Nous sommes le 23/01/2019 et il est 01h59 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Regard sur la jeunesse africaine
(Edmond Hingbo, omi)

Ce 23/01/2019, voici l'espace réservé à Edmond Hingbo, Camerounais oblat de Marie Immaculée, ordonné prêtre en 2012. Il réfléchit sur la jeunesse en crise. Les internautes découvriront dans son partage non seulement son esprit missionnaire mais aussi son engagement dans le ministère avec les jeunes d'aujourd'hui, particulièrement ceux et celles de la société camerounaise.


  1. Croire en la jeunesse en crise
Jeunes du Collège Jacques de Bernon Maroua

Croire en la jeunesse en crise

Introduction

Quel qualificatif ne donne-t-on pas à la jeunesse ? C’est  le fer de lance de la nation ; c’est l’avenir de demain ; c’est la clé de proue (c’est la partie avant du navire) sur qui on compte beaucoup pour conduire le monde dans une bonne direction. Tout ceci pour dire que tout l’espoir du monde repose sur la jeunesse malgré les profondes mutations que traverse notre monde. Mutation entraînant la jeunesse dans le gouffre où la conséquence qui s’ensuit est la perte du sens éthique.

Aujourd’hui, cette conséquence se présente comme un défi qui se pose à notre monde contemporain dans le but d’aguerrir nos jeunes des armes efficaces pour affronter avec courage et en connaissance de cause les nouveaux défis du monde contemporain. Ce n’est pas un monde mauvais. Mais un monde de grandes réalisations scientifiques qui, d’une part, rend notre milieu plus vivable, et d’autre part, le noie dans ses pratiques amorales et inhumaines.

Tout est alors servi sur les marchés du monde. Se sert, qui veut et comme il l’entend, chacun à la taille de sa faim. Ainsi, le matériel devient une obsession quotidienne pour laisser Dieu dans les couloirs retirés de nos vies. Par cette attitude, Dieu perd petit à petit sa place dans la vie de l’homme. C’est la crise spirituelle qui fait son nid en nous. Et surviennent les crises, on est déboussolé, et on ne sait quoi faire. Et là ; commence le calvaire de la jeunesse qui est appelée à payer de son prix la faute des aînés. Cette jeunesse, représentant cette couche fragile de la société est fouettée de tous les côtés par toutes les influences qui s’abattent sur elle. Comment redonner un certain équilibre à sa vie ? A quel repère les jeunes doivent-ils s’accrocher ?

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Etat de notre environnement

Tout ce qui ce vit dans notre univers, donne lieu de croire que l’on est en face d’un libéralisme poussé, prêtant lieu à l’inexistence des interdits. Tout est permis ! Partons de quelques faits courants qui ne constituent pas un bel exemple pour la vie des jeunes. Combien de pays ont déjà adopté et légalisé l’avortement, le mariage des homosexuels (et maintenant, c’est la guerre pour les homosexuels dans certains pays d’obtenir le droit d’adopter des enfants), la pratique de la prostitution qui devient le marché le plus rentable. Et s’il vous plaît il faut le savoir, ces pratiques ne restent pas sans conséquences énormes pour nos foyers humains d’où sont issus ces jeunes.

C’est pourquoi, ce style de vie a été au centre de la préoccupation du regretté pape Jean-Paul II qui, dans le document de l’Exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis (sur la formation des prêtres dans les circonstances actuelles), le pape nous proposait une réflexion sur l’importance de la sexualité dans la vie de l’homme. Il souhaitait souligner là le désordre que cet acte peut produire dans la vie du fidèle chrétien. Ce fut aussi alors l’occasion pour le pape de nous faire comprendre que la sexualité mal vécue, contribue à

la désagrégation de la réalité familiale et à l’obscurcissement ou la déformation du vrai sens de la sexualité humaine : phénomènes qui ont une incidence très fortement négative sur l’éducation des jeunes (…). Cela se trouve spécialement dans la conception de la sexualité humaine déchue de sa dignité, à savoir d’être au service de la communion et du don interpersonnel, pour être réduite à un simple bien de consommation.
Ainsi, l’expérience affective de nombreux jeunes n’aboutit pas à la croissance harmonieuse et joyeuse de leur personnalité s’ouvrant à l’autre dans le don de soi, mais à une sérieuse régression psychologique et éthique ayant de lourdes conséquences sur leur avenir (n° 7-8).

L’homme se perd donc dans cette recherche effrénée du plaisir et tend à oublier l’essentiel qui est Dieu. La chose spirituelle devient quelque chose d’encombrant par son interpellation à agir bien et à faire le bien. Alors on décide de faire son chemin seul, on évite par tous les moyens de rencontrer Dieu sur nos chemins de vie. Et c’est dans un tel environnement que grandissent les jeunes. Ils sont loin de ce qui a trait à la religion, considérée comme une chose dépassée, périmée à laquelle il ne vaut pas la peine de revenir car elle doit céder le pas au matérialisme qui régule le monde. Le bien matériel est ainsi perçu comme le seul idéal de la vie qui doit être obtenu pat tous les moyens et à n’importe quel prix (prostitution, homosexualité, corruption, drogue, vente des organes, …). Et tout ceci a alors pour conséquence grave : la perte des valeurs morales et spirituelles, reléguées au second rang pour favoriser l’émergence d’une société dépourvue de toute éthique. Senghor l’avait déjà bien compris quand il affirmait que “l’impérialisme de l’avoir, nourrit la déchéance de l’être“.

