Nous sommes le 14/12/2019 et il est 19h56 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Les Filles de la Divine Providence face à la pauvreté en Afrique
(Charlotte Matendo, fdp)

Ce 14/12/2019, l'espace Charlotte, Fille de la Divine Providence de Créhen, conduit l'utilisateur au coeur de la problématique africaine de la vie consacrée. Il s'agit d'un extrait du fruit de ses recherches sur l’inculturation. Tiré de «COR AMATOR PAUPERUM». Fondement du charisme des Filles de la Divine Providence, cet exposé aide à connaître particulièrement le charisme de cette famille religieuse. "Il n'existe pas de vie religieuse en soi". Que doivent faire les Africaines pour mieux vivre et répandre l'esprit de Guy Homery? Telle est la question essentielle qui focalise l'attention.

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  1. Les Filles de la Divine providence face à la pauvreté
    1. La pauvreté de l'homme africain
    2. Les premières missionnaires de l'I.F.D.P. en Afrique
    3. Perspectives d'avenir
  2. Héritage spirituel de Guy Homery, Fondateur
    1. Guy Homery: enfance et jeunesse
    2. Guy Homery: appel de Dieu
    3. Guy Homery: sacerdoce et fondation
    4. Cor amator pauperum
    5. Concrétiser l'amour de Dieu
  3. Vivre réconcilié avec soi-même et avec les autres
    1. Considérations générales
    2. Vivre réconcilié avec soi-même
    3. Vivre réconcilié avec les autres
    4. Armes pour obtenir la grâce de vivre réconcilié avec soi-même et avec les autres
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Le fondateur [Abbé Guy Homery] des F.D.P. voulait, redisons-le, une congrégation de filles qui se seraient consacrées à Jésus et dont Jésus se servirait pour aimer passionnément les pauvres. Ce chapitre consistera à présenter quelques efforts fournis par les F.D.P. en terre d'Afrique, plus particulièrement en R.D.C., pour mettre en oeuvre leur charisme dans les perspectives du troisième millénaire.

Nous voudrions d'emblée observer l'homme africain dans sa pauvreté sans prétention d'une analyse exhaustive. Certains éléments pourront nous permettre de mieux comprendre la situation actuelle de notre société africaine[1] ainsi que la place de la religieuse de la Divine Providence appelée à témoigner de l'Amour de Dieu.

1. La pauvreté de l'homme africain

Un jour, une missionnaire de l'I.F.D.P. nous disait: "quand on passe de l'Europe en Afrique, on change de civilisation. Au premier abord, malgré la sympathie à priori, on est porté à sous-estimer la civilisation africaine à cause de la pauvreté apparente. Mais au fur et à mesure que le temps passe, la perception de la vie africaine devient plus juste; on se rend compte de sa vraie valeur".

Cette réflexion nous paraît fondamentale pour essayer d'appréhender ce qu'elle cache comme réalité. Quand on écoute les médias, on a bien l'impression que la vie de l'homme africain, dans l'ensemble, est la vie de "sous-homme", caractérisée par une misère qui touche tous ses aspects : matériel, spirituel, moral, intellectuel voire culturel. Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II écrivait que "l'Afrique est un continent sa­turé de mauvaises nouvelles... saturé des problèmes : une misère épouvantable, une mauvaise administration des rares ressources disponibles, une instabilité politique et une désorientation sociale. Dans un monde contrôlé par les nations riches et puissantes, l'Afrique est pratiquement devenue un appendice sans importance, souvent oublié et négligé par tous"[2].

En effet, selon Rudolf STRAHN, "le un tiers de la population ne dispose pas du minimum reconnu nécessaire pour subsister physiquement..."[3]. Cette pauvreté semble s'expliquer dans une histoire de l'humanité, qui a été incapable d'organiser la vie sur terre avec un minimum de respect des droits du plus grand nombre, car une minorité accapare tous les biens à son propre profit, au détriment de la majorité qui travaille durement mais continue à sombrer dans la misère.

Le travail de quel ordre soit-il est le meilleur moyen de subvenir à ses besoins vitaux. Or nous assistons à un grave phénomène dans nos pays d'Afrique: toutes les activités pouvant garantir des ressources ne sont pas du tout valorisées. Des milliers et des milliers d'hommes manquent d'emploi et s'ils en ont un, il reste sans salaire. Ainsi nous assistons à des privations involontaires dans de nombreuses familles.

