difformité physique. J'avais tous les complexes de la terre. «Les choses se sont un peu arrangées depuis. Mais aujourd'hui encore, lorsqu'un homme tombe amoureux de moi, je pense qu'il y a erreur. Je me dis qu'il se trompe sur mon compte, qu'il est amoureux d'une image, que je suis parvenue par miracle à donner; mais qu'il ne peut pas être amoureux de moi, de ce que je suis vraiment. Et si cet homme me plaît, une peur affreuse m'envahit aussitôt: si nous avions une liaison, il ne tarderait pas à s'apercevoir de l'imposture, à découvrir tous mes défauts. Et nul ne doute alors qu'il ne me juge comme je me juge. Il m'abandonnerait.

Nous voyons clairement par cette histoire que la personne qui ne s’aime pas elle-même aura du mal à aimer les autres et surtout à croire que les autres l’aiment. On peut s’arrêter un instant pour se demander sincèrement: Qu’est-ce qui m’enlève la paix? Quels sont mes fardeaux intérieurs?

Nous sommes souvent tentés d’aller chercher des sorciers ailleurs, à l’extérieur de nous mais c’est bien au-dedans de nous que se trouve le problème. De même pour notre Afrique, nous n’avons pas toujours à attribuer le malheur de l’Afrique aux puissances étrangères. Il y a un problème chez nous, nous sommes nous-mêmes responsables de notre misère.

Jésus nous l’a dit dans l’évangile selon Saint Marc au chapitre 7, versets 14-23:

«Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui pénètre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur.» Quand il eut quitté la foule pour rentrer à la maison, ses disciples l’interrogeaient sur cette parole énigmatique. Alors il leur dit: « Ainsi, vous aussi, vous êtes incapables de comprendre? Ne voyez-vous pas que tout ce qui entre dans l’homme, en venant du dehors, ne peut pas le rendre impur, parce que cela n’entre pas dans son cœur, mais dans son ventre, pour être éliminé?» C’est ainsi que Jésus déclarait purs tous les aliments.

Il leur dit encore: «Ce qui sort de l’homme, c’est cela qui le rend impur. Car c’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses: inconduite, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur.»

«Du Cœur de l’homme» l’auteur du mal ce ne sont pas les autres c’est moi. L’auteur des conflits dans nos communautés, ce n’est pas ma consœur, mon confrère mais c’est moi. Peu importe ma contribution dans ce qui arrive et qui est à l’origine du conflit, j’ai ma part de responsabilité. La reconnaître c’est résoudre le conflit ou guérir le mal. Donc, la vraie guerre est à mener non avec les autres mais avec moi-même. Mais la tendance habituelle, chacun peut la trouver dans le tableau que nous avons rempli au début de notre entretien.

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II. Vivre réconcilié avec soi-même

1. Apprendre à faire la vérité avec soi-même[8]

SAVOIR NOUS REGARDER EN FACE, CONNAITRE NOTRE HISTOIRE, NOUS CONNAITRE NOUS-MEMES SERAIT UN PAS EN AVANT VERS L’EPANOUISSEMENT DE LA VIE.   Il faut avoir le courage de faire ce que certains auteurs appellent «Opération vérité

SOCRATE, «Père» de la Philosophie et "Fondateur" de la science morale et de sciences humaines nous a laissé une expression célèbre qu’il a retenue de l’inscription figurant sur le fronton du temple de Delphes: «connais-toi toi-même.» Pour lui, "Connais-toi toi-même" signifiait qu'il faut atteindre la connaissance et la maîtrise de soi (qui est la voie la plus sûre vers le bonheur) et se libérer des spéculations idéologiques (abstraits) et des explications théologiques. Pour Socrate, l’homme est un être profondément complexe.

Effectivement, nous sommes des êtres très complexes. Nous pensons nous connaître nous-mêmes mais nous n’y arrivons pas. Ceci dit, il est pour nous hors de question de prétendre connaître l’autre différent de nous. Nous voyons quelques éléments qui nous donnent une idée de la personne mais ce qu’elle est en réalité nous échappe complètement.

