Introduction
Chers sœurs et frères, c’est avec joie que je vous
salue et que je participe à ces Premières Journées
Philosophiques organisées par le Grand Séminaire de Saint
André Kaggwa, d’autant plus que je suis au Congo depuis
seulement un an et demi. Le sujet qui m’a été demandé de
traiter, à savoir : « La renaissance et l’expérience
missionnaire » est un sujet vaste et immense qui peut à lui
seul faire l’objet d’un congrès.
C’était le regretté père René De Haes
qui devait l’aborder. Et certainement il aurait été le
plus indiqué à le faire.
Mais finalement
c’est à moi qu’a été donné de
le traiter à quelques jours de la tenue de ces journées.
Alors, en accord avec les organisateurs que je remercie, je me suis mis à travailler
le sujet en faisant plutôt référence à mon
expérience missionnaire qu’à l’abondance de
documentation existante. Donc je vais l’aborder de la manière
que j’ai pu concevoir de façon à ce que puisse apparaître
suffisamment une certaine expérience de la mission sur terrain.
C’est cette expérience que je vais partager avec vous. Et
cela en ayant pleinement et humblement conscience de l’évidente
limite de ce que peut être mon expérience missionnaire (au
Sénégal depuis 1979 et au Congo depuis 2003), par rapport à l’expérience
missionnaire de l’Eglise qui s’étend sur des siècles
et sur tous les continents.
Cependant,
souvent, le fait de commencer une réflexion par l’expérience
de vie s’avère aussi avantageux pour la recherche théologique.
Pour le
reste, je suis content d’ intervenir sur des thèmes
missionnaires comme celui-ci. Parler de la mission, c’est parler
d’un sujet de possible renaissance. Comme il est dit dans Redemptoris
missio : « la mission renouvelle l’Eglise,
renforce la foi et l’identité chrétiennes, donne
un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles » (RM
2). Ainsi la réalité de la mission pourrait nous convoiter
et nous disposer à agir selon un dessein de renaissance.
Sommaire
La mission en 1979
On le sait.
L’Eglise de Jésus Christ est par sa nature
même, et non seulement selon les circonstances et pour les périodes
données, missionnaire. A l’Eglise en tant que telle et à chaque
chrétien individuellement, est adressé impérativement
la parole du Christ ressuscité : « Allez donc
de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père
du Fils et du Saint Esprit » ( Mt 28, 19). Si effectivement
la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut incombe à l’Eglise
universelle, à chaque communauté particulière et à chaque
baptisé, la fonction missionnaire est donc permanente dans l’Eglise.
C’est ainsi qu’en arrivant au Sénégal en 1979,
comme tous ceux qui s’insèrent dans un champs missionnaire,
j’ ai pris le train de la mission en cours de route.
Sommaire

L’Afrique
L’Afrique était déjà cet ‘univers éclaté,
ouvert à un conflit de valeurs, à une crise d’identité anthropologique’ (PENOUKOU,
E.J., « Le chrétien laïc face au défi
du sous-développement », dans Spiritus,
107 (1987), p. 116). Un crise d’identité qui, on le sait,
est le fruit amer d’un passé d’exploitation honteuse
par l’Occident et attisée par des phénomènes
socioculturels dont on connaît les noms : néocolonialisme,
sous-développement économique qui se répercute
négativement sur les secteurs de l’alimentation, de la
santé et de l’alphabétisation et provoque une émigration
forcée, dettes nationales étranglantes, luttes tribales
absurdes, apartheid fou, impasse du processus démocratique avec
résurgence d’une autoritarisme étatique, corruption
généralisée, balancement pénible entre
culture traditionnelle et modernité, discriminations religieuses
et injustices de toute sorte envers les pauvres, corruption même
aux niveaux les plus élevés, guerre avec ses cortèges
de crimes, viol et tortures surtout au dépens des femmes et
des enfants, la pandémie du Sida… (cf. ELA, J.-M., Ma
foi d’africain, Paris, 1982; MBEMBE, A., Afriques indociles,
Paris, 1988 ).
