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La mission de l’Oblat en Afrique à la lumière de Ecclesia in Africa et Vita consecrata: quelques consonances

4. Misant sur le dialogue

Vivre et opérer dans et pour une Eglise qui se veut Famille de Dieu, sans être convaincu de la valeur du dialogue, cela serait tout à fait contradictoire. La famille se construit par et dans le dialogue. Dieu un et trine est mystère d’amour et d’unité, une réalité vivante, prototype de dialogue permanent. Renoncer au dialogue cela serait comme renoncer à un atout puissant et décisif pour atteindre le but envisagé. Le dialogue compris comme attitude d’esprit, mais aussi comme mentalité évangélique et activité essentielle à une mission directe à l’évangélisation des pauvres, défie pareillement l’Eglise en Afrique, les personnes consacrées et les Oblats. En effet, les deux exhortations en question donnent au dialogue une place de choix et le recommandent à l’Afrique et aux personnes consacrées comme une attitude constante à cultiver, surtout dans le cadre de leur mission.

Ecclesia in Africa. Pour l’Afrique, le dialogue, et en particulier celui inter-religieux, est considéré comme un ‘instrument indispensable’ à son Eglise qui vise à être Famille de Dieu.

L'exhortation conçoit le dialogue comme ‘mode d’être du chrétien à l’intérieur de sa communauté comme avec les autres croyants, et les hommes et les femmes de bonne volonté’ . Ce dialogue doit animer le chrétien dans toutes ses relations à tous les niveaux, ainsi que toutes les institutions de l’Eglise d’Afrique. Le dialogue à l’intérieur de l’Eglise, par des structures ad hoc, favorisera la ‘solidarité pastorale organique’. Puis, le dialogue oecuménique, vécu avec les baptisés d’autres confessions chrétiennes, poursuivra ‘l’unité pour laquelle le Christ a prié’ pour que soit prêché un ‘Evangile plus crédible’ (EA 65). Enfin, le dialogue inter-religieux, qui en Afrique concerne surtout l’Islam et les Religions Traditionnelles, vécu avec les autres croyants, sans concessions à l’irénisme et au fondamentalisme, portera, dans le respect des valeurs véhiculées par chaque religion, à ‘travailler ensemble pour la promotion humaine et le développement à tous les niveaux’ (cf. EA 66-67; 109). De surplus, dans le domaine du dialogue inter-religieux, l’Afrique, peut-être à cause de sa culture caractérisée par le sens de communion, est censée avoir une tâche de première importance. «L’Afrique peut aussi jouer un rôle important dans le dialogue entre les religions, notamment en approfondissant les relations intenses avec les musulmans et en favorisant une attention respectueuse aux valeurs propres de la religion traditionnelle africaine» (EA 137).

Vita consecrata. La vie consacrée, qui est dans sa nature confessio Trinitatis, signum fraternitatis et imitation radicale du Christ par et pour un servitium caritatis, voulant se modeler sur l’exemple de Marie, ne pourrait se passer aucunement de l’esprit de dialogue.

C’est pour cela que, même pour les personnes consacrées, l’attitude de dialogue doit être un mode de vie constant, destiné à informer toutes leurs relations dans l’Eglise (cf. VC 50). Les communautés qu’elles forment sont ‘signes d’un dialogue toujours possible et d’une communion capable d’harmoniser toutes les différences’ dues à l’âge, à la langue et à la culture de leurs membres (cf. VC 51). En prenant acte qu’aujourd’hui le dialogue est, comme disait Paul VI, ‘le nouveau nom de la charité’ et il est très efficace pour faire face aux différents problèmes de notre époque, Jean-Paul II écrit: «Par le fait même qu’elle cultive la valeur de la vie fraternelle, la vie consacrée se présente comme expérience privilégiée de dialogue» (VC 74).

Ainsi, les religieux sont encouragés à s’engager dans le dialogue œcuménique (cf. VC 101) et inter-religieux .

Ce dernier il est perçu comme indispensable à leur mission: «Du fait que ‘le dialogue inter-religieux fait partie de la mission évangélisatrice de l’Eglise’, les Instituts de vie consacrée ne peuvent se dispenser de s’engager également dans ce domaine…» (VC 102) .

Consonances oblates. On prend acte que les textes qui justifient la dimension du dialogue pour l’inculquer sont rares soit dans les écrits de Saint Eugène soit dans les CC et RR des O.M.I. . Tout de même, chez le Fondateur, surtout dans l’âge mûr de son ministère épiscopal, certains de ses approfondissements peuvent être considérés comme des signes précurseurs, favorables à une attitude de dialogue. Je pense par exemple: à sa perception de l’humanité comme une famille, lieu de fraternité universelle; à celle de l’Eglise comme centre d’unité pour tous les peuples, ainsi qu’à ses réactions vis à vis des certains phénomènes culturels de son époque .

Quant aux Règles O.M.I., elles parlent du dialogue comme qualité et modalité pour parfaire les relations entre les membres de l’Institut (cf. C 70 ; 81 ; R 19 ; 24 ; 78). C’est qui est significatif puisque tout dialogue ad extra postule celui ad intra. Cependant dans certaines de nos Constitutions on rencontre des directives qui supposent une attitude de dialogue par rapport à la pastorale d’ensemble, à l’œcuménisme et aux personnes de toutes extractions et religions . Ce qui me semble être bien signifié en ces termes : « Par amour de l’Eglise, les Oblats accomplissent leur mission en communion avec les pasteurs …Dans les Eglises locales où ils travaillent, ils coordonnent leur activité missionnaire avec la pastorale d’ensemble et collaborent en esprit de fraternité avec les autres ouvriers de l’Evangile. Leur action doit manifester un véritable désir d’unité avec tous ceux qui se reconnaissent disciples du Christ …Enfin, ils sont unis aux hommes qui, sans connaître le Christ comme Seigneur, s’attachent à promouvoir les valeurs du Royaume qui vient » (C 6).

On peut dire, toutefois, que leurs règles de vie disposent les Oblats à cultiver et à promouvoir le dialogue. En faisant cela, ils continueront, comme leur Fondateur, à aimer d’un amour inconditionnel l’Eglise d’Afrique d’aujourd’hui qui, pour devenir Famille de Dieu véritable, recommande vivement le dialogue .