La personne la plus proche qui est d’abord à connaître c’est nous-mêmes. La connaissance de soi éclaire tout homme sur ce qu'il est et ce qu'il peut; elle le sauve des illusions souvent néfastes qu'il se fait sur lui-même. Et Socrate de dire à son élève Xénophon: «les hommes ne sont jamais plus heureux que lorsqu'ils se connaissent eux-mêmes, ni plus malheureux que lorsqu'ils se trompent sur leur propre compte?» En effet, ceux qui se connaissent:

Ceux qui ne se connaissent pas et se trompent sur eux-mêmes sont dans la même ignorance par rapport aux autres hommes et aux choses humaines en général.

Connais-toi toi-même" veut dire:

Il convient de nous situer en vérité avec nous-mêmes, avec Dieu et avec les autres.

2. Apprendre à devenir soi-même, à naître à soi-même[9]

Une petite histoire: LE ROI ET LA PETITE FLEUR BIEN-AISE[10]

Il y avait un roi amoureux des fleurs, des plantes et des arbres qu’il avait plantés dans un jardin magnifique. Il prenait lui-même grand soin de son jardin. Il aimait, le soir, se promener dans les allées et se laisser ravir par la beauté des couleurs et la variété des parfums.

Un jour, il dut partir pour un long voyage. A son retour, quelle ne fut pas sa surprise de constater que beaucoup de ses plantes et de ses arbres étaient en train de mourir! Le pin avait perdu presque toutes ses aiguilles. Le roi lui demanda ce qu’il lui était arrivé. Le pin répondit: « J’ai regardé la vigne plantée tout près de moi et j’ai remarqué les magnifiques raisins qu’elle produisait pour faire le vin. Je suis devenu bien triste de ne pas pouvoir en faire autant. Alors, je me suis mis à dépérir en me disant: "Je suis tellement inutile qu’il vaut mieux cesser de vivre!"»

Le roi se tourna vers la vigne et vit qu’elle était aussi en train de mourir. Il l’interrogea sur son malaise. «Pendant des jours, lui dit-elle, j’ai admiré le rosier, et respiré le parfum subtil de ses fleurs. Je me suis désolé à la pensée que jamais je ne pourrai produire une fleur aussi magnifique et un parfum aussi raffiné. Désespérée, j’ai commencé à ne plus me nourrir.»

Le roi continua l’exploration de son jardin. Il trouva, à sa grande surprise, une petite fleur bleue, toute rayonnante et pleine de vie, qui se nommait Bien-Aise. Quel ne fut pas son bonheur de trouver enfin une plante en plein épanouissement dans son jardin. Il lui dit alors: «Comment se fait-il que tu sois si belle, alors qu’autour de toi les autres plantes dépérissent?» Et elle de lui répondre: «Pendant un certain temps, je me suis désolée de constater que jamais je ne serai aussi grande que le pin avec ses magnifiques aiguilles, que jamais je ne porterai des raisins comme la vigne, que jamais je ne répandrai le parfum de la rose. A me comparer ainsi aux autres, je suis devenue déprimée au point de vouloir me laisser mourir. Mais je me suis rappelée que c’est toi, ô roi magnifique, qui avait choisi de me planter ici. Alors, je me suis fait la réflexion suivante:"Je suis donc si importante à ses yeux qu’il m’avait choisie parmi tant d’autres." C’est alors que j’ai pris la décision de vivre, [d’être moi-même] et de devenir aussi belle que possible.» (J. MONBOURQUETTE, Je suis aimable,)

Cette histoire, c’est un peu notre histoire à chacun. Nous avons toujours la tendance à nous comparer aux autres, et c’est notre grand malheur. Car on trouve toujours des qualités chez les autres que nous n’avons pas. Au lieu de nous situer face à nous-mêmes et face à Dieu, nous nous situons face aux autres. De ce fait, nous ne nous autorisons pas à être nous-mêmes.

Une pareille histoire ne mérite pas d’autres commentaires, à chacun, chacune de nous d’en tirer la leçon qu’elle nous donne. En gros je peux dire qu’il est question de savoir s’accepter tel qu’on est au lieu de vivre dans Le faux moi, c’est-à-dire lorsque j’essaie d’être rosier alors que je suis une vigne. C’est lorsque j’essaye d’être poule alors que je suis un aigle.