Cet état d'insuffisance s'étend à tous les niveaux. Les infrastructures scolaires sont quasi inexistantes. Les quelques écoles privées qu'on trouve souvent dans les grandes villes et qui se défendent en­core sont pour les riches. Les taux de mortalité augmentent car les gens ne sont pas à mesure d'accéder aux soins médicaux même les plus élémentaires. Le fléau des maladies contagieuses telles que le sida appauvrissent de plus en plus les familles. De son côté, la prolifération des groupes de prière, qui ont souvent des objectifs purement économiques, dénote une certaine pauvreté spirituelle au sein de notre peuple. Ce qui porte parfois atteinte "au profond sens religieux, au sens du sacré, au sens de l'existence de Dieu Créateur"[4] qui caractérisent l'homme africain.

Devant cette réalité cruciale, le don fait aux F.D.P. a quelque chose à apporter. Voyons d'abord en gros comment cela fut vécu par les premières missionnaires.

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2. Les premières missionnaires de l'I.F.D.P. en Afrique

En 1951, six premières religieuses de la Divine Providence (Renée-Marie, Marie-Joseph de Chantal, Antoinette, Jeanne-Louise, Marie-Joachim) arrivèrent en terre d'Afrique, plus précisément en R.D.C. Leur premier lieu d'implantation à Shamusenga (Kahemba), situé au sud du pays, dans le territoire de Bandundu, fut considéré comme un village très pauvre et très en retard par rapport à d'autres coins du pays.

Ayant quitté volontairement leur culture, leur pays, elles acceptèrent de rejoindre leurs nouveaux frères dans leurs conditions de pré­carité pour leur dire qu'eux aussi étaient les préférés de Dieu. A la suite de l'Abbé HOMERY, elles furent attentives à la voix de Dieu et vécurent pleinement cette recommandation de leur fondateur : "...quand elles se tiendront intérieurement unies à Dieu...quand elles l'inviteront, comme l' épouse des cantiques, à les mener lui-même par la main dans toutes les occupations extérieures; venez avec moi, doivent -elles lui dire, sortons au-dehors, allons dans tous les lieux où le devoir nous appelle; demeurons, s'il le faut, à la campagne; voyons partout si les choses sont en bon état, n'épargnons ni nos peines ni nos soins (Ct 7, 12- 13)..."[5].

Soucieuses des besoins de leurs frères, elles n'avaient qu'à ouvrir les yeux pour découvrir le service à rendre pour témoigner de l'amour de Dieu. Elles firent preuve du sens de créativité en tenant compte de besoins du moment et se donnèrent de tout coeur à leurs diverses tâches. Ainsi elles s'occupèrent surtout de l'annonce explicite de la Bonne Nouvelle aux femmes et aux jeunes filles et commencèrent quelques oeuvres sociales: orphelinat, écoles, centres médicaux.

Les missionnaires associèrent très vite des jeunes filles ou des femmes à leur action éducative et aux autres activités : jardinage, élevages et services ménagères. Elles le réalisèrent avec beaucoup de respect et d'amour. Ainsi, la population n'hésita pas à témoigner son attachement aux religieuses. Par exemple, lors des troubles que connut la région dans les années 1960-1965, les "indigènes" furent d'un grand soutien pour les filles de la Divine Providence[6].

Cet élan missionnaire se poursuivit en créant d'autres missions d'insertion et en s'adaptant aux signes des temps. C'est ainsi que nous pourrons noter, entre autres, l'oeuvre de conscientisation pour la prise en charge effective par la population elle-même, du point de vue évangélisation et développement rural. Devant les nouveaux fléaux, tels que les cas des maladies contagieuses, les F.D.P. ne restèrent pas indifférentes; elles se sentirent proches de ces pauvres et elles soulagèrent dans la mesure du possible leurs misères.

Tout cela ne fut pas sans difficultés. Mais la réussite tenait surtout de leur grande union avec le Seigneur, de leur esprit de simplicité, de leur souci de proximité et de leur désir de faire grandir, ou mieux de mettre l'autre debout.

