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1. L’Afrique sous le joug colonial

            La politique coloniale avait mis en place des structures socio-politiques et économiques susceptibles de répondre de manière appropriée à ses intérêts. Ces nouvelles structures ont eu des effets considérables sur l’ensemble des sociétés claniques. Les populations locales n’acceptaient pas de plein gré ces brusques transformations. L’Occident qui vivait l’époque des révolutions industrielle avait besoin de nouvelles sources de matières premières et de nouveaux débouchés pour ses produits manufacturés. L’Europe Occidentale cherchait également de nouvelles contrées où elle pouvait s’acheter à meilleur marché une main d’œuvre abondante, qui permettrait d’accroître le taux de sa plus-value. Pour réaliser un tel projet, elle avait eu d’abord recours à la violence. Elle est parvenue ainsi, grâce à sa supériorité technique, à se soumettre la majeure partie du continent africain. La conquête militaire avait précédé la domination politique.

L’administration coloniale prépara d’abord un cadre politique favorable à l’établissement des entreprises capitalistes. Elle commença par la transformation de structures socio-politiques en vue de la consolidation de son autorité. La nouvelle organisation socio-politique eut des répercussions aussi bien sur les ressources matérielles que sur les représentations symboliques du pouvoir traditionnel.

Dans le cadre de l’organisation politique ou administrative locale, l’administration coloniale procéda au renforcement des différents groupes linguistiques et culturels dans une même unité sociale de vie collective. Un tel regroupement posa de problèmes relatifs au contrôle des territoires de chasse, de pêche, de cueillette et d’agriculture. Ces problèmes devinrent très aigus au niveau de l’ancienne représentation collective de l’autorité et du pouvoir. Ce  bouleversement sapa l’autorité des anciens chefs traditionnels au profit de celle de nouveaux chefs imposés de l’extérieur et servant d’intermédiaire entre l’autorité administrative et ses administrés. Apparaît ainsi une création arbitraire et artificielle de l’autorité. L’ancienne hiérarchie politico-symbolique a été ébranlée au profit d’une hiérarchie politico-administrative plus forte imposée de l’extérieur : « Tenus pour quantité négligeable, les autochtones ne prenaient aucune part à l’élaboration des orientations générales concernant leur pays, lesquelles orientations étaient du reste définies en dehors de chaque colonie, c’est-à-dire par les grandes compagnies coloniales et le ministère des colonies installés dans les métropoles (les administrations centrales des compagnies coloniales sont localisées en Europe)[1]. »

L’Afrique noire n’a pas eu de siècle des Lumières, ni de révolution. L’Afrique avait soif de la liberté, elle voulait l’affranchissement de l’oppression morale, idéologique et économique pour avoir droit à la parole et à l’expression. Mais que reste-t-il une fois que la surface africaine est balayée de ce qui l’encombrait ? Ne retombe-t-on pas sous le pouvoir de vie et de mort des chefferies traditionnelles et administratives ? Autre question : à quel point l’affranchissement a-t-il supprimé l’esclavage ?

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[1]. Kayemba Ntamba-Mbilanji, «libération contre l’impuissance ou le sous-développement », dans Philosophie et libération. Actes de la 2ème Semaine Philosophique de Kinshasa du 18 au 22 avril 1977, p.197.