«Seul celui qui a découvert ce noyau intérieur, son vrai moi, possède un authentique sentiment de sa valeur personnelle. Celui qui est en contact avec le soi est indépendant de l’opinion d’autrui. Il se trouve, il trouve sa dignité. Et il devient capable de rester chez lui, de se supporter.» (Développer sa valeur personnelle, la citation interne est de G. JUNG)  et dans la suite de supporter les autres. En ce moment là seulement peut commencer la réconciliation avec soi-même.

3. Pour arriver à la réconciliation avec soi-même, il faut:

a/ Se réconcilier avec sa vie[11]

On ne peut s’aimer soi-même si l’on ne se réconcilie pas avec sa vie, son histoire, si l’on ne consent pas (consentir dans le sens fort du terme) à ce qu’est ma vie et ce qu’elle a fait de moi. Consentir, c'est-à-dire choisir (rechoisir). Choisir et non pas subir. Choisir même ce que nous n’avons pas voulu, tous les conditionnements, les déterminismes de l’existence.

Consentement non pas dans le sens de fermer les yeux sur une réalité négative, voire de l’appeler bien; ni dans le sens de tolérer les injustices et le mal en laissant faire. Il y a parfois de saines révoltes contre les injustices de ce monde. Mais consentement dans le sens: une acceptation du réel qui ne peut être changé. Face à une réalité que je ne peux changer, essayer de me changer moi-même et d’accueillir cette réalité en gardant la paix intérieure. C’est ce que V. FRANKL rappelle constamment: « Face à une situation que tu ne peux changer, tu peux te changer toi-même.» Mais la révolte intérieure, en laissant fermenter en soi le mal subi, la résignation, en ruminant intérieurement contre le coupable, ne sont pas des attitudes bénéfiques, ni pour moi, ni pour changer la situation négative. J. PHILIPPE dit très justement qu’ «on ne peut transformer de manière féconde le réel que si l’on commence par l’accepter.» (La liberté intérieure, p. 33)

Consentement dans une vision d’espérance, dans le sens de ce que disait Saint Paul en Romains 8, 28: «Tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu.» Saint Paul disait encore: «Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien.» (Romains 12, 21) J. PHILIPPE: «C’est une vérité absolument fondamentale: Dieu est capable de tirer profit de tout, du bien comme du mal, du positif comme du négatif. C’est en cela qu’il est Dieu, et qu’il est le "Père tout-puissant" que nous confessons dans le Credo.» (La liberté intérieure, p. 44)

b/ Dire oui à ce que nous sommes

Il est difficile de dire oui pleinement à ce que nous sommes. Nous voudrions toujours être autrement, mieux.

J. PHILIPPE: «La personne que Dieu aime avec la tendresse d’un Père, qu’il veut rejoindre et transformer par son amour, ce n’est pas la personne que j’aurais aimé être, ou que je devrais être. C’est celle que je suis, tout simplement.» (La Liberté intérieure, p. 30)

Nous n’avons pas besoin d’être quelqu’un de bien, ou une personne idéale, au-dessus du lot, pour être aimé. J’ai le droit, même et surtout aux yeux de Dieu, d’avoir des limites, des insuffisances, d’être imparfait. J’ai droit à l’erreur. Je dois refuser la contrainte d’être en fait autre chose que ce que je suis.

c/ Accueillir la vie telle qu’elle est

S’aimer soi-même implique d’accueillir la vie telle qu’elle est, et non pas telle que j’aurais souhaité qu’elle soit. Choisir les événements de ma vie, en y consentant vraiment, en posant un acte de liberté, et non pas les subir. Vivre, et non pas attendre de vivre dans l’espoir d’un hypothétique meilleur. On peut passer à côté de la vie en restant constamment projeté dans l’avenir, et en passant ainsi à côté du réel.

C’est aussi le sens de la parole du Christ: «Ma vie, nul ne me la prend, mais c’est moi qui la donne.» (Jean 10, 18) Passer du subi au choisi, du subi au don.

d/ Se réconcilier avec son histoire

La réconciliation avec sa propre histoire fait également partie, pour Jung, du sentiment de sa valeur propre. Chacun doit assumer la responsabilité de sa vie. Il doit accepter son passé comme le matériau qu’il est prêt à façonner. Dieu est celui qui veut naître en moi d’une manière unique, plus précisément à travers mon histoire.

