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  Le nouveau contexte social, économique, politique et religieux de l'Afrique

Défi pour la nouvelle évangélisation

 

  par Thomas MBAYE

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Avant-propos

 

L’homme n’est pas une âme spirituelle exilée dans un mauvais corps. L’homme est une totalité psychosomatique, c’est-à-dire une unité psychique et biologique. Si l’homme n’était que spirituel, on l’appellerait soit esprit, soit ange, soit archange et il serait hors de porté de notre évangélisation ; s’il n’était que corps, il serait sans vie et sa place serait dans la tombe. L’homme est composé de corps et d’esprit, éléments indissociables : « L’homme est corps au même titre qu’il est esprit : tout entier corps et tout entier esprit.[1] »

C’est l’homme concret qu’on évangélise. L’homme est un être corporel. Il doit l’entretenir et le développer : «L’évangélisation ne serait pas complète si elle ne tenait pas compte des rapports concrets et permanents qui existent entre l’Évangile et la vie, personnelle et sociale, de l’homme. C’est pourquoi l’évangélisation comporte un message explicite, adapté aux diverses situations, constamment actualisé sur les droits et les devoirs de toute personne humaine, sur la vie familiale sans laquelle l’épanouissement personnel n’est guère possible, sur la vie en commun dans la société, sur la vie internationale, la paix, la justice, le développement ; un message particulièrement vigoureux de nos jours sur la libération [2]».

Et l'Église n’est pas une cité des baptisés ayant des frontières avec d’autres cités. Elle est en mission auprès de toutes les communautés d’hommes. Ces hommes vivent avec leurs réalités sociales, historiques et géographiques. « Il ne sert de rien d’entourer la moindre parcelle de pain eucharistique d’une dévotion extrême, si l’on n’a pas le même soin jaloux pour le corps maltraité d’un frère humain. Le corps du Christ, c’est le corps du prisonnier, du violenté, du torturé, du dépersonnalisé, tout ce sang répandu qui crie jusqu’à Dieu[3]. »

L’homme se trouve profondément inscrit dans une histoire personnelle mais également collective, celle d’un groupe, d’un peuple, d’une humanité en devenir : il vit au sein d’une histoire pris dans des phénomènes de mutations multiples et profondes dont le deuxième Concile du Vatican, dans l’exposé préliminaire de Gaudium et Spes, détaille largement les multiples aspects (G. S. 4-10). La personne humaine est déjà en lui-même un vaste champ pastoral. Le chemin qui conduit à la compréhension de ce que l’on met communément sous ces deux mots «personne » et «humaine » est très long. La personne humaine désigne l’identité profonde de chaque homme. Si l'Évangile s’adresse à l’homme, c’est pour l’atteindre et le rejoindre dans son intériorité la plus intime, au niveau même où il se reconnaît et se saisit comme personne. Le dessein pastoral visera donc à favoriser les conditions qui permettent à l’homme de se mettre sous l’emprise de la grâce.

Pour être soi-même, c’est-à-dire une personne humaine, tout être humain a nécessairement besoin des autres. Le pluriel humain est aussi, en effet, un champ pastoral. Historiquement, chaque personne est précédée, engendrée et soutenue par la collectivité dans laquelle elle a vu le jour. Si donc être homme c’est être en société, le groupe, le peuple, l’assemblée dans lesquels apparaît l’être humain deviennent aussi destinataires de l’Évangile et donc immense champ pastoral. Les conditions d’accueil de l’Évangile sont, par conséquent, à préciser non seulement pour des consciences individuelles, mais encore pour des mentalités collectives.

La pastorale reste, en fait, au contact des réalités, c’est-à-dire des problèmes du ministère et des solutions qu’on leur donne aux divers moments du temps et spécialement dans l’aujourd’hui du monde et de l’Église. Elle est liée néanmoins à la vie concrète de l’homme. Car, la gloire de Dieu, selon l’expression de Saint Irenée, c’est l’homme vivant. Ainsi, les agents de l’évangélisation ont à exercer leur ministère dans une Église en mouvement qui emprunte la route des hommes de toute culture en cheminant avec eux, soit pour interpréter avec lucidité et discernement les signes des temps, soit pour faire face aux situations nouvelles créées par les cultures mouvantes des peuples à évangéliser. Elle doit éviter l’immobilisme aussi bien que l’aventure.

Si les coutumes changent, le message évangélique doit s’y adapter tout en tenant compte de l’exigence de fidélité et exigence d’intégration. D’une part, il faut manifester de la fidélité à la personne de Jésus-Christ qu’on annonce et dont on témoigne la pertinence du mystère pascal dans l’histoire, et il faut, de l’autre, chercher à faire intégrer l’esprit évangélique dans les cœurs des hommes et dans les milieux de vie concrète de ceux qu’on évangélise. L’agir humain doit être un prolongement de l’œuvre du créateur, un service des frères, une diaconie. Voilà donc ainsi définie une autre aire pastorale qui vint s’ajouter à celle de la personne humaine et de la communauté humaine où doit s’exercer la mission pastorale de l’Église en terre africaine.

L’Église dont la mission est de manifester et de communiquer le feu de la charité divine à tous les hommes et à toutes les nations doit s’insérer dans tous ces groupes humains dans l’imitation de Christ lui-même qui, par son incarnation, s’est lié aux conditions sociales et culturelles déterminées des hommes avec lesquels il a vécu.

 Notre intervention consiste à jeter un regard sur la Mission pastorale dans l’aujourd’hui de notre Église où doit s’exercer la charité pastorale de l’Évangile auprès du peuple de Dieu qui forme Église du Seigneur aux mille visages en Afrique subsaharienne. Ce qui nous permet ainsi de diviser notre allocution en deux volets concomitants dont le premier cherchera à situer l’Évangélisation face soubresauts socioculturels, le second à dégager les différentes perspectives et pratiques pastorales pour le troisième millénaire.

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[1]. E. MOUNIER, Le personnalisme, Que sais-je ? Paris, PUF, 1951, P.19.

[2]. PAUL VI, «l’évangélisation dans le monde moderne », exhortation apostolique «Evangelii Nuntiandi », Montréal,  Fides, 1976, n°29 o29.

[3]. Bruno CHENU et Al., La foi des Catholiques. Catéchèse fondamentale, p.502.