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REGARD CRITIQUE SUR LE TERRAIN DE LA PASTORALE EN AFRIQUE

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Le positif : la beauté du champ pastoral en Afrique

L’Afrique demeure un continent privilégié. Il est encore riche en ressources et dotée d’un potentiel humain. C’est l’Afrique d’hospitalité, l’Afrique des églises florissantes avec de millions de baptisés au cours des cérémonies grandioses. L’Afrique des fêtes et de joie. Des diocèses et leurs paroisses assument des lieux privilégiés de l’unité et de la communion dans les diversités culturelles et linguistiques ; des écoles de la diaconie et des foyers de charité ; des écoles d’approfondissement de la foi et de ressourcement spirituel et missionnaire.

La pastorale de remembrement des villes en plusieurs secteurs avec les créations des doyennés regroupant des services communs pour plusieurs paroisses d’un même secteur pastoral ; l’organisation des paroisses en petites cellules vivantes comme unités de base de l’évangélisation. Les paroisses des mégalopoles offrent des espaces d’ouverture aux angoisses et espérance des hommes dans le cadre de la promotion et de l’assistance sociale : l’accueil des plus nécessiteux, l’attention aux malades, luttes pour la justice et pour la défense de la dignité de la personne humaine et aussi des espaces de coopération avec les organismes internationaux et des organismes non confessionnels et gouvernementaux des villes ou des villages. Cette pastorale des mégalopoles fait des paroisses des lieux géographiques et spirituels des communautés ecclésiales vivantes et des groupes de vie évangélique autour de l’Eucharistie et d’ouverture missionnaire de tous les baptisés aux problèmes de l’évangélisation du monde. Des liturgies priantes, festives et pascales, des sessions de formation pour exercice des différents ministères, des conférences et des journées de réflexions sur la mission de l’Église sont organisées périodiquement. Des familles et de foyers ouverts aux courants spirituels conformes aux exigences de leur vocation conjugale, familiale et chrétienne dans le renouveau charismatique. Des familles chrétiennes s’insèrent dans la société comme le levain dans la pâte en y infusant à tous les échelons un authentique esprit familial.

Une autre forme de pastorale veut atteindre tous les jeunes dans la force de l’âge. La pastorale des jeunes comportant généralement trois secteurs : pastorale extra-scolaire, pastorale scolaire et pastorale des milieux universitaires. D’autres jeunes, au bas de l’échelle, sont sans travail, en pleine nature, en mal de vivre, sont comme des moineaux qui traînent sur les places publiques et, ce sont eux qui savent ouvrir même les voitures les plus compliquées et les plus sophistiquées rien qu’avec le souffle qui sort de leurs bouches. Ils sont les victimes de dislocation des foyers et de déracinement. Pour eux, un cercle vicieux est mis en branle : « Les pères ont mangé les raisins verts, et les dents des enfants en ont été agacées » (Jérémie 31,29). Victimes de dépaysement de la ville ces enfants deviennent un nouveau champ pastoral (les enfants de la rue).

Partout, en Afrique subsaharienne, on entend parler des commissions diocésaines Justice et paix pour la promotion de la dignité humaine, des services d’éducation et de santé, service de développement social, économique et culturel pour la promotion humaine.

Ce que nous venons de voir nous montre un ensemble de réussites qui font l’honneur de l’humanité. À côté de cet espace ensoleillé par le bel élan de générosité chrétienne, par de nobles sentiments évangéliques, etc. Il y a parfois et même souvent des zones ténébreuses meublées des échecs, des guerres et des ruines qui font désespérer l’homme africain d’aujourd’hui. Que voyons-nous autour de nous ?

 

Le négatif : La laideur ou rides de l’autre visage de l’Afrique comme défis pastoraux

L’Afrique est confrontée à des problèmes alarmants : une urbanisation incontrôlée, la pauvreté et l’analphabétisme s’accentuent. Un système de bien-être social de quelques catégories conduit à l’aliénation et à la violence sur la majorité des populations. Guerres, famines maladies de toutes catégories élisent domicile sur le sol africain. Augmentation des inégalités sociales, incessantes atteintes à la dignité humaine d’un nombre grandissant de personnes. Au plan mondial, l’économie militarisée pousse les États africains à donner priorité aux armes sur la nourriture et les biens essentiels. Des sommes hors de proportion, des capitaux inimaginables sont affectés à des forces destructrices au lieu d’améliorer la qualité de la vie humaine. Notre action pastorale ne devrait-elle pas porter sur la pauvreté et l’oppression dont souffrent si fréquemment la plupart de nos chrétiens ? Ne devrions-nous pas nous laisser interpeller par nos culpabilités personnelles et celles de nos sociétés ? Pourtant, au seuil d’une ère nouvelle, notre manière d’annoncer l’Évangile a besoin d’une sensibilité raffinée. Il faut que de nouveaux principes de justice précèdent, accompagnent et succèdent à notre pastorale sous les cieux d’Afrique.