Quand on s’est réconcilié avec son histoire, on en perçoit le sens, le sens de ses événements, même les plus dramatiques. C’est ce que disait le Christ aux disciples d’Emmaüs: face à ceux-ci qui ne comprennent pas les souffrances, la crucifixion et la mort du messie sur la croix, le Christ relit ces événements dans la lumière de l’Écriture, dans la lumière de Dieu. Il leur dit: «Ne fallait-il pas que le Christ endurât ces souffrances pour entrer dans la gloire.» (Luc 24, 26) Ne fallait-il pas non pas dans le sens d’une fatalité, mais comme d’une nécessité vitale. C’est ce que j’appelle la « pascalisation» de son histoire: lire son histoire dans la lumière pascale pour en découvrir le sens devant Dieu.

La Parole de Dieu, ce sont les événements relus par le peuple sous le regard de Dieu, et qui deviennent Parole, qui deviennent histoire sainte: l’Événement devient Parole. Cette Parole permet de regarder différemment le présent et d’envisager l’avenir dans une vision d’espérance, dans la lumière de Dieu.
Nous sommes aussi appelés à relire les événements de notre vie sous le regard de Dieu, pour qu’ils deviennent Parole pour notre vie, pour en faire une Histoire sainte. Faire le deuil des événements de notre vie, c’est transformer des événements douloureux, négatifs, incohérents, en une histoire qui a un sens, parce que conduite par Dieu, en une Histoire Sainte.

e/ Découvrir son unicité

Pour s’aimer soi-même, pour s’accepter soi-même, pour développer un sentiment de sa propre valeur, il est important de prendre conscience de son unicité. A. GRÜN,

Il s’agit aussi de découvrir son unicité. Chaque homme représente une image unique que Dieu s’est faite de lui seul. Thomas d’Aquin est d’avis que chacun de nous exprime Dieu en ce monde d’une manière originale. Le monde serait plus pauvre si chacun d’entre nous n’exprimait pas Dieu d’une manière unique. Chaque être humain est une parole divine incarnée.

Malheureusement, les dévalorisations continuelles qui ont pu marquer notre enfance nous ont probablement communiqué un sentiment d’unicité négatif: sentiment d’inutilité, de médiocrité, d’infériorité, de nullité, sentiment d’être moche, maladroit… Nous aurons par conséquent à convertir ce sentiment d’unicité négatif en sentiment positif, en découvrant les richesses qui sont uniques en nous, et que personne d’autre n’a. C’est du reste le regard que Dieu a sur nous. Nous avons à trouver ce regard de Dieu sur nous. Nous avons à nous considérer comme précieux les uns envers les autres, comme précieux aux yeux de Dieu.

f/ Cesser de se comparer: une estime de soi fondée sur l’être et non sur le paraître

Selon J. MONBOURQUETTE, il y a trois conditions pour une juste estime de soi:

Trois conditions qu’il faut tenir ensemble. La troisième condition est peut-être la plus difficile. Nous avons toujours tendance à nous comparer, et c’est notre grand malheur. Quelqu’un a dit que la comparaison est un poison qui envenime les relations…

g/ Lâcher ses identifications, ses images

Pour avoir une bonne estime de nous-mêmes, nous devons cesser de nous identifier aux autres, aux personnes que nous admirons, à notre travail, à nos compétences, pour découvrir ce que nous sommes profondément. J’ai des compétences, mais je ne suis pas mes compétences. Inversement, du côté négatif, je peux dire j’ai des colères, mais pas je ne suis pas colérique, car je fais alors de la colère une identité. Car si un jour j’ai un accident ou une maladie qui m’handicape et que je perds mes compétences, ne suis-je plus moi-même? «Nous devons nous sous-estimer pour trouver notre soi spirituel.» (A. GRÜN)

Se libérer du faux moi, devenir vraiment soi-même, c’est vivre conformément à ce que je suis profondément. Cela permet une pleine acceptation de nous-mêmes. Cela permet aussi d’être en harmonie avec soi-même, avec les autres, avec la création, avec Dieu.

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III. Vivre réconcilié avec les autres

1. La réconciliation, fruit du pardon donné

Rien n'est aussi difficile que d'offrir un vrai pardon, surtout à ceux et à celles qui nous sont proches et nous ont réellement fait souffrir (des consœurs, des confrères…). Comme il est difficile ce pardon-là! Tant de prétextes tourbillonnent dans notre tête: ''Est-ce bien à moi de commencer? Est-ce bien la peine? Non, je ne peux pas maintenant, demain peut-être.'' Il nous en coûte de pardonner. Est-ce même possible?