En plus,
cette crise d’identité et la situation socio-économique, à dire
peu catastrophique, entraînaient, chez les individus et les collectivités,
un manque de confiance qui porte à se sous-estimer rendant difficile
tout effort de reconstruction. Même si, vu les énormes potentialités
du Continent en humanité et en nature, toutes les espérances
de relèvement restaient sûrement de mise (cf. TEVOEDJRE,
A., Le mie certezze di speranza, Bologna, 1985).
Sommaire
La théologie
de la mission
A ce moment
les esprits des agents missionnaires évoluaient
vers un nouveau paradigme de la mission dans l’effort d’entériner
les nouvelles orientations et redécouvertes du Concile Vatican
II. On peut synthétiser le points saillants de ce nouveau paradigme
comme suit :
- La
mission, au sein de la famille ecclésiale et auprès
des missionnaires devenait de plus en plus un service pour le monde
plutôt qu’une activité imposant un point de vue
eurocentrique. Elle se voulait un service à offrir en toute
humilité, comme une proposition d’amour venant de Dieu,
un don libre de toute apparence d’imposition
et de coercition.
- On était conscient que la mission comme service, surtout après
la diminution des territoires sous le statut du jus commissionis,
devait s’effectuer dans une collaboration loyale avec les pasteurs
et les composantes de l’Eglise locale dont la direction avait été confiée
presque totalement aux fils de la place et que le Concile avait revalorisée
dans le décret Ad gentes (cf. AG 19-22).
- On
savait que la mission ne s’identifiait plus seulement
avec la mission ad gentes, mais qu’elle était un devoir
propre des baptisés. Donc un devoir qui, parce que lié à la
vocation chrétienne, constitue un devoir de tous, de
partout et de toujours. Toute
l’Eglise
est par sa nature missionnaire (cf. AG 2 ; 6).
- La
mission ne pouvait pas être une entreprise à sens
unique, tant du point de vue géographique qu’anthropologique,
mais elle devait devenir le rendez-vous du donner et du recevoir partout
où elle se déployait. En cela, on prenait conscience
que la mission devait se purifier surtout des scories lamentables et
préjudiciables du colonialisme et du paternalisme.
- Généralement on grandissait dans la conviction que
la mission devait se déployer dans le respect de la culture
des peuples à évangéliser. Donc, il n’était
pas question seulement de sauver les âmes, mais de sauver aussi
l’homme avec son univers culturel et social. Une mission donc
de plus en plus inculturée et globale.
- La
mission n’était donc pas question seulement d’annonce,
mais de témoignage de vie, qui mettait en évidence sa
source divine et spirituelle plus que l’acharnement dans des
activités multiples et souvent dispersives.
- La
mission devenait plus ouverte à tous par un
dialogue avec toutes les composantes du milieu humain
des pays de mission.
- Mais
en même temps, on se rendait compte que la mission devait
s’incarner dans des activités au service des pauvres,
du développement du pays et de la renaissance
nationale. Evangelii
nuntiandi avait souligné à souhait
le lien intime et incontournable de la mission avec
la renaissance sociale (cf. EN 31).
- Enfin,
ce qui était encore plus révolutionnaire concernait
la prise de conscience que la mission ne pouvait plus se concevoir
sans son rattachement à la valeur de la communion. Le Concile
en effet faisait de cette dernière son idée maîtresse
pour interpréter l’essence de l’Eglise et cela en
référence à la communion trinitaire, identifiée
comme la source de la mission (cf. AG 2-4).
La Renaissance et la Mission sur le terrain

Quelle
renaissance au Sénégal?
