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La mission de l’Oblat en Afrique à la lumière de Ecclesia in Africa et Vita consecrata: quelques consonances

2. Pour une évangélisation axée sur l'inculturation

A propos de l’évangélisation en Afrique le regretté Mgr Zago, que les Oblats ont eu comme Supérieur général et qu’ils connaissent aussi comme missiologue expérimenté, a écrit:« L’Eglise en Afrique est née de la mission et elle se développe par la mission (cf. EA 38), qui trouve dans l’évangélisation le centre de son activité et la source de son renouveau (cf. EA 55-56)» . Or cela on peut l’appliquer à la vie consacrée ainsi qu’aux Oblats. En effet, on peut dire que la vie consacrée, ainsi que les Oblats, s’ils ne sont pas nés de la mission, bien que dans un certain sens cela puisse se dire à leur égard, ils sont nés tout de même pour une mission finalisée à l’évangélisation.

Ecclesia in Africa. Quant à l’Eglise qui est en Afrique, elle ressent que l’évangélisation est sa priorité, son principal défi et sa première tâche. Regardant les multitudes du continent qui ne connaissent pas la ‘richesse du Mystère du Christ’ et qui ont le droit de le connaître: «Le Synode a constaté l’urgence de la proclamation de la Bonne Nouvelle aux millions de personnes non encore évangélisées en Afrique» (EA 47).

Or, pour relever ce défi, l’Eglise d’Afrique compte beaucoup sur les vocations missionnaires, comprenant aussi celles issues des Instituts religieux (EA 56).

Ce qui est remarquable c’est d’apprendre que toute cette tâche d’évangélisation revient à une Eglise famille de Dieu et elle est entièrement finalisée à son édification (cf. EA 85). Cela lie indissolublement l’Eglise Famille avec l’évangélisation dans le continent.

Il s’agit là d’une évangélisation caractérisée en profondeur par l’inculturation : « Le synode considère l’inculturation comme une priorité et une urgence dans la vie des Eglises particulières pour un enracinement réel de l’Evangile en Afrique, ‘une exigence de l’évangélisation ‘ ‘un cheminement vers une pleine évangélisation’, l’un des enjeux majeurs pour l’Eglise dans le continent à l’approche du troisième millénaire » (EA 59).

Vita consecrata. L’apport des Consacrés à la mission évangélisatrice de l’Eglise est fortement reconnu par cette exhortation. En la lisant, on apprend que la vie consacrée est perçue comme un état de vie qui ‘stimule et accompagne le développement de l’évangélisation’ (cf. VC 2). «En effet, au-delà même des charismes propres des Instituts consacrés à la mission ad gentes ou engagés dans des activités de nature apostolique proprement dite, on peut dire que le sens missionnaire se situe au cœur même de toutes les formes de vie consacrée » (VC 25) .

Mais, les Consacrés participent à la mission évangélisatrice du Christ et de l’Eglise d’une façon encore plus efficace dans et par leur vie communautaire, ‘lieu théologal où l’on peut faire l’expérience de la présence mystique du Seigneur ressuscité’ (cf. VC 42) . C’est par elle aussi que les consacrées contribuent à la nouvelle évangélisation (cf. VC 45) et qu’ils deviennent ‘ferments de communion missionnaire’ (cf. VC 47).

Dès lors, l’évangélisation devient un devoir spécifique des personnes consacrées: «Il revient spécifiquement aux personnes consacrées de contribuer à l’évangélisation avant tout par le témoignage d’une vie totalement donnée à Dieu et à leurs frères, par l’imitation du Sauveur qui, par amour pour l’homme, s’est fait esclave. Dans l’œuvres de salut, en effet, tout vient de la participation à l’agapê divine. Les personnes consacrées rendent visible, par leur consécration et leur total don de soi, la présence amoureuse et salvifique du Christ, le consacré du Père, envoyé en mission » (VC 76) .

De ce fait, l’Eglise est convaincue que les personnes consacrées sont aptes à ‘susciter un nouvel élan évangélisateur’ partout où elles sont présentes (cf. VC 78).

