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La mission de l’Oblat en Afrique à la lumière de Ecclesia in Africa et Vita consecrata: quelques consonances

3. En faveur des plus pauvres

Les pauvres et les situations de pauvreté partout dans le monde représentent un incontournable défi pour l’Eglise destinée à continuer la mission du Christ qui, dans la synagogue de Nazareth, s’identifie à celui que le Père envoie pour être l’évangélisateur des pauvres (cf. Lc 4, 16-21).

A ce passage, cité et commenté dans les deux Exhortations (cf. EA 68; VC 82), Jean-Paul II semble attribuer une importance particulière, comme s’il était capable de fonder théologiquement l’action de promotion humaine pour donner à toute l’œuvre de l’évangélisation un surplus de force et de réalisme.

Dans notre cas, soit l’Afrique, par sa pauvreté endémique et généralisée, soit les personnes consacrées qui s’inspirent de l’option préférentielle pour les pauvres, soit les Oblats, qui dans ce passage de Luc rencontre leur parole de vie exprimant le cœur de leur charisme, tous sont directement et de façon spéciale concernés par l’évangélisation des pauvres.

Ecclesia in Africa nous fait voir que la prédilection envers les pauvres est déjà du ressort des options des habitants du continent noir. Et telle option pour les pauvres est encouragée par l’exhortation qui souhaite son application concrète, en vue d’une amélioration des situations de pauvreté (cf. EA 44).

Cette exhortation, qui revient à plusieurs reprises sur les maux qui affectent le continent - dont la situation est comparée ‘à l’homme qui descendait de Jérusalem à Jéricho’ (cf. EA 41) - indique que l’évangélisation doit viser à relever les défis de la pauvreté. «En Afrique, la nécessité d’appliquer l’Evangile à la vie concrète est fortement ressentie. Comment quelqu’un pourrait-il annoncer le Christ sur cet immense continent s’il oublie qu’il est une des régions les plus pauvres du monde? Comment quelqu’un pourrait-il manquer de prendre en considération l’histoire chargée de souffrance d’une terre où de nombreuses nations sont encore aux prises avec la faim, la guerre, les tensions raciales et tribales, l’instabilité politique et la violation des droits de l’homme. Tous cela constitue un défi pour l’évangélisation» (EA 51).

Or, ce défi se joue dans le cadre d’une promotion humaine intégrale qui, selon le texte vibrant de Paul VI (cf. EN 31) repris par Jean-Paul II à propos de l’Afrique, garde des liens profonds avec l’évangélisation. «Le développement humain intégral - développement de tout homme et de tout l’homme, spécialement des plus pauvres et des plus déshérités de la communauté - se situe au cœur même de l’évangélisation» (cf. EA 68).

Tout cela débouche en un fort appel qui devrait nettement marquer la mise en exécution du mandat missionnaire de Jésus en terre africaine: «L’Eglise Famille de Dieu en Afrique doit aussi témoigner du Christ par la promotion de la justice et de la paix sur le continent et dans le monde entier» (EA 105) .

L’Eglise Famille de Dieu en Afrique est sollicitée à répondre au défi fort pressant qu’est l’évangélisation des pauvres. De plus, à ce niveau, elle est appelée à agir de façon à mettre les pauvres debout par le respect et la promotion de leur dignité, en envisageant son autofinancement et un redressement durable au sein des nations (cf. EA 69-70 ; 104-115).

Vita consecrata. Dans Vita consecrata, à l’instar d’Ecclesia in Africa, l’attention pour les pauvres, en tant que servitium caritatis qui caractérise la vocation des personnes consacrées, est en stricte connexion avec la mission d’évangélisation et le prophétisme de l’Eglise. Dans le cas de la vie consacrée la prédilection pour les pauvres découle spontanément du vœu de pauvreté, défi et appel prophétique face à une société matérialiste (cf. VC 89-90). A cet égard l’exhortation, évoquant justement Lc 4, 16-19, s’exprime ainsi: «L’option pour les pauvres se situe dans la logique même de l’amour vécu selon le Christ. Tous les disciples du Christ doivent donc la faire, mais ceux qui veulent suivre le Seigneur de plus près, en imitant son comportement, ne peuvent que se sentir concernés par elle de manière toute particulière. La sincérité de leur réponse à l’amour du Christ les conduit à vivre en pauvres et embrasser la cause des pauvres...Pour la vie consacrée, le service des pauvres est un acte d’évangélisation...» (VC 82).

