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La renaissance et l’expérience missionnaire

( Domenico Arena )
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Domenico Arena

 

Introduction

Chers sœurs et frères, c’est avec joie que je vous salue et que je participe à ces Premières Journées Philosophiques organisées par le Grand Séminaire de Saint André Kaggwa, d’autant plus que je suis au Congo depuis seulement un an et demi. Le sujet qui m’a été demandé de traiter, à savoir : « La renaissance et l’expérience missionnaire » est un sujet vaste et immense qui peut à lui seul faire l’objet d’un congrès.

C’était le regretté père René De Haes qui devait l’aborder. Et certainement il aurait été le plus indiqué à le faire.

Mais finalement c’est à moi qu’a été donné de le traiter à quelques jours de la tenue de ces journées. Alors, en accord avec les organisateurs que je remercie, je me suis mis à travailler le sujet en faisant plutôt référence à mon expérience missionnaire qu’à l’abondance de documentation existante. Donc je vais l’aborder de la manière que j’ai pu concevoir de façon à ce que puisse apparaître suffisamment une certaine expérience de la mission sur terrain. C’est cette expérience que je vais partager avec vous. Et cela en ayant pleinement et humblement conscience de l’évidente limite de ce que peut être mon expérience missionnaire (au Sénégal depuis 1979 et au Congo depuis 2003), par rapport à l’expérience missionnaire de l’Eglise qui s’étend sur des siècles et sur tous les continents.

Cependant, souvent, le fait de commencer une réflexion par l’expérience de vie s’avère aussi avantageux pour la recherche théologique.

Pour le reste, je suis content d’ intervenir sur des thèmes missionnaires comme celui-ci. Parler de la mission, c’est parler d’un sujet de possible renaissance. Comme il est dit dans Redemptoris missio : « la mission renouvelle l’Eglise, renforce la foi et l’identité chrétiennes, donne un regain d’enthousiasme et des motivations nouvelles » (RM 2). Ainsi la réalité de la mission pourrait nous convoiter et nous disposer à agir selon un dessein de renaissance.

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La mission en 1979

On le sait. L’Eglise de Jésus Christ est par sa nature même, et non seulement selon les circonstances et pour les périodes données, missionnaire. A l’Eglise en tant que telle et à chaque chrétien individuellement, est adressé impérativement la parole du Christ ressuscité : « Allez donc de toutes les nations faites des disciples, les baptisant au nom du Père du Fils et du Saint Esprit » ( Mt 28, 19). Si effectivement la mission d’annoncer la Bonne Nouvelle du salut incombe à l’Eglise universelle, à chaque communauté particulière et à chaque baptisé, la fonction missionnaire est donc permanente dans l’Eglise.

C’est ainsi qu’en arrivant au Sénégal en 1979, comme tous ceux qui s’insèrent dans un champs missionnaire, j’ ai pris le train de la mission en cours de route.

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Soleil africain

L’Afrique

L’Afrique était déjà cet ‘univers éclaté, ouvert à un conflit de valeurs, à une crise d’identité anthropologique’ (PENOUKOU, E.J., « Le chrétien laïc face au défi du sous-développement », dans Spiritus, 107 (1987), p. 116). Un crise d’identité qui, on le sait, est le fruit amer d’un passé d’exploitation honteuse par l’Occident et attisée par des phénomènes socioculturels dont on connaît les noms : néocolonialisme, sous-développement économique qui se répercute négativement sur les secteurs de l’alimentation, de la santé et de l’alphabétisation et provoque une émigration forcée, dettes nationales étranglantes, luttes tribales absurdes, apartheid fou, impasse du processus démocratique avec résurgence d’une autoritarisme étatique, corruption généralisée, balancement pénible entre culture traditionnelle et modernité, discriminations religieuses et injustices de toute sorte envers les pauvres, corruption même aux niveaux les plus élevés, guerre avec ses cortèges de crimes, viol et tortures surtout au dépens des femmes et des enfants, la pandémie du Sida… (cf. ELA, J.-M., Ma foi d’africain, Paris, 1982; MBEMBE, A., Afriques indociles, Paris, 1988 ).

En plus, cette crise d’identité et la situation socio-économique, à dire peu catastrophique, entraînaient, chez les individus et les collectivités, un manque de confiance qui porte à se sous-estimer rendant difficile tout effort de reconstruction. Même si, vu les énormes potentialités du Continent en humanité et en nature, toutes les espérances de relèvement restaient sûrement de mise (cf. TEVOEDJRE, A., Le mie certezze di speranza, Bologna, 1985).