L’Afrique vit dans une contradiction douloureuse : amas de richesses et misère de la famine ; sens de la liberté et asservissement individuel et social ; conscience de l’unité humaine et âpres dissensions sociales, tribales et idéologiques ; développement industriel et dégradation de la vie rurale. Au milieu de cette contradiction, il faut annoncer l’Évangile de Jésus-Christ qui doit être Bonne Nouvelle pour tous. On doit annoncer que le Dieu de la croix est présent en toutes les douleurs, qu’il souffre avec l’homme et en lui, qu’Il fait siens les cris de la souffrance du monde et les assume à sa passion. On annonce en même temps que le Dieu de l’espérance est présent, en tout homme qui espère du monde, pour soutenir la lutte contre l’injustice et la souffrance, car : « Les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur cœur » (G.S.1)

 

Les pierres d’achoppement dans le champ pastoral en Afrique

Des vagues de souffrances déferlent sur l’Afrique à la fin du deuxième millénaire. On n’est pas un homme et encore moins un chrétien si l’on ne se laisse pas interpeller par cette situation. Deux hommes sur trois ont faim, près d’un homme sur deux ne sait pas lire et «on peut même affirmer que la croissance économique dépend au premier chef du progrès social : aussi l’éducation de base est-elle le premier objectif d’un plan de développement. La faim d’instruction n’est en effet pas moins déprimante que la faim d’aliments : un analphabète est un esprit sous-alimenté[1] ». Chaque année, sur des millions de morts, la faim et ses conséquences en provoquent presque la moitié. Nous avons découvert cinq pierres d’achoppement sur lesquelles tout messager de la Bonne Nouvelle de Jésus ne manquera pas de s'y butter. Ces pierres sont comparables aux stations du Chemin de Croix :

 

1.  Le tribalisme

Il est pour l’humanité un fléau pire que la faim et la misère : c’est l’esprit tribal. Tout être vivant est le fruit de son milieu culturel et linguistique. Le clan, la langue et la tribu sont d’une grande importance dans la vie d'un être vivant, mais ils provoquent un désarroi plus profond parce que la tribu et le clan sont intellectuellement mal adoptés, mal entretenus et mal alimentés quand on croit que son milieu naturel, sa culture et sa langue forment le nombril du monde. Le tribalisme est un système conceptuel organisé sur lequel est fondée l’idée de la supériorité d’un groupe linguistique sur les autres. Il en résulte une mise à part de ceux qui ne sont pas «nous », c’est-à-dire ceux qui ne parlent pas notre langue maternelle. Cette mise à part alimente des comportements fondés, consciemment ou non, sur un ensemble des opinions communément partagées à l’intérieur de ce groupe. Le tribalisme inspire défiance, mépris de l’autre et souvent la haine à l’égard des autres groupes linguistiques. Il est néfaste parce qu’il engendre la peur de l’autre, la suspicion ; il alimente une grande méfiance, voile les yeux sur les qualités et la compétence de l'autre et fait vivre dans des préjugés. Il résulte de ces faits que les relations qui existent entre les membres de plusieurs groupes linguistiques qui composent l’Église restent limitées à un univers clos aux finalités immanentes, déterminées une fois pour tout et demeurent indépassables. C’est parce qu’il reste en l’homme des instincts grégaires, instincts qui le poussent à vivre dans des communautés naturelles élémentaires avec des comportements qui s’apparentent à ceux que l’on voit dans certaines sociétés animales. L’esprit tribal suscite la guerre. Pourtant, s’il fallait établir une priorité pastorale, la lutte contre le tribalisme devait passer avant tout parce que, si la misère ronge les corps, le tribalisme ronge les âmes. Pour le chrétien, le tribalisme est contraire à la loi d’amour universel. Il est une injustice, un manque de dignité, un refus d’enrichissement mutuel affectif, intellectuel et spirituel. Il est la source de souffrance et de tensions qui, au cours de toute l’histoire de l’humanité, ont conduit à la guerre. Il ne suffit pas de ne pas haïr, mais il faut aimer.

