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Inculturation de la vie religieuse en Afrique

( Alexander Motanyane - Lesotho )

Lesotho, Roma, Joseph Gerard House
Le premier pas d’une progressive mise en marche de l’inculturation est l’emploi de la langue vernaculaire. La musique, spécialement le chant, est un de ces domaines où l’Africain s’exprime le mieux. Il chante lorsqu’il est heureux ou lorsqu’il est triste. Il chante lorsqu’il marche aussi bien que lorsqu’il travaille.

L’inculturation pose un problème pour beaucoup de nos formateurs. Comprennent-ils les gens qu’ils aident ? Il y a une tendance à mettre ensemble tous les Africains sans distinction sous prétexte qu’ils sont tous noirs ou parlent la même langue européenne. Lorsque nous y pensons bien, il se pourrait que c’était une bonne chose lorsque le latin était l’unique langue liturgique. La majorité des formateurs devrait pouvoir parler et comprendre la langue de ceux qu’ils forment.

J’aimerais voir les formateurs cultiver d’une façon spéciale la vertu de patience. Dans le domaine de l’argent, de l’usage de l’argent, de la tenue des livres, et ainsi de suite, on trouvera bien des failles chez nos candidats. Nous pouvons leur expliquer la même chose bien des fois sans qu’ils arrivent à bien saisir ce que nous voulons qu’ils apprennent. Nous devons nous rappeler que ces jeunes viennent d’un milieu complètement différent. Ce sont là les domaines concrets où le temps et la pratique sont nécessaires ; l’usage correct de l’argent est une capacité qui s’acquiert lentement. Ce n’est pas la faute du candidat si son expérience passée ne lui a jamais offert l’occasion d’apprendre à bien manipuler l’argent.

Les maisons et les institutions de formation doivent penser sérieusement à la façon d’aider leurs candidats dans le domaine des finances. L’argent de poche devrait être employé comme un moyen d’aider le jeune homme à rendre compte de son argent. Cette façon de faire devrait développer chez le candidat une prise de conscience de son vœu de pauvreté et lui apprendre à être heureux de le vivre.

Lorsque ces jeunes commencent leur travail missionnaire, des rapports exacts sur toutes les affaires financières devraient être demandés, en même temps qu’on leur donne l’occasion de se sentir à l’aise dans l’exercice de leur ministère. Par-là, je veux dire qu’on ne devrait pas leur répéter continuellement qu’il n’y a pas d’argent. La communauté devrait être impliquée dans la préparation des budgets.
Lesotho, Roma, Mazenod Conference Centre

Chacun des membres devrait connaître la source des revenus aussi bien que les dépenses. Une partie de l’observance du vœu de pauvreté en Afrique est l’entretien des propriétés. A mesure que les autochtones se chargent de l’administration on devrait le leur apprendre. Les petites réparations faites en temps opportun peuvent sauver d’importantes sommes d’argent à la longue. Selon mon expérience, c’est là un des points faibles. Il n’est pas nécessaire d’engager de grandes dépenses pour tenir la maison propre et en ordre, mais les gens doivent prendre conscience de cela et cette prise de conscience s’acquiert par la pratique. Il est surprenant de constater combien il est facile pour les gens de s’habituer à un environnement laissé à l’abandon. Un bon entretien pourra faire beaucoup pour aider les communautés religieuses dans l’observance de la pauvreté et sera en même temps un exemple pour les gens avec qui ils travaillent. Ils donneront ainsi l’exemple qu’ils peuvent vivre comme il faut sans avoir à prendre de grands risques financiers, les besoins essentiels de la vie étant par ailleurs assurés.

Une des causes de tension entre les missionnaires étrangers et leurs confrères africains est celle des visiteurs. Vous pouvez vous imaginer ce que signifie pour une communauté, disons de trois religieux, si les parents de l’un ou de deux d’entre eux viennent les visiter régulièrement. Les repas et les arrangements pour la nuit seront une partie du problème. Cette situation ne fait pas que créer des difficultés financières, mais aussi elle tend les relations entre les membres de la communauté. Dans une grande famille, il est difficile de savoir qui devrait être accepté et qui ne devrait pas l’être de fait comme membres de la famille à qui le religieux peut offrir l’hospitalité.

Lesotho, Maseru, Provincial House

Je pense que, au moment de l’acceptation des candidats, on devrait faire l’éducation des candidats et de leurs familles sur ce point. Je suis sûr que les familles collaboreront car elles tiennent à ce que leur fils ou leur fille réussissent dans la vie religieuse et elles sont fières de leur orientation.

Le choix des candidats doit être fait sérieusement. La vie religieuse est une vie spéciale. Tous ne sont pas appelés à vivre cette vie. Une attention spéciale doit être accordée aux motivations de ceux qui demandent à entrer dans la vie religieuse. Les formateurs ne doivent pas craindre de vérifier les motivations. Les congrégations religieuses peuvent y perdre des candidats, mais les quelques-uns qui persévéreront seront une semence qui rapportera beaucoup de fruits dans l’avenir.

Les rencontres régulières avec les familles des membres peuvent être un moyen d’éliminer les attentes irréelles de la part de celles-ci.

Même si les gens sont pauvres, j’ai été surpris de voir comment ils peuvent contribuer aux célébrations en l’honneur de leur fils ou de leur fille. Chaque fois qu’il y a une ordination, les gens contribuent beaucoup pour donner à manger à ceux qui viennent aux célébrations. Bien entendu, pour de telles fêtes, tous sont invités.

L’inculturation est un long processus. Nous ne devrions pas être surpris si elle prend du temps. Comme l’éducation, elle doit transformer une personne à partir de l’intérieur de telle sorte que celle-ci puisse assimiler de nouvelles valeurs qui deviennent partie de sa vie.

C’est notre espoir que les Africains pourront apporter à la vie religieuse leur propre vision et ainsi enrichir la vision des autres cultures.