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La théologie de la mission

A ce moment les esprits des agents missionnaires évoluaient vers un nouveau paradigme de la mission dans l’effort d’entériner les nouvelles orientations et redécouvertes du Concile Vatican II. On peut synthétiser le points saillants de ce nouveau paradigme comme suit :

  • La mission, au sein de la famille ecclésiale et auprès des missionnaires devenait de plus en plus un service pour le monde plutôt qu’une activité imposant un point de vue eurocentrique. Elle se voulait un service à offrir en toute humilité, comme une proposition d’amour venant de Dieu, un don libre de toute apparence d’imposition et de coercition.
  • On était conscient que la mission comme service, surtout après la diminution des territoires sous le statut du jus commissionis, devait s’effectuer dans une collaboration loyale avec les pasteurs et les composantes de l’Eglise locale dont la direction avait été confiée presque totalement aux fils de la place et que le Concile avait revalorisée dans le décret Ad gentes (cf. AG 19-22).
  • On savait que la mission ne s’identifiait plus seulement avec la mission ad gentes, mais qu’elle était un devoir propre des baptisés. Donc un devoir qui, parce que lié à la vocation chrétienne, constitue un devoir de tous, de partout et de toujours. Toute l’Eglise est par sa nature missionnaire (cf. AG 2 ; 6).
  • La mission ne pouvait pas être une entreprise à sens unique, tant du point de vue géographique qu’anthropologique, mais elle devait devenir le rendez-vous du donner et du recevoir partout où elle se déployait. En cela, on prenait conscience que la mission devait se purifier surtout des scories lamentables et préjudiciables du colonialisme et du paternalisme.
  • Généralement on grandissait dans la conviction que la mission devait se déployer dans le respect de la culture des peuples à évangéliser. Donc, il n’était pas question seulement de sauver les âmes, mais de sauver aussi l’homme avec son univers culturel et social. Une mission donc de plus en plus inculturée et globale.
  • La mission n’était donc pas question seulement d’annonce, mais de témoignage de vie, qui mettait en évidence sa source divine et spirituelle plus que l’acharnement dans des activités multiples et souvent dispersives.
  • La mission devenait plus ouverte à tous par un dialogue avec toutes les composantes du milieu humain des pays de mission.
  • Mais en même temps, on se rendait compte que la mission devait s’incarner dans des activités au service des pauvres, du développement du pays et de la renaissance nationale. Evangelii nuntiandi avait souligné à souhait le lien intime et incontournable de la mission avec la renaissance sociale (cf. EN 31).
  • Enfin, ce qui était encore plus révolutionnaire concernait la prise de conscience que la mission ne pouvait plus se concevoir sans son rattachement à la valeur de la communion. Le Concile en effet faisait de cette dernière son idée maîtresse pour interpréter l’essence de l’Eglise et cela en référence à la communion trinitaire, identifiée comme la source de la mission (cf. AG 2-4).

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La Renaissance et la Mission sur le terrain

Arena et Scolastiques sénégalais

Quelle renaissance au Sénégal?

Aux approches des années quatre-vingt, au Sénégal, comme il me semble partout ailleurs en Afrique, on travaillait à la renaissance du pays surtout en aidant les pauvres. Ils étaient nombreux dans nos missions car une nature aride empêchait de vivre de l’agriculture, quasiment la seule ressource des populations des secteurs ruraux. Cette aide en général était donnée avec la mentalité et le souci de l’assistance, telle une réponse aux urgences. Elle se traduisait en aide alimentaire ; en initiatives pour faciliter l’accès à l’eau (creusement de puits et équipement de ces derniers par pompes manuelles ou éoliennes et par des contre-puits); en interventions variées dans le secteur de la santé. Cela, même si de plus en plus on s’activait à promouvoir des projets visant l’éradication de la pauvreté. On lançait alors des projets agricoles et d’autres où les pauvres étaient davantage pris en compte.

Il est vrai que très peu d’agents missionnaires cultivaient une vraie sensibilité politique. Et cela soit par ignorance, soit parce que on estimait qu’il y avait d’autres choses à faire plus importantes (salut des âmes).

Pour les missionnaires expatriés cela était dû en partie au fait qu’on avait conscience de travailler dans un pays étranger et donc se mêler des affaires du pays n’était pas souhaitable. Il s’avérait alors qu’on fermait plutôt qu’ouvrir les yeux, les oreilles et la bouche face aux injustices sociales, en oubliant ainsi que la mission divine qui nous avait été confiée par l’Eglise aurait dû avoir des retombées dans la bonne marche de la nation qui nous accueillait.