Quant au recrutement tardif des vocations autochtones, il comporta une entrave réelle pour le maintien des oeuvres et de l'esprit de l'Institut. Sur ce point, les F.D.P. n'ont pas pu faire preuve de leur esprit d'audace pour oser voir grandir certaines congolaises au sein de la congrégation.

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3. Perspectives d' avenir

Nous nous contenterons de suggérer quelques pistes de réflexion qui pourront nous permettre, dans l'avenir, de poursuivre des recherches pour une meilleure adaptation du charisme aux besoins de notre temps. Ainsi nous commencerons par rappeler les objectifs et les priorités de l'I.F.D.P., puis nous ferons un bref constat sur les jeunes qui sont appelées à poursuivre l'oeuvre de Guy HOMERY au­jourd'hui; et pour finir nous mentionnerons quelques points d'attention pour l'avenir.

3.1. Objectifs et priorités de l'I.F.D.P.

Tout au long de notre travail, comme on pourra le remarquer nous essayons de signifier que le but ultime de l'institut de l'Abbé HOMERY est de faire connaître aux pauvres que Dieu est amour. A la suite de Jésus Serviteur, les Filles de la Divine Providence ont la mission de révéler à chaque homme sa dignité d'homme et de fils de Dieu, et de l'aider à la vivre, de témoigner de la tendresse du Père en travaillant à construire, avec les hommes de bonne volonté, un monde plus fraternel[7].

Sur ce, leurs priorités renouvelées et adaptées aux signes des temps s'inscrivent dans l'esprit de leur fondateur. Leur souci doit être de s'insérer dans des milieux pauvres et déchristianisés, de vivre en proximité avec des personnes démunies sur le plan économique, social, culturel, moral, de veiller à l'éducation des enfants et des jeunes. Afin de prolonger l'attitude de Jésus Serviteur, elles ont à s'engager dans un combat pour la justice, pour le respect des droits, la dignité de l'homme et pour le refus d'exclusion. Leur souci permanent doit être de comprendre les mécanismes d'exclusion et de pauvreté, de s'engager dans les groupes qui défendent les droits des pauvres et qui mènent des actions même modestes de développement; de dénoncer les situations d'injustice ... de conscientiser ceux qui les entourent[8].

3.2. Constat

"Etre Fille de la Divine Providence, c'est avoir part au don reçu par l'abbé HOMERY et ses premières compagnes"[9]. Cela veut dire être chercheur de Dieu, se laisser saisir par Dieu pour collaborer à son oeuvre de libération à la manière des prophètes.

Depuis une dizaine d'années, plusieurs congolaises frappent à la porte de l'I.F.D.P. Quelques observations positives et négatives sur celles-ci pourront nous permettre de poser certaines orientations en vue d'un meilleur vécu de l'esprit du C.A.P. dans le contexte socioculturel qui est le nôtre aujourd'hui.

3.2.1. Constat positif

Dieu appelle qui il veut. Il le prend dans la situation où il se trouve et fait de lui le témoin de son amour. Les jeunes congolaises ayant entendu et compris cette invitation de Dieu à conclure une alliance avec lui, répondent avec beaucoup de générosité et désirent ardemment livrer leur vie au service de leurs frères. La pauvreté de leur peuple les touchent profondément et elles militent pour soulager ce peuple de sa situation de précarité.

Lorsque les soeurs sont envoyées poursuivre leurs études, elles les prennent au sérieux pour enfin servir efficacement le peuple de Dieu opprimé. Pour ce, elles manifestent un grand désir d'être formées dans tous les domaines qui les aideront à être plus utiles. Elles désirent également qu'on leur fasse confiance, qu'on encourage leurs initiatives. Devant des attitudes contraires à l'Évangile, entre autres l'injustice, l'égoïsme, le non respect, les critiques négatives, le mépris, etc., leurs réactions cherchent à promouvoir la justice, à favoriser la proximité avec les pauvres, à partager avec eux, etc. Ce qui dénote une certaine compassion pour les pauvres. Comme le Christ, elles prennent la place de leurs frères et souffrent pour eux.

Mais hélas ! quelques aspects négatifs semblent s'ajouter à ce tableau et brisent en quelque sorte l'élan du vrai témoin de l'Évangile dans les F.D.P.