 

2.  La course à l’armement

Voilà un autre fléau pour l’Afrique. Chacun sait, pourtant, l’angoisse des familles séparées, l’exode des milliers d’êtres humains avec sa cohorte de souffrance : les populations déportées, les foyers brisés, les disparus. Les restrictions alimentaires, les arrestations, les tortures, les déportations et les persécutions. On assiste à des dévastations des villages et villes où errent les enfants affamés et estropiés. Les causes lointaines de ces guerres sont le plus souvent à la fois tribales, psychologiques ou économiques, mais aussi les sentiments de frustration. Il suffit de regarder les budgets nationaux alloués à l’armement pour avoir une idée de l’effort militaire actuellement accomplis par les États africains. Des sommes colossales sont englouties dans l’armement, qui pourraient permettre une politique sociale pour le développement humain. La vie économico-politique est faussée par l’imposture des dépenses militaires. «On doit se convaincre que la course aux armements ne constitue pas une voie sûre pour le ferme maintien de la paix » (G.S.81, 2).

Pendant que l’avenir de la jeunesse est sacrifié, pendant que ses études et son développement intellectuel sont interrompus ou définitivement arrêtés, on fait défiler des chars d’assaut sur lesquels des milliards y sont engloutis. Pendant ce temps les meilleurs cerveaux de la nation qui servirait à des fins créatrices sont, dans une proportion importante, à la recherche du travail sous d’autres cieux. «C’est pourquoi il faut déclarer : la course aux armements est une plaie extrêmement grave de l’humanité et lèse les pauvres d’une manière intolérable»(G.S.81,3).

 

3. La paupérisation 

 L’Afrique qui agonise est celle que l’on montre toujours avec sa misère, sa corruption, ses violences : « Partout en Afrique la désillusion est réelle, au point que face aux énormes difficultés qui les accablent, oubliant les épreuves de la colonisation, d’aucuns s’interrogent : Jusqu’à quand durera l’indépendance ? Depuis 1960, le continent africain, en dépit de quelques bonnes performances initiales, s’est installé dans l’indigence, au point d’être considéré par tout le monde y compris les Africains eux-mêmes, comme le continent de la pauvreté par excellence. Rien n’est plus éloquent que la misère dont l’Afrique et les Africains, par suite des déboires de l’indépendance, sont perçus par les autres peuples : continent pauvre, États précaires, peuples mendiants suscitant la pitié, naviguant entre la dérision et la commisération. L’on nous traite de pauvres et de miséreux, oubliant que le continent, dont moins de 10 pour cent de sous-sol actuellement prospecté, apparaît comme l’une des régions les plus riches de la terre [2]».

Ce que l’ancien secrétaire de l’O.U.A. avait publié en 1985 va en s’empirant. Qui pourrait ignorer ces alarmants constats ? À la même année, M. Édouard Saouma, Directeur général de la F.A.O. fit une Déclaration à Jeune Afrique en ces termes : « L’Afrique n’est plus un continent. Lorsque son nom est prononcé dans les discours officiels tout autant que dans les médias, c’est comme synonyme de sécheresse, de sous-développement […] La vraie inquiétude, […] la seule, c’est l’Afrique [3]». Tous ces miséreux sont des malades de la faim. Les terres mal cultivées des immenses domaines et les zones de sécheresse les poussent à partir. Les défilés des affamés, ayant chaque jour plus faim, se sont formés sur les grandes routes parce que chassés de leurs terres par les guerres et les aléas climatiques. Ces situations brisent les traditions, déracinent les familles, anéantissent les habitues, abolissent la solidarité sociale antérieure, altèrent les mœurs, multiplient les chances des aventuriers évangélistes, donnent audience à des doctrines religieuses hasardeuses ou erronées. L’essai d’adaptation dans les pays d’accueil, de renouvellement ne se réalise pas sans périls.

Comment évangéliser l’Africain qui veut quitter la misère qui l’accable ? Comment l’aider à prier en période de famine et disette ? Comment l’aider à  accepter sa maladie quand il manque le minimum de soins médicaux ? Comment l’aider à n’être exploité par personne quand il est assailli par toutes formes d’oppression ? Quel sera le message évangélique l’aiderait à vivre des situations qui n’offensent pas sa dignité humaine ?