Pour ce qui est de l’Afrique, il est bon de remarquer que la mission évangélisatrice propre aux Instituts religieux a des répercussions positives sur l’aspect spécifique et incontournable de l’évangélisation, qu’est l’inculturation. Grâce à leur «caractère d’universalité et de communion...ils sont aussi au service de la collaboration entre les différentes Eglises particulières, au sein desquelles ils peuvent efficacement promouvoir ‘l’échange de dons’ et contribuer à une inculturation de l’Evangile qui purifie, met en valeur et assume les richesses des cultures de tous les peuples» (cf. VC 47) .

En somme, les personnes consacrées seraient munis d’un trousseau de vie qui, dans le domaine de l’évangélisation, les rendent ‘particulièrement aptes à faire face au labeur complexe de l’inculturation’ (cf. VC 79) qui, comme on l’a vu, incombe avec urgence à l’Eglise Famille d’Afrique.

Consonances oblates. « L’annonce de la bonne nouvelle est au centre de notre activité missionnaire, aussi bien sous la forme de révangélisation des chrétiens abandonnés que sous celle de la première évangélisation » . On pourrait même dire, en employant des termes d’ Evangelii Nuntiandi appliqués par Paul VI à l’Eglise et repris par Ecclesia in Africa, que l’évangélisation ‘est la grâce ... la vocation propre, l’identité las plus profonde’ de la Congrégation des Oblats qui ‘existe pour évangéliser’ (cf. EA 55; EN 14).

En fait, Saint Eugène n’a fondé sa Congrégation que pour évangéliser les pauvres de la Provence à son début et ceux du monde entier par la suite, toujours à partir de la communauté.

Parmi d’autres textes qui remontent au moment de la fondation de la Congrégation, celui qu’il adresse aux Vicaires d’Aix semble le plus emblématique: « Les prêtres soussignés vivement touchés de la situation déplorable des petites villes et villages de Provence qui ont presque entièrement perdu la foi… S’étant convaincus que les missions seraient le seul moyen par lequel on pourrait parvenir à faire sortir de leur abrutissement ces peuples égarés; Et en voulant le faire d’une manière aussi utile pour eux qu’avantageuse pour les peuples qu’ils se proposent d’évangéliser; Ils ont l’honneur de vous demander l’autorisation de se réunir à Aix...pour y vivre en communauté sous une Règle... ».

Dans cette ‘supplique’, à laquelle font écho les dix premières Constitutions O.M.I., le Fondateur nous consigne des orientations et des lignes d’action, bref, un programme de vie. Ce programme pourrait se définir ainsi: évangéliser en vivant en communauté apostolique pour concourir à construire l’Eglise famille .

Quant au processus d’inculturation, on peut facilement s’accorder pour dire que cela n’était pas son principal problème. Même si, certains passages de l’Instruction sur les missions étrangères peuvent être considérés des bons présupposés à l’inculturation . Par contre, les Constitutions se montrent bien sensibles à une évangélisation axée sur l’inculturation. La Congrégation : « porte la bonne nouvelle aux peuples qui ne l’ont pas encore reçue et les aide à découvrir leurs propres valeurs à la lumière de l’Evangile » (C 5 ). Et les Oblats : « ont à cœur d’établir des communautés chrétiennes et des Eglises enracinées dans la culture locale et pleinement responsables de leur croissance » (C 7).

En définitive, l’évangélisation est une priorité pour l’Afrique, les Consacrés et les Missionnaires O.M.I. Ces derniers, soit qu’ils travaillent en Afrique qu’ailleurs, sont en condition de l’accomplir en mettant à son service leur expérience de communauté appréciée par Vita consecrata et inculquée par leur Fondateur et par leur Règles (cf. C 3 ; 11 ; 37). Ce qui est bien profitable à une évangélisation en profondeur que l’Eglise d’Afrique veut poursuivre moyennant l’inculturation (EA 62).