3.2.2. Constat négatif

Victimes de la déstabilisation des structures sociales actuelles, nous remarquons avec regret que quelques religieuses de la Divine Providence adoptent certaines attitudes contraires à leurs motivations premières. Elles se laissent parfois emporter par la facilité et optent pour la loi du moindre effort. Cela les éloigne de la simplicité qui animait les premières Filles de Divine Providence.

Nous relevons aussi la forte tendance de s'installer dans le confort, oubliant le chemin de la croix et du sacrifice, condition indispensable de la suite du Christ (Cf. Mc 8, 34). En ce qui concerne le matériel, certaines religieuses se montrent parfois plus exigeantes envers la communauté. Sur ce point, cette dernière devrait les amener à participer à l'élaboration des budgets pour se rendre compte des sources de revenus et des dépenses de l’I.F.D.P. Cette ignorance les rend sûrement moins productives et moins engageantes pour le travail manuel qui est pourtant la source de survie incontournable pour nos familles.

La vie de prière, source d'une vie religieuse authentique est souvent sacrifiée pour soit disant les motifs d'apostolat. Ce qui serait la cause du relativisme de la pauvreté telle qu’elle était définie par le Père Fondateur.

Le Père Motanyane observe que "La vie religieuse est une vie spéciale que tout le monde ne peut pas vivre, d'où une sélection sérieuse des candidats doit être faite"[10]. Voilà un défi pour les responsables et les formatrices de l'I.F.D.P. Car, l'Afrique meurtrie a besoin aujourd'hui de témoins authentiques du Christ. Par ailleurs, les formatrices auront à conduire les candidates avec patience et bonté, car, au-delà de toutes ses limites, l'homme image de Dieu est capable de poser des actes surnaturels.

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3.3. Quelques suggestions

Le fondateur de l'I.F.D.P. est "homme de l'Esprit". Son expérience de Dieu demeure un don précieux pour l'Église universelle. Il convient donc que les membres de sa famille religieuse en général, et les Africaines en particulier restent fidèles au charisme du Fondateur, à la culture africaine, et fassent preuve d'une prise en charge responsable de la vie religieuse.

3.3.1. Fidélité au Charisme

Vivre de manière authentique le C.A.P. aujourd'hui en terre d'Afrique, nécessite une connaissance profonde de l'Esprit du Fondateur. Cela ne peut être possible que lorsqu'on comprend que le Charisme ne doit jamais s'identifier aux médiations; c'est une expérience à faire. Une missionnaire nous le disait un jour: "le C.A.P. est plus une expérience à vivre qu'une mission à remplir". Cela n'est possible que lorsque l'on mène une vie de prière authentique.

En effet, le souci des jeunes héritières du C.A.P. doit être de s'appliquer à "lire avec amour les écrits et la vie du Fondateur, les Actes de chapitres, les nouvelles de l'Institut pour qu'elles ne s'éloignent ni de l'inspiration originelle ni des directives de la Congrégation dans leur comportement”.

Notre Mère l’Église demeure plus exigeante lorsqu'elle recommande de "mettre en pleine lumière et de maintenir fidèlement l'esprit des fondateurs et leurs intentions spécifiques... de promouvoir chez les membres une suffisante information de la condition humaine à leur époque... de sorte que discernant avec sagesse à la lumière de la foi, les traits particuliers du monde d'aujourd'hui et brûlant de zèle apostolique, ils soient à même de porter aux hommes un secours plus efficace"[11].

Cela demande un engagement de tout un chacun, une capacité d'initiative, et comme nous l'avons souligné plus haut, un amour sin­cère de la Congrégation, un sens d'appartenance au corps, une lutte sincère contre l'individualisme, le relativisme de l'essentiel, l'incohérence entre le discours et la pratique, la dispersion dans le vécu[12].

Enfin cette expérience ne sera possible que dans la mesure où l'on se disposera à la grâce de Dieu dans la prière et l'on se laissera interpeller par "les pauvres qui sont nos maîtres" (RV. N 29). Notons que c'est dans la prière qu'un coeur voué à Dieu trouve un dynamisme toujours nouveau pour aller de l'avant, pour libérer, pour inventer afin que la vie soit donnée.

3.3.2. Fidélité à la culture africaine

L'inculturation de la vie religieuse en Afrique s'impose aujour­d'hui comme une urgence. Il serait un manque de ne pas y faire allusion.