La réconciliation et le pardon ne peuvent venir que de Dieu et de Dieu seul. Il est un DON. L’amour que le Christ nous demande de vivre est bien souvent au-dessus de nos forces.

Il n’est pas facile d’aimer tout le monde, encore moins ses ennemis. Devant notre impuissance, nous baissons les bras en pensant: Seul Dieu a le pouvoir d’un tel amour - celui qui s’élève au-dessus de toute attaque, de toute calomnie, de tout coup bas, de toute jalousie, de toute rancune, un amour qui pardonne sans regarder en arrière... l’amour parfait!

Et pourtant le Christ nous demande de faire de cet amour le but même de notre vie! afin d’accomplir notre deuxième vocation qu’est la RELATION; (Amour, rencontre). Il nous lance ici un défi, non pour nous éprouver mais pour nous rapprocher de lui, et s’il nous le demande, pensons bien que c’est parce qu’Il nous en croit parfaitement capables. La confiance qu’Il nous témoigne ici mérite qu’on l’honore. Allons-nous relever le défi? Si tu veux suivre le Christ, si tu l’aimes autant que tu le dis... tu réussiras à faire de ton ennemi... ton frère!»

2. Choisir le chemin des Béatitudes

Vivre réconcilié avec les autres c’est choisir de vivre selon le chemin des béatitudes: «HEUREUX LES MISERICORDIEUX, ILS OBTIENDRONT MISERICORDE» (Matthieu 5, 7). Heureux ceux qui choisissent de ne pas se venger... ceux qui savent que le pardon n’est pas signe de lâcheté, mais signe de la vraie grandeur d’âme: ceux-là n’ont rien à craindre du Jugement! «HEUREUX LES ARTISANS DE PAIX, ILS SERONT APPELES FILS DE DIEU» (Matthieu 5, 9).

Heureux ceux qui savent faire cesser les vieilles rancunes, ceux qui ne prêtent ni leur langue ni leurs oreilles à toutes les médisances, ceux qui ne désespèrent pas de rendre le monde plus fraternel: ils font honneur au Créateur!» «Heureux ceux qui, dans les conflits, ne jugent pas déshonorant de chercher à comprendre le point de vue de l’autre et de prendre le risque de passer pour faible en esquissant un geste de réconciliation! Ceux-là seuls méritent en effet le nom de frères qui essaient de construire la paix!

3. Au quotidien, habité par la grâce divine

Choisir:

a/ De faire le premier pas

Pas par SMS, mail ou autre messagerie indirecte. On paraîtra toujours plus respectueux en téléphonant. Puis on formule son désir de revoir l’autre et de se rabibocher (se réconcilier). Enfin, on propose un rendez-vous, dans un lieu neutre, pour éviter la sensation de "déjà vécu" ou de désagréables souvenirs. Si la personne fâchée ne veut rien entendre, on laisse passer quelques mois (ou plus) avant de faire une nouvelle tentative (ou pas).

b/ de ne pas ressasser ou ruminer le passé

Selon Marshall Rosenberg, auteur de "l’Art de la réconciliation" et "La Communication non violente" (éd. Jouvence) "plus on parle du passé, moins on en guérit". On revient donc brièvement sur l’origine de la dispute en évitant de trop rentrer dans les détails. L’important, c’est d’amorcer un échange dans le but de résoudre un conflit. En restant calme et posé, on est dans le dialogue et on évite de se laisser déborder par les émotions.

c/ De tenter de comprendre

On le laisse donc faire part de ses griefs. On n’hésite pas à le faire répéter et à lui faire préciser sa pensée. On ne lui coupe pas la parole, on ne termine pas ses phrases, on respecte ses silences et ses temps de réflexion. L’objectif est qu’il précise les sentiments et les attentes qui n’ont pas été comblés et ont mené au conflit.

d/ De reconstruire

L’autre a besoin qu’on lui fasse des excuses? On les fait. Marshall Rosenberg, qui les trouve culpabilisantes, propose plutôt cette formule: "j’aurais préféré agir d’une autre manière pour mieux répondre à ce que tu attendais de moi". Après cette écoute et ces échanges, la relation peut repartir sur des bases saines et solides.