Aux approches
des années quatre-vingt, au Sénégal,
comme il me semble partout ailleurs en Afrique, on travaillait à la
renaissance du pays surtout en aidant les pauvres. Ils étaient
nombreux dans nos missions car une nature aride empêchait de vivre
de l’agriculture, quasiment la seule ressource des populations
des secteurs ruraux. Cette aide en général était
donnée avec la mentalité et le souci de l’assistance,
telle une réponse aux urgences. Elle se traduisait en aide alimentaire ;
en initiatives pour faciliter l’accès à l’eau
(creusement de puits et équipement de ces derniers par pompes
manuelles ou éoliennes et par des contre-puits); en interventions
variées dans le secteur de la santé. Cela, même si
de plus en plus on s’activait à promouvoir des projets visant
l’éradication de la pauvreté. On lançait alors
des projets agricoles et d’autres où les pauvres étaient
davantage pris en compte.
Il est vrai
que très peu d’agents missionnaires cultivaient
une vraie sensibilité politique. Et cela soit par ignorance, soit
parce que on estimait qu’il y avait d’autres choses à faire
plus importantes (salut des âmes).
Pour les
missionnaires expatriés cela était dû en
partie au fait qu’on avait conscience de travailler dans un pays étranger
et donc se mêler des affaires du pays n’était pas
souhaitable. Il s’avérait alors qu’on fermait plutôt
qu’ouvrir les yeux, les oreilles et la bouche face aux injustices
sociales, en oubliant ainsi que la mission divine qui nous avait été confiée
par l’Eglise aurait dû avoir des retombées dans la
bonne marche de la nation qui nous accueillait.
Et s’il y en avait parmi les agents missionnaires de ceux qui
donnaient priorité à ce volet humanitaire de la mission,
ils étaient vite découragés par l’ampleur
de la tâche. D’ailleurs et au même moment, ils comprenaient
que cela désormais relevait du ressort de toute l’Eglise
locale, déjà suffisamment établie dans le pays.
En effet, sur le terrain missionnaire se réalisait déjà la
visée missionnaire du Concile Vatican II concernant l’Eglise
particulière. Pratiquement, a cette époque, le missionnaire était
déjà inséré dans une Eglise suffisamment établie
et structurée, gouvernée par des pasteurs de la place.
Il fallait par devoir de communion que chaque initiative se fasse en
pleine unité avec eux et en collaboration avec toutes les forces
vives locales.
Cette situation
qui se consolidait de plus en plus était providentielle à plusieurs égards.
De un, elle
favorisait dans la conscience des missionnaires et des chrétiens
l’opinion que l’action de renaissance sociale, n’était
pas possible sans la participation et l’implication de plus de
monde possible. De deux, cela portait à penser qu’elle était
justement la tâche propre à l’Eglise locale, demandant
coordination, concertation, orientations communes . En somme, cela
postulait un style de vie de plus en plus régie par la communion.
Sommaire
La situation sur le terrain
Ces points
de vue auraient su influencer le vécu missionnaire.
Effectivement, dans le secteur où je travaillais (dans un premier
temps à la mission de Nguéniène, en milieu Seereer, à environ
140 Km de Dakar, et ensuite à Koumpentoum, en milieu pluriethnique,
dans le Sénégal Oriental), les choses se passaient à peu
près ainsi :
Nous étions dans une phase de la mission où l’axe
de la sacramentalisation, étant souvent trop privilégié,
n’était plus adéquat aux besoins de la chrétienté.
Cette dernière exigeait des moments et des structures de formation
pour mieux intérioriser le message évangélique,
se former à l’esprit de communion encouragé par le
dernier Concile, et exprimer la foi en Jésus Christ dans le témoignage
d’une vie authentique et engagée. Les catéchumènes
et les sympathisants de leur côté exigeaient une modalité d’accompagnement
au baptême qui comportait plus de partage et de proximité.
Les Musulmans,
le groupe religieux plus nombreux tant dans l’ensemble
du Sénégal que dans ces deux missions, généralement
ne rentraient pas encore dans l’orbite des activités des
missionnaires. Pourtant, tout en ne le manifestant pas trop extérieurement,
ils sollicitaient un rapport modelé sur le dialogue, capable de
nous faire expérimenter la fraternité universelle postulée
par la foi en un Dieu unique.