Et s’il y en avait parmi les agents missionnaires de ceux qui donnaient priorité à ce volet humanitaire de la mission, ils étaient vite découragés par l’ampleur de la tâche. D’ailleurs et au même moment, ils comprenaient que cela désormais relevait du ressort de toute l’Eglise locale, déjà suffisamment établie dans le pays. En effet, sur le terrain missionnaire se réalisait déjà la visée missionnaire du Concile Vatican II concernant l’Eglise particulière. Pratiquement, a cette époque, le missionnaire était déjà inséré dans une Eglise suffisamment établie et structurée, gouvernée par des pasteurs de la place. Il fallait par devoir de communion que chaque initiative se fasse en pleine unité avec eux et en collaboration avec toutes les forces vives locales.

Cette situation qui se consolidait de plus en plus était providentielle à plusieurs égards.

De un, elle favorisait dans la conscience des missionnaires et des chrétiens l’opinion que l’action de renaissance sociale, n’était pas possible sans la participation et l’implication de plus de monde possible. De deux, cela portait à penser qu’elle était justement la tâche propre à l’Eglise locale, demandant coordination, concertation, orientations communes . En somme, cela postulait un style de vie de plus en plus régie par la communion.

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La situation sur le terrain

Ces points de vue auraient su influencer le vécu missionnaire. Effectivement, dans le secteur où je travaillais (dans un premier temps à la mission de Nguéniène, en milieu Seereer, à environ 140 Km de Dakar, et ensuite à Koumpentoum, en milieu pluriethnique, dans le Sénégal Oriental), les choses se passaient à peu près ainsi :

Nous étions dans une phase de la mission où l’axe de la sacramentalisation, étant souvent trop privilégié, n’était plus adéquat aux besoins de la chrétienté. Cette dernière exigeait des moments et des structures de formation pour mieux intérioriser le message évangélique, se former à l’esprit de communion encouragé par le dernier Concile, et exprimer la foi en Jésus Christ dans le témoignage d’une vie authentique et engagée. Les catéchumènes et les sympathisants de leur côté exigeaient une modalité d’accompagnement au baptême qui comportait plus de partage et de proximité.

Les Musulmans, le groupe religieux plus nombreux tant dans l’ensemble du Sénégal que dans ces deux missions, généralement ne rentraient pas encore dans l’orbite des activités des missionnaires. Pourtant, tout en ne le manifestant pas trop extérieurement, ils sollicitaient un rapport modelé sur le dialogue, capable de nous faire expérimenter la fraternité universelle postulée par la foi en un Dieu unique.

Un autre défi concernait l’inculturation de l’Evangile. Jusqu’à ce moment, son annonce avait été fait avec une bonne réussite par les missionnaires étrangers. Le temps était venu pour le re-exprimer à travers les catégories et les valeurs de la culture des gens du pays qui l’avaient accueilli. On courait le risque que cette première évangélisation ait la signification d’un ‘vernis superficielle’- pour employer l’expression approprié d’Evangelii nuntiandi (EN 20) - lancé sur le champ missionnaire, sans qu’il puisse toucher la profondeur de l’âme du peuple qu’on évangélisait. On assistait d’ailleurs à des phénomènes de dichotomie évidente entre religion et culture. Il fallait commencer au moins à se poser le problème et essayer des solutions appropriées.

Enfin, toujours dans le cadre des défis venant du terrain missionnaire, il y avait le problème du développement qui se posait avec urgence et qui touche à notre présente intervention. Ce pressant défi nécessitait une intervention finalisée non seulement à aider matériellement, mais aussi à susciter la participation et la coresponsabilité des chrétiens et de toute la population de la région.

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Domenico Arena et Cie

La réponse de la communion

La réponse à ces défis du terrain a été l’unité de l’équipe missionnaire signifiée par leur vie communautaire. Nous vivions notre mission par et dans la communauté selon le charisme de Saint Eugène de Mazenod et les Constitutions et Règles des Missionnaires Oblats de Marie Immaculée qu’il avait fondés. Mes confrères et moi, nous étions de l’idée que la charité réciproque nous permettait d’être unis au nom de Jésus et donc de pouvoir jouir de sa présence au milieu de nous (cf. Mt 18, 20), lui qui était l’Evangile de Dieu, ‘le tout premier et le plus grand évangélisateur (cf. EN 7). Cela était pour nous le fer de lance du travail missionnaire (Jn 17, 21). Nous avions optés de vivre la mission en communion.