IV. Armes pour obtenir la grâce de vivre réconcilié
avec soi-même et avec les autres

1. La prière

Le temps de prière personnelle est le moment privilégié de la rencontre avec Dieu. Sans la prière, il est difficile d’être conscient de l’amour de Dieu pour nous, de ses désirs, de ses appels. Prier, c’est plonger dans le cœur de Dieu et Lui répondre.

C’est pendant ce temps de prière personnelle qu’il se passe beaucoup de choses. On y ressent les joies et les résistances, les paroles de Dieu pour «moi» . Il y a parfois des idées, des inspirations, des désirs, des envies, des craintes qui surgissent pendant ou après ta prière. La prière aide à déjouer le plan du malin.

Des rêves et inspirations surgissent dans notre prière, parfois ils ne sont que les caprices ou les illusions qui viennent de nos passions (jalousies, désirs, envies). Souvenons–nous de l’expérience de Jésus au desert…

2. Le sacrement de la parole

La paix de l’âme

(Psaume 19(18), 8-11)

La Loi du Seigneur est parfaite,
Elle restaure les âmes.
Le commandement du Seigneur est fidèle,
Il donne la sagesse aux plus petits.

Les ordonnances du Seigneur sont droites,
Elles réjouissent les cœurs.
Le précepte du Seigneur est lumineux,
Il éclaire les yeux.

La crainte qu’il inspire est pure,
Elle demeure éternellement.
Les jugements du Seigneur sont vrais,
Parfaitement justes en eux-mêmes.

Sa Loi est plus désirable que l’or
Que beaucoup d’or fin,
Plus douce que le miel,
Que le miel qui coule des rayons.
Aussi ton serviteur en est tout éclairé;
Grande récompense à celui qui les garde

ACCUEILLIR ET GARDER LA PAROLE DE DIEU TRANSFORME NOTRE EXISTENCE BLESSEE.

3. Le sacrement de réconciliation

C’est le sacrement qui aplanit la route de chacun, même quand il est accablé par de lourdes fautes. Dans ce sacrement, tout homme peut expérimenter, de manière unique, la miséricorde, c’est-à-dire l’amour qui est plus fort que le péché...

La réconciliation sacramentelle est le lieu d'une réconciliation avec soi-même. Il ne s'agit pas de relativiser le poids de ses actes, mais de s'en détacher et de cerner cette identité profonde d'enfant de Dieu. Ce que l'Homme ne se pardonne pas, Dieu lui pardon. Il est également le lieu d'une réconciliation avec les autres. En effet, le pardonné se trouvera fortement engagé à agir de même avec les autres. Recevoir le pardon enseigne la gratuité. La confession ne résout pas nécessairement les problèmes personnels, mais confesser son incapacité à pardonner permet en soi de cheminer.

4. L’Eucharistie

La célébration eucharistique quotidienne est le lieu privilégié de la rencontre avec le Seigneur. Jésus est celui qui se fait la joie de demeurer en nous malgré nos blessures, nos lourdes fautes et de nous guérir: «Zachée, aujourd’hui, il me faut demeurer chez toi!» (Luc 19, 5).

Nous y puisons la capacité d'aimer et de pardonner, de donner sa vie les uns pour les autres dans l'accueil et le service. Chez Zachée, c'est pour le réhabiliter à ses propres yeux et aux yeux de la société ambiante. C'est pour l'amener à faire les gestes de partage, de réparation et de générosité, suite à tant de biens mal acquis... Jésus chez nous  vient réparer, réhabiliter notre humanité souillée.

5. L’examen de conscience quotidien

Sainte Thérèse disait que «la connaissance de soi est comme la première demeure du Château.» La personne y pénètre par l’examen de conscience.

L’examen de conscience amène l’homme à vivre de l’Amour de Dieu et à revenir dans l’Amour de Dieu blessé ou perdu par le péché. Vécu avec sérieux, il met en face de sa réalité à la lumière de la Parole de Dieu manifestée de différentes manières au quotidien. Il favorise la vigilance, la prudence et la sagesse. 