Un autre
défi concernait l’inculturation de l’Evangile.
Jusqu’à ce moment, son annonce avait été fait
avec une bonne réussite par les missionnaires étrangers.
Le temps était venu pour le re-exprimer à travers les catégories
et les valeurs de la culture des gens du pays qui l’avaient accueilli.
On courait le risque que cette première évangélisation
ait la signification d’un ‘vernis superficielle’- pour
employer l’expression approprié d’Evangelii nuntiandi (EN
20) - lancé sur le champ missionnaire, sans qu’il puisse
toucher la profondeur de l’âme du peuple qu’on évangélisait.
On assistait d’ailleurs à des phénomènes de
dichotomie évidente entre religion et culture. Il fallait commencer
au moins à se poser le problème et essayer des solutions
appropriées.
Enfin, toujours
dans le cadre des défis venant du terrain missionnaire,
il y avait le problème du développement qui se posait avec
urgence et qui touche à notre présente intervention. Ce
pressant défi nécessitait une intervention finalisée
non seulement à aider matériellement, mais aussi à susciter
la participation et la coresponsabilité des chrétiens et
de toute la population de la région.
Sommaire

La
réponse
de la communion
La réponse à ces défis du terrain a été l’unité de
l’équipe missionnaire signifiée par leur vie communautaire.
Nous vivions notre mission par et dans la communauté selon le
charisme de Saint Eugène de Mazenod et les Constitutions et Règles
des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée qu’il avait
fondés. Mes confrères et moi, nous étions de l’idée
que la charité réciproque nous permettait d’être
unis au nom de Jésus et donc de pouvoir jouir de sa présence
au milieu de nous (cf. Mt 18, 20), lui qui était l’Evangile
de Dieu, ‘le tout premier et le plus grand évangélisateur (cf.
EN 7). Cela était pour nous le fer de lance du travail missionnaire
(Jn 17, 21). Nous avions optés de vivre la mission en communion.
Par là, la communauté de ces personnes consacrées
allait créer un mouvement de communion qui petit à petit
aurait intéressé nos plus proches collaborateurs. Tout
d’abord les sœurs, qui, comme ailleurs, menaient surtout
des activités dans le domaine de la santé (dispensaires
et pharmacies de village) et dans le domaine de la promotion féminine.
Avec elles, pour grandir en cet esprit de communion, on se retrouvait
en des réunions mensuelles où, au contact de la Parole
de Dieu, on priait ensemble, on faisait de la programmation et on arrêtait
les lignes d’un projet apostolique commun.
Ensuite,
cette agir en communion allait toucher aussi nos chrétiens.
Au fur et à mesure qu’ils appréciaient ce style de
vie communautaire, eux aussi se disposaient à l’entériner.
Dans l’entre-temps, en 1980, le Diocèse de Dakar sortait
des documents qui orientaient les fidèles à promouvoir à tous
les niveaux des communautés chrétiennes, signe et ferment
de développement pour construire dans le pays l’Eglise du
Christ avec un visage sénégalais.
Ainsi, sur
la base de notre témoignage et à la lumière
des orientations de l’Eglise locale, prenait pieds dans la mission
un procès spirituel et aussi organisateur qui en peu de temps
en aurait changé le visage. En quelques années, la mission
se structurait de façon communautaire : conseil paroissiaux,
conseils de chapelle, communautés de chapelle, communautés
de quartier, comité Caritas et liturgiques, commissions des vocations ;
bref, toute une série de cellules vivantes et de base qui étaient
censées aider les chrétiens à vivre en communion.
En définitive, la vie communautaire des évangélisateurs
s’insérait dans l’Eglise locale provoquant l’effet
d’un caillou qui tombe dans une étendue d’eau. Elle
engendrait comme de petites vagues de communion qui allaient doter nos
paroisses de structures communautaires, agissant organiquement et capables
d’atteindre des avancées par rapports aux différents
défis.