Même dans le service des pauvres, la présence et l’action des personnes consacrées, qui souvent en Afrique sont à l’origine d’œuvres de promotion sociale en faveur des couches plus démunies de sa population, deviennent décisives pour la mission évangélisatrice propre à l’Eglise de ce continent .

Consonances oblates. Face au sujet qu’on est en train de développer, les Oblats qui se c onsacrent ‘principalement à l’évangélisation des pauvres’ (cf. C I), devraient ressentir une profonde sympathie apte à les impliquer d’une manière décisive dans la lutte contre la pauvreté en Afrique et ailleurs. Leur Fondateur encore une fois n’a fondé leur Congrégation que pour évangéliser les pauvres. « ‘Venit enim filius hominis quaerere et salvum facere quod perierat’ [Lc 19, 10]. Il a particulièrement été envoyé pour évangéliser les pauvres: ‘Evangelizare pauperibus misit me’ [Lc 4, 18]. Et nous sommes établis précisément pour travailler à la conversion des âmes, et spécialement pour évangéliser les pauvres… » .

Cet idéal de Saint Eugène devrait porter les Oblats à aimer davantage l’Afrique qui, pour une série de vicissitudes historiques malheureuses, leur offre encore les conditions pour rester fidèles à l’aspect fondamental de leur charisme (cf. C 5).

On pourrait continuer à citer d’autres textes soit du Fondateur que des Constitutions pour confirmer notre vocation en faveur de plus pauvres. Mais, ce que j’aimerais souligner c’est que sur ce thème les données du charisme oblat pourraient illuminer l’ensemble de l’engagements envers les pauvres. En effet, soit le Fondateur que la Règle des Oblats nous offrent des ébauches de réflexion qui pourraient devenir éléments d’une sorte de stratégie pour notre mission au service des pauvres en Afrique. Cela vaut surtout pour le sermons donné par Saint Eugène en l’Eglise de la Madeleine, en 1813: « Venez maintenant apprendre de nous ce qui vous êtes aux yeux de la foi. Pauvres de Jésus-Christ, malheureux, souffrants, infirmes, couverts d’ulcères,...vous tous que la misère accable, mes frères, mes chers frères, mes respectables frères, écoutez-moi. Vous êtes les enfants de Dieu, les frères de Jésus-Christ, les cohéritiers de son royaume éternel, la portion chérie de son héritage. Vous êtes, au dire de Saint Pierre, la nation sainte, vous êtes rois, vous êtes prêtres, vous êtes en quelque sorte des dieux: ‘Dii estis et filii Excelsi omnes’ ».

Ce passage qui est suivi par l’idée d’œuvrer dans le sens de ‘l’élévation’ des pauvres, ainsi que d’autres passages et l’exemple du Fondateur, peuvent guider la mission des Oblats en Afrique dans le sens d’une réelle promotion humaine intégrale. Ce qui la fait être en phase avec Ecclesia in Africa qui, comme on l’a dit, fait reposer telle promotion sur le respect de la dignité humaine.

En somme, les intuitions du Fondateur peuvent aider les Oblats, tout spécialement ceux qui vivent en Afrique, à agir avec les pauvres de manière à en faire les protagonistes de leur élévation, en dépassant tout ce qui serait signe de paternalisme et d’autres attitudes nocives justement à leur dignité et à leur authentique évangélisation . Tout cela pourrait, d’un coté, aider les Oblats à éviter l’excessive ‘sacramentalisation’ et la simple philanthropie, et, de l’autre coté, aider l’Afrique à se prendre en charge à partir de ses moyens (cf. EA 104).