Par là, la communauté de ces personnes consacrées allait créer un mouvement de communion qui petit à petit aurait intéressé nos plus proches collaborateurs. Tout d’abord les sœurs, qui, comme ailleurs, menaient surtout des activités dans le domaine de la santé (dispensaires et pharmacies de village) et dans le domaine de la promotion féminine. Avec elles, pour grandir en cet esprit de communion, on se retrouvait en des réunions mensuelles où, au contact de la Parole de Dieu, on priait ensemble, on faisait de la programmation et on arrêtait les lignes d’un projet apostolique commun.

Ensuite, cette agir en communion allait toucher aussi nos chrétiens. Au fur et à mesure qu’ils appréciaient ce style de vie communautaire, eux aussi se disposaient à l’entériner. Dans l’entre-temps, en 1980, le Diocèse de Dakar sortait des documents qui orientaient les fidèles à promouvoir à tous les niveaux des communautés chrétiennes, signe et ferment de développement pour construire dans le pays l’Eglise du Christ avec un visage sénégalais.

Ainsi, sur la base de notre témoignage et à la lumière des orientations de l’Eglise locale, prenait pieds dans la mission un procès spirituel et aussi organisateur qui en peu de temps en aurait changé le visage. En quelques années, la mission se structurait de façon communautaire : conseil paroissiaux, conseils de chapelle, communautés de chapelle, communautés de quartier, comité Caritas et liturgiques, commissions des vocations ; bref, toute une série de cellules vivantes et de base qui étaient censées aider les chrétiens à vivre en communion.

En définitive, la vie communautaire des évangélisateurs s’insérait dans l’Eglise locale provoquant l’effet d’un caillou qui tombe dans une étendue d’eau. Elle engendrait comme de petites vagues de communion qui allaient doter nos paroisses de structures communautaires, agissant organiquement et capables d’atteindre des avancées par rapports aux différents défis.

Pour ce qui est des résultats se rapportant à la renaissance on peut citer les suivants :

  • la découverte de l’importance de la dimension communautaire de la foi chrétienne, auprès des fidèles qui la vivaient d’une façon quasiment individuelle et intimiste.
  • L’expérience de faire partie d’une Eglise-famille, communion, Corps du Christ où chacun a son rôle à jouer pour le bien de tous.
  • L’insertion active du laïcat dans toutes les activités de la mission, femmes et jeunes y compris.
  • Une façon plus inculturée de mener le travail missionnaire en tenant compte des forces et des sensibilités locales censées s’exprimer dans la liturgie, la catéchèse, la gestion.
  • Une augmentation de co-responsabilité à tous les niveaux, là où le missionnaire faisait tout et rien ne se faisait sans lui
  • La mise en valeur de la célébration Eucharistique comme centre de la vie ecclésiale.
  • Un besoin plus ressenti de connaître la Parole de Dieu.
  • Un début de saine et opportune autonomie quant à la gestion et aux initiatives. De plus en plus on pouvait entendre les chrétiens dire : « Mon père, dans notre village on commence à faire des partages d’Evangile; on a créé une caisse d’entraide pour notre chapelle, nous sommes partis cultiver les champs d’une veuve, d’un musulman malade ; nous, les chrétiens, nous avons réunis les villageois et nous sommes partis voir les femmes de notre quartier qui, depuis longtemps, ne viennent pas à l’église… ».
  • Une sensibilité plus aiguë pour les problèmes sociaux du milieu. Si beaucoup de gens continuaient à venir demander auprès des missionnaires de l’aide pour leurs propres nécessités, le nombre de ceux qui venaient en groupe, pour demander une aide en faveur de la collectivité, augmentait. Et les chrétiens, toujours et davantage, devenaient artisans du progrès de leur village.
  • L’acceptation plus aisée du principe de subsidiarité. Les catéchistes, par exemple, qui avaient été habitués à travailler d’une façon exclusive et toute puissante, s’ouvraient à la collaboration et faisaient place aux autres laïcs dans la direction et l’animation des communautés de village.
  • Un non négligeable rayonnement par attraction et contagion auprès des adhérents à la religion traditionnelle, avec un nombre croissant de catéchumènes.
  • Un contact plus fréquent et une ouverture plus spontanée envers les Musulmans : d’un rapport caractérisé par la méfiance on passait à un sentiment d’estime et de sympathie mutuelle s’exprimant en collaboration dans des activités pour le bien commun ou le progrès populaire.