Pour ce
qui est des résultats se rapportant à la renaissance
on peut citer les suivants :
- la
découverte de l’importance de la dimension communautaire
de la foi chrétienne, auprès des fidèles qui la
vivaient d’une façon quasiment individuelle
et intimiste.
- L’expérience de faire partie d’une Eglise-famille,
communion, Corps du Christ où chacun a son rôle à jouer
pour le bien de tous.
- L’insertion active du laïcat dans toutes les activités
de la mission, femmes et jeunes y compris.
- Une
façon plus inculturée de mener le travail missionnaire
en tenant compte des forces et des sensibilités locales censées
s’exprimer dans la liturgie, la catéchèse,
la gestion.
- Une
augmentation de co-responsabilité à tous les niveaux,
là où le missionnaire faisait tout et
rien ne se faisait sans lui
- La
mise en valeur de la célébration Eucharistique comme
centre de la vie ecclésiale.
- Un
besoin plus ressenti de connaître la Parole de
Dieu.
- Un
début de saine et opportune autonomie quant à la
gestion et aux initiatives. De plus en plus on pouvait entendre les
chrétiens dire : « Mon père, dans
notre village on commence à faire des partages d’Evangile;
on a créé une caisse d’entraide pour notre chapelle,
nous sommes partis cultiver les champs d’une veuve, d’un
musulman malade ; nous, les chrétiens, nous avons réunis
les villageois et nous sommes partis voir les femmes de notre quartier
qui, depuis longtemps, ne viennent pas à l’église… ».
- Une
sensibilité plus aiguë pour les problèmes
sociaux du milieu. Si beaucoup de gens continuaient à venir
demander auprès des missionnaires de l’aide pour leurs
propres nécessités, le nombre de ceux qui venaient en
groupe, pour demander une aide en faveur de la collectivité,
augmentait. Et les chrétiens, toujours et davantage, devenaient
artisans du progrès de leur village.
- L’acceptation plus aisée du principe de subsidiarité.
Les catéchistes, par exemple, qui avaient été habitués à travailler
d’une façon exclusive et toute puissante, s’ouvraient à la
collaboration et faisaient place aux autres laïcs dans la direction
et l’animation des communautés de village.
- Un
non négligeable rayonnement par attraction et contagion
auprès des adhérents à la religion traditionnelle,
avec un nombre croissant de catéchumènes.
- Un
contact plus fréquent et une ouverture plus spontanée
envers les Musulmans : d’un rapport caractérisé par
la méfiance on passait à un sentiment d’estime
et de sympathie mutuelle s’exprimant en collaboration dans des
activités pour le bien commun ou le progrès
populaire.
En conclusion,
non sans difficultés, le fait d’avoir opté pour
une ligne d’action axée sur la communion avait provoqué une
petite, mais opportune, révolution, selon l’ecclésiologie
de communion de l’Eglise universelle et les orientations pastorales
de l’Eglise locale.
Dans cette
ambiance de communion accrue et en incorporant de plus en plus les
laïcs, tant au niveau de la direction qu’à celui
de l’animation, on commençait à donner des réponses
plus adaptées aux défis locaux de promotion humaine, d’inculturation
et de dialogue inter religieux.
Pourtant,
la communion, rendue visible par l’ensemble des structures
communautaires, s’incarnait, peu à peu, dans le tissu vif
de la culture et de l’histoire du peuple, ouvrant une route à l’inculturation
de l’Evangile. En outre, ces petites communautés, insérées
au milieu de personnes appartenant à d’autres religions
et ouvertes à la collaboration avec elles, posaient les bases
d’un nouveau rapport de dialogue. Finalement, leur engagement en
actions charitables et de promotion sociale représentait une réponse
adaptée aux problèmes du développement, dans la
mesure où celui-ci devenait l’affaire des forces présentes
sur place.
Cette expérience entamée et l’ensemble des résultats
produits, quoique modestes, peuvent mettre en évidence la valeur
de la vie de communion comme principe de renaissance.