 

4. Le joug monétaire

Crées par les leaders mondiaux en 1944, à Bretton Woods, New Hampshire, la Banque Mondiale et le Fonds monétaire international devaient constituer les deux piliers de l’économie fondée sur l’égalité et la stabilité. La première, pour promouvoir la reconstruction et le développement et la seconde pour veiller à la stabilité du système monétaire mondial. Après avoir, durant de nombreuses années, accordé des prêts et du financement à des projets non viables, elles deviennent aujourd’hui les sources de misère de l’Afrique. Les lignes directrices qui régissent les deux institutions entraînent un transfert important de ressources des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches. Plus un pays accumule les emprunts pour mettre les programmes d’ajustement structurel (PAS) en œuvre, plus il doit rembourser d’intérêts au F.M.I. et à la Banque Mondiale. Cette situation se traduit par une baisse des ressources qui pourraient servir à payer pour les soins de santé, l’éducation et lutter contre le sous-développement. C’est une source de difficultés supplémentaires pour les populations pauvres d’Afrique, mais c’est surtout une source de bénéfices supplémentaires pour les banques : « Les dettes des pays les plus pauvres ont déjà été remboursées plusieurs fois. De 1981 à 1997, les pays les moins développés ont versé plus de 2,9 billions de dollars US en intérêts et principal. Cela représente environ 1,5 billions de dollars US de plus, c’est donc dire le double de ce qu’ils avaient reçu comme prêts au départ. Pour chaque dollar d’aide versé par les pays du Nord, ceux-ci en reçoivent trois du Sud en intérêts sur la dette. [4]»

Le fléau de la dette amena Mgr Mazombwe de Zambie à faire une déclaration, peut-être inattendu, au Synode Africain : « La dette extérieure due par nos pays africains du sud du Sahara atteint aujourd’hui un montant d’environ 185 billions de dollars […] Ce problème de la dette n’est pas seulement une question économique mais éthique, car c’est un problème profondément humain, qui touche le bien-être des familles, la survie des pauvres et la sécurité du futur : nous devons en parler clairement et avec courage[5] »

Sur le terrain des engagements concrets, on se trouve ainsi devant une multiplicité d’aspects à évangéliser qui, jusque dans l’hypothèse de relations harmonieuses, interdit le nivellement et donc «une pastorale monolithique ». C’est cette diversité des situations et des sujets dans l’Église qui nous provoque et nous invite à la pluralité pastorale. Elle exige une redéfinition des priorités pastorales.

 

5. L’ambiguïté de la vie chrétienne

L’efficacité pastorale ne dépend pas que de la synergie de l’Esprit, c’est-à-dire de la grâce qui est une rencontre de personne à personne qui transcende le psychisme humain, il importe cependant que la pastorale devienne de plus en plus réellement humaine pour servir dans l’Église de symbole et de signe évocateur de l’Esprit agissant et renouvelant totalement la Création. Bien sûr que tout dépend de la grâce, mais il ne faut pas minimiser l’aspect humain de la pastorale. Les fidèles, insérés dans les milieux inframondains et socioculturels divers et dans les divers secteurs de l’existence, présentent, chacun pour sa part ou en groupes stéréotypés, la grâce multiforme du Christ, les richesses insondables de son Mystère et les différents visages insolites de son Corps Mystique, l'Église comme Mystère de communion dans les diversités des cultures et la pluralité des peuples à évangéliser.

La question principale qui confronte notre Église en Afrique d’aujourd’hui est de savoir comment orienter notre méthode d’évangélisation.

Le premier accueil, cela commence de façon très simple. C’est la naissance d’un enfant. Des parents viennent prendre contact, et ils s’expliquent de leur demande : « Nous voulons faire baptiser notre nouveau-né, ça le protégera des esprits maléfiques. Et d’ailleurs, on l’a toujours fait ainsi dans la famille ». C’est la première rencontre. Que faire ? Que dire ?

Quelqu’un vient d’assez loin et il arrive à la paroisse, au bureau paroissial avec une carte de baptême de son père. Il cherche à rencontrer le curé au presbytère. Après un petit bonjour Monsieur l’Abbé, «mon père vient de mourir, nous voulons l’enterrer cet-après midi. Pouvez-vous venir célébrer la messe à son domicile, puisque c’est là qu’il sera enterré. Vous pouvez, à cette occasion bénir la maison, ses veuves et nous ses enfants parce que, de son vivant, il avait des mots très durs pour nous tous, c’est urgent, monsieur le curé. » Que faire ? Que dire ?

Un baptisé devenu athée ou musulman ou encore qui se trouve dans une autre église pour ne pas parler de secte, et une jeune fille scandalisée par le témoignage des ouvriers de l’Évangile arrivent au presbytère : ils s’expriment : «À quel Dieu croyez-vous ? Et à quoi sert l’Église ? Ce n’est qu’une imposture ! » Que faire ? Que dire?