En conclusion, non sans difficultés, le fait d’avoir opté pour une ligne d’action axée sur la communion avait provoqué une petite, mais opportune, révolution, selon l’ecclésiologie de communion de l’Eglise universelle et les orientations pastorales de l’Eglise locale.

Dans cette ambiance de communion accrue et en incorporant de plus en plus les laïcs, tant au niveau de la direction qu’à celui de l’animation, on commençait à donner des réponses plus adaptées aux défis locaux de promotion humaine, d’inculturation et de dialogue inter religieux.

Pourtant, la communion, rendue visible par l’ensemble des structures communautaires, s’incarnait, peu à peu, dans le tissu vif de la culture et de l’histoire du peuple, ouvrant une route à l’inculturation de l’Evangile. En outre, ces petites communautés, insérées au milieu de personnes appartenant à d’autres religions et ouvertes à la collaboration avec elles, posaient les bases d’un nouveau rapport de dialogue. Finalement, leur engagement en actions charitables et de promotion sociale représentait une réponse adaptée aux problèmes du développement, dans la mesure où celui-ci devenait l’affaire des forces présentes sur place.

Cette expérience entamée et l’ensemble des résultats produits, quoique modestes, peuvent mettre en évidence la valeur de la vie de communion comme principe de renaissance.

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Silvio

La communion comme principe de renaissance

C’est cela la conviction que je garde jusqu’à maintenant. Je continue à croire que la communion vécue dans et par l’Eglise peut donner une grande contribution à la renaissance tant ecclésiale que nationale. C’est ce point de vue, mis en évidence par une expérience comme tant d’autre sur le terrain de la mission, que je propose comme piste de réflexion. Il me semble qu’il aurait plusieurs raisons pour lui accorder au moins notre intérêt. C’est pourquoi, je propose les quelques réflexions qui suivent:

En entrant dans la route de la communion, nous marchons selon la vie de Dieu-Trinité, mystère de communion. Il s’agit là d’un mystère qui s’exprime en mission de salut et donc la plus grande forme de renaissance. Or, selon Vatican II, ce salut consiste dans la participation à la communion de Dieu que l’Eglise corps du Christ est appelée à signifier et à offrir à toute l’humanité pour qu’elle, à son tour, devienne la famille des fils et filles de Dieu, une fraternité universelle (cf. CONGAR, Y.M.-J., « Principes doctrinaux », dans L’activité missionnaire de l’Eglise, p. 186-321, Paris, 1967, (Unam Sanctam, 87) ; KASPER, W., « L’Eglise comme communion : un fil conducteur dans l’ecclésiologie de Vatican II », dans Communio, (XII,1 1987), p. 15-31 ; RATZINGER, J., « Alcuni aspetti della Chiesa intesa come comunione », dans La chiesa mistero di comunione e di missione, Roma, 1994, p. 57-69). S’accrocher à la communion signifiera alors collaborer à une renaissance planétaire, propre au dessein de Dieu sur l’humanité. En la pratiquant dans nos Eglises particulières, nous nous unissons et nous apportons notre contribution locale à l’effort universel de l’Eglise dans le monde. Ce qui peut vouloir dire que nous ne restons pas isolés, mais toujours à mesure de donner et de recevoir et ainsi pouvoir accéder à des solutions aux problèmes de nos milieux de vie. Cela pourrait être une façon de profiter positivement de la globalisation, en évitant les effets nuisibles.

Nous savons que, suite aux approfondissements théologiques sur les premiers siècles de l’Eglise, la communion est synonyme de paix, de salut et de réconciliation (cf. ROUTHIER, G., Le défi de la communion. Une relecture de Vatican II, Montréal, 1994). Là, nous avons des valeurs préalables dans une Eglise locale qui se veut au service de la renaissance de la nation. Le Congo lui même en a préalablement besoin pour toute renaissance.

La communion dans d’autres approfondissements est apparue aussi comme une énergie divine dérivant de la Trinité, manifestée dans le Christ et mise à notre portée par l’Esprit Saint qui habite en nous (cf. MŒHLER, J.,-A., L’unité dans l’Eglise ou le principe du Catholicisme, Paris, 1938). Comme énergie divine elle, vécue et entretenue par la charité fraternelle dans les Eglises du lieu par toutes les composantes du peuple de Dieu, peut porter ce dernier à travailler, avec passion et efficacement, à la renaissance du pays qu’il habite.