Sommaire

La communion comme principe de renaissance
C’est cela la conviction que je garde jusqu’à maintenant.
Je continue à croire que la communion vécue dans et par
l’Eglise peut donner une grande contribution à la renaissance
tant ecclésiale que nationale. C’est ce point de vue, mis
en évidence par une expérience comme tant d’autre
sur le terrain de la mission, que je propose comme piste de réflexion.
Il me semble qu’il aurait plusieurs raisons pour lui accorder au
moins notre intérêt. C’est pourquoi, je propose les
quelques réflexions qui suivent:
En entrant
dans la route de la communion, nous marchons selon la vie de Dieu-Trinité, mystère de communion. Il s’agit
là d’un mystère qui s’exprime en mission de
salut et donc la plus grande forme de renaissance. Or, selon Vatican
II, ce salut consiste dans la participation à la communion de
Dieu que l’Eglise corps du Christ est appelée à signifier
et à offrir à toute l’humanité pour qu’elle, à son
tour, devienne la famille des fils et filles de Dieu, une fraternité universelle
(cf. CONGAR, Y.M.-J., « Principes doctrinaux »,
dans L’activité missionnaire de l’Eglise,
p. 186-321, Paris, 1967, (Unam Sanctam, 87) ; KASPER, W., « L’Eglise
comme communion : un fil conducteur dans l’ecclésiologie
de Vatican II », dans Communio, (XII,1 1987), p.
15-31 ; RATZINGER, J., « Alcuni aspetti della Chiesa
intesa come comunione », dans La chiesa mistero di comunione
e di missione, Roma, 1994, p. 57-69). S’accrocher à la
communion signifiera alors collaborer à une renaissance planétaire,
propre au dessein de Dieu sur l’humanité. En la pratiquant
dans nos Eglises particulières, nous nous unissons et nous apportons
notre contribution locale à l’effort universel de l’Eglise
dans le monde. Ce qui peut vouloir dire que nous ne restons pas isolés,
mais toujours à mesure de donner et de recevoir et ainsi pouvoir
accéder à des solutions aux problèmes de nos milieux
de vie. Cela pourrait être une façon de profiter positivement
de la globalisation, en évitant les effets nuisibles.
Nous savons
que, suite aux approfondissements théologiques sur
les premiers siècles de l’Eglise, la communion est synonyme
de paix, de salut et de réconciliation (cf. ROUTHIER, G., Le
défi de la communion. Une relecture de Vatican II, Montréal,
1994). Là, nous avons des valeurs préalables dans une Eglise
locale qui se veut au service de la renaissance de la nation. Le Congo
lui même en a préalablement besoin pour toute renaissance.
La communion
dans d’autres approfondissements est apparue aussi
comme une énergie divine dérivant de la Trinité,
manifestée dans le Christ et mise à notre portée
par l’Esprit Saint qui habite en nous (cf. MŒHLER, J.,-A., L’unité dans
l’Eglise ou le principe du Catholicisme, Paris, 1938). Comme énergie
divine elle, vécue et entretenue par la charité fraternelle
dans les Eglises du lieu par toutes les composantes du peuple de Dieu,
peut porter ce dernier à travailler, avec passion et efficacement, à la
renaissance du pays qu’il habite.
De plus,
la communion est la possibilité qui est donnée à tous
dans l’Eglise et donc elle semble être la réalité qui
peut unir davantage le peuple de Dieu. Les laïcs, comme les pasteurs
et les religieux, se retrouvent en elle dans l’égalité et
la distinction, pouvant concourir plus aisément au projet de renaissance.
Il n’est pas nécessaire d’être prêtre
pour vivre la et de la communion ! Elle est à la portée
de toute personne.
La communion
vraie, enfin, ne peut pas ne pas s’ouvrir au dialogue à tous
les niveaux et donc faciliter la collaboration avec tous ou, de toutes
façons, avec un plus grand nombre. Ce que d’aucuns retiennent
absolument nécessaire pour une renaissance de grande envergure,
telle que celle d’une nation (cf. DIOUF, L., Eglise locale
et crise africaine. Le diocèse de Dakar, Paris 2001 ).