En effet, selon ROELANDT, "c'est par la culture que l'homme s'exprime et se construit"[13]. Jésus, en qui nous croyons, est né dans une culture bien déterminée; il s'est servi de cette même culture pour exprimer l'amour de Dieu. Pour plusieurs d'entre-nous, le mystère de sa personne et surtout de son message tient, à la méconnaissance de la culture juive ; car "c'est à l'intérieur de cette culture que ses paroles, ses gestes et ses actes prennent et livrent leur sens véritable"[14].

Ceci nous amène à dire que le cadre culturel qui nous accueille prépare d'une manière ou d'une autre le message du salut. Des éléments culturels de chaque société sont là pour nous permettre d'exprimer, de mettre en pratique la Bonne Nouvelle.

Dès lors, comment une religieuse de la Divine Providence aura-t-elle à profiter de la culture africaine pour faire passer aux pauvres de cette terre le message d'amour du Père ?

Dans l'attitude à adopter face aux pauvres, il est bon de savoir que pour l'homme africain, ce qui est primordial c'est l'être plutôt que l'avoir, autrement dit l'africain désire par dessus tout être reconnu en tant qu'homme. En d'autres termes encore, comme disait le père Motanyane : "pour les africains, la personne est première, ce qui veut dire que, dans leur vision des choses, les personnes comptent plus que l'argent, les richesses ou le temps. Pour eux, ces réalités sont au service des personnes. Elles servent à améliorer la vie des hommes, elles sont au service de l'unité et de l'harmonie, elles sont faites pour célébrer la com­munion des uns et des autres. C' est pourquoi, malgré leur pauvreté, les Africains ont des fêtes dépassant tout"[15].

En considération de la personne, l'africain lui réserve une hospitalité, un accueil, un temps remarquables; il vit en solidarité et partage le peu qu'il possède. Ce sont là quelques éléments qu'une F.D.P. peut utiliser pour dire aux pauvres qu'eux aussi, ils ont du prix aux yeux du Seigneur. Essayons de faire quelque considération sur chacun de ces éléments (sensibilité africaine) sans prétention de nous étendre sur chacun d’eux.

Certes, ces éléments ne sont pas vécus avec la même intensité par tout le monde. "La difficulté de vivre toutes ces valeurs réside plus dans le cœur de l'homme, lequel a besoin de conversion"[16]. Chaque personne pour les rendre effectifs dans sa vie a besoin de la grâce divine; seul l'amour qui est la loi universelle de l'évangile peut le rendre possible.

3.3.3. Prise en charge responsable

Dans la formation des candidates à la vie religieuse, il s'avère nécessaire de réserver une place importante à l’éducation de la prise en charge personnelle. Elle permettra à chaque membre de se sentir plus responsable dans tout ce qui est entrepris. Cela permet aussi de ne pas devenir étrangère à la société après la formation.

En effet, il est impérieux que les F.D.P. maintiennent la pers­pective de former des “femmes de terrain” dont le peuple a besoin aujourd'hui, non pas des personnes, qui entretiennent le paternalisme, habituées à résoudre le problème à la place des gens mais qui responsabilisent les intéressés dans la recherche des solutions. Les struc­tures actuelles, le style de vie et d'organisation des communautés religieuses, la politique d'investissement, de gestion et de mobilisation des ressources matérielles qui dénotent une aggravation de la dépendance matérielle posent question.

En effet, les Évêques de la R.D.C. dans leur document sur “la prise en charge matérielle de l’Église par ses fi­dèles” cernent bien la problématique : "Habituées à vivre de fonds en provenance de l'Europe et de l'Amérique du Nord nos communautés semblent parfois se complaire dans cette dépendance à tel point que même dans une conjoncture nationale et internationale visiblement défavorable, au lieu de réagir positive­ment en recherchant des voies d'une autosuffisance financière, nos Églises recourent de plus en plus à l'aide extérieure"[17].

Nous croyons que pour répondre efficacement aux besoins de notre peuple, il faut bâtir d'autres chemins, en fidélité au charisme. Les efforts se font déjà sentir dans certains milieux mais la misère du peuple est telle que l’I.F.D.P. est appelée aujourd'hui à raviver le charisme de son fondateur. Cela invite tout le monde au travail comme le dit le Saint Père : "Le monde visible renferme en lui-même des ressources qui sont mises à la disposition de l'homme... les ressources ne peuvent servir à l'homme que par le travail..."[18].