6. L’accompagnement spirituel sérieux

Je parle d’accompagnement spirituel sérieux car il y a pas mal de confusion dans ce domaine. Je ne veux pas trop m’étendre sur le sujet mais en quelques mots je peux dire que l’accompagnement spirituel est cette arme qui aide à mieux vivre en vérité avec soi-même, avec les autres, avec Dieu.

Il est une aide, un repère pour discerner le vrai du faux, pour connaitre la volonté de Dieu. il n’est ni un lieu d’information, ni de correction fraternelle, ni de sensibilisation à la foi chrétienne, ni une psychothérapie. L'accompagnement spirituel doit permettre d'éclaircir, de renforcer et de favoriser la relation à Dieu. L’accompagnateur spirituel est celui qui cherche à conduire l’accompagné «en eau profonde". Il lui permet de descendre progressivement au plus intime de lui-même, afin de libérer les forces de vie qui s’y trouvent entravées par les blessures et les faiblesses.

7. Le discernement des esprits

Il est cet autre moyen qui permet de :

Discerner est cette capacité qui est dans tout être humain de conduire clairement et sereinement sa vie.  C'est un art de vivre qui se construit dans l'ordinaire des temps à travers toutes nos décisions, petites ou grandes. Prendre la décision, comme le dit François Varillon, "c'est la liberté en acte. Là où il n'y a pas de décision, il n'y a pas de construction de l'homme". Cette direction se dessine dans le clair-obscur des pensées, des sentiments qui me traversent et où je perçois ce qui me fait vivre, ce que je désire réaliser.

Avec le temps, j'apprends à me connaître, à savoir comment mener ma vie, à découvrir ma manière d'être, d'agir. Cela suppose d'avoir le courage de s'arrêter et de relire de temps en temps sa vie.

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Conclusion

Ce que nous sommes, Dieu le voit et nous appelle toujours à notre première vocation, à nous de prendre ce chemin de la VIE et non de la mort:

Quelques auteurs importants à consulter

  1. Viktor Frankl Emil, MD, Ph. D. (26 Mars 1905 au 2 Septembre 1997, neurologue et psychiatre autrichien ; Frankl est le fondateur de la logothérapie, qui est une forme d'analyse existentielle, la «troisième école viennoise de psychothérapie".
  2. John Philippe Rushton est un professeur de psychologie de l'Université de Western Ontario, au Canada. (3 décembre 1943 - 2 octobre 2012).
  3. Jean Monbourquette (1933 - 2011) Prêtre, Omi, Pychologue québécois.
  4. Anselm Grün, (14 janvier 1945 en Allemagne), moine à l'abbaye bénédictine depuis l’âge de 19 ans.
  5. Carl Gustav Jung, médecin psychiatre , psychologue  Suisse.

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Notes:

[1] DIAKITÉTidiane, L'Afrique malade d'elle-même, Paris, Karthala, 1986

[2] BERNARD Charles André, Traité de théologie spirituelle, Paris, Cerf, 1986, p. 19.

[3] Cf. 1 Jean 5, 12 : "Qui a le Fils a la vie; qui n'a pas le Fils de Dieu n'a pas la vie".

[4] Cf. Jean 15, 9-17 : "Comme le Père m'a aimé, moi aussi je vous ai aimé : demeurez dans mon amour. Si vous observez mes commandements, vous demeurerez dans mon amour, comme, en observant les commandements de mon Père, je demeure dans son amour...".

[5] Cf. Jean 16, 20-24 : "En vérité, en vérité, je vous le dis, vous allez gémir et vous lamenter tandis que le monde se réjouira; vous serez affligés mais votre affliction tournera en joie...".

[6] Adversus haereses, IV, 20, 7 : PG 7, 1037 ; SC100/II, pp. 648-649.

[7] "L'ESTIME DE SOI: S'aimer pour mieux vivre avec les autres" , Christophe André médecin psychiatre et psychothérapeute français et  François Lelord, psychiatre et écrivain français.

[8] "Connais-toi toi-même" Actualité de l'injonction de Socrate,  Article de Guy Lazorthes.

[9] Deviens toi-même, article de Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Saug.

[10] Je suis aimable, je suis capable, 1996, Novalis/Bayard, Montréal, Jean Monbourquette, omi,
La liberté intérieure, J. Philippe.

[11] J. Philippe, La liberté intérieure.

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