Sommaire

Conclusion
En concluant,
je voudrais faire relever qu’en concevant la communion
comme principe de renaissance on serait en phase avec l’aujourd’hui
de l’Eglise, pouvant faire face ainsi aux défis actuels
du monde.
En fait,
si cette conviction s’installe, cela serait une façon
d’évoluer dans la perspective de ‘la communion
missionnaire’, si chère et souhaitée par le
regretté Jean Paul II , pour faire face à celle que lui
même a appelé la ‘nouvelle évangélisation’ (cf. Christifideles
laici 32-34 ). N’est-ce pas que cela ferait de nous aussi
des acteurs de cette ‘spiritualité de communion’ qui
représente le plus grand défi pour l’Eglise du troisième
millénaire ?(cf. Novo millennio ineunte 43-54).
Nous savons
que l’Eglise d’Afrique est ouverte à cette
perspective communionelle comme s’il s’agissait de son option
préférentielle. L’idée de l’Eglise-famille
de Dieu depuis sa formulation, au moment du Synode pour l’Afrique,
continue à inspirer toutes les Eglises particulières d’Afrique.
Notre Episcopat, en plus, vient de nous livrer un document sur la paix
et le développement de la Région des Grands Lacs à partir
de l’idée de l’Eglise-famille de Dieu, définie
comme ‘objectif prioritaire de l’évangélisation
en profondeur’ (A.C.E.A.C., De vos épées
forgez des socs de charrue, Kinshasa, 2004, p. 3).
Ce qui peut
signifier que la possibilité d’ancrer tout
projet de renaissance sur une conversion et une pratique de la communion,
au niveau de l’Eglise de notre pays, ne serait pas loin de ce qu’elle
souhaite.
Or, on sait
combien cette notion de communion est fortement en phase avec l’univers culturel africain. Son noyau dynamique demeure ce
que certains, comme Léopold Senghor, Vincent Mulago, Hampate BA,
appellent indifféremment esprit de famille, esprit de communion,
sens communautaire, solidarité, hospitalité, convivialité,
sentiment d’unité et de participation. (cf. SENGHOR, L.
S, La poésie de l’action, Paris 1982, p. 80 ;
MULAGO, V., « Religions traditionnelles et christianisme »,
dans Actes Semaine Théologique, Kinshasa 1975, p. 78 ;
HAMPATE BAA, A., Aspetti della civiltà africana, Bologna
1975, p. 83). Ces différentes appellations forment un ensemble
qui constitue pour beaucoup comme une pierre d’attente, ainsi que
de choix, pour l’annonce de l’Evangile. En adoptant à nouveau
la communion dans nos orientations ecclésiales, nous aurions déjà,
pour ainsi dire, le matériel de construction pour élever
la maison de la renaissance. Dans ce cadre, la communion pourra mettre
en valeur et, en même temps, tirera profit de la méthode
de gouvernement propre à la tradition africaine, à savoir
celle de la palabre qui, dans le dialogue, permet d’arriver à une
unanimité de décision. La communion par le dialogue est
toujours la possibilité de l’harmonisation de toutes différences,
de tout ce qui divise les humains.
Pourtant,
la communion, en tant qu’énergie divine, qui
entre autre fait aussi la fécondité de la mission de l’Eglise
(cf. RM 75), devient aussi la plate-forme sur laquelle peut être élaboré un
projet de renaissance nationale. Ce projet demandera à certains
agents de soigner au nom du Christ les plaies des plus pauvres; à d’autres
de s’investir dans une recherche des solutions pour combattre les
nouvelles pauvretés; et à d’autres encore, comme
politiciens, de s’engager personnellement et communautairement
au service du bien commun et de la renaissance du Congo ou, si vous voulez,
au service de sa communion nationale.
P. Domenico ARENA, omi |