De plus, la communion est la possibilité qui est donnée à tous dans l’Eglise et donc elle semble être la réalité qui peut unir davantage le peuple de Dieu. Les laïcs, comme les pasteurs et les religieux, se retrouvent en elle dans l’égalité et la distinction, pouvant concourir plus aisément au projet de renaissance. Il n’est pas nécessaire d’être prêtre pour vivre la et de la communion ! Elle est à la portée de toute personne.

La communion vraie, enfin, ne peut pas ne pas s’ouvrir au dialogue à tous les niveaux et donc faciliter la collaboration avec tous ou, de toutes façons, avec un plus grand nombre. Ce que d’aucuns retiennent absolument nécessaire pour une renaissance de grande envergure, telle que celle d’une nation (cf. DIOUF, L., Eglise locale et crise africaine. Le diocèse de Dakar, Paris 2001 ).

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Apostolat
Conclusion

En concluant, je voudrais faire relever qu’en concevant la communion comme principe de renaissance on serait en phase avec l’aujourd’hui de l’Eglise, pouvant faire face ainsi aux défis actuels du monde.

En fait, si cette conviction s’installe, cela serait une façon d’évoluer dans la perspective de ‘la communion missionnaire’, si chère et souhaitée par le regretté Jean Paul II , pour faire face à celle que lui même a appelé la ‘nouvelle évangélisation’ (cf. Christifideles laici 32-34 ). N’est-ce pas que cela ferait de nous aussi des acteurs de cette ‘spiritualité de communion’ qui représente le plus grand défi pour l’Eglise du troisième millénaire ?(cf. Novo millennio ineunte 43-54).

Nous savons que l’Eglise d’Afrique est ouverte à cette perspective communionelle comme s’il s’agissait de son option préférentielle. L’idée de l’Eglise-famille de Dieu depuis sa formulation, au moment du Synode pour l’Afrique, continue à inspirer toutes les Eglises particulières d’Afrique. Notre Episcopat, en plus, vient de nous livrer un document sur la paix et le développement de la Région des Grands Lacs à partir de l’idée de l’Eglise-famille de Dieu, définie comme ‘objectif prioritaire de l’évangélisation en profondeur’ (A.C.E.A.C., De vos épées forgez des socs de charrue, Kinshasa, 2004, p. 3).

Ce qui peut signifier que la possibilité d’ancrer tout projet de renaissance sur une conversion et une pratique de la communion, au niveau de l’Eglise de notre pays, ne serait pas loin de ce qu’elle souhaite.

Or, on sait combien cette notion de communion est fortement en phase avec l’univers culturel africain. Son noyau dynamique demeure ce que certains, comme Léopold Senghor, Vincent Mulago, Hampate BA, appellent indifféremment esprit de famille, esprit de communion, sens communautaire, solidarité, hospitalité, convivialité, sentiment d’unité et de participation. (cf. SENGHOR, L. S, La poésie de l’action, Paris 1982, p. 80 ; MULAGO, V., « Religions traditionnelles et christianisme », dans Actes Semaine Théologique, Kinshasa 1975, p. 78 ; HAMPATE BAA, A., Aspetti della civiltà africana, Bologna 1975, p. 83). Ces différentes appellations forment un ensemble qui constitue pour beaucoup comme une pierre d’attente, ainsi que de choix, pour l’annonce de l’Evangile. En adoptant à nouveau la communion dans nos orientations ecclésiales, nous aurions déjà, pour ainsi dire, le matériel de construction pour élever la maison de la renaissance. Dans ce cadre, la communion pourra mettre en valeur et, en même temps, tirera profit de la méthode de gouvernement propre à la tradition africaine, à savoir celle de la palabre qui, dans le dialogue, permet d’arriver à une unanimité de décision. La communion par le dialogue est toujours la possibilité de l’harmonisation de toutes différences, de tout ce qui divise les humains.

Pourtant, la communion, en tant qu’énergie divine, qui entre autre fait aussi la fécondité de la mission de l’Eglise (cf. RM 75), devient aussi la plate-forme sur laquelle peut être élaboré un projet de renaissance nationale. Ce projet demandera à certains agents de soigner au nom du Christ les plaies des plus pauvres; à d’autres de s’investir dans une recherche des solutions pour combattre les nouvelles pauvretés; et à d’autres encore, comme politiciens, de s’engager personnellement et communautairement au service du bien commun et de la renaissance du Congo ou, si vous voulez, au service de sa communion nationale.

P. Domenico ARENA, omi