Nous sommes le 17/08/2019 et il est 16h58 TU+2 - "L'Eglise attend de vous tous un puissant secours dans sa détresse" (Eugène de Mazenod, 1823)

Engagement dans la vie religieuse aujourd'hui
(Adeline Bolanne, sdv)

Ce 17/08/2019, vous êtes sur l’espace réservé à la contribution de Sœur  Adeline, membre de la Congrégation de la Divine Volonté œuvrant au Cameroun. Adeline repose ici la sempiternelle question de la pertinence de la vie religieuse dans l’aujourd’hui du monde. Dans le contexte actuel du monde en profondes mutations, elle invite les internautes sans frontières à bien saisir non seulement l’exigence de l’engagement dans la vie religieuse, mais aussi l’importance et la signification des trois conseils évangéliques que sont la chasteté, la pauvreté et l’obéissance.

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Hyacinth et Soeurs Divine Volonté MarouaSOMMAIRE -

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Défi de l’engament dans la vie religieuse face à la société contemporaine

(Adeline Bolanne - mai 2013)

Procession soeurs Divine Volonté Cameroun

Introduction

La profession religieuse est la déclaration publique ou officielle par laquelle un homme ou une femme intègre la vie religieuse en prononçant les vœux de chasteté, pauvreté et obéissance selon les constitutions ou règles d’un institut religieux. C’est un acte qui est dans un premier temps temporaire, puis perpétuel et dont la durée varie d’une communauté religieuse à une autre.

La société contemporaine étant un monde en mutation, un monde sécularisé, qui offre une multitude de possibilités, avec un rythme suffoquant, l’embarras  de choix ou la recherche de la stabilité devient une réalité. Ainsi le religieux, la religieuse, appelé à vivre dans le monde, sans être du monde, y est souvent confus(e). C’est un véritable dilemme qui naît au milieu de multiples interrogations qui foisonnent l’esprit, à savoir : comment et pourquoi se consacrer (perpétuellement) dans un monde où tout change si vite, où tant d’opportunités s’offrent ? Est-ce raisonnable de fermer la porte à toutes les possibilités lorsqu’on ignore ce que l’avenir nous réserve ? Vaut-il encore la peine de se consacrer à la vie religieuse lorsque celle-ci semble perdre sa crédibilité ? Enfin, est-il possible de vivre fidèlement ses vœux de nos jours ? Telle est formulée en quelque sorte la problématique qui sous-tend notre réflexion.

Les vœux, une donation dans la joie

Litanies voeux soeurs Divine Volonté CamerounLa vie religieuse est une des formes de vie  consacrée reconnue par l’Eglise. Elle est vécue dans le célibat consacré, au sein d’une communauté (pour la forme régulière). Les conseils évangéliques (les vœux) de leur part sont à cet effet un charisme, un don de Dieu ; la profession de ces vœux est par conséquent  la réception ou du moins la réponse à ce don gratuit, à cette grâce.

Le respect, mieux la pratique des conseils évangéliques est un reflet de  l’unité, de la communion qui existe entre les trois personnes de la sainte trinité en ce sens que les vœux  sont liés et ne peuvent se vivre séparément ou singulièrement ; ils interpellent à l’abandon total et sont indissociables. En d’autres termes, nous pouvons dire que le lien étroit qui existe  entre les trois vœux  est sous l’image de la vie trinitaire.

Le vœu de pauvreté invite le religieux ou la religieuse à imiter Dieu le Père qui remet tout au Fils. Il se vide de Lui-même afin d’enrichir le Fils de sa divinité. Ainsi par essence, l’amour se donne continuellement sans réserve et avec joie. A ce niveau  l’amour devient  pauvreté parce qu’il donne tout ce qu’il reçoit et ne garde rien pour soi-même. Ce vœu nous invite également à suivre Jésus, qui, si riche qu’Il était s’est fait pauvre en prenant la dernière place, celle du serviteur (cf. Philippiens 2, 6-7). Nous comprenons donc que vivre la pauvreté évangélique c’est nous ouvrir aux richesses que Dieu ne cesse  de nous combler, afin de donner et se donner totalement à notre tour.  Nous pouvons également dire que vivre la pauvreté évangélique c’est vivre  ou pratiquer l’amour vrai et gratuit. Et le bienheureux JEAN-PAUL II, dans son mot aux religieux(ses), prêtres disait d’ailleurs à ce propos que : « la pauvreté évangélique est plus qu’un simple renoncement aux biens matériels. C’est s’abandonner, se perdre en Dieu. » Ainsi, l’usage des biens matériels s’explique également par cette citation : « usons de nos biens parce qu’ils nous sont nécessaire. Ne leur donnons pas notre cœur. Qu’ils nous soient comme l’auberge du voyageur et non comme le domaine du propriétaire. Refais-toi et passe. Tu es en voyage » (Saint Augustin, S.117).