 Deux décès dans la paroisse : un riche polygame d’une grande réputation, une prostituée de profession qui n’a personne. On vient demander des absoutes, à la même heure. Que faire ? Que répondre ?

Un autre arrive : « Je cherche, Père, de l’eau bénite et de l’encens. J’ai des mauvais rêves et je ne dors pas bien ces derniers jours, plutôt depuis la palabre avec les oncles ! » Que dire ? Et que faire ?

Un autre à son tour : « Je suis la maîtresse d’un tel. Depuis quatre ans, je ne me suis plus approchée pour recevoir le bon Dieu, je voudrais communier seulement à Pâques. » Que dire ? Que faire ?

Une autre se présente : « Monsieur le curé, bénissez ce sac de sel et ce bidon d’huile pour la cuisine parce que tous nos voisins sont contre nous, nous ne savons pas ce qu’ils réservent comme mal pour la famille. Nous cherchons la survie de toute de toute la famille». Que dire ? Que faire ? Comment réagir ?

Ou encore un jeune couple se présente : « Nous vivons ensemble depuis plus d’un an, mais nous ne sommes pas mariés religieusement parce que nous manquons d’argent pour la fête : il faut inviter famille et amis, mais n’avons rien. Pouvons-nous approcher de la Sainte Cène ce Jeudi Saint ? Nous sommes deux baptisés, il faut quand même communier ce jour-là ! » Que faire ? Que dire ? Comment réagir ?

Ou enfin : «Je veux quitter la chorale de la paroisse : chaque fois que je vois les fidèles porter l’habit de leurs partis politiques, je perd de voix et je n’arrive plus à chanter. Vous devriez, normalement, interdire aux chrétiens de ne pas venir à l’Église habillés en tenue de divers partis politique de ce pays » Dans ce cas, que faire ? Que dire ? Comment répondre ?

Voilà les gens qui s’adressent à l’Église, qui lui demandent explicitement «quelque chose ». L’Église, c’est ici un chrétien laïc ou un prêtre, peu importe. Une relation pastorale peut alors s’en dégager directement. Mais parfois, cette rencontre se présente d’une manière inattendue, si simple et banale que nous n’y prêtons spontanément attention. Que dire ? Que faire ? Je ne le saurai que quand j’aurais écouté et accueilli ceux qui m’abordent et ce pourquoi ils m’abordent. Accueillir, c’est le premier acte clef de la relation pastorale et de l’évangélisation. Au-dessous de ces démarches ou de ces interpellations, on discerne parfois une certaine inquiétude religieuse. Des gens cherchent une signification à leur existence. Pour beaucoup, la demande d’un baptême, d’un mariage ou des funérailles sont des occasions de découvrir un monde inconnu avec ses manières de penser, ses cérémonies, son jargon incompréhensible qui n’est pas du détail. Voilà le visage que nous présente le monde africain au seuil du troisième millénaire. L'Église ne doit pas se tenir hors du champ de combat.

De Jérusalem en Afrique en passant par Rome, Antioche, Ephèse, Thessalonique, Athènes, Corinthe, etc. l'Évangile fut rapidement confronté aux adeptes des religions locales et aux autorités politiques. Il est normal de parler aujourd’hui de l’acculturation ou de l’inculturation de l’Évangile; de la nouvelle évangélisation ou de la re-évangélisation de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain. Quels que soient les termes et les formulations utilisés pour décrire ce phénomène, disons que le défi qui s’impose à l’Église dans l’aujourd’hui notre Afrique est de trouver le langage accessible et compréhensible mais surtout susceptible de faire jaillir l’étincelle qui permettra à l'Évangile d’avoir un peu d’impact sur les hommes et les femmes d’aujourd’hui. Il est impérieux de trouver des actes pastoraux qui montrent que l’Évangile est vraiment une Bonne Nouvelle, c’est-à-dire des actes susceptibles d’imprégner d’esprit d’Évangile la mentalité des hommes de notre temps et les structures de nos sociétés.


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[1]. PAUL VI,  Le développement des peuples. Encyclique «Populorum Progressio », n°35, Paris, Centurion, 1967.

[2]. Edem KODJO, Et demain l’Afrique, Paris, Ed. Stock, 1985, p.116-117.

[3]. Édouard SAOUMA, Jeune Afrique, n° 1284/1285 de 14/21 août 1985, p.44, première colonne.

[4] Alain PILOTE,  «que tous les pays effacent les dettes pour l’an 2000 ! in  Vers demain. Journal de patriotes   catholiques, Mars-Avril 1999, p.2-3.

[5]. Message radiodiffusé le 23 avril 1994.