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La mission de l’Oblat en Afrique à la lumière de Ecclesia in Africa et Vita consecrata: quelques consonances

( par Domenico Arena / Sénégal )

Terre de mission

1. En Eglise, Famille de Dieu

Une première consonance on peut la repérer dans le concept d’Eglise comme famille de Dieu, l’option fondamentale retenue par le Synode africain . J’en parle en premier parce que l’Eglise comme famille de Dieu est, pour beaucoup d’experts, le ‘concept-clé’ de ce Synode. Il tient le rôle d’une ‘idée motrice’, une sorte de notion qui mobilise et inspire la mission évangélisatrice de l’Eglise d’Afrique . L’Eglise famille de Dieu, en tant que version africaine de l’Eglise communion missionnaire de l’après Concile, peut être considérée comme un lieu théologique capable d’orienter la réflexion et la pratique de la mission en terre africaine. Et cela vaut aussi pour celle des religieux et des Oblats.

Ecclesia in Africa. En effet, les échanges et la réflexion des participants au Synode spécial pour l’Afrique produisent un développement de l’ecclésiologie de communion qui, comme on le sait, a été revalorisée par Vatican II. Ce développement consiste à lire le mystère de l’Eglise à partir de l’image de la famille. Elle, dans son application au mystère de l’Eglise, retient encore aujourd’hui l’attention des membres de la communauté ecclésiale africaine, soit au niveau de la recherche théologique, soit au niveau pastoral. Une telle image semble exprimer davantage la doctrine de l’Eglise selon la culture du continent. «Non seulement le Synode a parlé de l’inculturation, mais il l’a appliquée en prenant, pour l’évangélisation de l’Afrique, l’idée-force de l’Eglise Famille de Dieu. Les Pères y ont vu une expression particulièrement appropriée de la nature de l’Eglise pour l’Afrique. L’image, en effet, met l’accent sur l’attention à l’autre, la solidarité, la chaleur des relations, l’accueil, le dialogue et la confiance. La nouvelle évangélisation visera donc à édifier l’Eglise Famille, en excluant tout ethnocentrisme et tout particularisme excessif, en prônant la réconciliation et une vraie communion entre les différentes ethnies, en favorisant la solidarité et le partage en ce qui concerne le personnel et les ressources entre Eglises particulières sans considérations indues d’ordre ethnique» (EA 63). Cette ‘idée-force’ demande évidemment d’être entériner et ainsi d’imprégner par son esprit tout le tissu ecclésial.

Or, l’Eglise en Afrique, qui, comme on le voit, de préférence se perçoit comme Famille de Dieu, fait recours de manière explicite aux personnes consacrées comme à des personnes traditionnellement vouées à son édification: «Dans une Eglise Famille de Dieu, la vie consacrée a un rôle particulier, non seulement pour indiquer à tous l’appel à la sainteté, mais aussi pour témoigner de la vie fraternelle dans la communauté» (EA 94) .

Vita Consecrata, comme pour donner une suite aux propos d’Ecclesia in Africa, nous offre des passages qui mettent en évidence l’apport des personnes consacrées à l’édification de l’Eglise Famille de Dieu. Cela vaut pour le monde entier, mais en particulier pour l’Afrique qui justement privilégie une telle comparaison.

La vie consacrée, par son témoignage de vie fraternelle en communauté, rend visible le mystère d’amour et de communion de la Trinité (cf. VC 21; 41) et elle est ‘signe expressif de la communion ecclésiale’ (cf. VC 42). De ce fait, elle est force propulsive d’amour et de communion, capable de contribuer à faire de l’Eglise et de l’humanité, une seule famille. «La vie consacrée a été, à travers l’histoire de l’Eglise, une présence vive de cette action de l’Esprit, comme un espace privilégié d’amour de Dieu et du prochain témoignant du projet divin de faire de toute l’humanité, dans la civilisation de l’amour, la grande famille des fils de Dieu» (VC 35).

Par conséquent les Consacrés sont invités à promouvoir ‘la spiritualité de la communion’ (cf. VC 46; 50-51). Ce qui nous fait déduire que les personnes consacrées pourraient être considérées comme des protagonistes dans l’édification d’une Eglise qui, caractérisée par la communion, en Afrique, se veut Famille de Dieu. En plus de cela les Consacrés, venant souvent de pays et d’ethnies différentes peuvent tenir éveillé dans cette Famille ecclésiale africaine l’effort du dépassement de toutes barrières. Effectivement, comme cela est recommandé par Ecclesia in Africa, ils pourraient aider à franchir, toujours grâce à leur vécu communautaire, tout particularisme dû à la nationalité et à l’ethnie, et, en même temps, l’aider à se concevoir toujours en référence au mystère trinitaire et à la catholicité propre à l’Eglise. C’est à ce niveau, à savoir dans l’action contre tout ethnicisme, régionalisme et xénophobie, qu’on attend de la vie consacrée, chargée de diffuser la spiritualité de communion, un témoignage d’avant-garde, soit au sein des ses Instituts, soit dans les milieux ecclésiaux, pour consolider la famille de Dieu en Afrique.

Consonances oblates. Il me semble que Saint Eugène de Mazenod a transmis un ensemble de réflexions et de consignes qui indiquent aux Oblats le chemin à suivre pour travailler à la construction d’une Eglise qui soit Famille de Dieu. Dans ses écrits, on rencontre plus d’une fois des passages dans lesquels il décrit l’Eglise se servant de l’image de la famille. « Une des choses qui me frappent dans la religion, c’est la catholicité, cette communion qui existe parmi les enfants d’un même Père...l’idée que je suis un membre de cette grande famille dont Dieu est le chef…semble donner à mon âme un essor, une élévation qu’il est difficile d’exprimer » . L’Eglise du Fondateur des Oblats est en même temps communion et famille.

En outre, Saint Eugène, nous pousse à prendre à cœur l’édification de l’Eglise Famille par ses nombreuses réflexions sur la vie communautaire dont il est un énergique promoteur, mais aussi en inspirant aux Oblats l’esprit de famille. Pour lui la Congrégation naissante n’était rien d’autre qu’une famille unie à l’instar de l’Eglise.

Les Constitutions O.M.I. aussi, dans le sillon de Saint Eugène, nous indiquent des directives pour vivre dans nos communautés l’esprit de famille et ainsi construire la famille de Dieu (cf. C 37-43; R 39b).

En conclusion, par cet esprit de famille vécu dans leurs communautés, les Oblats peuvent devenir en Afrique signes de l’Eglise Famille et la promouvoir efficacement dans toutes les oeuvres qui leur sont confiées, tout particulièrement au sein des communautés ecclésiales vivantes, ou de base, qui localisent ‘sa pleine mesure’ (cf. EA 89). Promouvoir l’Eglise Famille de Dieu est une possibilité d’investissement pour les Oblats qui opèrent en Afrique. En plus, cela peut représenter le point fort de leur apostolat, découlant en même temps de l’appel de l’Eglise africaine, de l’état de vie consacrée qu’ils ont choisi et de leur propre charisme.