En effet, l'adaptation de la vie religieuse en Afrique sera effective lorsque la formation dans le noviciat donnera une place de choix non pas seulement au spirituel mais aussi au travail manuel; lorsqu'elle descellera ou étudiera avec ténacité tout ce qui fait obstacle au développement intégral de l'homme notamment le manque de prévisions économiques, la peur de l'innovation et de l'action à long terme, le paternalisme, la mentalité de mendicité et un esprit d'assisté perpétuel, le mépris du travail manuel.

Une prise de conscience approfondie de tous ces obstacles aidera à une libération réelle dans le Christ spécialement dans la formation, pour qu'à son tour le formé, pour la cause du peuple, affronte le monde sans y être perdu. Car, remarquons-le, notre formation tient parfois plus compte de nous-mêmes plutôt que des attentes de nos populations. Et pourtant, la libération que nous prônons doit nous permettre d’aider les pauvres à dépasser leur situation d'esclavage.

Somme toute, les F.D.P. appelées à être témoins du Christ dans le contexte socioculturel qui est le nôtre aujourd'hui, doivent se mu­nir des moyens efficaces pour être réponse aux signes des temps. Ne pourrions-nous pas imiter les premières Filles de la Divine Providence dans leur pratique économique, en occurrence : l'installation des ateliers, la valorisation du travail manuel notamment l'agriculture, l’élevage et la pisciculture, des cantines ? Car, nous le savons tous, que la survie de la population est tributaire de ces moyens.

La formation intégrale nous semble plus que nécessaire pour ne pas former des religieuses de seconde main, celles qui ne vivent que d'attentisme, incapables d'imagination.

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Notes:

1 Quoi que les F.D.P. n'oeuvrent qu'en R.D.C, nous voulons parler de l'homme africain car sa situation est presque pareille et qu'étant une congrégation missionnaire, les F.D.P. sont appelées à s'ouvrir ailleurs dans cette terre d'Afrique.

2 JEAN-PAUL II, Exhortation apostolique post-synodale, Ecclésia in Africa sur l'Eglise en Afrique et sa mission évangélisatrice vers l'an 2000, Kinshasa, Médiaspaul, 1995, n. 40.

3 STRAHN Rudolf H., Pourquoi sont-ils si pauvres ?, Suisse, à la Baconnière, 1978, p. 19.

4 JEAN-PAUL II, Ecclesia in Africa, Op. cit., n 42.

5 Régle de vie, Op. cit., p. 25-26.

6 Témoignage recueilli auprès de soeur Agathe BETAUX (ex Soeur Marie-Joachim), l'unique des six premières missionnaires qui reste en vie.

7 A la suite de Jésus Serviteur, Soeurs de la Divine Providence de CREHEN, Collection la Tradition vivante, 1988, p. 16.

8 Décisions et orientations du Chapitre Général, Divine Providence de CREHEN, 1992, p. 15, 20, 22.

9 A la suite de Jésus Serviteur, Op. cit., p. 6.

10 MOTANYANE Alexander, “Conférence sur la pauvreté religieuse et l'inculturation en Afrique”, dans Documentation catholique, 16 mai 1993, n. 2072, p. 477.

11 VATICAN II., Décret Perfectae Caritatis, Montréal, 1967, n. 2d.

12 Cf. LUKUMWENA S., Vie consacrée et voeux, cours donné à l'ISA, 1997-1998, p. 9.

13 ROELANDT Robert, “Conférence sur culture et foi”, dans Telema, 1/79, p. 29.

14 Cf. ROELANDT Robert, Op. cit., p. 35.

15 Cf. MOTANYANE A., Op. cit., 473.

16 Cf. MUSUMBI Jean B., Signification théologique de la vie religieuse. Cours donné à l’ISA, 1996-1997, p. 76.

17 C.E.Z, Prise en charge matérielle de l'Eglise par ses propres fidèles, Kinshasa, 1994, p. 67.

18 JEAN-PAUL II., le travail humain, lettre encyclique pour le 90ème anniversaire de l'encyclique Rerum Novarum, 1981, p. 57.

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