Le vœu de chasteté est l’apanage de la vie consacrée. Vivre la chasteté  consiste à purifier nos cœurs, nos relations afin de les rendre plus humaines. C’est une vertu qui nous élève au dessus de l’animalité, de nos instincts, de nos pulsions charnelles pour nous introduire dans le domaine de l’amour universel et fraternel, car c’est bien l’amour  vrai, sincère qui nous rend chaste. Par ailleurs, notons aussi que l’abstinence dans la chasteté devient garant d’une amitié vraie, puisque la chasteté permet de faire de nos relations une vie en Dieu, un chemin qui nous mène à Lui. La chasteté nous ouvre à l’amour de Dieu et nous pousse à témoigner de cet amour là où nous sommes, c’est ce qu’illustre ces paroles du Christ : « Si vous avez de l’amour les uns pour les autres, tous reconnaîtront que vous êtes mes disciples » (Jean 13, 35). Il est donc évident que, seul celui qui se sent aimé peut véritablement aimer ; seul celui qui Mère générale Divine Volonté accueil voeux Marouas’ouvre et accueille l’amour de Dieu devient à son tour amour et le distille autour de lui.

Le vœu d’obéissance est une adhésion totale au projet de Dieu par la médiation de l’autorité. C’est aussi un appel pour tous ceux et toutes celles qui veulent suivre le Christ. En tant que forme et expression de la foi, l’obéissance n’est possible que dans un renoncement total à soi-même, à sa volonté, à sa prétention afin d’accéder à la volonté de Dieu. Ainsi l’obéissance religieuse doit être un acte libre, volontaire face à ce que l’autorité demande. Ce n’est nullement une soumission, une domination ou une aliénation, mais  la  rencontre de deux libertés : celle du supérieur, de la supérieure, et celle du religieux, de la religieuse. L’obéissance de notre Seigneur va jusqu’à la mort et la mort sur une croix. C’est pourquoi en obéissant, nous laissons Jésus entrer dans nos vies  afin qu’Il nous comble à l’exemple de Lui- même qui fut exalté par le Père.

Au demeurant, nous pouvons dire les trois vœux prennent source en la personne de Jésus-Christ pauvre, chaste et obéissant car Il les a vécus d’une manière parfaite. Ces trois vœux forment alors un ensemble indissociable, car on ne saurait prétendre vivre le vœu de pauvreté sans faire allusion aux deux autres, et vice versa. Donc l’engagement dans la vie religieuse n’a de sens et n’est vivable que si la personne du Christ et son évangile exercent une force de séduction en nous capable de nous polariser et d’uniformiser nos vies.

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Le pari de l’engagement dans la vie religieuse

La vie religieuse comme tout autre engagement affronte toutes les questions posées à l’introduction de notre réflexion, lesquelles résument notre problématique. Ce sont là quelques interrogations qui habitent bon nombre de religieux ; dans ce monde où Dieu n’a presque plus de place, où tout est modernisé, le corollaire, mieux les mauvaises réponses qu’on apporte à toutes ces préoccupations, c’est l’instabilité, la mobilité, la fluctuation de vocation. Ceci est vécu par plusieurs communautés, comme une marque de stérilité, car beaucoup de religieux sont ainsi affectés, entrainés par ce monde en mutation, ils veulent vivre une vie religieuse à la « mode », en voulant s’asseoir sur deux sièges, c’est-à-dire à califourchon entre la vie consacrée et la modernité. Le risque ici est de se laisser engloutir, noyer et emporter, si l’attention et la conscience perdent  leur place.

