Dialogue interreligieux
Le dialogue chance ou risque
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Chance ou risque
SM:
Père, le domaine de la rencontre avec les autres
traditions religieuses est pour la nôtre le lieu où se vit une tension
entre Institution et Prophétisme. Concrètement, comment comprendre certaines
attitudes courageuses (prophétiques) des autorités
romaines dans le domaine dont nous parlons - la rencontre d'Assise
du 27- octobre - 1986, l'exhortation en la matière dans Tertio millenio
adveniente... - avec des obstructions du genre de celles contenues dans
l'Exhortation Ecclesia in Asia - "( ...) la plénitude du salut provient
seulement du Christ..." - qui ratifie la méfiance à l'égard des perspectives
théologiques riches comme celles d'un J. Dupuis (Vers une théologie
chrétienne du pluralisme religieux, Cerf, 1997, 655.) ainsi que tant d'autres
théologiens !
PdB: Je crois qu'effectivement,
l'expérience est incontestable! Le témoignage de la rencontre de l'Esprit
Saint qui agit également dans les croyants d'autres traditions religieuses
est une provocation prophétique. C'est une provocation légitime qui suscite
parfois des remous, voire le rejet. L'évolution dans l'Eglise se fait
toujours ainsi, par un accueil suivi d'une résistance suivi d'un nouvel
accueil suivi d'une nouvelle résistance.
Donc, il est normal que l'institution comporte une certaine rigueur, recule
un peu pour mieux sauter. On constate dans l'évolution qu'il y a des moments
où il y a nécessité de poser le Christ comme seul médiateur... Je dis
que cette découverte de la possibilité du dialogue est toute nouvelle,
il ne faut pas s'étonner que la théologie soit mal fichue. Cette provocation
prophétique secoue un peu et oblige à recouvrer une vraie souplesse.
SM:
Pour finir, le dialogue interreligieux, est-ce une
chance ou un risque pour notre tradition religieuse ?
PdB:
Le dialogue interreligieux pour moi est à la fois une chance et un
risque. C'est une chance puisqu'il permet d'aller à ce qu'il y a d'essentiel
dans toute expérience religieuse: le désir d'harmonie avec le Tout autre
et le prochain. Le dialogue interreligieux nous permet de nous dépouiller,
de relativiser des choses pas trop essentielles auxquelles nous étions
accrochés de façon trop indue, pour aller à la racine des intuitions de
l'Evangile. Je dis toujours que c'est là une chance d'appauvrissement.
Et la pauvreté est une béatitude. On est peut-être trop riche parce qu'on
a voulu défendre l'Eglise et la foi avec des dogmes. En secouant le cocotier,
on voit tomber des choses qui, certes, sont respectables mais pas absolument
indispensables. C'est le service que nous rend le dialogue avec les croyants
d'autres traditions religieuses: il nous fait apparaître ce qui est vraiment
essentiel et fait se relativiser ce qui n'est pas vraiment nécessaire.
Je crois fermement que cette situation, nouvelle dans laquelle nous nous
trouvons aujourd'hui, permet à l'Eglise au seuil du troisième millénaire,
un vrai renouvellement, un renouvellement du temps, grâce à l'année jubilaire,
de commencer à nouveau grâce à cette rencontre qui peut se faire enfin,
par la bienveillance qui vient de Dieu. SM:
Merci.
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