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Mesure d’accompagnement

C’est la raison pour laquelle les jeunes à la recherche de l’autonomie ont besoin, dans un tel contexte, d’une certaine mesure d’accompagnement pour les aider à mieux percevoir les réalités de la vie pour ne pas tomber dans ce qu’on peut nommer la liberté humaine. Ils doivent donner une bonne direction à leur vie future.

Cependant, il faut mentionner qu’il n’est seulement question du mauvais comportement que le jeune peut observer dans la société ; mais il y a aussi l’influence médiatique qui non seulement représente une chance pour notre société, par les informations immédiates qu’ils diffusent, les médias représentent aussi un grand danger pour la jeunesse avec tout ce qu’ils véhiculent comme antivaleurs. C’est dans tous ces tapages des médias que l’on se perd et que l’on perd du coup certaines valeurs spirituelles et humaines. Et c’est conscient de ces dangers que le pape Benoît XVI, à l’occasion de la 46ème Journée mondiale des communications sociales a donné un message portant sur le thème : “Silence et Parole“ (20 mai 2012).

Quelle est la teneur de ce message ? Le pape dans ce message, tente de nous éclairer sur l’importance de ces deux moments dans la communication : parole et silence. La vie ne se résume pas seulement dans les médias. Ou encore, tout ne se trouve pas uniquement dans ce que nous présentent les médias. Cependant, il est aussi intéressant de faire une place à Dieu dans une méditation silencieuse par exemple. Car dans les différentes traditions religieuses, la solitude et le silence sont restés des espaces privilégiés pour aider des personnes non seulement à se retrouver elles-mêmes (comme personne) ; mais aussi à retrouver la Vérité qui donne sens à toutes choses, même dans le choix des programmes à suivre. Car nous ne sommes pas obligés de tout suivre, de consommer tout ce que nous bombardent les médias.

Un jeune averti, est appelé aujourd’hui à discerner profondément : les mœurs présentées, les paroles dites… ; puisque conscient que les médias peuvent aussi contribuer négativement dans les habitudes de la vie des hommes de notre temps (excitant ainsi la jeunesse à plus d’enclin à la délinquance juvénile par la diffusion, par exemple, des séquences des films non formatifs). Il convient donc de souligner ici les effets négatifs des médias pour que la jeunesse ne soit pas corrompue et blessée dans son for interne.

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Responsabilité partagée

Par ailleurs, devant tous ces défis, les jeunes ne doivent pas croiser les bras et sombrer dans le désespoir pour dire que tout est fini. Non il y a lieu de faire quelque chose quand on est conscient de ce que nous vivons. Raison pour laquelle, la première des choses à faire, c’est de se prendre d’abord en charge et orienter sa vie en faisant recours à une bonne formation humaine, intellectuelle et culturelle. Ainsi donc, le jeune responsable doit être capable de sélectionner ce qui est bien/bon pour sa vie future dans la multiplicité de ce que lui présente le monde – il doit ramer à contre courant des antivaleurs.

Entre autres, la jeunesse seule ne peut pas s’en sortir. C’est pourquoi, il est aussi souhaitable que l’Etat prenne en compte la destinée des jeunes afin de leur assurer un avenir meilleur : par une amélioration des conditions de vie, par la mise en place des infrastructures dignes et efficaces, par une meilleure éducation pour tous, etc.

L’Eglise n’est pas à la marge de tout cela ; elle a aussi un grand rôle à jouer : par sa présence effective, réelle et régulière dans la pastorale des jeunes. Ceci est faisable si elle arrive à donner aux jeunes l’occasion de se découvrir et d’aimer les valeurs du don de soi qui est un chemin pour l’épanouissement de la personne humaine (cf. Ecclésia in Africa n° 93). En plus, il importe aussi d’instituer des associations et des institutions, des groupes et des centres de jeunes, des initiatives culturelles et sociales pour jeunes.

Il convient aussi que les écoles et les universités catholiques puissent constituer un levier dans cette initiative d’éducation des jeunes. Ceci par un accompagnement, par l’enseignement des valeurs humaines et chrétiennes et aussi dans l’organisation des discussions touchant les grandes questions du temps (par exemple, pourquoi l’homosexualité aujourd’hui ? Pourquoi la haine des religions ? Quel est la position de l’Eglise par rapport à l’usage des capotes ?).

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Conclusion

En définitive, si nous voulons un monde, un pays qui se porte bien, il serait prudent et important d’investir dans la jeunesse pour avoir les résultats escomptés d’un type d’homme qui soit le point de repère pour notre jeunesse assoiffée de valeurs et d’identité, comme le fait si bien remarquer le professeur Kä Mana dans son article “Bousculer l’imaginaire missionnaire en Afrique“, in RASM (Revue Africaine des Sciences de la Mission), Vol.1, n° 1, août-décembre 1994, p. 397). Il pense qu’il est mieux de « créer un type d’homme capable d’affronter la situation internationale et de créer chez nous des structures et une mentalité de ceux qui sont capables de créer quelque chose de nouveau ou gagner la bataille du monde moderne. » Il continue pour faire remarquer que :

« Et quand on voit comment nous vivons dans nos pays (Africains), on peut conclure que nous n’avons pas été capables de créer ce type d’homme, ni le type de chef, ni le type d’intellectuel ni même le type de paysans et du peuple capable de sortir le pays de cette situation ; c’est cela notre malheur depuis nos indépendance ».

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