Cependant, faut-il pour autant renoncer à ce choix de vie ? La réponse est évidente, non. Il faut plutôt se donner davantage, servir et témoigner continuellement. De nos jours, nous vivons à l’ère où la préoccupation de tous est de maintenir ouvertes toutes les portes, les opportunités, car on voudrait que tout soit possible et que rien ne soit définitivement exclu ; on veut « zapper ». Et pourtant, seul l’acte de décider, de se positionner rend réel et vrai notre choix de vie consacrée.

Nous sommes appelés à choisir le Christ en vivant « dans le monde sans être du monde ». Nos décisions doivent être en cohérence avec les exigences de la vie religieuse sans prétendre être des religieux et religieuses modernes, car renoncer et choisir vont de paire. Faut-il le rappeler, il y a toujours un « non » en vertu de l’amour et du choix fait. Il n’y a qu’un vrai homme nous le savons qui peut décider, car tout choisir, ce n’est plus choisir. L’engagement dans cette vie religieuse s’inscrit dans ce choix de vie radicale à la suite du Christ pauvre, chaste et obéissant. Avec le Christ la peur, l’angoisse font place à la confiance, à l’abandon et nous poussent à nous donner pour toujours tout en fermant la porte aux autres possibilités qui n’enrichissent pas cette vie ou qui nous éloignent de Dieu ou qui mettent en péril notre fidélité à celui qui nous appelle. C’est donc une réponse personnelle, unique, mais qui se renouvelle jour après jour, décision après décision, puisque nous devenons le religieux ou la religieuse que nous voulons être. C’est la rencontre de l’appel de Dieu et de notre adhésion totale dans la liberté qui donne corps à notre vocation.

Le vocable engagement nous met en marche, en mouvement, nous fixe une orientation qui unifie et donne cohérence à notre vie. Et c’est pourquoi nous disons  avec force que ça vaut la peine de s’engager  dans la vie religieuse au-delà de ce que le monde moderne nous présente sans regret ni avoir peur de l’avenir car il appartient à Dieu et à Lui seul. Depuis leurs origines jusqu’à nos jours, les vœux sont vécus fidèlement, car c’est le Christ qui nous comble de sa fidélité et nous donne la grâce de les vivre ; les vivre fidèlement ne suppose nullement l’absence des défaillances, des faiblesses, puisqu’ en tant humain, nous tombons très souvent, mais l’important c’est de se relever grâce à l’amour de Dieu qui nous accueille et à sa main puissante qui nous tiens pour nous relever, afin de recommencer avec Lui. C’est alors sur ce socle qu’est le Christ que nous devons fonder notre vie religieuse et non compter sur nos propres forces. Nous comprenons donc que la fidélité n’est pas un perfectionnement mais un renouvellement car nous choisissons d’être religieux ou religieuse à chaque instant. Par conséquent, l’engagement à cette vie nous appelle à un témoignage de vie conforme, à montrer l’esprit de la famille religieuse à laquelle nous appartenons, à montrer la joie de cette consécration là où nous sommes. Nous devenons par ces attitudes même des essences qui parfument le monde et l’Eglise de Jésus-Christ, exprimant chaque jour par nos gestes d’amour la joie de notre consécration.

Célébration voeux soeurs Divine Volonté Maroua

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Le soutien de l’engagement

Pour rendre efficace notre engagement à la suite du Christ, nous devons nous appuyer sur certains piliers ou supports, qui sont entre autres :

Conclusion

Nous pouvons dire en guise de conclusion que mettre en pratique ce qui précède, nous permet de vivre en harmonie avec le Seigneur et selon notre forme de vie. Il est donc nécessaire de bien se préparer  pour pouvoir s’engager librement et avec joie. Se préparer à l’engagement pour la vie consacrée signifier mûrir sa décision, prendre conscience de la responsabilité qu’incombe cette forme de vie, connaître tous les paramètres qu’un tel engagement comporte afin de vivre en conformité avec ses exigences,  car le monde a besoin des religieux épanouis, fiers de leur choix de vie. Que le Christ à jamais vivant suscite dans le cœur des jeunes la joie de Le servir dans la vie religieuse.

Collation Soeur Adeline Bolanne Maroua Cameroun

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